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FablesParte 12 de 26

Jean de La Fontaine

Original em francês · tradução para inglês

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  • O sentido de cada trecho
  • Notas sobre expressões e gramática
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L’ANE ET SES MAITRES.

XI

L’ANE ET SES MAITRES.

L’âne d’un jardinier se plaignoit au Destin De ce qu’on le faisoit lever devant l’aurore. Les coqs, lui disoit-il, ont beau chanter matin, Je suis plus matineux encore. Et pourquoi? pour porter des herbes au marché. Belle nécessité d’interrompre mon somme! Le Sort, de sa plainte touché, Lui donne un autre maître; et l’animal de somme Passe du jardinier aux mains d’un corroyeur. La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l’impertinente bête. J’ai regret, disoit-il, à mon premier seigneur. Encor, quand il tournoit la tête, J’attrapois, s’il m’en souvient bien, Quelque morceau de chou qui ne me coûtoit rien; Mais ici point d’aubaine, ou, si j’en ai quelqu’une, C’est de coups. Il obtint changement de fortune; Et sur l’état d’un charbonnier Il fut couché tout le dernier. Autre plainte. Quoi donc! dit le Sort en colère, Ce baudet-ci m’occupe autant Que cent monarques pourroient faire! Croit-il être le seul qui ne soit pas content? N’ai-je en l’esprit que son affaire?

Le Sort avoit raison. Tous gens sont ainsi faits: Notre condition jamais ne nous contente; La pire est toujours la présente. Nous fatiguons le Ciel à force de placets. Qu’à chacun Jupiter accorde sa requête, Nous lui romprons encor la tête.


LE SOLEIL ET LES GRENOUILLES.

XII

LE SOLEIL ET LES GRENOUILLES.

Aux noces d’un tyran tout le peuple en liesse Noyoit son souci dans les pots. Ésope seul trouvoit que les gens étoient sots De témoigner tant d’allégresse.

Le Soleil, disoit-il, eut dessein autrefois De songer à l’hyménée. Aussitôt on ouït, d’une commune voix, Se plaindre de leur destinée Les citoyennes des étangs. Que ferons-nous, s’il lui vient des enfants? Dirent-elles au Sort. Un seul Soleil à peine Se peut souffrir; une demi-douzaine Mettra la mer à sec, et tous ses habitants. Adieu joncs et marais: notre race est détruite; Bientôt on la verra réduite A l’eau du Styx. Pour un pauvre animal, Grenouilles, à mon sens, ne raisonnoient pas mal.


LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT.

XIII

LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT.

Ésope conte qu’un manant, Charitable autant que peu sage, Un jour d’hiver se promenant A l’entour de son héritage, Aperçut un serpent sur la neige étendu, Transi, gelé, perclus, immobile rendu, N’ayant pas à vivre un quart d’heure. Le villageois le prend, l’emporte en sa demeure; Et, sans considérer quel sera le loyer D’une action de ce mérite, Il l’étend le long du foyer, Le réchauffe, le ressuscite. L’animal engourdi sent à peine le chaud, Que l’âme lui revient avecque la colère. Il lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt; Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père. Ingrat, dit le manant, voilà donc mon salaire! Tu mourras! A ces mots, plein d’un juste courroux, Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête; Il fait trois serpents de deux coups, Un tronçon, la queue et la tête. L’insecte, sautillant, cherche à se réunir; Mais il ne put y parvenir.

Il est bon d’être charitable; Mais envers qui? c’est là le point. Quant aux ingrats, il n’en est point Qui ne meure enfin misérable.


LE LION MALADE ET LE RENARD.

XIV

LE LION MALADE ET LE RENARD.

De par le roi des animaux, Qui dans son antre étoit malade, Fut fait savoir à ses vassaux Que chaque espèce en ambassade Envoyât gens le visiter; Sous promesse de bien traiter Les députés, eux et leur suite, Foi de lion, très-bien écrite: Bon passe-port contre la dent, Contre la griffe tout autant. L’édit du prince s’exécute; De chaque espèce on lui députe. Les renards gardant la maison, Un d’eux en dit cette raison: Les pas empreints sur la poussière Par ceux qui s’en vont faire au malade leur cour, Tous, sans exception, regardent sa tanière; Pas un ne marque de retour: Cela nous met en méfiance. Que sa majesté nous dispense: Grand merci de son passe-port. Je le crois bon: mais dans cet antre Je vois fort bien comme l’on entre, Et ne vois pas comme on en sort.


L’OISELEUR, L’AUTOUR ET L’ALOUETTE.

XV

L’OISELEUR, L’AUTOUR ET L’ALOUETTE.

Les injustices des pervers Servent souvent d’excuse aux nôtres. Telle est la loi de l’univers: Si tu veux qu’on t’épargne, épargne aussi les autres.

Un manant au miroir prenoit des oisillons. Le fantôme brillant attire une alouette: Aussitôt un autour, planant sur les sillons, Descend des airs, fond et se jette Sur celle qui chantoit, quoique près du tombeau. Elle avoit évité la perfide machine, Lorsque, se rencontrant sous la main de l’oiseau, Elle sent son ongle maline. Pendant qu’à la plumer l’autour est occupé, Lui-même sous les rets demeure enveloppé: Oiseleur, laisse-moi, dit-il en son langage; Je ne t’ai jamais fait de mal. L’oiseleur repartit: Ce petit animal T’en avoit-il fait davantage?


LE CHEVAL ET L’ANE.

XVI

LE CHEVAL ET L’ANE.

En ce monde il se faut l’un l’autre secourir: Si ton voisin vient à mourir, C’est sur toi que le fardeau tombe.

Un âne accompagnoit un cheval peu courtois, Celui-ci ne portant que son simple harnois, Et le pauvre baudet si chargé qu’il succombe. Il pria le cheval de l’aider quelque peu; Autrement il mourroit devant qu’être à la ville. La prière, dit-il, n’en est pas incivile: Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. Le cheval refusa, fit une pétarade; Tant qu’il vit sous le faix mourir son camarade, Et reconnut qu’il avoit tort. Du baudet en cette aventure On lui fit porter la voiture, Et la peau par-dessus encor.


LE CHIEN QUI LACHE SA PROIE POUR L’OMBRE.

XVII

LE CHIEN QUI LACHE SA PROIE POUR L’OMBRE.

Chacun se trompe ici-bas: On voit courir après l’ombre Tant de fous, qu’on n’en sait pas, La plupart du temps, le nombre. Au chien dont parle Ésope il faut les renvoyer.

Ce chien, voyant sa proie en l’eau représentée, La quitta pour l’image, et pensa se noyer. La rivière devint tout d’un coup agitée; A toute peine il regagna les bords, Et n’eut ni l’ombre ni le corps.


LE CHARTIER EMBOURBÉ.

XVIII

LE CHARTIER EMBOURBÉ.

Le phaéton d’une voiture à foin Vit son char embourbé. Le pauvre homme étoit loin De tout humain secours: c’étoit à la campagne, Près d’un certain canton de la Basse-Bretagne, Appelé Quimper-Corentin. On sait assez que le Destin Adresse là les gens quand il veut qu’on enrage. Dieu nous préserve du voyage! Pour venir au chartier embourbé dans ces lieux, Le voilà qui déteste et jure de son mieux, Pestant, en sa fureur extrême, Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux, Contre son char, contre lui-même. Il invoque à la fin le dieu dont les travaux Sont si célèbres dans le monde. Hercule, lui dit-il, aide-moi; si ton dos A porté la machine ronde, Ton bras peut me tirer d’ici. Sa prière étant faite, il entend dans la nue Une voix qui lui parle ainsi. Hercule veut qu’on se remue, Puis il aide les gens. Regarde d’où provient L’achoppement qui te retient; Ote d’autour de chaque roue Ce malheureux mortier, cette maudite boue Qui jusqu’à l’essieu les enduit; Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit; Comble-moi cette ornière. As-tu fait? Oui, dit l’homme. Or bien je vas t’aider, dit la voix; prends ton fouet. Je l’ai pris... Qu’est ceci? mon char marche à souhait! Hercule en soit loué! Lors la voix: Tu vois comme Tes chevaux aisément se sont tirés de là.

Aide-toi, le Ciel t’aidera.

LE CHARLATAN.

XIX

LE CHARLATAN.

Le monde n’a jamais manqué de charlatans: Cette science, de tout temps, Fut en professeurs très-fertile. Tantôt l’un en théâtre affronte l’Achéron, Et l’autre affiche par la ville Qu’il est un passe-Cicéron.

Un des derniers se vantoit d’être En éloquence si grand maître, Qu’il rendroit disert un badaud, Un manant, un rustre, un lourdaud; Oui, messieurs, un lourdaud, un animal, un âne: Que l’on m’amène un âne, un âne renforcé, Je le rendrai maître passé, Et veux qu’il porte la soutane. Le prince sut la chose; il manda le rhéteur. J’ai, dit-il, en mon écurie Un fort beau roussin d’Arcadie; J’en voudrois faire un orateur. Sire, vous pouvez tout, reprit d’abord notre homme. On lui donna certaine somme. Il devoit au bout de dix ans Mettre son âne sur les bancs; Sinon il consentoit d’être en place publique Guindé la hart au col, étranglé court et net, Ayant au dos sa rhétorique, Et les oreilles d’un baudet. Quelqu’un des courtisans lui dit qu’à la potence Il vouloit l’aller voir, et que, pour un pendu, Il auroit bonne grâce et beaucoup de prestance: Surtout qu’il se souvînt de faire à l’assistance Un discours où son art fût au long étendu; Un discours pathétique, et dont le formulaire Servît à certains Cicérons Vulgairement nommés larrons. L’autre reprit: Avant l’affaire, Le roi, l’âne, ou moi, nous mourrons. Il avoit raison. C’est folie De compter sur dix ans de vie. Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons à la mort de trois l’un en dix ans.


LA DISCORDE.

XX

LA DISCORDE.

La déesse Discorde ayant brouillé les dieux, Et fait un grand procès là-haut pour une pomme, On la fit déloger des cieux. Chez l’animal qu’on appelle homme On la reçut à bras ouverts, Elle et Que-si-que-non, son frère, Avecque Tien-et-mien, son père. Elle nous fit l’honneur, en ce bas univers, De préférer notre hémisphère A celui des mortels qui nous sont opposés, Gens grossiers, peu civilisés, Et qui, se mariant sans prêtre et sans notaire, De la Discorde n’ont que faire. Pour la faire trouver aux lieux où le besoin Demandoit qu’elle fût présente, La Renommée avoit le soin De l’avertir; et l’autre, diligente, Couroit vite aux débats, et prévenoit la Paix, Faisoit d’une étincelle un feu long à s’éteindre. La Renommée enfin commença de se plaindre Que l’on ne lui trouvoit jamais De demeure fixe et certaine; Bien souvent l’on perdoit, à la chercher, sa peine: Il falloit donc qu’elle eût un séjour affecté, Un séjour d’où l’on pût en toutes les familles L’envoyer à jour arrêté. Comme il n’étoit alors aucun couvent de filles, On y trouva difficulté. L’auberge enfin de l’hyménée Lui fut pour maison assignée.


LA JEUNE VEUVE.

XXI

LA JEUNE VEUVE.

La perte d’un époux ne va point sans soupirs: On fait beaucoup de bruit, et puis on se console. Sur les ailes du Temps la tristesse s’envole: Le Temps ramène les plaisirs. Entre la veuve d’une année Et la veuve d’une journée La différence est grande: on ne croiroit jamais Que ce fût la même personne; L’une fait fuir les gens, et l’autre a mille attraits; Aux soupirs vrais ou faux celle-là s’abandonne; C’est toujours même note et pareil entretien. On dit qu’on est inconsolable: On le dit; mais il n’en est rien, Comme on verra par cette fable, Ou plutôt par la vérité.

L’époux d’une jeune beauté Partoit pour l’autre monde. A ses côtés sa femme Lui crioit: Attends-moi, je te suis; et mon âme, Aussi bien que la tienne, est prête à s’envoler. Le mari fait seul le voyage. La belle avoit un père, homme prudent et sage; Il laissa le torrent couler. A la fin, pour la consoler: Ma fille, lui dit-il, c’est trop verser de larmes; Qu’a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes? Puisqu’il est des vivants, ne songez plus aux morts. Je ne dis pas que tout à l’heure Une condition meilleure Change en des noces ces transports; Mais après certain temps souffrez qu’on vous propose Un époux, beau, bien fait, jeune, et tout autre chose Que le défunt.—Ah! dit-elle aussitôt, Un cloître est l’époux qu’il me faut. Le père lui laissa digérer sa disgrâce. Un mois de la sorte se passe; L’autre mois on l’emploie à changer tous les jours Quelque chose à l’habit, au linge, à la coiffure: Le deuil enfin sert de parure, En attendant d’autres atours. Toute la bande des Amours Revient au colombier; les jeux, les ris, la danse, Ont aussi leur tour à la fin: On se plonge soir et matin Dans la fontaine de Jouvence. Le père ne craint plus ce défunt tant chéri; Mais comme il ne parloit de rien à notre belle: Où donc est le jeune mari Que vous m’avez promis? dit-elle.


ÉPILOGUE

Bornons ici cette carrière: Les longs ouvrages me font peur. Loin d’épuiser une matière, On n’en doit prendre que la fleur. Il s’en va temps que je reprenne Un peu de forces et d’haleine, Pour fournir à d’autres projets. Amour, ce tyran de ma vie, Veut que je change de sujets: Il faut contenter son envie. Retournons à Psyché. Damon, vous m’exhortez A peindre ses malheurs et ses félicités: J’y consens; peut-être ma veine En sa faveur s’échauffera. Heureux si ce travail est la dernière peine Que son époux me causera!

FIN DU LIVRE SIXIÈME.



AVERTISSEMENT

Voici un second recueil de Fables que je présente au public. J’ai jugé à propos de donner à la plupart de celles-ci un air et un tour un peu différent de celui que j’ai donné aux premières, tant à cause de la différence des sujets que pour remplir de plus de variété mon ouvrage. Les traits familiers que j’ai semés avec assez d’abondance dans les deux autres parties convenoient bien mieux aux inventions d’Ésope qu’à ces dernières, où j’en use plus sobrement, pour ne pas tomber en des répétitions; car le nombre de ces traits n’est pas infini. Il a donc fallu que j’aie cherché d’autres enrichissements , et étendu davantage les circonstances de ces récits, qui d’ailleurs me sembloient le demander de la sorte. Pour peu que le lecteur y prenne garde, il le reconnoîtra lui-même: ainsi je ne tiens pas qu’il soit nécessaire d’en étaler ici les raisons, non plus que de dire où j’ai puisé ces derniers sujets. Seulement je dirai, par reconnoissance, que j’en dois la plus grande partie à Pilpay, sage Indien. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et original à l’égard d’Ésope, si ce n’est Ésope lui-même sous le nom du sage Locman. Quelques autres m’ont fourni des sujets assez heureux. Enfin j’ai tâché de mettre en ces deux dernières parties toute la diversité dont j’étois capable.

A

MADAME DE MONTESPAN

L’apologue est un don qui vient des immortels; Ou, si c’est un présent des hommes, Quiconque nous l’a fait mérite des autels: Nous devons, tous tant que nous sommes, Ériger en divinité Le sage par qui fut ce bel art inventé. C’est proprement un charme: il rend l’âme attentive, Ou plutôt il la tient captive, Nous attachant à des récits Qui mènent à son gré les cœurs et les esprits. O vous qui l’imitez, Olympe, si ma muse A quelquefois pris place à la table des dieux, Sur ses dons aujourd’hui daignez porter les yeux; Favorisez les jeux où mon esprit s’amuse! Le Temps, qui détruit tout, respectant votre appui, Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage: Tout auteur qui voudra vivre encore après lui Doit s’acquérir votre suffrage. C’est de vous que mes vers attendent tout leur prix: Il n’est beauté dans nos écrits Dont vous ne connoissiez jusques aux moindres traces. Eh! qui connoît que vous les beautés et les grâces! Paroles et regards, tout est charme dans vous. Ma muse, en un sujet si doux, Voudroit s’étendre davantage; Mais il faut réserver à d’autres cet emploi; Et d’un plus grand maître que moi Votre louange est le partage. Olympe, c’est assez qu’à mon dernier ouvrage Votre nom serve un jour de rempart et d’abri; Protégez désormais le livre favori Par qui j’ose espérer une seconde vie: Sous vos seuls auspices ces vers Seront jugés, malgré l’envie, Dignes des yeux de l’univers. Je ne mérite pas une faveur si grande; La fable en son nom la demande: Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous. S’il procure à mes vers le bonheur de vous plaire, Je croirai lui devoir un temple pour salaire: Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous.


LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE.

I

LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE.

Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom), Capable d’enrichir en un jour l’Achéron, Faisoit aux animaux la guerre. Ils ne mouroient pas tous, mais tous étoient frappés; On n’en voyoit point d’occupés A chercher le soutien d’une mourante vie; Nul mets n’excitoit leur envie; Ni loups ni renards n’épioient La douce et l’innocente proie; Les tourterelles se fuyoient: Plus d’amour, partant plus de joie. Le lion tint conseil, et dit: Mes chers amis, Je crois que le Ciel a permis Pour nos péchés cette infortune. Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux; Peut-être il obtiendra la guérison commune. L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents On fait de pareils dévouements. Ne nous flattons donc point; voyons sans indulgence L’état de notre conscience. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, J’ai dévoré force moutons. Que m’avoient-ils faits? Nulle offense; Même il m’est arrivé quelquefois de manger Le berger. Je me dévouerai donc, s’il le faut; mais je pense Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi; Car on doit souhaiter, selon toute justice, Que le plus coupable périsse. Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi; Vos scrupules font voir trop de délicatesse. Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes, seigneur, En les croquant, beaucoup d’honneur; Et quant au berger, l’on peut dire Qu’il étoit digne de tous maux, Étant de ces gens-là qui sur les animaux Se font un chimérique empire. Ainsi dit le renard, et flatteurs d’applaudir. On n’osa trop approfondir Du tigre, ni de l’ours, ni des autres puissances, Les moins pardonnables offenses: Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins, Au dire de chacun, étoient de petits saints. L’âne vint à son tour, et dit: J’ai souvenance Qu’en un pré de moines passant, La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et, je pense, Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue; Je n’en avois nul droit, puisqu’il faut parler net. A ces mots, on cria haro sur le baudet. Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue Qu’il falloit dévouer ce maudit animal, Ce pelé, ce galeux, d’où venoit tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l’herbe d’autrui! quel crime abominable! Rien que la mort n’étoit capable D’expier son forfait. On le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.