Fables Cap. 1/246 · 0%

FablesParte 17 de 26

Jean de La Fontaine

Original em francês · tradução para inglês

A tradução continua com o Premium.

  • O sentido de cada trecho
  • Notas sobre expressões e gramática
  • Todos os livros do catálogo

L’ANE ET LE CHIEN.

XVII

L’ANE ET LE CHIEN.

Il se faut entr’aider: c’est la loi de nature. L’âne un jour pourtant s’en moqua: Et ne sais comme il y manqua, Car il est bonne créature. Il alloit par pays, accompagné du chien, Gravement, sans songer à rien; Tous deux suivis d’un commun maître. Ce maître s’endormit. L’âne se mit à paître: Il étoit alors dans un pré Dont l’herbe étoit fort à son gré. Point de chardons pourtant; il s’en passa pour l’heure: Il ne faut pas toujours être si délicat; Et, faute de servir ce plat, Rarement un festin demeure. Notre baudet s’en sut enfin Passer pour cette fois. Le chien, mourant de faim, Lui dit: Cher compagnon, baisse-toi, je te prie: Je prendrai mon dîné dans le panier au pain. Point de réponse; mot: le roussin d’Arcadie Craignit qu’en perdant un moment Il ne perdît un coup de dent. Il fit longtemps la sourde oreille; Enfin il répondit: Ami, je te conseille D’attendre que ton maître ait fini son sommeil; Car il te donnera sans faute, à son réveil, Ta portion accoutumée: Il ne sauroit tarder beaucoup. Sur ces entrefaites un loup Sort du bois, et s’en vient: autre bête affamée. L’âne appelle aussitôt le chien à son secours. Le chien ne bouge et dit: Ami, je te conseille De fuir, en attendant que ton maître s’éveille; Il ne sauroit tarder: détale vite, et cours. Que si ce loup t’atteint, casse-lui la mâchoire: On t’a ferré de neuf; et, si tu veux me croire, Tu l’étendras tout plat. Pendant ce beau discours, Seigneur loup étrangla le baudet, sans remède.

Je conclus qu’il faut qu’on s’entr’aide.


LE BASSA ET LE MARCHAND.

XVIII

LE BASSA ET LE MARCHAND.

Un marchand grec en certaine contrée Faisoit trafic. Un bassa l’appuyoit; De quoi le Grec en bassa le payoit, Non en marchand: tant c’est chère denrée Qu’un protecteur! Celui-ci coûtoit tant, Que notre Grec s’alloit partout plaignant. Trois autres Turcs d’un rang moindre en puissance, Lui vont offrir leur support en commun. Eux trois vouloient moins de reconnoissance Qu’à ce marchand il n’en coûtoit pour un. Le Grec écoute; avec eux il s’engage; Et le bassa du tout est averti; Même on lui dit qu’il jouera, s’il est sage, A ces gens-là quelque méchant parti, Les prévenant, les chargeant d’un message Pour Mahomet, droit en son paradis, Et sans tarder; sinon ces gens unis Le préviendront, bien certains qu’à la ronde Il a des gens tout prêts pour le venger: Quelque poison l’enverra protéger Les trafiquants qui sont en l’autre monde. Sur cet avis le Turc se comporta Comme Alexandre, et, plein de confiance, Chez le marchand tout droit il s’en alla, Se mit à table. On vit tant d’assurance En ses discours et dans tout son maintien, Qu’on ne crut point qu’il se doutât de rien. Ami, dit-il, je sais que tu me quittes; Même l’on veut que j’en craigne les suites; Mais je te crois un trop homme de bien: Tu n’as point l’air d’un donneur de breuvage. Je n’en dis pas là-dessus davantage. Quant à ces gens qui pensent t’appuyer, Écoute-moi; sans tant de dialogue Et de raisons qui pourroient t’ennuyer, Je ne te veux conter qu’un apologue.

Il étoit un berger, son chien et son troupeau. Quelqu’un lui demanda ce qu’il prétendoit faire D’un dogue de qui l’ordinaire Étoit un pain entier. Il falloit bien et beau Donner cet animal au seigneur du village. Lui, berger, pour plus de ménage, Auroit deux ou trois mâtinaux, Qui, lui dépensant moins, veilleroient aux troupeaux Bien mieux que cette bête seule. Il mangeoit plus que trois; mais on ne disoit pas Qu’il avoit aussi triple gueule Quand les loups livroient des combats. Le berger s’en défait; il prend trois chiens de taille A lui dépenser moins, mais à fuir la bataille. Le troupeau s’en sentit; et tu te sentiras Du choix de semblable canaille. Si tu fais bien, tu reviendras à moi. Le Grec le crut.

Ceci montre aux provinces Que, tout compté, mieux vaut en bonne foi S’abandonner à quelque puissant roi Que s’appuyer sur plusieurs petits princes.


L’AVANTAGE DE LA SCIENCE.

XIX

L’AVANTAGE DE LA SCIENCE.

Entre deux bourgeois d’une ville S’émut jadis un différend: L’un étoit pauvre, mais habile; L’autre riche, mais ignorant. Celui-ci sur son concurrent Vouloit emporter l’avantage; Prétendoit que tout homme sage Etoit tenu de l’honorer. C’étoit tout homme sot: car pourquoi révérer Des biens dépourvus de mérite? La raison m’en semble petite. Mon ami, disoit-il souvent Au savant, Vous vous croyez considérable; Mais dites-moi, tenez-vous table? Que sert à vos pareils de lire incessamment? Ils sont toujours logés à la troisième chambre, Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre, Ayant pour tout laquais leur ombre seulement. La république a bien affaire De gens qui ne dépensent rien! Je ne sais d’homme nécessaire Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien. Nous en usons, Dieu sait! notre plaisir occupe L’artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe Et celle qui la porte, et vous, qui dédiez A messieurs les gens de finance De méchants livres bien payés. Ces mots remplis d’impertinence Eurent le sort qu’ils méritoient. L’homme lettré se tut; il avoit trop à dire. La guerre le vengea bien mieux qu’une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitoient: L’un et l’autre quitta sa ville. L’ignorant resta sans asile; Il reçut partout des mépris: L’autre reçut partout quelque faveur nouvelle. Cela décida leur querelle.

Laissez dire les sots: le savoir a son prix.


JUPITER ET LES TONNERRES.

XX

JUPITER ET LES TONNERRES.

Jupiter, voyant nos fautes, Dit un jour, du haut des airs: Remplissons de nouveaux hôtes Les cantons de l’univers Habités par cette race Qui m’importune et me lasse. Va-t-en, Mercure, aux enfers; Amène-moi la Furie La plus cruelle des trois. Race que j’ai trop chérie, Tu périras cette fois! Jupiter ne tarda guère A modérer son transport.

O vous, rois, qu’il voulut faire Arbitres de notre sort, Laissez, entre la colère Et l’orage qui la suit, L’intervalle d’une nuit.

Le dieu dont l’aile est légère, Et la langue a des douceurs, Alla voir les noires sœurs, A Tisiphone et Mégère Il préféra, ce dit-on, L’impitoyable Alecton. Ce choix la rendit si fière; Qu’elle jura par Pluton Que toute l’engeance humaine Seroit bientôt du domaine Des déités de là-bas. Jupiter n’approuva pas Le serment de l’Euménide. Il la renvoie; et pourtant Il lance un foudre à l’instant Sur certain peuple perfide. Le tonnerre, ayant pour guide Le père même de ceux Qu’il menaçoit de ses feux, Se contenta de leur crainte; Il n’embrasa que l’enceinte D’un désert inhabité: Tout père frappe à côté. Qu’arriva-t-il? Notre engeance Prit pied sur cette indulgence. Tout l’Olympe s’en plaignit; Et l’assembleur de nuages Jura le Styx, et promit De former d’autres orages: Ils seroient sûrs. On sourit; On lui dit qu’il étoit père, Et qu’il laissât, pour le mieux, A quelqu’un des autres dieux D’autres tonnerres à faire. Vulcain entreprit l’affaire. Ce dieu remplit ses fourneaux De deux sortes de carreaux: L’un jamais ne se fourvoie; Et c’est celui que toujours L’Olympe en corps nous envoie: L’autre s’écarte en son cours; Ce n’est qu’aux monts qu’il en coûte; Bien souvent même il se perd; Et ce dernier en sa route Nous vient du seul Jupiter.


LE FAUCON ET LE CHAPON.

XXI

LE FAUCON ET LE CHAPON.

Une traîtresse voix bien souvent nous appelle; Ne vous pressez donc nullement: Ce n’étoit pas un sot, non, non, et croyez-m’en, Que le chien de Jean de Nivelle.

Un citoyen du Mans, chapon de son métier, Étoit sommé de comparoître Par-devant les lares du maître, Au pied d’un tribunal que nous nommons foyer. Tous les gens lui crioient, pour déguiser la chose: Petit, petit, petit! mais, loin de s’y fier, Le Normand et demi laissoit les gens crier. Serviteur, disoit-il; votre appât est grossier. On ne m’y tient pas, et pour cause. Cependant un faucon sur sa perche voyoit Notre Manceau qui s’enfuyoit. Les chapons ont en nous fort peu de confiance, Soit instinct, soit expérience. Celui-ci, qui ne fut qu’avec peine attrapé, Devoit, le lendemain, être d’un grand soupé, Fort à l’aise en un plat, honneur dont la volaille Se seroit passée aisément. L’oiseau chasseur lui dit: Ton peu d’entendement Me rend tout étonné. Vous n’êtes que racaille, Gens grossiers, sans esprit, à qui l’on n’apprend rien. Pour moi, je sais chasser et revenir au maître. Le vois-tu pas à la fenêtre? Il t’attend: es-tu sourd? Je n’entends que trop bien, Repartit le chapon; mais que me veut-il dire? Et ce beau cuisinier armé d’un grand couteau? Reviendrois-tu pour cet appeau? Laisse-moi fuir; cesse de rire De l’indocilité qui me fait envoler Lorsque d’un ton si doux on s’en vient m’appeler. Si tu voyois mettre à la broche Tous les jours autant de faucons Que j’y vois mettre de chapons, Tu ne me ferois pas un semblable reproche.


LE CHAT ET LE RAT.

XXII

LE CHAT ET LE RAT.

Quatre animaux divers, le chat grippe-fromage, Triste oiseau le hibou, ronge-maille le rat, Dame belette au long corsage, Toutes gens d’esprit scélérat, Hantoient le tronc pourri d’un pin vieux et sauvage. Tant y furent, qu’un soir à l’entour de ce pin L’homme tendit ses rets. Le chat, de grand matin, Sort pour aller chercher sa proie. Les derniers traits de l’ombre empêchent qu’il ne voie Le filet: il y tombe en danger de mourir; Et mon chat de crier, et le rat d’accourir: L’un plein de désespoir, et l’autre plein de joie; Il voyoit dans les lacs son mortel ennemi. Le pauvre chat dit: Cher ami, Les marques de ta bienveillance Sont communes en mon endroit. Viens m’aider à sortir du piége où l’ignorance M’a fait tomber. C’est à bon droit Que seul entre les tiens, par amour singulière, Je t’ai toujours choyé, t’aimant comme mes yeux. Je n’en ai point regret, et j’en rends grâce aux dieux. J’allois leur faire ma prière, Comme tout dévot chat en use les matins; Ce réseau me retient: ma vie est en tes mains; Viens dissoudre ces nœuds. Et quelle récompense En aurai-je? reprit le rat. Je jure éternelle alliance Avec toi, repartit le chat. Dispose de ma griffe, et sois en assurance: Envers et contre tous je te protégerai, Et la belette mangerai Avec l’époux de la chouette: Ils t’en veulent tous deux. Le rat dit: Idiot! Moi ton libérateur! je ne suis pas si sot. Puis il s’en va vers sa retraite. La belette étoit près du trou. Le rat grimpe plus haut; il y voit le hibou. Dangers de toutes parts, le plus pressant l’emporte. Ronge-maille retourne au chat, et fait en sorte Qu’il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant Qu’il dégage enfin l’hypocrite. L’homme paroît en cet instant; Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite. A quelque temps de là, notre chat vit de loin Son rat, qui se tenoit alerte et sur ses gardes: Ah! mon frère, dit-il, viens m’embrasser: ton soin Me fait injure; tu regardes Comme ennemi ton allié. Penses-tu que j’aie oublié Qu’après Dieu je te dois la vie? Et moi, reprit le rat, penses-tu que j’oublie Ton naturel? Aucun traité Peut-il forcer un chat à la reconnoissance? S’assure-t-on sur l’alliance Qu’a faite la nécessité?


LE TORRENT ET LA RIVIÈRE.

XXIII

LE TORRENT ET LA RIVIÈRE.

Avec grand bruit et grand fracas Un torrent tomboit des montagnes; Tout fuyoit devant lui: l’horreur suivoit ses pas, Il faisoit trembler les campagnes. Nul voyageur n’osoit passer Une barrière si puissante; Un seul vit les voleurs; et, se sentant presser, Il mit entre eux et lui cette onde menaçante. Ce n’étoit que menace et bruit sans profondeur; Notre homme enfin n’eut que la peur. Ce succès lui donnant courage, Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours, Il rencontra sur son passage Une rivière dont le cours, Image d’un sommeil doux, paisible et tranquille, Lui fit croire d’abord ce trajet fort facile: Point de bords escarpés, un sable pur et net. Il entre; et son cheval le met A couvert des voleurs, mais non de l’onde noire: Tous deux au Styx allèrent boire; Tous deux, à nager malheureux, Allèrent traverser, au séjour ténébreux, Bien d’autres fleuves que les nôtres.

Les gens sans bruit sont dangereux; Il n’en est pas ainsi des autres.


L’ÉDUCATION.

XXIV

L’ÉDUCATION.

Laridon et César, frères dont l’origine Venoit de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis, A deux maîtres divers échus au temps jadis, Hantoient l’un les forêts, et l’autre la cuisine. Ils avoient eu d’abord chacun un autre nom; Mais la diverse nourriture Fortifiant en l’un cette heureuse nature, En l’autre l’altérant, un certain marmiton Nomma celui-ci Laridon. Son frère, ayant couru mainte haute aventure, Mis maint cerf aux abois, maint sanglier abattu, Fut le premier César que la gent chienne ait eu. On eut soin d’empêcher qu’une indigne maîtresse Ne fît en ses enfants dégénérer son sang. Laridon négligé témoignoit sa tendresse A l’objet le premier passant. Il peupla tout de son engeance: Tournebroches par lui rendus communs en France Y font un corps à part, gens fuyant les hasards, Peuple antipode des Césars.

On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père: Le peu de soin, le temps, tout fait qu’on dégénère. Faute de cultiver la nature et ses dons, Oh! combien de Césars deviendront Laridons!


LES DEUX CHIENS ET L’ANE MORT.

XXV

LES DEUX CHIENS ET L’ANE MORT.

Les vertus devroient être sœurs, Ainsi que les vices sont frères. Dès que l’un de ceux-ci s’empare de nos cœurs, Tous viennent à la file, il ne s’en manque guères: J’entends de ceux qui, n’étant pas contraires, Peuvent loger sous même toit. A l’égard des vertus, rarement on les voit Toutes en un sujet éminemment placées Se tenir par la main sans être dispersées. L’un est vaillant, mais prompt; l’autre est prudent, mais froid. Parmi les animaux, le chien se pique d’être Soigneux et fidèle à son maître; Mais il est sot, il est gourmand. Témoin ces deux mâtins qui, dans l’éloignement, Virent un âne mort qui flottoit sur les ondes. Le vent de plus en plus l’éloignoit de nos chiens. Ami, dit l’un, tes yeux sont meilleurs que les miens: Porte un peu tes regards sur ces plaines profondes: J’y crois voir quelque chose. Est-ce un bœuf? un cheval? Eh! qu’importe quel animal? Dit l’un de ces mâtins; voilà toujours curée. Le point est de l’avoir: car le trajet est grand; Et de plus il nous faut nager contre le vent. Buvons toute cette eau; notre gorge altérée En viendra bien à bout: ce corps demeurera Bientôt à sec; et ce sera Provision pour la semaine. Voilà mes chiens à boire: ils perdirent l’haleine, Et puis la vie; ils firent tant Qu’on les vit crever à l’instant.

L’homme est ainsi bâti: quand un sujet l’enflamme, L’impossibilité disparoît à son âme. Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas, S’outrant pour acquérir des biens ou de la gloire! Si j’arrondissois mes États! Si je pouvois remplir mes coffres de ducats! Si j’apprenois l’hébreu, les sciences, l’histoire! Tout cela, c’est la mer à boire; Mais rien à l’homme ne suffit. Pour fournir aux projets que forme un seul esprit, Il faudroit quatre corps; encor, loin d’y suffire, A mi-chemin je crois que tous demeureroient: Quatre Mathusalem bout à bout ne pourroient Mettre à fin ce qu’un seul désire.


DÉMOCRITE ET LES ABDÉRITAINS.

XXVI

DÉMOCRITE ET LES ABDÉRITAINS.

Que j’ai toujours haï les pensers du vulgaire! Qu’il me semble profane, injuste et téméraire, Mettant de faux milieux entre la chose et lui, Et mesurant par soi ce qu’il voit en autrui! Le maître d’Épicure en fit l’apprentissage. Son pays le crut fou. Petits esprits! Mais quoi! Aucun n’est prophète chez soi. Ces gens étoient les fous; Démocrite, le sage. L’erreur alla si loin qu’Abdère députa Vers Hippocrate, et l’invita, Par lettres et par ambassade, A venir rétablir la raison du malade. Notre concitoyen, disoient-ils en pleurant, Perd l’esprit: la lecture a gâté Démocrite. Nous l’estimerions plus s’il étoit ignorant. Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite: Peut-être même ils sont remplis De Démocrites infinis. Non content de ce songe, il y joint les atomes, Enfants d’un cerveau creux, invisibles fantômes; Et, mesurant les cieux sans bouger d’ici-bas, Il connoît l’univers, et ne se connoît pas. Un temps fut qu’il savoit accorder les débats: Maintenant il parle à lui-même. Venez, divin mortel, sa folie est extrême. Hippocrate n’eut pas trop de foi pour ces gens; Cependant il partit. Et voyez, je vous prie, Quelles rencontres dans la vie Le sort cause. Hippocrate arriva dans le temps Que celui qu’on disoit n’avoir raison ni sens Cherchoit, dans l’homme et dans la bête, Quel siége a la raison, soit le cœur, soit la tête. Sous un ombrage épais, assis près d’un ruisseau, Les labyrinthes d’un cerveau L’occupoient. Il avoit à ses pieds maint volume, Et ne vit presque pas son ami s’avancer, Attaché selon sa coutume. Leur compliment fut court, ainsi qu’on peut penser: Le sage est ménager du temps et des paroles. Ayant donc mis à part les entretiens frivoles, Et beaucoup raisonné sur l’homme et sur l’esprit, Ils tombèrent sur la morale. Il n’est pas besoin que j’étale Tout ce que l’un et l’autre dit.

Le récit précédent suffit Pour montrer que le peuple est juge récusable. En quel sens est donc véritable Ce que j’ai lu dans certain lieu, Que sa voix est la voix de Dieu?