FablesParte 23 de 26
Original em francês · tradução para inglês
A tradução continua com o Premium.
- O sentido de cada trecho
- Notas sobre expressões e gramática
- Todos os livros do catálogo
LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES.
VIII
LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES.
Un octogénaire plantoit. Passe encore de bâtir, mais planter à cet âge! Disoient trois jouvenceaux, enfants du voisinage: Assurément il radotoit. Car, au nom des dieux, je vous prie, Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir? Autant qu’un patriarche il vous faudroit vieillir. A quoi bon charger votre vie Des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous? Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées; Quittez le long espoir et les vastes pensées; Tout cela ne convient qu’à nous.— Il ne convient pas à vous-mêmes, Repartit le vieillard. Tout établissement Vient tard, et dure peu. La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également. Nos termes sont pareils par leur courte durée. Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d’un second seulement; Mes arrière-neveux me devront cet ombrage: Eh bien! défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d’autrui? Cela même est un fruit que je goûte aujourd’hui: J’en puis jouir demain, et quelques jours encore; Je puis enfin compter l’aurore Plus d’une fois sur vos tombeaux. Le vieillard eut raison: l’un des trois jouvenceaux Se noya dès le port, allant à l’Amérique; L’autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la république, Par un coup imprévu vit ses jours emportés; Le troisième tomba d’un arbre Que lui-même il voulut enter; Et, pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre Ce que je viens de raconter.
LES SOURIS ET LE CHAT-HUANT.
IX
LES SOURIS ET LE CHAT-HUANT.
Il ne faut jamais dire aux gens: Écoutez un bon mot, oyez une merveille, Savez-vous si les écoutants En feront une estime à la vôtre pareille? Voici pourtant un cas qui peut être excepté: Je le maintiens prodige, et tel que d’une fable Il a l’air et les traits, encor que véritable.
On abattit un pin pour son antiquité Vieux palais d’un hibou, triste et sombre retraite De l’oiseau qu’Atropos prend pour son interprète. Dans son tronc caverneux, et miné par le temps, Logeoient, entre autres habitants, Force souris sans pieds, toutes rondes de graisse. L’oiseau les nourrissoit parmi des tas de blé, Et de son bec avoit leur troupeau mutilé. Cet oiseau raisonnoit, il faut qu’on le confesse. En son temps, aux souris le compagnon chassa: Les premières qu’il prit du logis échappées, Pour y remédier, le drôle estropia Tout ce qu’il prit ensuite; et leurs jambes coupées Firent qu’il les mangeoit à sa commodité, Aujourd’hui l’une, et demain l’autre. Tout manger à la fois, l’impossibilité S’y trouvoit, joint aussi le soin de sa santé. Sa prévoyance alloit aussi loin que la nôtre: Elle alloit jusqu’à leur porter Vivres et grains pour subsister.
Puis qu’un cartésien s’obstine A traiter ce hibou de montre et de machine! Quel ressort lui pouvoit donner Le conseil de tronquer un peuple mis en mue? Si ce n’est pas là raisonner, La raison m’est chose inconnue. Voyez que d’arguments il fit: Quand ce peuple est pris, il s’enfuit: Donc il faut le croquer aussitôt qu’on le happe. Tout! il est impossible. Et puis pour le besoin N’en dois-je pas garder? Donc il faut avoir soin De le nourrir sans qu’il échappe. Mais comment? Otons-lui les pieds. Or trouvez-moi Chose par les humains à sa fin mieux conduite! Quel autre art de penser Aristote et sa suite Enseignent-ils, par votre foi?
Ceci n’est point une fable; et la chose, quoique merveilleuse et presque incroyable, est véritablement arrivée. J’ai peut-être porté trop loin la prévoyance de ce hibou; car je ne prétends pas établir dans les bêtes un progrès de raisonnement tel que celui-ci; mais ces exagérations sont permises à la poésie, surtout dans la manière d’écrire dont je me sers. (Note de La Fontaine.)
ÉPILOGUE
C’est ainsi que ma muse, au bord d’une onde pure, Traduisoit en langue des dieux Tout ce que disent sous les cieux Tant d’êtres empruntant la voix de la nature. Truchement de peuples divers, Je les faisois servir d’acteurs en mon ouvrage; Car tout parle dans l’univers; Il n’est rien qui n’ait son langage. Plus éloquents chez eux qu’ils ne sont dans mes vers, Si ceux que j’introduis me trouvent peu fidèle, Si mon œuvre n’est pas un assez bon modèle, J’ai du moins ouvert le chemin: D’autres pourront y mettre une dernière main. Favoris des neuf Sœurs, achevez l’entreprise: Donnez mainte leçon que j’ai sans doute omise; Sous ces inventions il faut l’envelopper. Mais vous n’avez que trop de quoi vous occuper: Pendant le doux emploi de ma muse innocente, Louis dompte l’Europe, et, d’une main puissante, Il conduit à leur fin les plus nobles projets Qu’ait jamais formés un monarque. Favoris des neuf Sœurs, ce sont là des sujets Vainqueurs du Temps et de la Parque.
FIN DU LIVRE ONZIÈME.
A
MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE
Monseigneur,
Je ne puis employer, pour mes fables, de protection qui me soit plus glorieuse que la vôtre. Ce goût exquis et ce jugement si solide que vous faites paroître dans toutes choses au delà d’un âge où à peine les autres princes sont-ils touchés de ce qui les environne avec le plus d’éclat: tout cela, joint au devoir de vous obéir et à la passion de vous plaire, m’a obligé de vous présenter un ouvrage dont l’original a été l’admiration de tous les siècles, aussi bien que celle de tous les sages. Vous m’avez même ordonné de continuer; et, si vous me permettez de le dire, il y a des sujets dont je vous suis redevable, et où vous avez jeté des grâces qui ont été admirées de tout le monde. Nous n’avons plus besoin de consulter ni Apollon, ni les Muses, ni aucune des divinités du Parnasse: elles se rencontrent toutes dans les présents que vous a faits la nature, et dans cette science de bien juger les ouvrages de l’esprit, à quoi vous joignez déjà celle de connoître toutes les règles qui y conviennent. Les fables d’Ésope sont une ample matière pour ces talents, elles embrassent toutes sortes d’événements et de caractères. Ces mensonges sont proprement une manière d’histoire où on ne flatte personne. Ce ne sont pas choses de peu d’importance que ces sujets: les animaux sont les précepteurs des hommes dans mon ouvrage. Je ne m’étendrai pas davantage là-dessus: vous voyez mieux que moi le profit qu’on en peut tirer. Si vous vous connoissez maintenant en orateurs et en poëtes, vous vous connoîtrez encore mieux quelque jour en bons politiques et en bons généraux d’armée; et vous vous tromperez aussi peu au choix des personnes qu’au mérite des actions. Je ne suis pas d’un âge à espérer d’en être témoin. Il faut que je me contente de travailler sous vos ordres. L’envie de vous plaire me tiendra lieu d’une imagination que les ans ont affoiblie: quand vous souhaiterez quelque fable, je la trouverai dans ce fonds-là. Je voudrois bien que vous y pussiez trouver des louanges dignes du monarque qui fait maintenant le destin de tant de peuples et de nations, et qui rend toutes les parties du monde attentives à ses conquêtes, à ses victoires, et à la paix qui semble se rapprocher, et dont il impose les conditions avec toute la modération que peuvent souhaiter nos ennemis. Je me le figure comme un conquérant qui veut mettre des bornes à sa gloire et à sa puissance, et de qui on pourroit dire, à meilleur titre qu’on ne l’a dit d’Alexandre, qu’il va tenir les états de l’univers, en obligeant les ministres de tant de princes de s’assembler pour terminer une guerre qui ne peut être que ruineuse à leurs maîtres. Ce sont des sujets au-dessus de nos paroles: je les laisse à de meilleures plumes que la mienne, et suis avec le plus profond respect,
Monseigneur,
Votre très-humble, très-obéissant et très fidèle serviteur,
De La Fontaine.
LES COMPAGNONS D’ULYSSE.
I
LES COMPAGNONS D’ULYSSE.
A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE.
Prince, l’unique objet du soin des immortels, Souffrez que mon encens parfume vos autels. Je vous offre un peu tard ces présents de ma muse: Les ans et les travaux me serviront d’excuse. Mon esprit diminue, au lieu qu’à chaque instant On aperçoit le vôtre aller en augmentant: Il ne va pas, il court, il semble avoir des ailes. Le héros dont il tient des qualités si belles Dans le métier de Mars brûle d’en faire autant: Il ne tient pas à lui que, forçant la victoire, Il ne marche à pas de géant Dans la carrière de la gloire. Quelque dieu le retient: c’est notre souverain, Lui qu’un mois a rendu maître et vainqueur du Rhin. Cette rapidité fut alors nécessaire, Peut-être elle seroit aujourd’hui téméraire. Je m’en tais; aussi bien les Ris et les Amours Ne sont pas soupçonnés d’aimer les longs discours. De ces sortes de dieux votre cour se compose: Ils ne vous quittent point. Ce n’est pas qu’après tout D’autres divinités n’y tiennent le haut bout: Le sens et la raison y règlent toute chose. Consultez ces derniers sur un fait où les Grecs, Imprudents et peu circonspects, S’abandonnèrent à des charmes Qui métamorphosoient en bêtes les humains.
Les compagnons d’Ulysse, après dix ans d’alarmes, Erroient au gré du vent, de leur sort incertains. Ils abordèrent un rivage Où la fille du dieu du jour, Circé, tenoit alors sa cour. Elle leur fit prendre un breuvage Délicieux, mais plein d’un funeste poison. D’abord ils perdent la raison; Quelques moments après, leur corps et leur visage Prennent l’air et les traits d’animaux différents: Les voilà devenus ours, lions, éléphants; Les uns sous une masse énorme, Les autres sous une autre forme. Il s’en vit de petits; EXEMPLUM, UT TALPA. Le seul Ulysse en échappa; Il sut se défier de la liqueur traîtresse. Comme il joignoit à la sagesse La mine d’un héros et le doux entretien, Il fit tant que l’enchanteresse Prit un autre poison peu différent du sien. Une déesse dit tout ce qu’elle a dans l’âme: Celle-ci déclara sa flamme. Ulysse étoit trop fin pour ne pas profiter D’une pareille conjoncture: Il obtint qu’on rendroit à ses Grecs leur figure. Mais la voudront-ils bien, dit la nymphe, accepter? Allez le proposer de ce pas à la troupe. Ulysse y court, et dit: L’empoisonneuse coupe A son remède encore; et je viens vous l’offrir: Chers amis, voulez-vous hommes redevenir? On vous rend déjà la parole. Le lion dit, pensant rugir: Je n’ai pas la tête si folle; Moi renoncer aux dons que je viens d’acquérir! J’ai griffe et dents, et mets en pièces qui m’attaque. Je suis roi: deviendrai-je un citadin d’Ithaque! Tu me rendras peut-être encor simple soldat: Je ne veux point changer d’état. Ulysse du lion court à l’ours: Eh! mon frère, Comme te voilà fait! je t’ai vu si joli! Ah! vraiment nous y voici, Reprit l’ours à sa manière: Comme me voilà fait! comme doit être un ours. Qui t’a dit qu’une forme est plus belle qu’une autre? Est-ce à la tienne à juger de la nôtre? Je m’en rapporte aux yeux d’une ourse mes amours. Te déplais-je? va-t’en; suis ta route, et me laisse. Je vis libre, content, sans nul soin qui me presse; Et te dis tout net et tout plat: Je ne veux point changer d’état. Le prince grec au loup va proposer l’affaire; Il lui dit, au hasard d’un semblable refus: Camarade, je suis confus Qu’une jeune et belle bergère Conte aux échos les appétits gloutons Qui t’ont fait manger ses moutons. Autrefois on t’eût vu sauver sa bergerie; Tu menois une honnête vie. Quitte ces bois et redevien, Au lieu de loup, homme de bien. En est-il? dit le loup: pour moi, je n’en vois guère. Tu t’en viens me traiter de bête carnassière; Toi qui parles, qu’es-tu? N’auriez-vous pas sans moi, Mangé ces animaux que plaint tout le village? Si j’étois homme, par ta foi, Aimerois-je moins le carnage? Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous: Ne vous êtes-vous pas l’un à l’autre des loups? Tout bien considéré, je te soutiens en somme Que, scélérat pour scélérat, Il vaut mieux être un loup qu’un homme: Je ne veux point changer d’état. Ulysse fit à tous une même semonce; Chacun d’eux fit même réponce, Autant le grand que le petit. La liberté, les bois, suivre leur appétit, C’étoit leurs délices suprêmes: Tous renonçoient au los des belles actions. Ils croyoient s’affranchir suivants leurs passions. Ils étoient esclaves d’eux-mêmes.
Prince, j’aurois voulu vous choisir un sujet Où je pusse mêler le plaisant à l’utile: C’étoit sans doute un beau projet. Si ce choix eût été facile. Les compagnons d’Ulysse enfin se sont offerts: Ils ont force pareils en ce bas univers, Gens à qui j’impose pour peine Votre censure et votre haine.
LE CHAT ET LES DEUX MOINEAUX.
II
LE CHAT ET LES DEUX MOINEAUX.
A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE.
Un chat, contemporain d’un fort jeune moineau, Fut logé près de lui dès l’âge du berceau: La cage et le panier avoient mêmes pénates. Le chat étoit souvent agacé par l’oiseau; L’un s’escrimoit du bec, l’autre jouoit des pattes. Ce dernier toutefois épargnoit son ami, Ne le corrigeant qu’à demi: Il se fût fait un grand scrupule D’armer de pointes sa férule. Le passereau, moins circonspec, Lui donnoit force coups de bec. En sage et discrète personne, Maître chat excusoit ses jeux; Entre amis il ne faut jamais qu’on s’abandonne Aux traits d’un courroux sérieux. Comme ils se connoissoient tous deux dès leur bas âge, Une longue habitude en paix les maintenoit; Jamais en vrai combat le jeu ne se tournoit: Quand un moineau du voisinage S’en vint les visiter, et se fit compagnon Du pétulant Pierrot et du sage Raton. Entre les deux oiseaux il arriva querelle; Et Raton de prendre parti. Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle, D’insulter ainsi notre ami! Le moineau du voisin viendra manger le nôtre! Non, de par tous les chats! Entrant lors au combat, Il croque l’étranger. Vraiment, dit maître chat, Les moineaux ont un goût exquis et délicat! Cette réflexion fit aussi croquer l’autre.
Quelle morale puis-je inférer de ce fait? Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait. J’en crois voir quelques traits; mais leur ombre m’abuse. Prince, vous les aurez incontinent trouvés. Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma muse. Elle et ses sœurs n’ont pas l’esprit que vous avez.
LE THÉSAURISEUR ET LE SINGE.
III
LE THÉSAURISEUR ET LE SINGE.
Un homme accumuloit. On sait que cette erreur Va souvent jusqu’à la fureur. Celui-ci ne songeoit que ducats et pistoles. Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu’ils sont frivoles. Pour sûreté de son trésor, Notre avare habitoit un lieu dont Amphitrite Défendoit aux voleurs de toutes parts l’abord. Là, d’une volupté selon moi fort petite, Et selon lui fort grande, il entassoit toujours: Il passoit les nuits et les jours A compter, calculer, supputer sans relâche; Calculant, supputant, comptant comme à la tâche, Car il trouvoit toujours du mécompte à son fait. Un gros singe, plus sage, à mon sens, que son maître, Jetoit quelque doublon toujours par la fenêtre, Et rendoit le compte imparfait: La chambre, bien cadenassée, Permettoit de laisser l’argent sur le comptoir. Un beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée D’en faire un sacrifice au liquide manoir. Quant à moi, lorsque je compare Les plaisirs de ce singe à ceux de cet avare, Je ne sais bonnement auxquels donner le prix: Dom Bertrand gagneroit près de certains esprits, Les raisons en seroient trop longues à déduire. Un jour donc l’animal, qui ne songeoit qu’à nuire, Détachoit du monceau tantôt quelque doublon, Un jacobus, un ducaton, Et puis quelque noble à la rose; Éprouvoit son adresse et sa force à jeter Ces morceaux de métal, qui se font souhaiter Par les humains sur toute chose. S’il n’avoit entendu son compteur à la fin Mettre la clef dans la serrure, Les ducats auroient tous pris le même chemin, Et couru la même aventure; Il les auroit fait tous voler jusqu’au dernier Dans le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.
Dieu veuille préserver maint et maint financier Qui n’en fait pas meilleur usage!
LES DEUX CHÈVRES.
IV
LES DEUX CHÈVRES.
Dès que les chèvres ont brouté, Certain esprit de liberté Leur fait chercher fortune: elles vont en voyage Vers les endroits de pâturage Les moins fréquentés des humains: Là, s’il est quelque lieu sans route et sans chemins, Un rocher, quelque mont pendant en précipices, C’est où ces dames vont promener leurs caprices. Rien ne peut arrêter cet animal grimpant. Deux chèvres donc s’émancipant, Toutes deux ayant patte blanche, Quittèrent les bas prés, chacune de sa part: L’une vers l’autre alloit pour quelque bon hasard. Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche. Deux belettes à peine auroient passé de front Sur ce pont: D’ailleurs, l’onde rapide et le ruisseau profond Devoient faire trembler de peur ces amazones. Malgré tant de dangers, l’une de ces personnes Pose un pied sur la planche, et l’autre en fait autant. Je m’imagine voir, avec Louis le Grand, Philippe Quatre qui s’avance Dans l’île de la Conférence. Ainsi s’avançoient pas à pas, Nez à nez, nos aventurières, Qui toutes deux étant fort fières, Vers le milieu du pont ne se voulurent pas L’une à l’autre céder. Elles avoient la gloire De compter dans leur race, à ce que dit l’histoire, L’une, certaine chèvre, au mérite sans pair, Dont Polyphème fit présent à Galathée; Et l’autre, la chèvre Amalthée, Par qui fut nourri Jupiter. Faute de reculer, leur chute fut commune: Toutes deux tombèrent dans l’eau.
Cet accident n’est pas nouveau Dans le chemin de la fortune.
A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE
QUI AVOIT DEMANDÉ A M. DE LA FONTAINE UNE FABLE QUI FUT NOMMÉE
LE CHAT ET LA SOURIS.
Pour plaire au jeune prince à qui la Renommée Destine un temple en mes écrits, Comment composerai-je une fable nommée Le chat et la souris?
Dois-je représenter dans ces vers une belle Qui, douce en apparence, et toutefois cruelle, Va se jouant des cœurs que ses charmes ont pris Comme le chat de la souris?
Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune? Rien ne lui convient mieux: et c’est chose commune Que de lui voir traiter ceux qu’on croit ses amis Comme le chat fait la souris.
Introduirai-je un roi qu’entre ses favoris Elle respecte seul, roi qui fixe sa roue, Qui n’est point empêché d’un monde d’ennemis, Et qui des plus puissants, quand il lui plaît, se joue Comme le chat de la souris?
Mais insensiblement, dans le tour que j’ai pris, Mon dessein se rencontre; et, si je ne m’abuse, Je pourrois tout gâter par de plus longs récits: Le jeune prince alors se joueroit de ma muse Comme le chat de la souris.