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FablesParte 21 de 26

Jean de La Fontaine

Original em francês · tradução para inglês

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  • O sentido de cada trecho
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LE LOUP ET LES BERGERS.

VI

LE LOUP ET LES BERGERS.

Un loup rempli d’humanité (S’il en est de tels dans le monde) Fit un jour sur sa cruauté, Quoiqu’il ne l’exerçât que par nécessité, Une réflexion profonde. Je suis haï, dit-il; et de qui? De chacun. Le loup est l’ennemi commun: Chiens, chasseurs, villageois, s’assemblent pour sa perte; Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris; C’est par là que de loups l’Angleterre est déserte: On y mit notre tête à prix. Il n’est hobereau qui ne fasse Contre nous tels bans publier; Il n’est marmot osant crier Que du loup aussitôt sa mère ne menace. Le tout pour un âne rogneux, Pour un mouton pourri, pour quelque chien hargneux, Dont j’aurai passé mon envie. Eh bien! ne mangeons plus de chose ayant eu vie: Paissons l’herbe, broutons, mourons de faim plutôt. Est-ce une chose si cruelle? Vaut-il mieux s’attirer la haine universelle? Disant ces mots, il vit des bergers, pour leur rôt, Mangeants un agneau cuit en broche. Oh! oh! dit-il, je me reproche Le sang de cette gent: voilà ses gardiens S’en repaissants eux et leurs chiens; Et moi loup, j’en ferai scrupule! Non, par tous les dieux! non, je serois ridicule: Thibaut l’agnelet passera, Sans qu’à la broche je le mette, Et non-seulement lui, mais la mère qu’il tette, Et le père qui l’engendra!

Ce loup avoit raison. Est-il dit qu’on nous voie Faire festin de toute proie, Manger les animaux; et nous les réduirons Aux mets de l’âge d’or autant que nous pourrons? Ils n’auront ni croc ni marmite! Bergers, bergers! le loup n’a tort Que quand il n’est pas le plus fort: Voulez-vous qu’il vive en ermite?


L’ARAIGNÉE ET L’HIRONDELLE.

VII

L’ARAIGNÉE ET L’HIRONDELLE.

O Jupiter, qui sus de ton cerveau, Par un secret d’accouchement nouveau, Tirer Pallas, jadis mon ennemie, Entends ma plainte une fois en ta vie! Progné me vient enlever les morceaux; Caracolant, frisant l’air et les eaux, Elle me prend mes mouches à ma porte: Miennes je puis les dire; et mon réseau En seroit plein sans ce maudit oiseau: Je l’ai tissu de matière assez forte. Ainsi, d’un discours insolent, Se plaignoit l’araignée autrefois tapissière, Et qui lors étant filandière Prétendoit enlacer tout insecte volant. La sœur de Philomèle, attentive à sa proie, Malgré le bestion happoit mouches dans l’air, Pour ses petits, pour elle, impitoyable joie, Que ses enfants gloutons, d’un bec toujours ouvert, D’un ton demi-formé, bégayante couvée, Demandoient par des cris encor mal entendus. La pauvre aragne n’ayant plus Que la tête et les pieds, artisans superflus, Se vit elle-même enlevée: L’hirondelle, en passant, emporta toile, et tout, Et l’animal pendant au bout.

Jupin pour chaque état mit deux tables au monde: L’adroit, le vigilant, et le fort, sont assis A la première; et les petits Mangent leur reste à la seconde.


LA PERDRIX ET LES COQS.

VIII

LA PERDRIX ET LES COQS.

Parmi de certains coqs, incivils, peu galants, Toujours en noise et turbulents, Une perdrix étoit nourrie. Son sexe, et l’hospitalité, De la part de ces coqs, peuple à l’amour porté, Lui faisoient espérer beaucoup d’honnêteté: Ils feroient les honneurs de la ménagerie. Ce peuple, cependant, fort souvent en furie, Pour la dame étrangère ayant peu de respec, Lui donnoit fort souvent d’horribles coups de bec. D’abord elle en fut affligée; Mais, sitôt qu’elle eut vu cette troupe enragée S’entre-battre elle-même et se percer les flancs, Elle se consola. Ce sont leurs mœurs, dit-elle; Ne les accusons point, plaignons plutôt ces gens: Jupiter sur un seul modèle N’a pas formé tous les esprits; Il est des naturels de coqs et de perdrix. S’il dépendoit de moi, je passerois ma vie En plus honnête compagnie. Le maître de ces lieux en ordonne autrement; Il nous prend avec des tonnelles, Nous loge avec des coqs, et nous coupe les ailes: C’est de l’homme qu’il faut se plaindre seulement.


LE CHIEN A QUI ON A COUPÉ LES OREILLES.

IX

LE CHIEN A QUI ON A COUPÉ LES OREILLES.

Qu’ai-je fait, pour me voir ainsi Mutilé par mon propre maître? Le bel état où me voici! Devant les autres chiens oserai-je paroître? O rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans, Qui vous feroit choses pareilles! Ainsi crioit Mouflar, jeune dogue; et les gens, Peu touchés de ses cris douloureux et perçants, Venoient de lui couper sans pitié les oreilles. Mouflar y croyoit perdre. Il vit avec le temps Qu’il y gagnoit beaucoup; car, étant de nature A piller ses pareils, mainte mésaventure L’auroit fait retourner chez lui Avec cette partie en cent lieux altérée: Chien hargneux a toujours l’oreille déchirée.

Le moins qu’on peut laisser de prise aux dents d’autrui, C’est le mieux. Quand on n’a qu’un endroit à défendre, On le munit, de peur d’esclandre. Témoin maître Mouflar armé d’un gorgerin; Du reste, ayant d’oreille autant que sur ma main, Un loup n’eût su par où le prendre.


LE BERGER ET LE ROI.

X

LE BERGER ET LE ROI.

Deux démons à leur gré partagent notre vie, Et de son patrimoine ont chassé la raison; Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie: Si vous me demandez leur état et leur nom, J’appelle l’un Amour, et l’autre Ambition. Cette dernière étend le plus loin son empire; Car même elle entre dans l’amour. Je le ferois bien voir, mais mon but est de dire Comme un roi fit venir un berger à sa cour. Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes. Ce roi vit un troupeau qui couvroit tous les champs, Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans, Grâce aux soins du berger, de très-notables sommes. Le berger plut au roi par ces soins diligents. Tu mérites, dit-il, d’être pasteur de gens: Laisse là tes moutons, viens conduire des hommes; Je te fais juge souverain. Voilà notre berger la balance à la main. Quoiqu’il n’eût guère vu d’autres gens qu’un ermite, Son troupeau, ses mâtins, le loup, et puis c’est tout, Il avoit du bon sens, le reste vient ensuite: Bref, il en vint fort bien à bout. L’ermite son voisin accourut pour lui dire: Veillé-je? et n’est-ce point un songe que je vois? Vous, favori! vous, grand! Défiez-vous des rois; Leur faveur est glissante: on s’y trompe; et le pire, C’est qu’il en coûte cher: de pareilles erreurs Ne produisent jamais que d’illustres malheurs. Vous ne connoissez pas l’attrait qui vous engage: Je vous parle en ami; craignez tout. L’autre rit; Et notre ermite poursuivit: Voyez combien déjà la cour vous rend peu sage. Je crois voir cet aveugle à qui, dans un voyage, Un serpent engourdi de froid Vint s’offrir sous la main: il le prit pour un fouet; Le sien s’étoit perdu, tombant de sa ceinture. Il rendoit grâce au ciel de l’heureuse aventure, Quand un passant cria: Que tenez-vous? ô dieux! Jetez cet animal traître et pernicieux, Ce serpent!—C’est un fouet.—C’est un serpent! vous dis-je. A me tant tourmenter quel intérêt m’oblige? Prétendez-vous garder ce trésor?—Pourquoi non? Mon fouet étoit usé; j’en retrouve un fort bon: Vous n’en parlez que par envie.— L’aveugle enfin ne le crut pas, Il en perdit bientôt la vie: L’animal dégourdi piqua son homme au bras. Quant à vous, j’ose vous prédire Qu’il vous arrivera quelque chose de pire. —Eh! que me sauroit-il arriver que la mort? —Mille dégoûts viendront, dit le prophète ermite. Il en vint en effet: l’ermite n’eut pas tort. Mainte peste de cour fit tant, par maint ressort, Que la candeur du juge, ainsi que son mérite, Furent suspects au prince. On cabale, on suscite Accusateurs, et gens grevés par ses arrêts. De nos biens, dirent-ils, il s’est fait un palais. Le prince voulut voir ces richesses immenses. Il ne trouva partout que médiocrité, Louange du désert et de la pauvreté: C’étoient là ses magnificences. Son fait, dit-on, consiste en des pierres de prix: Un grand coffre en est plein, fermé de dix serrures. Lui-même ouvrit ce coffre, et rendit bien surpris Tous les machineurs d’impostures. Le coffre étant ouvert, on y vit des lambeaux, L’habit d’un gardeur de troupeaux, Petit chapeau, jupon, panetière, houlette, Et, je pense, aussi sa musette. Doux trésors, ce dit-il, chers gages, qui jamais N’attirâtes sur vous l’envie et le mensonge, Je vous reprends: sortons de ces riches palais Comme l’on sortiroit d’un songe! Sire, pardonnez-moi cette exclamation: J’avois prévu ma chute en montant sur le faîte. Je m’y suis trop complu: mais qui n’a dans la tête Un petit grain d’ambition?


LES POISSONS ET LE BERGER QUI JOUE DE LA FLUTE.

XI

LES POISSONS ET LE BERGER QUI JOUE DE LA FLUTE.

Tircis, qui pour la seule Annette Faisoit résonner les accords D’une voix et d’une musette Capables de toucher les morts, Chantoit un jour le long des bords D’une onde arrosant des prairies Dont Zéphyre habitoit les campagnes fleuries. Annette, cependant, à la ligne pêchoit, Mais nul poisson ne s’approchoit: La bergère perdoit ses peines. Le berger, qui par ses chansons Eût attiré des inhumaines, Crut (et crut mal) attirer des poissons. Il leur chanta ceci: Citoyens de cette onde, Laissez votre Naïade en sa grotte profonde, Venez voir un objet mille fois plus charmant. Ne craignez point d’entrer aux prisons de la Belle: Ce n’est qu’à nous qu’elle est cruelle. Vous serez traités doucement; On n’en veut point à votre vie: Un vivier vous attend, plus clair que fin cristal; Et, quand à quelques-uns l’appât seroit fatal, Mourir des mains d’Annette est un sort que j’envie. Ce discours éloquent ne fit pas grand effet; L’auditoire étoit sourd aussi bien que muet: Tircis eut beau prêcher. Ses paroles miellées S’en étant aux vents envolées, Il tendit un long rets. Voilà les poissons pris; Voilà les poissons mis aux pieds de la bergère.

O vous, pasteurs d’humains et non pas de brebis, Rois, qui croyez gagner par raison les esprits D’une multitude étrangère, Ce n’est jamais par là que l’on en vient à bout! Il y faut une autre manière: Servez-vous de vos rets; la puissance fait tout.


LES DEUX PERROQUETS, LE ROI ET SON FILS.

XII

LES DEUX PERROQUETS, LE ROI ET SON FILS.

Deux perroquets, l’un père et l’autre fils, Du rôt d’un roi faisoient leur ordinaire; Deux demi-dieux, l’un fils et l’autre père, De ces oiseaux faisoient leurs favoris. L’âge lioit une amitié sincère Entre ces gens: les deux pères s’aimoient; Les deux enfants, malgré leur cœur frivole, L’un avec l’autre aussi s’accoutumoient, Nourris ensemble, et compagnons d’école. C’étoit beaucoup d’honneur au jeune perroquet, Car l’enfant étoit prince, et son père monarque. Par le tempérament que lui donna la Parque, Il aimoit les oiseaux. Un moineau fort coquet, Et le plus amoureux de toute la province, Faisoit aussi sa part des délices du prince. Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants, Comme il arrive aux jeunes gens, Le jeu devint une querelle. Le passereau, peu circonspec, S’attira de tels coups de bec, Que, demi-mort et traînant l’aile, On crut qu’il n’en pourroit guérir. Le prince indigné fit mourir Son perroquet. Le bruit en vint au père. L’infortuné vieillard crie et se désespère, Le tout en vain, ses cris sont superflus; L’oiseau parleur est déjà dans la barque: Pour dire mieux, l’oiseau ne parlant plus Fait qu’en fureur sur le fils du monarque Son père s’en va fondre, et lui crève les yeux. Il se sauve aussitôt, et choisit pour asile Le haut d’un pin: là, dans le sein des dieux, Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille. Le roi lui-même y court, et dit pour l’attirer: Ami, reviens chez moi; que nous sert de pleurer? Haine, vengeance et deuil, laissons tout à la porte. Je suis contraint de déclarer, Encor que ma douleur soit forte, Que le tort vient de nous; mon fils fut l’agresseur: Mon fils! non; c’est le Sort qui du coup est l’auteur. La Parque avoit écrit de tout temps en son livre Que l’un de nos enfants devoit cesser de vivre, L’autre de voir, par ce malheur. Consolons-nous tous deux, et reviens dans ta cage. Le perroquet dit: Sire roi, Crois-tu qu’après un tel outrage Je me doive fier à toi? Tu m’allègues le Sort: prétends-tu, par ta foi, Me leurrer de l’appât d’un profane langage? Mais que la Providence, ou bien que le Destin Règle les affaires du monde, Il est écrit là-haut qu’au faîte de ce pin, Ou dans quelque forêt profonde, J’achèverai mes jours loin du fatal objet Qui doit t’être un juste sujet De haine et de fureur. Je sais que la vengeance Est un morceau de roi, car vous vivez en dieux. Tu veux oublier cette offense; Je le crois; cependant il me faut, pour le mieux, Éviter ta main et tes yeux. Sire roi, mon ami, va-t’en, tu perds ta peine: Ne me parle point de retour, L’absence est aussi bien un remède à la haine Qu’un appareil contre l’amour.


LA LIONNE ET L’OURSE.

XIII

LA LIONNE ET L’OURSE.

Mère lionne avoit perdu son faon: Un chasseur l’avoit pris. La pauvre infortunée Poussoit un tel rugissement, Que toute la forêt étoit importunée. La nuit ni son obscurité, Son silence, et ses autres charmes, De la reine des bois n’arrêtoient les vacarmes: Nul animal n’étoit du sommeil visité. L’ourse enfin lui dit: Ma commère, Un mot sans plus; tous les enfants Qui sont passés entre vos dents N’avoient-ils ni père ni mère?— Ils en avoient.—S’il est ainsi, Et qu’aucun de leur mort n’ait nos têtes rompues, Si tant de mères se sont tues, Que ne vous taisez-vous aussi?— Moi, me taire! moi, malheureuse! Ah! j’ai perdu mon fils! il me faudra traîner Une vieillesse douloureuse!— Dites-moi, qui vous force à vous y condamner?— Hélas! c’est le Destin qui me hait.—Ces paroles Ont été de tout temps en la bouche de tous.

Misérables humains, ceci s’adresse à vous! Je n’entends résonner que des plaintes frivoles. Quiconque, en pareil cas, se croit haï des cieux, Qu’il considère Hécube, il rendra grâce aux dieux.


LES DEUX AVENTURIERS ET LE TALISMAN.

XIV

LES DEUX AVENTURIERS ET LE TALISMAN.

Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire. Je n’en veux pour témoin qu’Hercule et ses travaux: Ce dieu n’a guère de rivaux; J’en vois peu dans la fable, encor moins dans l’histoire. En voici pourtant un, que de vieux talismans Firent chercher fortune au pays des romans. Il voyageoit de compagnie. Son camarade et lui trouvèrent un poteau Ayant au haut cet écriteau: «Seigneur aventurier, s’il te prend quelque envie «De voir ce que n’a vu nul chevalier errant, «Tu n’as qu’à passer ce torrent; «Puis, prenant dans tes bras un éléphant de pierre «Que tu verras couché par terre, «Le porter, d’une haleine, au sommet de ce mont «Qui menace les cieux de son superbe front.» L’un des deux chevaliers saigna du nez. Si l’onde Est rapide autant que profonde, Dit-il..., et supposé qu’on la puisse passer, Pourquoi de l’éléphant aller s’embarrasser? Quelle ridicule entreprise! Le sage l’aura fait par tel art et de guise Qu’on le pourra porter peut-être quatre pas: Mais jusqu’au haut du mont! d’une haleine! il n’est pas Au pouvoir d’un mortel; à moins que la figure Ne soit d’un éléphant nain, pygmée, avorton, Propre à mettre au bout d’un bâton: Auquel cas, où l’honneur d’une telle aventure? On nous veut attraper dedans cette écriture; Ce sera quelque énigme à tromper un enfant: C’est pourquoi je vous laisse avec votre éléphant. Le raisonneur parti, l’aventureux se lance, Les yeux clos, à travers cette eau. Ni profondeur ni violence Ne purent l’arrêter; et, selon l’écriteau, Il vit son éléphant couché sur l’autre rive. Il le prend, il l’emporte, au haut du mont arrive, Rencontre une esplanade, et puis une cité. Un cri par l’éléphant est aussitôt jeté: Le peuple aussitôt sort en armes. Tout autre aventurier, au bruit de ces alarmes, Auroit fui: celui-ci, loin de tourner le dos, Veut vendre au moins sa vie, et mourir en héros. Il fut tout étonné d’ouïr cette cohorte Le proclamer monarque, au lieu de son roi mort. Il ne se fit prier que de la bonne sorte, Encor que le fardeau fût, dit-il, un peu fort. Sixte en disoit autant quand on le fit saint-père: (Seroit-ce bien une misère Que d’être pape ou d’être roi?): On reconnut bientôt son peu de bonne foi.

Fortune aveugle suit aveugle hardiesse. Le sage quelquefois fait bien d’exécuter Avant que de donner le temps à la sagesse D’envisager le fait, et sans la consulter.


LES LAPINS.

XV

LES LAPINS.

DISCOURS A M. LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD.

Je me suis souvent dit, voyant de quelle sorte L’homme agit, et qu’il se comporte En mille occasions comme les animaux: Le roi de ces gens-là n’a pas moins de défauts Que ses sujets: et la Nature A mis dans chaque créature Quelque grain d’une masse où puisent les esprits: J’entends les esprits-corps et pétris de matière. Je vais prouver ce que je dis.

A l’heure de l’affût, soit lorsque la lumière Précipite ses traits dans l’humide séjour, Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière, Et que, n’étant plus nuit, il n’est pas encor jour, Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe, Et, nouveau Jupiter, du haut de cet Olympe, Je foudroie à discrétion Un lapin qui n’y pensoit guère. Je vois fuir aussitôt toute la nation Des lapins qui, sur la bruyère, L’œil éveillé, l’oreille au guet, S’égayoient, et de thym parfumoient leur banquet. Le bruit du coup fait que la bande S’en va chercher sa sûreté Dans la souterraine cité; Mais le danger s’oublie, et cette peur si grande S’évanouit bientôt: je revois les lapins, Plus gais qu’auparavant, revenir sous mes mains.

Ne reconnoît-on pas en cela les humains? Dispersés par quelque orage, A peine ils touchent le port, Qu’ils vont hasarder encor Même vent, même naufrage: Vrais lapins, on les revoit Sous les mains de la Fortune. Joignons à cet exemple une chose commune.

Quand des chiens étrangers passent par quelque endroit Qui n’est pas de leur détroit, Je laisse à penser quelle fête! Les chiens du lieu, n’ayant en tête Qu’un intérêt de gueule, à cris, à coups de dents Vous accompagnent ces passants Jusqu’aux confins du territoire. Un intérêt de bien, de grandeur et de gloire, Aux gouverneurs d’États, à certains courtisans, A gens de tous métiers, en fait tout autant faire. On nous voit tous, pour l’ordinaire, Piller le surveillant, nous jeter sur sa peau. La coquette et l’auteur sont de ce caractère: Malheur à l’écrivain nouveau! Le moins de gens qu’on peut à l’entour du gâteau, C’est le droit du jeu, c’est l’affaire. Cent exemples pourroient appuyer mon discours; Mais les ouvrages les plus courts Sont toujours les meilleurs. En cela j’ai pour guide Tous les maîtres de l’art, et tiens qu’il faut laisser Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser: Ainsi ce discours doit cesser. Vous qui m’avez donné ce qu’il a de solide, Et dont la modestie égale la grandeur, Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur La louange la plus permise, La plus juste et la mieux acquise; Vous enfin, dont à peine ai-je encore obtenu Que votre nom reçût ici quelques hommages, Du temps et des censeurs défendant mes ouvrages, Comme un nom qui, des ans et des peuples connu, Fait honneur à la France, en grands noms plus féconde Qu’aucun climat de l’univers, Permettez-moi du moins d’apprendre à tout le monde Que vous m’avez donné le sujet de ces vers.