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FablesParte 24 de 26

Jean de La Fontaine

Original em francês · tradução para inglês

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  • O sentido de cada trecho
  • Notas sobre expressões e gramática
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LE VIEUX CHAT ET LA JEUNE SOURIS.

V

LE VIEUX CHAT ET LA JEUNE SOURIS.

Une jeune souris, de peu d’expérience, Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence, Et payant de raisons le Rominagrobis: Laissez-moi vivre: une souris De ma taille et de ma dépense Est-elle à charge en ce logis? Affamerois-je, à votre avis, L’hôte et l’hôtesse, et tout leur monde? D’un grain de blé je me nourris: Une noix me rend toute ronde. A présent je suis maigre; attendez quelque temps; Réservez ce repas à messieurs vos enfants. Ainsi parloit au chat la souris attrapée. L’autre lui dit: Tu t’es trompée: Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours? Tu gagnerois autant de parler à des sourds. Chat, et vieux, pardonner! cela n’arrive guères. Selon ces lois, descends là-bas; Meurs, et va-t’en, tout de ce pas, Haranguer les sœurs filandières: Mes enfants trouveront assez d’autres repas. Il tint parole.

Et pour ma fable, Voici le sens moral qui peut y convenir: La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir; La vieillesse est impitoyable.


LE CERF MALADE.

VI

LE CERF MALADE.

En pays plein de cerfs, un cerf tomba malade. Incontinent maint camarade Accourt à son grabat le voir, le secourir, Le consoler du moins: multitude importune. Eh! messieurs, laissez-moi mourir: Permettez qu’en forme commune La Parque m’expédie; et finissez vos pleurs. Point du tout: les consolateurs De ce triste devoir tout au long s’acquittèrent, Quand il plut à Dieu s’en allèrent: Ce ne fut pas sans boire un coup, C’est-à-dire sans prendre un droit de pâturage. Tout se mit à brouter les bois du voisinage. La pitance du cerf en déchut de beaucoup. Il ne trouva plus rien à frire: D’un mal il tomba dans un pire, Et se vit réduit à la fin A jeûner et mourir de faim.

Il en coûte à qui vous réclame, Médecins du corps et de l’âme! O temps! ô mœurs! j’ai beau crier, Tout le monde se fait payer.


LA CHAUVE-SOURIS, LE BUISSON ET LE CANARD.

VII

LA CHAUVE-SOURIS, LE BUISSON ET LE CANARD.

Le buisson, le canard et la chauve-souris, Voyant tous trois qu’en leur pays Ils faisoient petite fortune, Vont trafiquer au loin, et font bourse commune. Ils avoient des comptoirs, des facteurs, des agents Non moins soigneux qu’intelligents, Des registres exacts de mise et de recette. Tout alloit bien, quand leur emplette, En passant par certains endroits Remplis d’écueils et fort étroits, Et de trajet très-difficile, Alla tout emballée au fond des magasins Qui du Tartare sont voisins. Notre trio poussa maint regret inutile; Ou plutôt il n’en poussa point: Le plus petit marchand est savant sur ce point: Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte. Celle que, par malheur, nos gens avoient soufferte Ne put se réparer: le cas fut découvert. Les voilà sans crédit, sans argent, sans ressource, Prêts à porter le bonnet vert. Aucun ne leur ouvrit sa bourse. Et le sort principal, et les gros intérêts, Et les sergents, et les procès, Et le créancier à la porte Dès devant la pointe du jour, N’occupoient le trio qu’à chercher maint détour Pour contenter cette cohorte. Le buisson accrochoit les passants à tous coups. Messieurs, leur disoit-il, de grâce, apprenez-nous En quel lieu sont les marchandises Que certains gouffres nous ont prises. Le plongeon sous les eaux s’en alloit les chercher. L’oiseau chauve-souris n’osoit plus approcher Pendant le jour nulle demeure: Suivi de sergents à toute heure, En des trous il s’alloit cacher.

Je connois maint detteur, qui n’est ni souris-chauve, Ni buisson, ni canard, ni dans tel cas tombé, Mais simple grand seigneur, qui tous les jours se sauve Par un escalier dérobé.


LA QUERELLE DES CHIENS ET DES CHATS, ET CELLE DES CHATS ET DES SOURIS.

VIII

LA QUERELLE DES CHIENS ET DES CHATS, ET CELLE DES CHATS ET DES SOURIS.

La Discorde a toujours régné dans l’univers; Notre monde en fournit mille exemples divers: Chez nous cette déesse a plus d’un tributaire. Commençons par les éléments: Vous serez étonnés de voir qu’à tous moments Ils seront appointés contraire. Outre ces quatre potentats, Combien d’êtres de tous états Se font une guerre éternelle! Autrefois un logis plein de chiens et de chats, Par cent arrêts rendus en forme solennelle, Vit terminer tous leurs débats. Le maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas, Et menacé du fouet quiconque auroit querelle, Ces animaux vivoient entre eux comme cousins. Cette union si douce, et presque fraternelle, Édifioit tous les voisins. Enfin elle cessa. Quelque plat de potage, Quelque os, par préférence, à quelqu’un d’eux donné, Fit que l’autre parti s’en vint tout forcené Représenter un tel outrage. J’ai vu des chroniqueurs attribuer le cas Aux passe-droits qu’avoit une chienne en gésine. Quoi qu’il en soit, cet altercas Mit en combustion la salle et la cuisine: Chacun se déclara pour son chat, pour son chien. On fit un règlement dont les chats se plaignirent, Et tout le quartier étourdirent. Leur avocat disoit qu’il falloit bel et bien Recourir aux arrêts. En vain ils les cherchèrent Dans un coin où d’abord leurs agents les cachèrent: Des souris enfin les mangèrent. Autre procès nouveau. Le peuple souriquois En pâtit: maint vieux chat, fin, subtil et narquois, Et d’ailleurs en voulant à toute cette race, Les guetta, les prit, fit main basse. Le maître du logis ne s’en trouva que mieux.

J’en reviens à mon dire. On ne voit sous les cieux, Nul animal, nul être, aucune créature, Qui n’ait son opposé: c’est la loi de nature. D’en chercher la raison, ce sont soins superflus. Dieu fit bien ce qu’il fit, et je n’en sais pas plus. Ce que je sais, c’est qu’aux grosses paroles On en vient, sur un rien, plus des trois quarts du temps. Humains, il vous faudroit encore à soixante ans Renvoyer chez les barbacoles.


LE LOUP ET LE RENARD.

IX

LE LOUP ET LE RENARD.

D’où vient que personne en la vie N’est satisfait de son état? Tel voudroit bien être soldat A qui le soldat porte envie.

Certain renard voulut, dit-on, Se faire loup. Eh! qui peut dire Que pour le métier de mouton Jamais aucun loup ne soupire?

Ce qui m’étonne est qu’à huit ans Un prince en fable ait mis la chose, Pendant que, sous mes cheveux blancs, Je fabrique à force de temps Des vers moins sensés que sa prose.

Les traits dans sa fable semés Ne sont en l’œuvre du poëte Ni tous ni si bien exprimés: Sa louange en est plus complète.

De la chanter sur la musette, C’est mon talent; mais je m’attends Que mon héros, dans peu de temps, Me fera prendre la trompette.

Je ne suis pas un grand prophète; Cependant je lis dans les cieux Que bientôt ses faits glorieux Demanderont plusieurs Homères: Et ce temps-ci n’en produit guères. Laissant à part tous ces mystères, Essayons de conter la fable avec succès.

Le renard dit au loup: Notre cher, pour tout mets J’ai souvent un vieux coq, ou de maigres poulets: C’est une viande qui me lasse. Tu fais meilleure chère avec moins de hasard: J’approche des maisons; tu te tiens à l’écart. Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce, Rends-moi le premier de ma race Qui fournisse son croc de quelque mouton gras: Tu ne me mettras point au nombre des ingrats.— Je le veux, dit le loup: il m’est mort un mien frère, Allons prendre sa peau, tu t’en revêtiras. Il vint; et le loup dit: Voici comme il faut faire, Si tu veux écarter les mâtins du troupeau. Le renard, ayant mis la peau, Répétoit les leçons que lui donnoit son maître. D’abord il s’y prit mal, puis un peu mieux, puis bien; Puis enfin il n’y manqua rien. A peine il fut instruit autant qu’il pouvoit l’être, Qu’un troupeau s’approcha. Le nouveau loup y court, Et répand la terreur dans les lieux d’alentour. Tel, vêtu des armes d’Achille, Patrocle mit l’alarme au camp et dans la ville: Mères, brus et vieillards, au temple couroient tous. L’ost du peuple bêlant crut voir cinquante loups: Chien, berger et troupeau, tout fuit vers le village, Et laisse seulement une brebis pour gage. Le larron s’en saisit. A quelques pas de là Il entendit chanter un coq du voisinage. Le disciple aussitôt droit au coq s’en alla, Jetant bas sa robe de classe, Oubliant les brebis, les leçons, le régent, Et courant d’un pas diligent.

Que sert-il qu’on se contrefasse? Prétendre ainsi changer est une illusion: L’on reprend sa première trace A la première occasion.

De votre esprit, que nul autre n’égale, Prince, ma muse tient tout entier ce projet: Vous m’avez donné le sujet, Le dialogue et la morale.


L’ÉCREVISSE ET SA FILLE.

X

L’ÉCREVISSE ET SA FILLE.

Les sages quelquefois, ainsi que l’écrevisse, Marchent à reculons, tournent le dos au port. C’est l’art des matelots: c’est aussi l’artifice De ceux qui, pour couvrir quelque puissant effort, Envisagent un point directement contraire, Et font vers ce lieu-là courir leur adversaire. Mon sujet est petit, cet accessoire est grand: Je pourrois l’appliquer à certain conquérant Qui tout seul déconcerte une ligue à cent têtes. Ce qu’il n’entreprend pas, et ce qu’il entreprend, N’est d’abord qu’un secret, puis devient des conquêtes. En vain l’on a les yeux sur ce qu’il veut cacher, Ce sont arrêts du Sort qu’on ne peut empêcher: Le torrent à la fin devient insurmontable. Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter. Louis et le Destin me semblent de concert Entraîner l’univers. Venons à notre fable.

Mère écrevisse un jour à sa fille disoit: Comme tu vas, bon Dieu! ne peux-tu marcher droit? —Et comme vous allez vous-même! dit la fille: Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille? Veut-on que j’aille droit quand on y va tortu?

Elle avoit raison: la vertu De tout exemple domestique Est universelle, et s’applique En bien, en mal, en tout; fait des sages, des sots; Beaucoup plus de ceux-ci. Quant à tourner le dos A son but, j’y reviens; la méthode en est bonne, Surtout au métier de Bellone: Mais il faut le faire à propos.


L’AIGLE ET LA PIE.

XI

L’AIGLE ET LA PIE.

L’aigle, reine des airs, avec Margot la pie, Différentes d’humeur, de langage, et d’esprit, Et d’habit, Traversoient un bout de prairie. Le hasard les assemble en un coin détourné. L’agace eut peur; mais l’aigle, ayant fort bien dîné, La rassure, et lui dit: Allons de compagnie; Si le maître des dieux assez souvent s’ennuie, Lui qui gouverne l’univers, J’en puis bien faire autant, moi qu’on sait qui le sers. Entretenez-moi donc, et sans cérémonie. Caquet-bon-bec alors de jaser au plus dru, Sur ceci, sur cela, sur tout. L’homme d’Horace, Disant le bien, le mal, à travers champs, n’eût su Ce qu’en fait de babil y savoit notre agace. Elle offre d’avertir de tout ce qui se passe, Sautant, allant de place en place, Bon espion, Dieu sait. Son offre ayant déplu, L’aigle lui dit tout en colère: Ne quittez point votre séjour, Caquet-bon-bec, ma mie: adieu; je n’ai que faire D’une babillarde à ma cour: C’est un fort méchant caractère. Margot ne demandait pas mieux.

Ce n’est pas ce qu’on croit que d’entrer chez les dieux: Cet honneur a souvent de mortelles angoisses. Rediseurs, espions, gens à l’air gracieux, Au cœur tout différent, s’y rendent odieux: Quoique ainsi que la pie il faille dans ces lieux Porter habit de deux paroisses.


LE MILAN, LE ROI ET LE CHASSEUR.

XII

LE MILAN, LE ROI ET LE CHASSEUR.

A S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI.

Comme les dieux sont bons, ils veulent que les rois Le soient aussi: c’est l’indulgence Qui fait le plus beau de leurs droits, Non les douceurs de la vengeance: Prince, c’est votre avis. On sait que le courroux S’éteint en votre cœur sitôt qu’on l’y voit naître. Achille, qui du sien ne put se rendre maître, Fut par là moins héros que vous. Ce titre n’appartient qu’à ceux d’entre les hommes Qui, comme en l’âge d’or, font cent biens ici-bas. Peu de grands sont nés tels en cet âge où nous sommes: L’univers leur sait gré du mal qu’ils ne font pas. Loin que vous suiviez ces exemples, Mille actes généreux vous promettent des temples. Apollon, citoyen de ces augustes lieux, Prétend y célébrer votre nom sur sa lyre. Je sais qu’on vous attend dans le palais des dieux: Un siècle de séjour doit ici vous suffire. Hymen veut séjourner tout un siècle chez vous. Puissent ses plaisirs les plus doux Vous composer des destinées Par ce temps à peine bornées! Et la princesse et vous n’en méritez pas moins. J’en prends ses charmes pour témoins; Pour témoins j’en prends les merveilles Par qui le Ciel, pour vous prodigue en ses présents, Des qualités qui n’ont qu’en vous seul leurs pareilles Voulut orner vos jeunes ans. Bourbon de son esprit ses grâces assaisonne: Le Ciel joignit en sa personne Ce qui sait se faire estimer A ce qui sait se faire aimer: Il ne m’appartient pas d’étaler votre joie; Je me tais donc, et vais rimer Ce que fit un oiseau de proie.

Un milan, de son nid antique possesseur, Étant pris vif par un chasseur, D’en faire au prince un don cet homme se propose. La rareté du fait donnoit prix à la chose. L’oiseau, par le chasseur humblement présenté, Si ce conte n’est apocryphe, Va tout droit imprimer sa griffe Sur le nez de sa majesté.— Quoi! sur le nez du roi?—Du roi même en personne.— Il n’avoit donc alors ni sceptre ni couronne?— Quand il en auroit eu, ç’auroit été tout un: Le nez royal fut pris comme un nez du commun. Dire des courtisans les clameurs et la peine Seroit se consumer en efforts impuissants. Le roi n’éclata point: les cris sont indécents A la majesté souveraine. L’oiseau garda son poste: on ne put seulement Hâter son départ d’un moment. Son maître le rappelle, et crie, et se tourmente, Lui présente le leurre et le poing, mais en vain. On crut que jusqu’au lendemain Le maudit animal à la serre insolente Nicheroit là malgré le bruit, Et sur le nez sacré voudroit passer la nuit. Tâcher de l’en tirer irritoit son caprice. Il quitte enfin le roi, qui dit: Laissez aller Ce milan, et celui qui m’a cru régaler. Ils se sont acquittés tous deux de leur office, L’un en milan, et l’autre en citoyen des bois: Pour moi, qui sais comment doivent agir les rois, Je les affranchis du supplice. Et la cour d’admirer. Les courtisans ravis Élèvent de tels faits, par eux si mal suivis: Bien peu, même des rois, prendront un tel modèle, Et le veneur l’échappa belle; Coupable seulement, tant lui que l’animal, D’ignorer le danger d’approcher trop du maître: Ils n’avoient appris à connoître Que les hôtes des bois; étoit-ce un si grand mal? Pilpay fait près du Gange arriver l’aventure. Là, nulle humaine créature Ne touche aux animaux pour leur sang épancher: Le roi même feroit scrupule d’y toucher. Savons-nous, disent-ils, si cet oiseau de proie N’étoit point au siége de Troie? Peut-être y tint-il lieu d’un prince ou d’un héros Des plus huppés et des plus hauts: Ce qu’il fut autrefois il pourra l’être encore. Nous croyons, après Pythagore, Qu’avec les animaux de forme nous changeons; Tantôt milans, tantôt pigeons, Tantôt humains, puis volatilles Ayant dans les airs leurs familles.

Comme l’on conte en deux façons L’accident du chasseur, voici l’autre manière.

Un certain fauconnier ayant pris, ce dit-on, A la chasse un milan (ce qui n’arrive guère), En voulut au roi faire un don, Comme de chose singulière: Ce cas n’arrive pas quelquefois en cent ans; C’est le non plus ultra de la fauconnerie. Ce chasseur perce donc un gros de courtisans, Plein de zèle, échauffé, s’il le fut de sa vie. Par ce parangon des présents Il croyoit sa fortune faite: Quand l’animal porte-sonnette, Sauvage encore et tout grossier, Avec ses ongles tout d’acier, Prend le nez du chasseur, happe le pauvre sire. Lui de crier; chacun de rire, Monarque et courtisans. Qui n’eût ri? Quant à moi, Je n’en eusse quitté ma part pour un empire. Qu’un pape rie, en bonne foi, Je ne l’ose assurer; mais je tiendrois un roi Bien malheureux s’il n’osoit rire: C’est le plaisir des dieux. Malgré son noir souci, Jupiter et le peuple immortel rit aussi. Il en fit des éclats, à ce que dit l’histoire, Quand Vulcain, clopinant, lui vint donner à boire. Que le peuple immortel se montrât sage ou non, J’ai changé mon sujet avec juste raison; Car, puisqu’il s’agit de morale, Que nous eût du chasseur l’aventure fatale Enseigné de nouveau? L’on a vu de tout temps Plus de sots fauconniers que de rois indulgents.


LE RENARD, LES MOUCHES ET LE HÉRISSON.

XIII

LE RENARD, LES MOUCHES ET LE HÉRISSON.

Aux traces de son sang un vieux hôte des bois, Renard fin, subtil et matois, Blessé par des chasseurs, et tombé dans la fange, Autrefois attira ce parasite ailé Que nous avons mouche appelé. Il accusoit les dieux, et trouvoit fort étrange Que le Sort à tel point le voulût affliger, Et le fît aux mouches manger. Quoi! se jeter sur moi, sur moi le plus habile De tous les hôtes des forêts! Depuis quand les renards sont-ils un si bon mets? Et que me sert ma queue? est-ce un poids inutile? Va, le Ciel te confonde, animal importun! Que ne vis-tu sur le commun! Un hérisson du voisinage, Dans mes vers nouveau personnage, Voulut le délivrer de l’importunité Du peuple plein d’avidité: Je les vais de mes dards enfiler par centaines, Voisin renard, dit-il, et terminer tes peines. Garde-t’en bien, dit l’autre; ami, ne le fais pas: Laisse-les, je te prie, achever leur repas. Ces animaux sont soûls; une troupe nouvelle Viendroit fondre sur moi, plus âpre et plus cruelle.

Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici-bas: Ceux-ci sont courtisans, ceux-là sont magistrats. Aristote appliquoit cet apologue aux hommes. Les exemples en sont communs, Surtout au pays où nous sommes. Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns.


L’AMOUR ET LA FOLIE.

XIV

L’AMOUR ET LA FOLIE.

Tout est mystère dans l’amour, Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance: Ce n’est pas l’ouvrage d’un jour Que d’épuiser cette science. Je ne prétends donc point tout expliquer ici: Mon but est seulement de dire, à ma manière, Comment l’aveugle que voici (C’est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière, Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien; J’en fais juge un amant, et ne décide rien.

La Folie et l’Amour jouoient un jour ensemble: Celui-ci n’étoit pas encor privé des yeux. Une dispute vint: l’Amour veut qu’on assemble Là-dessus le conseil des dieux; L’autre n’eut pas la patience; Elle lui donne un coup si furieux, Qu’il en perd la clarté des cieux. Vénus en demande vengeance. Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris: Les dieux en furent étourdis, Et Jupiter, et Némésis, Et les juges d’Enfer, enfin toute la bande. Elle représenta l’énormité du cas: Son fils sans un bâton ne pouvoit faire un pas: Nulle peine n’étoit pour ce crime assez grande: Le dommage devoit être aussi réparé. Quand on eut bien considéré L’intérêt du public, celui de la partie, Le résultat enfin de la suprême cour Fut de condamner la Folie A servir de guide à l’Amour.