Les Liaisons dangereuses Cap. 1/17 · 0%

Les Liaisons dangereusesParte 44 de 48

Choderlos de Laclos

Original em francês · tradução para inglês

A tradução continua com o Premium.

  • O sentido de cada trecho
  • Notas sobre expressões e gramática
  • Todos os livros do catálogo

LETTRE CLII

La Marquise de MERTEUIL au Vicomte de VALMONT.

Prenez donc garde, vicomte, et ménagez davantage mon extrême timidité! Comment voulez-vous que je supporte l’idée accablante d’encourir votre indignation et surtout que je ne succombe pas à la crainte de votre vengeance? d’autant que, comme vous savez, si vous me faisiez une noirceur, il me serait impossible de vous la rendre. J’aurais beau parler, votre existence n’en sera ni moins brillante ni moins paisible. Au fait, qu’auriez-vous à redouter? D’être obligé de partir si on vous en laissait le temps. Mais ne vit-on pas chez l’étranger comme ici? Et, à tout prendre, pourvu que la cour de France vous laissât tranquille à celle où vous vous fixeriez, ce ne serait pour vous que changer le lieu de vos triomphes. Après avoir tenté de vous rendre votre sang-froid par ces considérations morales, revenons à nos affaires.

Savez-vous, vicomte, pourquoi je ne me suis jamais remariée? Ce n’est assurément pas faute d’avoir trouvé assez de partis avantageux, c’est uniquement pour que personne n’ait le droit de trouver à redire à mes actions. Ce n’est même pas que j’aie craint de ne pouvoir plus faire mes volontés, car j’aurais bien toujours fini par là; mais c’est qu’il m’aurait gêné que quelqu’un eût eu seulement le droit de s’en plaindre; c’est qu’enfin je ne voulais tromper que pour mon plaisir et non par nécessité. Et voilà que vous m’écrivez la lettre la plus maritale qu’il soit possible de voir! Vous ne m’y parlez que de torts de mon côté et de grâces du vôtre! Mais comment donc peut-on manquer à celui à qui on ne doit rien? Je ne saurais le concevoir!

Voyons, de quoi s’agit-il tant? Vous avez trouvé Danceny chez moi, et cela vous a déplu? A la bonne heure; mais qu’avez-vous pu en conclure? Ou que c’était l’effet du hasard, comme je vous le disais, ou celui de ma volonté, comme je ne vous le disais pas. Dans le premier cas votre lettre est injuste; dans le second, elle est ridicule: c’était bien la peine d’écrire! Mais vous êtes jaloux et la jalousie ne raisonne pas. Eh bien! je vais raisonner pour vous.

Ou vous avez un rival, ou vous n’en avez pas. Si vous en avez un, il faut plaire pour lui être préféré; si vous n’en avez pas, il faut encore plaire pour éviter d’en avoir. Dans tous les cas, c’est la même conduite à tenir; ainsi, pourquoi vous tourmenter? Pourquoi, surtout, me tourmenter moi-même? Ne savez-vous donc plus être le plus aimable? Et n’êtes-vous plus sûr de vos succès? Allons donc, vicomte, vous vous faites tort. Mais ce n’est pas cela, c’est qu’à vos yeux je ne veux pas que vous vous donniez tant de peine. Vous désirez moins mes bontés que vous ne voulez abuser de votre empire. Allez, vous êtes un ingrat. Voilà bien, je crois, du sentiment! Et pour peu que je continuasse, cette lettre pourrait devenir fort tendre, mais vous ne le méritez pas.

Vous ne méritez pas davantage que je me justifie. Pour vous punir de vos soupçons, vous les garderez; ainsi, sur l’époque de mon retour, comme sur les visites de Danceny, je ne vous dirai rien. Vous vous êtes donné bien de la peine pour vous en instruire, n’est-il pas vrai? Eh bien! en êtes-vous plus avancé? Je souhaite que vous y ayez trouvé beaucoup de plaisir; quant à moi, cela n’a pas nui au mien.

Tout ce que je peux donc répondre à votre menaçante lettre, c’est qu’elle n’a eu ni le don de me plaire, ni le pouvoir de m’intimider, et que pour le moment je suis on ne peut pas moins disposée à vous accorder vos demandes.

Au vrai, vous accepter tel que vous vous montrez aujourd’hui, ce serait vous faire une infidélité réelle. Ce ne serait pas là renouer avec mon ancien amant, ce serait en prendre un nouveau, et qui ne vaut pas l’autre à beaucoup près. Je n’ai pas assez oublié le premier pour m’y tromper ainsi. Le Valmont que j’aimais était charmant. Je veux bien convenir même que je n’ai pas rencontré d’homme plus aimable. Ah! je vous en prie, vicomte, si vous le retrouvez, amenez-le-moi; celui-là sera toujours bien reçu.

Prévenez-le cependant que, dans aucun cas, ce ne serait ni pour aujourd’hui ni pour demain. Son Menechme lui a fait un peu tort; et en me pressant trop, je craindrais de m’y tromper, ou bien, peut-être ai-je donné parole à Danceny pour ces deux jours-là? Et votre lettre m’a appris que vous ne plaisantiez pas quand on manquait à sa parole. Vous voyez donc qu’il faut attendre.

Mais que vous importe? Vous vous vengerez toujours bien de votre rival. Il ne fera pas pis à votre maîtresse que vous ferez à la sienne, et, après tout, une femme n’en vaut-elle pas une autre? Ce sont vos principes. Celle même qui serait tendre et sensible, qui n’existerait que pour vous et qui mourrait enfin d’amour et de regret n’en serait pas moins sacrifiée à la première fantaisie, à la crainte d’être plaisanté un moment; et vous voulez qu’on se gêne? Ah! cela n’est pas juste.

Adieu, vicomte, redevenez donc aimable. Tenez, je ne demande pas mieux que de vous trouver charmant, et dès que j’en serai sûre, je m’engage à vous le prouver. En vérité, je suis trop bonne.

Paris, ce 4 décembre 17**.


LETTRE CLIII

Le Vicomte de VALMONT à la Marquise de MERTEUIL.

Je réponds sur-le-champ à votre lettre et je tâcherai d’être clair, ce qui n’est pas facile avec vous quand une fois vous avez pris le parti de ne pas entendre.

De longs discours n’étaient pas nécessaires pour établir que chacun de nous ayant en main tout ce qu’il faut pour perdre l’autre, nous avons un égal intérêt à nous ménager mutuellement; aussi, ce n’est pas de cela dont il s’agit. Mais encore entre le parti violent de se perdre et celui, sans doute meilleur, de rester unis comme nous l’avons été, de le devenir davantage encore en reprenant notre première liaison; entre ces deux partis, dis-je, il y en a mille autres à prendre. Il n’était donc pas ridicule de vous dire et il ne l’est pas de vous répéter que, de ce jour même, je serai ou votre amant ou votre ennemi.

Je sens à merveille que ce choix vous gêne, qu’il conviendrait mieux de tergiverser, et je n’ignore pas que vous n’avez jamais aimé à être placée ainsi entre le oui et le non; mais vous devez sentir aussi que je ne puis vous laisser sortir de ce cercle étroit sans risquer d’être joué, et vous avez dû prévoir que je ne le souffrirais pas. C’est maintenant à vous de décider; je peux vous laisser le choix, mais non pas rester dans l’incertitude.

Je vous préviens seulement que vous ne m’abuserez pas par vos raisonnements, bons ou mauvais; que vous ne me séduirez pas davantage par quelques cajoleries dont vous chercheriez à parer vos refus, et qu’enfin, le moment de la franchise est arrivé. Je ne demande pas mieux que de vous donner l’exemple, et je vous déclare avec plaisir que je préfère la paix et l’union; mais s’il faut rompre l’une ou l’autre, je crois en avoir le droit et les moyens.

J’ajoute donc que le moindre obstacle mis de votre part sera pris de la mienne pour une véritable déclaration de guerre; vous voyez que la réponse que je vous demande n’exige ni longues ni belles phrases. Deux mots suffisent.

Paris, ce 4 décembre 17**.

Réponse de la Marquise de Merteuil écrite au bas de la même lettre.

Eh bien! la guerre.


LETTRE CLIV

Madame de VOLANGES à Madame de ROSEMONDE.

Les bulletins vous instruisent mieux que je ne pourrais le faire, ma chère amie, du fâcheux état de notre malade. Tout entière aux soins que je lui donne, je ne prends sur eux le temps de vous écrire qu’autant qu’il y a d’autres événements que ceux de la maladie. En voici un auquel certainement je ne m’attendais pas. C’est une lettre que j’ai reçue de M. de Valmont, à qui il a plu de me choisir pour sa confidente et même pour sa médiatrice auprès de Mme de Tourvel, pour qui il avait aussi joint une lettre à la mienne. J’ai renvoyé l’une en répondant à l’autre. Je vous fais passer cette dernière et je crois que vous jugerez comme moi, que je ne pouvais ni ne devais rien faire de ce qu’il me demande. Quand je l’aurais voulu, notre malheureuse amie n’aurait pas été en état de m’entendre. Son délire est continuel. Mais que direz-vous de ce désespoir de M. de Valmont? D’abord, faut-il y croire, ou veut-il seulement tromper tout le monde et jusqu’à la fin? Si pour cette fois il est sincère, il peut bien dire qu’il a lui-même fait son bonheur. Je crois qu’il sera peu content de ma réponse, mais j’avoue que tout ce qui me fixe sur cette malheureuse aventure me soulève de plus en plus contre son auteur.

Adieu, ma chère amie, je retourne à mes tristes soins, qui le deviennent bien davantage encore par le peu d’espoir que j’ai de les voir réussir. Vous connaissez mes sentiments pour vous.

Paris, ce 5 décembre 17**.


LETTRE CLV

Le Vicomte de VALMONT au Chevalier DANCENY.

J’ai passé deux fois chez vous, mon cher chevalier, mais depuis que vous avez quitté le rôle d’amant pour celui d’homme à bonnes fortunes, vous êtes comme de raison, devenu introuvable. Votre valet de chambre m’a assuré cependant que vous rentreriez ce soir, qu’il avait ordre de vous attendre; mais moi qui suis instruit de vos projets, j’ai très bien compris que vous ne rentreriez que pour un moment, pour prendre le costume de la chose et que sur-le-champ vous recommenceriez vos courses victorieuses. A la bonne heure, et je ne puis qu’y applaudir; mais peut-être, pour ce soir, allez-vous être tenté de changer leur direction. Vous ne savez encore que la moitié de vos affaires; il faut vous mettre au courant de l’autre, et puis, vous vous déciderez. Prenez donc le temps de lire ma lettre. Ce ne sera pas pour vous distraire de vos plaisirs puisqu’au contraire elle n’a d’autre objet que de vous donner le choix entre eux.

Si j’avais eu votre confiance entière, si j’avais su par vous la partie de vos secrets que vous m’avez laissée à deviner, j’aurais été instruit à temps, et mon zèle, moins gauche, ne gênerait pas aujourd’hui votre marche. Mais partons du point où nous sommes. Quelque parti que vous preniez, votre pis-aller ferait toujours bien le bonheur d’un autre.

Vous avez un rendez-vous pour cette nuit, n’est-il pas vrai? avec une femme charmante et que vous adorez? car, à votre âge, quelle femme n’adore-t-on pas, au moins les huit premiers jours? Le lieu de la scène doit encore ajouter à vos plaisirs. Une petite maison délicieuse, et qu’on n’a prise que pour vous, doit embellir la volupté des charmes de la liberté et de ceux du mystère. Tout est convenu; on vous attend, et vous brûlez de vous y rendre! Voilà ce que nous savons tous deux, quoique vous ne m’en ayez rien dit. Maintenant, voici ce que vous ne savez pas et qu’il faut que je vous dise.

Depuis mon retour à Paris, je m’occupais des moyens de vous rapprocher de Mlle de Volanges; je vous l’avais promis, et encore la dernière fois que je vous en parlai, j’eus lieu de juger par vos réponses je pourrais dire par vos transports, que c’était m’occuper de votre bonheur. Je ne pouvais pas réussir à moi seul dans cette entreprise difficile, mais après avoir préparé les moyens, j’ai remis le reste au zèle de votre jeune maîtresse. Elle a trouvé dans son amour des ressources qui avaient manqué à mon expérience; enfin, votre malheur veut qu’elle ait réussi. «Depuis deux jours, m’a-t-elle dit ce soir, tous les obstacles sont surmontés», et votre bonheur ne dépend plus que de vous.

Depuis deux jours aussi, elle se flattait de vous apprendre cette nouvelle elle-même, et malgré l’absence de sa maman, vous auriez été reçu: mais vous ne vous êtes seulement pas présenté! et pour vous dire tout, soit caprice ou raison, la petite personne m’a paru un peu fâchée de ce manque d’empressement de votre part. Enfin, elle a trouvé le moyen de me faire aussi parvenir jusqu’à elle et m’a fait promettre de vous rendre le plus tôt possible la lettre que je joins ici. A l’empressement qu’elle y a mis, je parierais bien qu’il y est question d’un rendez-vous pour ce soir. Quoi qu’il en soit, j’ai promis, sur l’honneur et sur l’amitié, que vous auriez la tendre missive dans la journée, et je ne puis ni ne veux manquer à ma parole.

A présent, jeune homme, quelle conduite allez-vous tenir? Placé entre la coquetterie et l’amour, entre le plaisir et le bonheur, quel va être votre choix? Si je parlais au Danceny d’il y a trois mois, seulement à celui d’il y a huit jours, bien sûr de son cœur, je le serais de ses démarches; mais le Danceny d’aujourd’hui, arraché par les femmes, courant les aventures et devenu, suivant l’usage, un peu scélérat, préférera-t-il une jeune fille bien timide, qui n’a pour elle que sa beauté, son innocence et son amour, aux agréments d’une femme parfaitement usagée?

Pour moi, mon cher ami, il me semble que, même dans vos nouveaux principes, que j’avoue bien être aussi un peu les miens, les circonstances me décideraient pour la jeune amante. D’abord c’en est une de plus, et puis la nouveauté, et encore la crainte de perdre le fruit de vos soins en négligeant de le cueillir; car enfin, de ce côté, ce serait véritablement l’occasion manquée, et elle ne revient pas toujours, surtout pour une première faiblesse; souvent dans ce cas, il ne faut qu’un moment d’humeur, un soupçon jaloux, moins encore, pour empêcher le plus beau triomphe. La vertu qui se noie se raccroche quelquefois aux branches, et une fois réchappée, elle se tient sur ses gardes et n’est plus facile à surprendre.

Au contraire, de l’autre côté, que risquez-vous? pas même une rupture, une brouillerie tout au plus, où l’on achète de quelques soins le plaisir d’un raccommodement. Quel autre parti reste-t-il à une femme déjà rendue que celui de l’indulgence? Que gagnerait-elle à la sévérité? la perte de ses plaisirs, sans profit pour sa gloire.

Si, comme je le suppose, vous prenez le parti de l’amour, qui me paraît aussi celui de la raison, je crois qu’il est de la prudence de ne point vous faire excuser au rendez-vous manqué; laissez-vous attendre tout simplement; si vous risquez de donner une raison, on sera peut-être tenté de la vérifier. Les femmes sont curieuses et obstinées; tout peut se découvrir; je viens, comme vous savez, d’en être moi-même un exemple. Mais si vous laissez l’espoir, comme il sera soutenu par la vanité, il ne sera perdu que longtemps après l’heure propre aux informations; alors demain vous aurez à choisir l’obstacle insurmontable qui vous aura retenu: vous aurez été malade, mort s’il le faut, ou toute autre chose dont vous serez également désespéré, et tout se raccommodera.

Au reste, pour quelque côté que vous vous décidiez, je vous prie seulement de m’en instruire, et comme je n’y ai pas d’intérêt, je trouverai toujours que vous avez bien fait. Adieu, mon cher ami.

Ce que j’ajoute encore, c’est que je regrette Mme de Tourvel; c’est que je suis au désespoir d’être séparé d’elle, c’est que je paierais de la moitié de ma vie le bonheur de lui consacrer l’autre. Ah! croyez-moi, on n’est heureux que par l’amour.

Paris, ce 5 décembre 17**.


LETTRE CLVI

Cécile VOLANGES au Chevalier DANCENY.

(Jointe à la précédente.)

Comment se fait-il, mon cher ami, que je cesse de vous voir quand je ne cesse pas de le désirer? n’en avez-vous plus autant d’envie que moi? Ah! c’est bien à présent que je suis triste! plus triste que quand nous étions séparés tout à fait. Le chagrin que j’éprouvais par les autres, c’est à présent de vous qu’il me vient, et cela fait bien plus de mal.

Depuis quelques jours, maman n’est jamais chez elle, vous le savez bien, et j’espérais que vous essayeriez de profiter de ce temps de liberté; mais vous ne songez seulement pas à moi; je suis bien malheureuse! Vous me disiez tant que c’était moi qui aimais le moins! je savais bien le contraire, et en voilà bien la preuve. Si vous étiez venu pour me voir, vous m’auriez vue en effet, car moi, je ne suis pas comme vous, je ne songe qu’à tout ce qui peut nous réunir. Vous mériteriez bien que je ne vous dise rien du tout ce que j’ai fait pour ça et qui m’a donné tant de peine; mais je vous aime trop et j’ai tant d’envie de vous voir que je ne peux m’empêcher de vous le dire. Et puis, je verrai bien après si vous m’aimez réellement.

J’ai si bien fait que le portier est dans nos intérêts et qu’il m’a promis que toutes les fois que vous viendriez, il vous laisserait toujours entrer comme s’il ne vous voyait pas, et nous pouvons bien nous fier à lui, car c’est un bien honnête homme. Il ne s’agit donc plus que d’empêcher qu’on ne vous voie dans la maison, et ça, c’est bien aisé, en n’y venant que le soir et quand il n’y aura plus rien à craindre du tout. Par exemple, depuis que maman sort tous les jours, elle se couche tous les jours à onze heures, ainsi nous aurions bien du temps.

Le portier m’a dit que, quand vous voudriez venir comme ça, au lieu de frapper à sa porte, vous n’auriez qu’à frapper à la fenêtre et qu’il vous répondrait tout de suite, et puis, vous trouverez bien le petit escalier, et comme vous ne pourrez pas avoir de la lumière, je laisserai la porte de ma chambre entrouverte, ce qui vous éclairera toujours un peu. Vous prendrez bien garde de ne pas faire de bruit, surtout en passant auprès de la petite porte de maman. Pour celle de ma femme de chambre, c’est égal, parce qu’elle m’a promis qu’elle ne se réveillerait pas; c’est aussi une bien bonne fille! Et pour vous en aller, ça sera tout de même. A présent nous verrons si vous viendrez.

Mon Dieu, pourquoi donc le cœur me bat-il si fort en vous écrivant! Est-ce qu’il doit m’arriver quelque malheur, ou si c’est l’espérance de vous voir qui me trouble comme ça! Ce que je sens bien, c’est que je ne vous ai jamais tant aimé et que jamais je n’ai tant désiré de vous le dire. Venez donc, mon ami, mon cher ami, que je puisse vous répéter cent fois que je vous aime, que je vous adore, que je n’aimerai jamais que vous.

J’ai trouvé moyen de faire dire à M. de Valmont que j’avais quelque chose à lui dire, et lui, comme il est bien bon ami, il viendra sûrement demain, et je le prierai de vous remettre ma lettre tout de suite. Ainsi je vous attendrai demain au soir, et vous viendrez, sans faute, si vous ne voulez pas que votre Cécile soit bien malheureuse.

Adieu, mon cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur.

Paris, ce 4 décembre 17**, au soir.