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FablesParte 18 de 26

Jean de La Fontaine

Original em francês · tradução para inglês

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LE LOUP ET LE CHASSEUR.

XXVII

LE LOUP ET LE CHASSEUR.

Fureur d’accumuler, monstre de qui les yeux Regardent comme un point tous les bienfaits des dieux, Te combattrai-je en vain sans cesse en cet ouvrage? Quel temps demandes-tu pour suivre mes leçons? L’homme, sourd à ma voix comme à celle du sage, Ne dira-t-il jamais: C’est assez, jouissons? Hâte-toi, mon ami, tu n’as pas tant à vivre. Je te rabats ce mot; car il vaut tout un livre: Jouis.—Je le ferai.—Mais quand donc?—Dès demain.— Eh! mon ami, la mort te peut prendre en chemin: Jouis dès aujourd’hui; redoute un sort semblable A celui du chasseur et du loup de ma fable.

Le premier de son arc avoit mis bas un daim. Un faon de biche passe, et le voilà soudain Compagnon du défunt: tous deux gisent sur l’herbe. La proie étoit honnête, un daim avec un faon: Tout modeste chasseur en eût été content; Cependant un sanglier, monstre énorme et superbe, Tente encor notre archer, friand de tels morceaux. Autre habitant du Styx: la Parque et ses ciseaux Avec peine y mordoient; la déesse infernale Reprit à plusieurs fois l’heure au monstre fatale. De la force du coup pourtant il s’abattit. C’étoit assez de biens. Mais quoi! rien ne remplit Les vastes appétits d’un faiseur de conquêtes. Dans le temps que le porc revient à soi, l’archer Voit le long du sillon une perdrix marcher; Surcroît chétif aux autres têtes: De son arc toutefois il bande les ressorts. Le sanglier, rappelant les restes de sa vie, Vient à lui, le découd, meurt vengé sur son corps; Et la perdrix le remercie.

Cette part du récit s’adresse aux convoiteux: L’avare aura pour lui le reste de l’exemple.

Un loup vit en passant ce spectacle piteux: O Fortune! dit-il, je te promets un temple. Quatre corps étendus! que de biens! mais pourtant Il les faut ménager; ces rencontres sont rares. (Ainsi s’excusent les avares.) J’en aurai, dit le loup, pour un mois, pour autant: Un, deux, trois, quatre corps; ce sont quatre semaines, Si je sais compter, toutes pleines. Commençons dans deux jours, et mangeons cependant La corde de cet arc: il faut que l’on l’ait faite De vrai boyau; l’odeur me le témoigne assez. En disant ces mots, il se jette Sur l’arc, qui se détend, et fait de la sagette Un nouveau mort: mon loup a les boyaux percés.

Je reviens à mon texte. Il faut que l’on jouisse; Témoin ces deux gloutons punis d’un sort commun: La convoitise perdit l’un, L’autre périt par l’avarice.

FIN DU LIVRE HUITIÈME.



LE DÉPOSITAIRE INFIDÈLE.

I

LE DÉPOSITAIRE INFIDÈLE.

Grâce aux Filles de mémoire, J’ai chanté les animaux; Peut-être d’autres héros M’auroient acquis moins de gloire. Le loup, en langue des dieux, Parle au chien dans mes ouvrages: Les bêtes à qui mieux mieux Y font divers personnages, Les uns fous, les autres sages; De telle sorte pourtant Que les fous vont l’emportant: La mesure en est plus pleine. Je mets aussi sur la scène Des trompeurs, des scélérats, Des tyrans et des ingrats, Mainte imprudente pécore, Force sots, force flatteurs; Je pourrois y joindre encore Des légions de menteurs: Tout homme ment, dit le Sage. S’il n’y mettoit seulement Que les gens de bas étage, On pourroit aucunement Souffrir ce défaut aux hommes; Mais que tous, tant que nous sommes, Nous mentions, grand et petit, Si quelque autre l’avoit dit, Je soutiendrois le contraire. Et même qui mentiroit Comme Ésope et comme Homère, Un vrai menteur ne seroit: Le doux charme de maint songe Par leur bel art inventé, Sous les habits du mensonge Nous offre la vérité. L’un et l’autre a fait un livre Que je tiens digne de vivre Sans fin, et plus, s’il se peut. Comme eux ne ment pas qui veut. Mais mentir comme sut faire Un certain dépositaire, Payé par son propre mot, Est d’un méchant et d’un sot. Voici le fait:

Un trafiquant de Perse, Chez son voisin, s’en allant en commerce, Mit en dépôt un cent de fer un jour. Mon fer? dit-il, quand il fut de retour.— Votre fer! il n’est plus: j’ai regret de vous dire Qu’un rat l’a mangé tout entier. J’en ai grondé mes gens; mais qu’y faire? un grenier A toujours quelque trou. Le trafiquant admire Un tel prodige, et feint de le croire pourtant. Au bout de quelques jours il détourne l’enfant Du perfide voisin; puis à souper convie Le père qui s’excuse, et lui dit en pleurant: Dispensez-moi, je vous supplie; Tous plaisirs pour moi sont perdus. J’aimois un fils plus que ma vie: Je n’ai que lui; que dis-je? hélas! je ne l’ai plus! On me l’a dérobé: plaignez mon infortune. Le marchand repartit: Hier au soir, sur la brune Un chat-huant s’en vint votre fils enlever; Vers un vieux bâtiment je le lui vis porter, Le père dit: Comment voulez-vous que je croie Qu’un hibou pût jamais emporter cette proie? Mon fils en un besoin eût pris le chat-huant.— Je ne vous dirai point, reprit l’autre, comment; Mais enfin je l’ai vu, vu de mes yeux, vous dis-je; Et ne vois rien qui vous oblige D’en douter un moment, après ce que je dis. Faut-il que vous trouviez étrange Que les chats-huants d’un pays Où le quintal de fer par un seul rat se mange, Enlèvent un garçon pesant un demi-cent? L’autre vit où tendoit cette feinte aventure: Il rendit le fer au marchand, Qui lui rendit sa géniture.

Même dispute avint entre deux voyageurs. L’un d’eux étoit de ces conteurs Qui n’ont jamais rien vu qu’avec un microscope; Tout est géant chez eux: écoutez-les, l’Europe, Comme l’Afrique, aura des monstres à foison. Celui-ci se croyoit l’hyperbole permise: J’ai vu, dit-il, un chou plus grand qu’une maison. Et moi, dit l’autre, un pot aussi grand qu’une église. Le premier se moquant, l’autre reprit: Tout doux: On le fit pour cuire vos choux.

L’homme au pot fut plaisant, l’homme au fer fut habile. Quand l’absurde est outré, on lui fait trop d’honneur De vouloir par raison combattre son erreur: Enchérir est plus court, sans s’échauffer la bile.


LES DEUX PIGEONS.

II

LES DEUX PIGEONS.

Deux pigeons s’aimoient d’amour tendre: L’un d’eux, s’ennuyant au logis, Fut assez fou pour entreprendre Un voyage en lointain pays. L’autre lui dit: Qu’allez-vous faire? Voulez-vous quitter votre frère? L’absence est le plus grand des maux: Non pas pour vous, cruel! Au moins que les travaux Les dangers, les soins du voyage Changent un peu votre courage. Encor, si la saison s’avançoit davantage! Attendez les zéphyrs: qui vous presse? un corbeau Tout à l’heure annonçoit malheur à quelque oiseau. Je ne songerai plus que rencontre funeste, Que faucons, que réseaux. Hélas! dirai-je, il pleut: Mon frère a-t-il tout ce qu’il veut, Bon souper, bon gîte, et le reste? Ce discours ébranla le cœur De notre imprudent voyageur. Mais le désir de voir et l’humeur inquiète L’emportèrent enfin. Il dit: Ne pleurez point. Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite, Je reviendrai dans peu conter de point en point Mes aventures à mon frère; Je le désennuierai. Quiconque ne voit guère N’a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint Vous sera d’un plaisir extrême. Je dirai: J’étois là; telle chose m’avint: Vous y croirez être vous-même. A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu. Le voyageur s’éloigne, et voilà qu’un nuage L’oblige de chercher retraite en quelque lieu. Un seul arbre s’offrit, tel encor que l’orage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage. L’air devenu serein, il part tout morfondu, Sèche du mieux qu’il peut son corps chargé de pluie, Dans un champ à l’écart voit du blé répandu, Voit un pigeon auprès: cela lui donne envie: Il y vole, il est pris: ce blé couvroit d’un lacs Les menteurs et traîtres appâts. Le lacs étoit usé; si bien que de son aile, De ses pieds, de son bec, l’oiseau le rompt enfin. Quelque plume y périt; et le pis du destin Fut qu’un certain vautour, à la serre cruelle, Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle, Et les morceaux du lacs qui l’avoit attrapé, Sembloit un forçat échappé. Le vautour s’en alloit le lier, quand des nues Fond à son tour un aigle aux ailes étendues. Le pigeon profita du conflit des voleurs, S’envola, s’abattit auprès d’une masure, Crut pour ce coup que ses malheurs Finiroient par cette aventure; Mais un fripon d’enfant (cet âge est sans pitié) Prit sa fronde, et du coup tua plus d’à moitié La volatile malheureuse, Qui, maudissant sa curiosité, Traînant l’aile, et tirant le pied, Demi-morte et demi-boiteuse, Droit au logis s’en retourna: Que bien, que mal, elle arriva Sans autre aventure fâcheuse. Voilà nos gens rejoints, et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines. Amants, heureux amants, voulez-vous voyager Que ce soit aux rives prochaines. Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau, Toujours divers, toujours nouveau; Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste J’ai quelquefois aimé: je n’aurois pas alors, Contre le Louvre et ses trésors, Contre le firmament et sa voûte céleste, Changé les bois, changé les lieux, Honorés par les pas, éclairés par les yeux De l’aimable et jeune bergère Pour qui, sous le fils de Cythère, Je servis, engagé par mes premiers serments. Hélas! quand reviendront de semblables moments? Faut-il que tant d’objets si doux et si charmants Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète! Ah! si mon cœur osoit encor se renflammer! Ne sentirai-je plus de charme qui m’arrête? Ai-je passé le temps d’aimer?


LE SINGE ET LE LÉOPARD.

III

LE SINGE ET LE LÉOPARD.

Le singe avec le léopard Gagnoient de l’argent à la foire. Ils affichoient chacun à part. L’un d’eux disoit: Messieurs, mon mérite et ma gloire Sont connus en bon lieu. Le roi m’a voulu voir; Et si je meurs, il veut avoir Un manchon de ma peau, tant elle est bigarrée, Pleine de taches, marquetée, Et vergetée, et mouchetée. La bigarrure plaît: partant chacun le vit. Mais ce fut bientôt fait, bientôt chacun sortit. Le singe de sa part disoit: Venez, de grâce; Venez, messieurs: je fais cent tours de passe-passe Cette diversité dont on vous parle tant, Mon voisin léopard l’a sur soi seulement: Moi je l’ai dans l’esprit. Votre serviteur Gille, Cousin et gendre de Bertrand, Singe du pape en son vivant, Tout fraîchement en cette ville Arrive en trois bateaux, exprès pour me parler: Car il parle, on l’entend: il sait danser, baller, Faire des tours de toute sorte, Passer en des cerceaux; et le tout pour six blancs: Non, messieurs, pour un sou: si vous n’êtes contents, Nous rendrons à chacun son argent à la porte.

Le singe avoit raison. Ce n’est pas sur l’habit Que la diversité me plaît; c’est dans l’esprit: L’une fournit toujours des choses agréables; L’autre en moins d’un moment lasse les regardants. Oh! que de grands seigneurs, au léopard semblables, N’ont que l’habit pour tous talents!


LE GLAND ET LA CITROUILLE.

IV

LE GLAND ET LA CITROUILLE.

Dieu fait bien ce qu’il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et l’aller parcourant, Dans les citrouilles je la treuve.

Un villageois considérant Combien ce fruit est gros et sa tige menue: A quoi songeoit, dit-il, l’auteur de tout cela? Il a bien mal placé cette citrouille-là! Eh! parbleu! je l’aurois pendue A l’un des chênes que voilà; C’eût été justement l’affaire: Tel fruit, tel arbre, pour bien faire. C’est dommage, Garo, que tu n’es point entré Au conseil de Celui que prêche ton curé; Tout en eût été mieux: car pourquoi, par exemple, Le gland, qui n’est pas gros comme mon petit doigt, Ne pend-il pas en cet endroit? Dieu s’est mépris: plus je contemple Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo Que l’on a fait un quiproquo. Cette réflexion embarrassant notre homme: On ne dort point, dit-il, quand on a tant d’esprit. Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. Un gland tombe: le nez du dormeur en pâtit. Il s’éveille; et, portant la main sur son visage, Il trouve encor le gland pris au poil du menton. Son nez meurtri le force à changer de langage. Oh! oh! dit-il, je saigne! Et que seroit-ce donc S’il fût tombé de l’arbre une masse plus lourde, Et que ce gland eût été gourde! Dieu ne l’a pas voulu: sans doute il eut raison; J’en vois bien à présent la cause. En louant Dieu de toute chose, Garo retourne à la maison.


L’ÉCOLIER, LE PÉDANT ET LE MAITRE D’UN JARDIN.

V

L’ÉCOLIER, LE PÉDANT ET LE MAITRE D’UN JARDIN.

Certain enfant qui sentoit son collége, Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge et par le privilége Qu’ont les pédants de gâter la raison, Chez un voisin déroboit, ce dit-on, Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne, Des plus beaux dons que nous offre Pomone Avoit la fleur, les autres le rebut: Chaque saison apportoit son tribut, Car au printemps il jouissoit encore Des plus beaux dons que nous présente Flore. Un jour dans son jardin il vit notre écolier, Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier, Gâtoit jusqu’aux boutons, douce et frêle espérance, Avant-coureurs des biens que promet l’abondance: Même il ébranchoit l’arbre, et fit tant à la fin Que le possesseur du jardin Envoya faire plainte au maître de la classe. Celui-ci vint, suivi d’un cortége d’enfants: Voilà le verger plein de gens Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce, Accrut le mal en amenant Cette jeunesse mal instruite: Le tout, à ce qu’il dit, pour faire un châtiment Qui pût servir d’exemple, et dont toute sa suite Se souvînt à jamais comme d’une leçon. Là-dessus il cita Virgile et Cicéron, Avec force traits de science. Son discours dura tant, que la maudite engeance Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.

Je hais les pièces d’éloquence Hors de leur place, et qui n’ont point de fin, Et ne sais bête au monde pire Que l’écolier, si ce n’est le pédant. Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire, Ne me plairoit aucunement.


LE STATUAIRE ET LA STATUE DE JUPITER.

VI

LE STATUAIRE ET LA STATUE DE JUPITER.

Un bloc de marbre étoit si beau Qu’un statuaire en fit l’emplette. Qu’en fera, dit-il, mon ciseau? Sera-t-il dieu, table, ou cuvette?

Il sera dieu: même je veux Qu’il ait en sa main un tonnerre. Tremblez, humains! faites des vœux: Voilà le maître de la terre!

L’artisan exprima si bien Le caractère de l’idole, Qu’on trouva qu’il ne manquoit rien A Jupiter que la parole:

Même l’on dit que l’ouvrier Eut à peine achevé l’image, Qu’on le vit frémir le premier, Et redouter son propre ouvrage.

A la foiblesse du sculpteur Le poëte autrefois n’en dut guère, Des dieux dont il fut l’inventeur Craignant la haine et la colère.

Il étoit enfant en ceci: Les enfants n’ont l’âme occupée Que de continuel souci Qu’on ne fâche point leur poupée.

Leur cœur suit aisément l’esprit: De cette source est descendue L’erreur païenne, qui se vit Chez tant de peuples répandue.

Ils embrassoient violemment Les intérêts de leur chimère: Pygmalion devint amant De la Vénus dont il fut père.

Chacun tourne en réalités, Autant qu’il peut, ses propres songes: L’homme est de glace aux vérités; Il est de feu pour les mensonges.


LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE.

VII

LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE.

Une souris tomba du bec d’un chat-huant: Je ne l’eusse pas ramassée; Mais un bramin le fit: je le crois aisément; Chaque pays a sa pensée. La souris étoit fort froissée. De cette sorte de prochain Nous nous soucions peu; mais le peuple bramin Le traite en frère. Ils ont en tête Que notre âme, au sortir d’un roi, Entre dans un ciron, ou dans telle autre bête Qu’il plaît au Sort: c’est là l’un des points de leur loi. Pythagore chez eux a puisé ce mystère. Sur un tel fondement, le bramin crut bien faire De prier un sorcier qu’il logeât la souris Dans un corps qu’elle eût eu pour hôte au temps jadis. Le sorcier en fit une fille De l’âge de quinze ans, et telle et si gentille, Que le fils de Priam pour elle auroit tenté Plus encore qu’il ne fit pour la grecque beauté. Le bramin fut surpris de chose si nouvelle. Il dit à cet objet si doux: Vous n’avez qu’à choisir; car chacun est jaloux De l’honneur d’être votre époux. En ce cas je donne, dit-elle, Ma voix au plus puissant de tous. Soleil, s’écrie alors le bramin à genoux, C’est toi qui seras notre gendre. Non, dit-il, ce nuage épais Est plus puissant que moi, puisqu’il cache mes traits: Je vous conseille de le prendre. Hé bien! dit le bramin au nuage volant, Es-tu né pour ma fille?—Hélas! non; car le vent Me chasse à son plaisir de contrée en contrée: Je n’entreprendrai point sur les droits de Borée. Le bramin fâché s’écria: O vent donc, puisque vent y a, Viens dans les bras de notre belle! Il accouroit; un mont en chemin l’arrêta. L’éteuf passant à celui-là, Il le renvoie, et dit: J’aurois une querelle Avec le rat; et l’offenser Ce seroit être fou, lui qui peut me percer. Au mot de rat, la demoiselle Ouvrit l’oreille: il fut l’époux. Un rat! un rat! c’est de ces coups Qu’amour fait; témoin telle et telle. Mais ceci soit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont on vient. Cette fable Prouve assez bien ce point; mais, à la voir de près, Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits: Car quel époux n’est point au Soleil préférable, En s’y prenant ainsi? Dirai-je qu’un géant Est moins fort qu’une puce? Elle le mord pourtant. Le rat devoit aussi renvoyer, pour bien faire, La belle au chat, le chat au chien, Le chien au loup. Par le moyen De cet argument circulaire, Pilpay jusqu’au Soleil eût enfin remonté; Le Soleil eût joui de la jeune beauté. Revenons, s’il se peut, à la métempsychose: Le sorcier du bramin fit sans doute une chose Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté. Je prends droit là-dessus contre le bramin même; Car il faut, selon son système, Que l’homme, la souris, le ver, enfin chacun Aille puiser son âme en un trésor commun: Toutes sont donc de même trempe, Mais, agissant diversement Selon l’organe seulement, L’une s’élève, et l’autre rampe. D’où vient donc que ce corps si bien organisé Ne put obliger son hôtesse De s’unir au Soleil? Un rat eut sa tendresse. Tout débattu, tout bien pesé, Les âmes des souris et les âmes des belles Sont très-différentes entre elles. Il en faut revenir toujours à son destin, C’est-à-dire à la loi par le Ciel établie: Parlez au diable, employez la magie, Vous ne détournerez nul être de sa fin.