FablesParte 13 de 26
Original em francês · tradução para inglês
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LE MAL MARIÉ.
II
LE MAL MARIÉ.
Que le bon soit toujours camarade du beau, Dès demain je chercherai femme; Mais comme le divorce entre eux n’est pas nouveau, Et que peu de beaux corps, hôtes d’une belle âme, Assemblent l’un et l’autre point, Ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point. J’ai vu beaucoup d’hymens, aucuns d’eux ne me tentent: Cependant des humains presque les quatre parts S’exposent hardiment au plus grand des hasards; Les quatre parts aussi des humains se repentent. J’en vais alléguer un qui, s’étant repenti, Ne put trouver d’autre parti Que de renvoyer son épouse, Querelleuse, avare et jalouse. Rien ne la contentoit, rien n’étoit comme il faut: On se levoit trop tard, on se couchoit trop tôt; Puis du blanc, puis du noir, puis encore autre chose. Les valets enrageoient; l’époux étoit à bout: Monsieur ne songe à rien, monsieur dépense tout, Monsieur court, monsieur se repose. Elle en dit tant, que monsieur, à la fin, Lassé d’entendre un tel lutin, Vous la renvoie à la campagne Chez ses parents. La voilà donc compagne De certaines Philis qui gardent les dindons, Avec les gardeurs de cochons. Au bout de quelque temps qu’on la crut adoucie, Le mari la reprend. Eh bien! qu’avez-vous fait? Comment passiez-vous votre vie? L’innocence des champs est-elle votre fait? Assez, dit-elle; mais ma peine Étoit de voir les gens plus paresseux qu’ici: Ils n’ont des troupeaux nul souci. Je leur savois bien dire, et m’attirois la haine De tous ces gens si peu soigneux. Eh, madame, reprit son époux tout à l’heure, Si votre esprit est si hargneux Que le monde qui ne demeure Qu’un moment avec vous, et ne revient qu’au soir, Est déjà lassé de vous voir, Que feront des valets, qui toute la journée Vous verront contre eux déchaînée? Et que pourra faire un époux Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous? Retournez au village: adieu. Si de ma vie Je vous rappelle, et qu’il m’en prenne envie, Puissé-je chez les morts avoir, pour mes péchés, Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés!
LE RAT QUI S’EST RETIRÉ DU MONDE.
III
LE RAT QUI S’EST RETIRÉ DU MONDE.
Les Levantins en leur légende Disent qu’un certain rat, las des soins d’ici-bas, Dans un fromage de Hollande Se retira loin du tracas. La solitude étoit profonde, S’étendant partout à la ronde. Notre ermite nouveau subsistoit là dedans. Il fit tant, de pieds et de dents, Qu’en peu de jours il eut au fond de l’ermitage Le vivre et le couvert: que faut-il davantage? Il devint gros et gras: Dieu prodigue ses biens A ceux qui font vœu d’être siens. Un jour, au dévot personnage Des députés du peuple rat S’en vinrent demander quelque aumône légère: Ils alloient en terre étrangère Chercher quelque secours contre le peuple chat; Ratopolis étoit bloquée: On les avoit contraints de partir sans argent, Attendu l’état indigent De la république attaquée. Ils demandoient fort peu, certains que le secours Seroit prêt dans quatre ou cinq jours. Mes amis, dit le solitaire, Les choses d’ici-bas ne me regardent plus: En quoi peut un pauvre reclus Vous assister? que peut-il faire Que de prier le Ciel qu’il vous aide en ceci? J’espère qu’il aura de vous quelque souci. Ayant parlé de cette sorte, Le nouveau saint ferma sa porte.
Qui désigné-je, à votre avis, Par ce rat si peu secourable? Un moine? Non, mais un dervis: Je suppose qu’un moine est toujours charitable.
LE HÉRON.
IV
LE HÉRON.
Un jour, sur ses longs pieds alloit je ne sais où Le héron au long bec emmanché d’un long cou: Il côtoyoit une rivière. L’onde étoit transparente ainsi qu’aux plus beaux jours; Ma commère la carpe y faisoit mille tours Avec le brochet son compère. Le héron en eût fait aisément son profit: Tous approchoient du bord; l’oiseau n’avoit qu’à prendre. Mais il crut mieux faire d’attendre Qu’il eût un peu plus d’appétit: Il vivoit de régime, et mangeoit à ses heures. Après quelques moments l’appétit vint: l’oiseau, S’approchant du bord, vit sur l’eau Des tanches qui sortoient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas; il s’attendoit à mieux, Et montroit un goût dédaigneux Comme le rat du bon Horace. Moi, des tanches! dit-il; moi, héron, que je fasse Une si pauvre chère! Et pour qui me prend-on? La tanche rebutée, il trouva du goujon. Du goujon! c’est bien là le dîner d’un héron! J’ouvrirois pour si peu le bec! aux dieux ne plaise! Il l’ouvrit pour bien moins: tout alla de façon Qu’il ne vit plus aucun poisson. La faim le prit: il fut tout heureux et tout aise De rencontrer un limaçon.
Ne soyons pas si difficiles: Les plus accommodants, ce sont les plus habiles; On hasarde de perdre en voulant trop gagner. Gardez-vous de rien dédaigner, Surtout quand vous avez à peu près votre compte. Bien des gens y sont pris. Ce n’est pas aux hérons Que je parle: écoutez, humains, un autre conte: Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.
LA FILLE.
V
LA FILLE.
Certaine fille, un peu trop fière, Prétendoit trouver un mari Jeune, bien fait et beau, d’agréable manière, Point froid et point jaloux: notez ces deux points-ci. Cette fille vouloit aussi Qu’il eût du bien, de la naissance, De l’esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir! Le destin se montra soigneux de la pourvoir: Il vint des partis d’importance. La belle les trouva trop chétifs de moitié: Quoi! moi! quoi! ces gens-là! l’on radote, je pense. A moi les proposer! hélas! ils font pitié: Voyez un peu la belle espèce! L’un n’avoit en l’esprit nulle délicatesse; L’autre avoit le nez fait de cette façon-là: C’étoit ceci, c’étoit cela; C’étoit tout, car les précieuses Font dessus tout les dédaigneuses. Après les bons partis, les médiocres gens Vinrent se mettre sur les rangs. Elle de se moquer. Ah! vraiment je suis bonne De leur ouvrir la porte! Ils pensent que je suis Fort en peine de ma personne: Grâce à Dieu, je passe les nuits Sans chagrin, quoique en solitude. La belle se sut gré de tous ces sentiments. L’âge la fit déchoir: adieu tous les amants. Un an se passe, et deux, avec inquiétude: Le chagrin vient ensuite; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l’Amour; Puis ses traits choquer et déplaire; Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire Qu’elle échappât au Temps, cet insigne larron. Les ruines d’une maison Se peuvent réparer: que n’est cet avantage Pour les ruines du visage! Sa préciosité changea lors de langage. Son miroir lui disoit: Prenez vite un mari. Je ne sais quel désir le lui disoit aussi: Le désir peut loger chez une précieuse. Celle-ci fit un choix qu’on n’auroit jamais cru, Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse De rencontrer un malotru.
LES SOUHAITS.
VI
LES SOUHAITS.
Il est au Mogol des follets Qui font office de valets, Tiennent la maison propre, ont soin de l’équipage, Et quelquefois du jardinage. Si vous touchez à leur ouvrage, Vous gâtez tout. Un d’eux près du Gange autrefois Cultivoit le jardin d’un assez bon bourgeois. Il travailloit sans bruit, avoit beaucoup d’adresse, Aimoit le maître et la maîtresse, Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphyrs, Peuple ami du démon, l’assistoient dans sa tâche! Le follet, de sa part, travaillant sans relâche, Combloit ses hôtes de plaisirs. Pour plus de marques de son zèle, Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté, Nonobstant la légèreté A ses pareils si naturelle: Mais ses confrères les esprits Firent tant, que le chef de cette république, Par caprice ou par politique, Le changea bientôt de logis. Ordre lui vient d’aller au fond de la Norwége Prendre le soin d’une maison En tout temps couverte de neige; Et d’Indou qu’il étoit, on vous le fait Lapon. Avant que de partir, l’esprit dit à ses hôtes: On m’oblige de vous quitter; Je ne sais pas pour quelles fautes: Mais enfin il le faut. Je ne puis m’arrêter Qu’un temps fort court, un mois, peut-être une semaine: Employez-la; formez trois souhaits: car je ne puis Rendre trois souhaits accomplis; Trois, sans plus. Souhaiter, ce n’est pas une peine Étrange et nouvelle aux humains. Ceux-ci, pour premier vœu demandent l’abondance; Et l’Abondance à pleines mains Verse en leurs coffres la finance, En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins: Tout en crève. Comment ranger cette chevanche? Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut! Tous deux sont empêchés si jamais on le fut. Les voleurs contre eux complotèrent; Les grands seigneurs leur empruntèrent; Le prince les taxa. Voilà les pauvres gens Malheureux par trop de fortune. Otez-nous de ces biens l’affluence importune, Dirent-ils l’un et l’autre: heureux les indigents! La pauvreté vaut mieux qu’une telle richesse. Retirez-vous, trésors, fuyez; et toi, déesse, Mère du bon esprit, compagne du repos, O Médiocrité, reviens vite! A ces mots La Médiocrité revient. On lui fait place: Avec elle ils rentrent en grâce, Au bout de deux souhaits, étant aussi chanceux Qu’ils étoient, et que sont tous ceux Qui souhaitent toujours et perdent en chimères Le temps qu’ils feraient mieux de mettre à leurs affaires: Le follet en rit avec eux. Pour profiter de sa largesse, Quand il voulut partir et qu’il fut sur le point, Ils demandèrent la sagesse: C’est un trésor qui n’embarrasse point.