FablesParte 14 de 26
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LA COUR DU LION.
VII
LA COUR DU LION.
Sa majesté lionne un jour voulut connaître De quelles nations le Ciel l’avait fait maître. Il manda donc par députés Ses vassaux de toute nature, Envoyant de tous les côtés Une circulaire écriture Avec son sceau. L’écrit portoit Qu’un mois durant le roi tiendroit Cour plénière, dont l’ouverture Devoit être un fort grand festin, Suivi des tours de Fagotin. Par ce trait de magnificence Le prince à ses sujets étaloit sa puissance. En son Louvre il les invita. Quel Louvre! un vrai charnier, dont l’odeur se porta D’abord au nez des gens. L’ours boucha sa narine: Il se fût bien passé de faire cette mine; Sa grimace déplut: le monarque irrité L’envoya chez Pluton faire le dégoûté. Le singe approuva fort cette sévérité; Et, flatteur excessif, il loua la colère Et la griffe du prince, et l’antre, et cette odeur; Il n’étoit ambre, il n’étoit fleur Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie Eut un mauvais succès, et fut encor punie: Ce monseigneur du lion-là Fut parent de Caligula. Le renard étant proche: Or çà, lui dit le sire, Que sens-tu? dis-le-moi; parle sans déguiser. L’autre aussitôt de s’excuser, Alléguant un grand rhume: il ne pouvoit que dire Sans odorat. Bref, il s’en tire.
Ceci vous sert d’enseignement: Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire, Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère, Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.
LES VAUTOURS ET LES PIGEONS.
VIII
LES VAUTOURS ET LES PIGEONS.
Mars autrefois mit tout l’air en émute. Certain sujet fit naître la dispute Chez les oiseaux: non ceux que le Printemps Mène à sa cour, et qui, sous la feuillée, Par leur exemple et leurs sons éclatants, Font que Vénus est en nous réveillée; Ni ceux encor que la mère d’Amour Met à son char; mais le peuple vautour, Au bec retors, à la tranchante serre, Pour un chien mort, se fit, dit-on, la guerre. Il plut du sang: je n’exagère point. Si je voulois conter de point en point Tout le détail, je manquerois d’haleine. Maint chef périt, maint héros expira; Et sur son roc Prométhée espéra De voir bientôt une fin à sa peine. C’étoit plaisir d’observer leurs efforts; C’étoit pitié de voir tomber les morts. Valeur, adresse, et ruses, et surprises, Tout s’employa. Les deux troupes, éprises D’ardent courroux, n’épargnoient nuls moyens De peupler l’air que respirent les ombres: Tout élément remplit de citoyens Le vaste enclos qu’ont les royaumes sombres. Cette fureur mit la compassion Dans les esprits d’une autre nation Au cou changeant, au cœur tendre et fidèle. Elle employa sa médiation Pour accorder une telle querelle: Ambassadeurs par le peuple pigeon Furent choisis, et si bien travaillèrent Que les vautours plus ne se chamaillèrent. Ils firent trêve, et la paix s’ensuivit. Hélas! ce fut aux dépens de la race A qui la leur aurait dû rendre grâce. La gent maudite aussitôt poursuivit Tous les pigeons, en fit ample carnage, En dépeupla les bourgades, les champs. Peu de prudence eurent les pauvres gens D’accommoder un peuple si sauvage.
Tenez toujours divisés les méchants: La sûreté du reste de la terre Dépend de là. Semez entre eux la guerre, Ou vous n’aurez avec eux nulle paix. Ceci soit dit en passant: je me tais.
LE COCHE ET LA MOUCHE.
IX
LE COCHE ET LA MOUCHE.
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé, Six forts chevaux tiroient un coche. Femmes, moine, vieillards, tout étoit descendu: L’attelage suoit, souffloit, étoit rendu. Une mouche survient, et des chevaux s’approche; Prétend les animer par son bourdonnement; Pique l’un, pique l’autre, et pense à tout moment Qu’elle fait aller la machine; S’assied sur le timon, sur le nez du cocher. Aussitôt que le char chemine, Et qu’elle voit les gens marcher, Elle s’en attribue uniquement la gloire, Va, vient, fait l’empressée; il semble que ce soit Un sergent de bataille allant en chaque endroit Faire avancer ses gens et hâter la victoire. La mouche, en ce commun besoin, Se plaint qu’elle agit seule, et qu’elle a tout le soin; Qu’aucun n’aide aux chevaux à se tirer d’affaire. Le moine disoit son bréviaire: Il prenoit bien son temps! une femme chantoit: C’étoit bien de chansons qu’alors il s’agissoit! Dame mouche s’en va chanter à leurs oreilles, Et fait cent sottises pareilles. Après bien du travail, le coche arrive au haut: Respirons maintenant! dit la mouche aussitôt: J’ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine. Çà, messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine.
Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S’introduisent dans les affaires: Ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devroient être chassés.
LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT.
X
LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT.
Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait Bien posé sur un coussinet, Prétendoit arriver sans encombre à la ville. Légère et court vêtue, elle alloit à grands pas, Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, Cotillon simple et souliers plats. Notre laitière, ainsi troussée, Comptoit déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait, en employoit l’argent; Achetoit un cent d’œufs; faisoit triple couvée: La chose alloit à bien par son soin diligent. Il m’est, disoit-elle, facile D’élever des poulets autour de ma maison; Le renard sera bien habile S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s’engraisser coûtera peu de son; Il étoit, quand je l’eus, de grosseur raisonnable; J’aurai, le revendant, de l’argent bel et bon. Et qui m’empêchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau? Perrette là-dessus saute aussi, transportée: Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée; La dame de ces biens, quittant d’un œil marri Sa fortune ainsi répandue, Va s’excuser à son mari, En grand danger d’être battue. Le récit en farce en fut fait: On l’appela le Pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne? Qui ne fait châteaux en Espagne? Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous, Autant les sages que les fous, Chacun songe en veillant: il n’est rien de plus doux; Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes; Tout le bien du monde est à nous, Tous les honneurs, toutes les femmes. Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi: Je m’écarte, je vais détrôner le sophi; On m’élit roi, mon peuple m’aime; Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant: Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même, Je suis Gros-Jean comme devant.
LE CURÉ ET LE MORT.
XI
LE CURÉ ET LE MORT.
Un mort s’en alloit tristement S’emparer de son dernier gîte; Un curé s’en alloit gaiement Enterrer ce mort au plus vite. Notre défunt étoit en carrosse porté, Bien et dûment empaqueté, Et vêtu d’une robe, hélas! qu’on nomme bière, Robe d’hiver, robe d’été, Que les morts ne dépouillent guère. Le pasteur étoit à côté, Et récitoit, à l’ordinaire, Maintes dévotes oraisons, Et des psaumes et des leçons, Et des versets et des répons: Monsieur le mort, laissez-nous faire, On vous en donnera de toutes les façons; Il ne s’agit que du salaire. Messire Jean Chouart couvoit des yeux son mort, Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor; Et des regards sembloit lui dire: Monsieur le mort, j’aurai de vous Tant en argent, et tant en cire, Et tant en autres menus coûts. Il fondoit là-dessus l’achat d’une feuillette Du meilleur vin des environs: Certaine nièce assez propette Et sa chambrière Pâquette Devoient avoir des cotillons. Sur cette agréable pensée Un heurt survient: adieu le char. Voilà messire Jean Chouart Qui du choc de son mort a la tête cassée: Le paroissien en plomb entraîne son pasteur; Notre curé suit son seigneur; Tous deux s’en vont de compagnie.
Proprement toute notre vie Est le curé Chouart qui sur son mort comptoit, Et la fable du Pot au lait.
L’HOMME QUI COURT APRÈS LA FORTUNE, ET L’HOMME QUI L’ATTEND DANS SON LIT.
XII
L’HOMME QUI COURT APRÈS LA FORTUNE, ET L’HOMME QUI L’ATTEND DANS SON LIT.
Qui ne court après la Fortune? Je voudrois être en lieu d’où je pusse aisément Contempler la foule importune De ceux qui cherchent vainement Cette fille du Sort de royaume en royaume, Fidèles courtisans d’un volage fantôme. Quand ils sont près du bon moment, L’inconstante aussitôt à leurs désirs échappe. Pauvres gens! je les plains; car on a pour les fous Plus de pitié que de courroux. Cet homme, disent-ils, étoit planteur de choux, Et le voilà devenu pape! Ne le valons-nous pas? Vous valez cent fois mieux: Mais que vous sert votre mérite? La Fortune a-t-elle des yeux? Et puis la papauté vaut-elle ce qu’on quitte, Le repos? le repos, trésor si précieux Qu’on en faisoit jadis le partage des dieux! Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse. Ne cherchez point cette déesse, Elle vous cherchera: son sexe en use ainsi.
Certain couple d’amis, en un bourg établi, Possédoit quelque bien. L’un soupiroit sans cesse Pour la Fortune; il dit à l’autre un jour: Si nous quittions notre séjour? Vous savez que nul n’est prophète En son pays; cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez, dit l’autre ami; pour moi, je ne souhaite Ni climats ni destins meilleurs. Contentez-vous; suivez votre humeur inquiète: Vous reviendrez bientôt. Je fais vœu cependant De dormir en vous attendant. L’ambitieux, ou, si l’on veut, l’avare, S’en va par voie et par chemin. Il arriva le lendemain En un lieu que devoit la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre; et ce lieu, c’est la cour. Là donc pour quelque temps il fixe son séjour, Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures Que l’on sait être les meilleures; Bref, se trouvant à tout et n’arrivant à rien. Qu’est ceci? se dit-il; cherchons ailleurs du bien. La Fortune pourtant habite ces demeures; Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci, Chez celui-là: d’où vient qu’aussi Je ne puis héberger cette capricieuse? On me l’avoit bien dit, que des gens de ce lieu L’on n’aime pas toujours l’humeur ambitieuse. Adieu, messieurs de cour; messieurs de cour, adieu; Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, dit-on, des temples à Surate: Allons là. Ce fut un de dire et s’embarquer. Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute Armé de diamant, qui tenta cette route, Et le premier osa l’abîme défier! Celui-ci, pendant son voyage, Tourna les yeux vers son village Plus d’une fois, essuyant les dangers Des pirates, des vents, du calme et des rochers, Ministres de la Mort: avec beaucoup de peines On s’en va la chercher en des rives lointaines, La trouvant assez tôt sans quitter la maison. L’homme arrive au Mogol: on lui dit qu’au Japon La Fortune pour lors distribuoit ses grâces. Il y court. Les mers étoient lasses De le porter; et tout le fruit Qu’il tira de ses longs voyages, Ce fut cette leçon que donnent les sauvages: Demeure en ton pays, par la nature instruit. Le Japon ne fut pas plus heureux à cet homme Que le Mogol l’avoit été: Ce qui lui fit conclure en somme Qu’il avoit à grand tort son village quitté. Il renonce aux courses ingrates, Revient en son pays, voit de loin ses pénates, Pleure de joie, et dit: Heureux qui vit chez soi, De régler ses désirs faisant tout son emploi! Il ne sait que par ouï-dire Ce que c’est que la cour, la mer, et ton empire, Fortune, qui nous fais passer devant les yeux Des dignités, des biens que jusqu’au bout du monde On suit, sans que l’effet aux promesses réponde. Désormais je ne bouge, et ferai cent fois mieux. En raisonnant de cette sorte, Et contre la Fortune ayant pris ce conseil, Il la trouve assise à la porte De son ami plongé dans un profond sommeil.
LES DEUX COQS.
XIII
LES DEUX COQS.
Deux coqs vivoient en paix: une poule survint, Et voilà la guerre allumée. Amour, tu perdis Troie! et c’est de toi que vint Cette querelle envenimée Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint! Longtemps entre nos coqs le combat se maintint. Le bruit s’en répandit par tout le voisinage: La gent qui porte crête au spectacle accourut; Plus d’une Hélène au beau plumage Fut le prix du vainqueur. Le vaincu disparut: Il alla se cacher au fond de sa retraite, Pleura sa gloire et ses amours, Ses amours qu’un rival, tout fier de sa défaite, Possédoit à ses yeux. Il voyoit tous les jours Cet objet rallumer sa haine et son courage; Il aiguisoit son bec, battoit l’air et ses flancs, Et s’exerçant contre les vents, S’armoit d’une jalouse rage. Il n’en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits S’alla percher, et chanter sa victoire. Un vautour entendit sa voix: Adieu les amours et la gloire; Tout cet orgueil périt sous l’ongle du vautour. Enfin, par un fatal retour, Son rival autour de la poule S’en revint faire le coquet. Je laisse à penser quel caquet; Car il eut des femmes en foule.
La Fortune se plaît à faire de ces coups: Tout vainqueur insolent à sa perte travaille. Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous Après le gain d’une bataille.
L’INGRATITUDE ET L’INJUSTICE DES HOMMES ENVERS LA FORTUNE.
XIV
L’INGRATITUDE ET L’INJUSTICE DES HOMMES ENVERS LA FORTUNE.
Un trafiquant sur mer, par bonheur, s’enrichit. Il triompha des vents pendant plus d’un voyage: Gouffre, banc, ni rocher, n’exigea de péage D’aucun de ses ballots; le Sort l’en affranchit. Sur tous ses compagnons Atropos et Neptune Recueillirent leurs droits, tandis que la Fortune Prenoit soin d’amener son marchand à bon port: Facteurs, associés, chacun lui fut fidèle. Il vendit son tabac, son sucre, sa cannelle, Ce qu’il voulut, sa porcelaine encor; Le luxe et la folie enflèrent son trésor; Bref, il plut dans son escarcelle. On ne parlait chez lui que par doubles ducats; Et mon homme d’avoir chiens, chevaux et carrosses; Ses jours de jeûne étoient des noces. Un sien ami, voyant ces somptueux repas, Lui dit: Et d’où vient donc un si bon ordinaire?— Et d’où me viendroit-il que de mon savoir-faire? Je n’en dois rien qu’à moi, qu’à mes soins, qu’au talent De risquer à propos, et bien placer l’argent. Le profit lui semblant une fort douce chose, Il risqua de nouveau le gain qu’il avoit fait; Mais rien, pour cette fois, ne lui vint à souhait. Son imprudence en fut la cause: Un vaisseau mal frété périt au premier vent; Un autre, mal pourvu des armes nécessaires, Fut enlevé par les corsaires; Un troisième au port arrivant, Rien n’eut cours ni débit: le luxe et la folie N’étoient plus tels qu’auparavant. Enfin ses facteurs le trompant, Et lui-même ayant fait grand fracas, chère lie, Mis beaucoup en plaisirs, en bâtiments beaucoup, Il devint pauvre tout d’un coup. Son ami, le voyant en mauvais équipage, Lui dit: D’où vient cela?—De la Fortune, hélas!— Consolez-vous, dit l’autre: et s’il ne lui plaît pas Que vous soyez heureux, tout au moins soyez sage.
Je ne sais s’il crut ce conseil; Mais je sais que chacun impute, en cas pareil, Son bonheur à son industrie; Et si de quelque échec notre faute est suivie, Nous disons injures au Sort. Chose n’est ici plus commune. Le bien, nous le faisons; le mal, c’est la Fortune: On a toujours raison, le Destin toujours tort.
LES DEVINERESSES.
XV
LES DEVINERESSES.
C’est souvent du hasard que naît l’opinion, Et c’est l’opinion qui fait toujours la vogue. Je pourrois fonder ce prologue Sur gens de tous états: tout est prévention, Cabale, entêtement; point ou peu de justice. C’est un torrent: qu’y faire? il faut qu’il ait son cours Cela fut, et sera toujours. Une femme, à Paris, faisoit la pythonisse: On l’allait consulter sur chaque événement; Perdait-on un chiffon, avait-on un amant, Un mari vivant trop, au gré de son épouse, Une mère fâcheuse, une femme jalouse; Chez la devineuse on couroit Pour se faire annoncer ce que l’on désiroit. Son fait consistoit en adresse: Quelques termes de l’art, beaucoup de hardiesse, Du hasard quelquefois, tout cela concouroit, Tout cela bien souvent faisoit crier miracle. Enfin, quoique ignorante à vingt et trois carats, Elle passoit pour un oracle. L’oracle étoit logé dedans un galetas: Là, cette femme emplit sa bourse, Et, sans avoir d’autre ressource, Gagne de quoi donner un rang à son mari; Elle achète un office, une maison aussi. Voilà le galetas rempli D’une nouvelle hôtesse, à qui toute la ville, Femmes, filles, valets, gros messieurs, tout enfin Alloit, comme autrefois, demander son destin; Le galetas devint l’antre de la Sibylle. L’autre femelle avoit achalandé ce lieu. Cette dernière femme eut beau faire, eut beau dire, Moi devine! on se moque: eh! messieurs, sais-je lire? Je n’ai jamais appris que ma Croix de par Dieu. Point de raisons: fallut deviner et prédire, Mettre à part force bons ducats, Et gagner malgré soi plus que deux avocats. Le meuble et l’équipage aidoient fort à la chose: Quatre siéges boiteux, un manche de balai, Tout sentoit son sabbat et sa métamorphose. Quand cette femme auroit dit vrai Dans une chambre tapissée, On s’en seroit moqué: la vogue étoit passée Au galetas; il avoit le crédit. L’autre femme se morfondit.
L’enseigne fait la chalandise. J’ai vu dans le palais une robe mal mise Gagner gros: les gens l’avoient prise Pour maître tel, qui traînoit après soi Force écoutants. Demandez-moi pourquoi.
LE CHAT, LA BELETTE ET LE PETIT LAPIN.
XVI
LE CHAT, LA BELETTE ET LE PETIT LAPIN.
Du palais d’un jeune lapin Dame belette, un beau matin, S’empara: c’est une rusée. Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée. Elle porta chez lui ses pénates, un jour Qu’il étoit allé faire à l’aurore sa cour, Parmi le thym et la rosée. Après qu’il eut brouté, trotté, fait tous ses tours, Jeannot lapin retourne aux souterrains séjours. La belette avoit mis le nez à la fenêtre. O dieux hospitaliers! que vois-je ici paroître? Dit l’animal chassé du paternel logis. Holà! madame la belette, Que l’on déloge sans trompette, Ou je vais avertir tous les rats du pays. La dame au nez pointu répondit que la terre Étoit au premier occupant. C’étoit un beau sujet de guerre, Qu’un logis où lui-même il n’entroit qu’en rampant! Et quand ce seroit un royaume, Je voudrois bien savoir, dit-elle, quelle loi En a pour toujours fait l’octroi A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume, Plutôt qu’à Paul, plutôt qu’à moi. Jean lapin allégua la coutume et l’usage: Ce sont, dit-il, leurs lois qui m’ont de ce logis Rendu maître et seigneur, et qui, de père en fils, L’ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis. Le premier occupant, est-ce une loi plus sage? Or bien, sans crier davantage, Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis. C’étoit un chat vivant comme un dévot ermite, Un chat faisant la chattemite, Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras, Arbitre expert sur tous les cas. Jean lapin pour juge l’agrée. Les voilà tous deux arrivés Devant sa majesté fourrée. Grippeminaud leur dit: Mes enfants, approchez, Approchez; je suis sourd, les ans en sont la cause. L’un et l’autre approcha, ne craignant nulle chose. Aussitôt qu’à portée il vit les contestants, Grippeminaud le bon apôtre, Jetant des deux côtés la griffe en même temps, Mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu’ont parfois Les petits souverains se rapportant aux rois.