Les Liaisons dangereusesParte 18 de 48
Original em francês · tradução para inglês
A tradução continua com o Premium.
- O sentido de cada trecho
- Notas sobre expressões e gramática
- Todos os livros do catálogo
LETTRE LXV
Le Chevalier DANCENY à CÉCILE VOLANGES.
(Envoyée ouverte à la Marquise de Merteuil dans la lettre LXVI du Vicomte.)
O ma Cécile, qu’allons-nous devenir? Quel Dieu nous sauvera des malheurs qui nous menacent? Que l’amour nous donne au moins le courage de les supporter! Comment vous peindre mon étonnement, mon désespoir à la vue de mes lettres, à la lecture du billet de Mme de Volanges? Qui a pu nous trahir? Sur qui tombent vos soupçons? Auriez-vous commis quelque imprudence? Que faites-vous à présent? Que vous a-t-on dit? Je voudrais tout savoir et j’ignore tout. Peut-être vous-même n’êtes-vous pas plus instruite que moi.
Je vous envoie le billet de votre maman et la copie de ma réponse. J’espère que vous approuverez ce que je lui dis. J’ai bien besoin que vous approuviez aussi les démarches que j’ai faites depuis ce fatal événement, elles ont toutes pour but d’avoir de vos nouvelles, de vous donner des miennes et, que sait-on? peut-être de vous revoir encore et plus librement que jamais.
Concevez-vous, ma Cécile, quel plaisir de nous retrouver ensemble, de pouvoir nous jurer de nouveau un amour éternel et de voir dans nos yeux, de sentir dans nos âmes que ce serment ne sera pas trompeur? Quelles peines un moment si doux ne ferait-il pas oublier? Eh bien! j’ai l’espoir de le voir naître et je le dois à ces mêmes démarches que je vous supplie d’approuver. Que dis-je? je le dois aux soins consolateurs de l’ami le plus tendre, et mon unique demande est que vous permettiez que cet ami soit le vôtre.
Peut-être ne devais-je pas donner votre confiance sans votre aveu? Mais j’ai pour excuse le malheur et la nécessité. C’est l’amour qui m’a conduit; c’est lui qui réclame votre indulgence, qui vous demande de pardonner une confidence nécessaire et sans laquelle nous restions peut-être à jamais séparés. Vous connaissez l’ami dont je vous parle; il est celui de la femme que vous aimez le mieux: c’est le vicomte de Valmont.
Mon projet, en m’adressant à lui, était d’abord de le prier d’engager Mme de Merteuil à se charger d’une lettre pour vous. Il n’a pas cru que ce moyen pût réussir; mais au défaut de la maîtresse, il répond de la femme de chambre qui lui a des obligations. Ce sera elle qui remettra cette lettre et vous pourrez lui donner votre réponse.
Ce secours ne vous sera guère utile si, comme le croit M. de Valmont, vous partez incessamment pour la campagne. Mais alors c’est lui-même qui veut nous servir. La femme chez qui vous allez est sa parente. Il profitera de ce prétexte pour s’y rendre dans le même temps que vous, et ce sera par lui que passera notre correspondance mutuelle. Il assure même que, si vous voulez vous laisser conduire, il nous procurera les moyens de nous y voir sans risquer de vous compromettre en rien.
A présent, ma Cécile, si vous m’aimez, si vous plaignez mon malheur, si, comme je l’espère, vous partagez mes regrets, refuserez-vous votre confiance à un homme qui sera notre ange tutélaire? Sans lui, je serais réduit au désespoir de ne pouvoir même adoucir les chagrins que je vous cause. Ils finiront, je l’espère, mais, ma tendre amie, promettez-moi de ne pas trop vous y livrer, de ne point vous en laisser abattre. L’idée de votre douleur m’est un tourment insupportable. Je donnerais ma vie pour vous rendre heureuse! Vous le savez bien. Puisse la certitude d’être adorée porter quelque consolation dans votre âme! La mienne a besoin que vous m’assuriez que vous pardonnez à l’amour les maux qu’il vous fait souffrir.
Adieu, ma Cécile; adieu, ma tendre amie.
De..., ce 9 septembre 17**.
LETTRE LXVI
Le Vicomte de VALMONT à la Marquise de MERTEUIL.
Vous verrez, ma belle amie, en lisant les deux lettres ci-jointes, si j’ai bien rempli votre projet. Quoique toutes deux soient datées d’aujourd’hui, elles ont été écrites hier, chez moi et sous mes yeux: celle à la petite fille dit tout ce que nous voulions. On ne peut que s’humilier devant la profondeur de vos vues, si on en juge par le succès de vos démarches. Danceny est tout de feu; et sûrement, à la première occasion, vous n’aurez plus de reproches à lui faire. Si sa belle ingénue veut être docile, tout sera terminé peu de temps après son arrivée à la campagne; j’ai cent moyens tout prêts. Grâces à vos soins, me voilà bien décidément l’ami de Danceny; il ne lui manque plus que d’être Prince.
Il est encore bien jeune, ce Danceny! Croiriez-vous que je n’ai jamais pu obtenir de lui qu’il promît à la mère de renoncer à son amour? Comme s’il était bien gênant de promettre quand on est décidé à ne pas tenir! «Ce serait tromper», me répétait-il sans cesse: ce scrupule n’est-il pas édifiant, surtout en voulant séduire la fille? Voilà bien les hommes! tous également scélérats dans leurs projets, ce qu’ils mettent de faiblesse dans l’exécution ils l’appellent probité.
C’est votre affaire d’empêcher que Mme de Volanges ne s’effarouche des petites échappées que notre jeune homme s’est permises dans sa lettre; préservez-nous du couvent; tâchez aussi de faire abandonner la demande des lettres de la petite. D’abord il ne les rendra point, il ne le veut pas, et je suis de son avis; ici, l’amour et la raison sont d’accord. Je les ai lues ces lettres, j’en ai dévoré l’ennui. Elles peuvent devenir utiles. Je m’explique.
Malgré la prudence que nous y mettrons, il peut arriver un éclat; il ferait manquer le mariage, n’est-il pas vrai, et échouer tous nos projets Gercourt? Mais comme, pour mon compte, j’ai aussi à me venger de la mère, je me réserve en ce cas de déshonorer la fille. En choisissant bien dans cette correspondance, et n’en produisant qu’une partie, la petite Volanges paraîtrait avoir fait toutes les premières démarches et s’être absolument jetée à la tête. Quelques-unes des lettres pourraient même compromettre la mère et l’entacheraient au moins d’une négligence impardonnable. Je sens bien que le scrupuleux Danceny se révolterait d’abord; mais comme il serait personnellement attaqué, je crois qu’on en viendrait à bout. Il y a mille à parier contre un que la chance ne tournera pas ainsi; mais il faut tout prévoir.
Adieu, ma belle amie; vous seriez bien aimable de venir souper demain chez la maréchale de...: je n’ai pas pu refuser.
J’imagine que je n’ai pas besoin de vous recommander le secret, vis-à-vis Mme de Volanges, sur mon projet de campagne; elle aurait bientôt celui de rester à la ville: au lieu qu’une fois arrivée, elle ne repartira pas le lendemain; et si elle nous donne seulement huit jours, je réponds de tout.
De..., ce 9 septembre 17**.
LETTRE LXVII
La Présidente de TOURVEL au Vicomte de VALMONT.
Je ne voulais plus vous répondre, monsieur, et peut-être l’embarras que j’éprouve en ce moment est-il lui-même une preuve qu’en effet je ne le devrais pas. Cependant je ne veux vous laisser aucun sujet de plainte contre moi; je veux vous convaincre que j’ai fait pour vous tout ce que je pouvais faire.
Je vous ai permis de m’écrire, dites-vous? J’en conviens; mais quand vous me rappelez cette permission, croyez-vous que j’oublie à quelles conditions elle vous fut donnée? Si j’y eusse été aussi fidèle que vous l’avez été peu, auriez-vous reçu une seule réponse de moi? Voilà pourtant la troisième; et quand vous faites tout ce qu’il faut pour m’obliger à rompre cette correspondance, c’est moi qui m’occupe des moyens de l’entretenir. Il en est un, mais c’est le seul; et si vous refusez de le prendre, ce sera, quoi que vous puissiez dire, me prouver assez combien peu vous y mettez de prix.
Quittez donc un langage que je ne puis ni ne veux entendre; renoncez à un sentiment qui m’offense et m’effraye, et auquel, peut-être, vous devriez être moins attaché en songeant qu’il est l’obstacle qui nous sépare. Ce sentiment est-il donc le seul que vous puissiez connaître et l’amour aura-t-il ce tort de plus, à mes yeux, d’exclure l’amitié? Vous-même auriez-vous celui de ne pas vouloir pour votre amie celle en qui vous avez désiré des sentiments plus tendres? Je ne veux pas le croire: cette idée humiliante me révolterait, m’éloignerait de vous sans retour.
En vous offrant mon amitié, monsieur, je vous donne tout ce qui est à moi, tout ce dont je puis disposer. Que pouvez-vous désirer davantage? Pour me livrer à ce sentiment si doux, si bien fait pour mon cœur, je n’attends que votre aveu; et la parole, que j’exige de vous, que cette amitié suffira à votre bonheur. J’oublierai tout ce qu’on a pu me dire; je me reposerai sur vous du soin de justifier mon choix.
Vous voyez ma franchise, elle doit vous prouver ma confiance; il ne tiendra qu’à vous de l’augmenter encore: mais je vous préviens que le premier mot d’amour la détruit à jamais et me rend toutes mes craintes; que, surtout, il deviendra pour moi le signal d’un silence éternel vis-à-vis de vous.
Si, comme vous le dites, vous êtes revenu de vos erreurs, n’aimerez-vous pas mieux être l’objet de l’amitié d’une femme honnête que celui des remords d’une femme coupable? Adieu, monsieur; vous sentez qu’après avoir parlé ainsi je ne puis plus rien dire que vous ne m’ayez répondu.
De..., ce 9 septembre 17**.
LETTRE LXVIII
Le Vicomte de VALMONT à la Présidente de TOURVEL.
Comment répondre, madame, à votre dernière lettre? Comment oser être vrai quand ma sincérité peut me perdre auprès de vous? N’importe, il le faut; j’en aurai le courage. Je me dis, je me répète qu’il vaut mieux vous mériter que vous obtenir; et dussiez-vous me refuser toujours un bonheur que je désirerai sans cesse, il faut vous prouver au moins que mon cœur en est digne.
Quel dommage que, comme vous le dites, je sois revenu de mes erreurs! avec quels transports de joie j’aurais lu cette même lettre à laquelle je tremble de répondre aujourd’hui! Vous m’y parlez avec franchise, vous me témoignez de la confiance, vous m’offrez enfin votre amitié: que de biens, madame, et quels regrets de ne pouvoir en profiter! Pourquoi ne suis-je plus le même?
Si je l’étais en effet; si je n’avais pour vous qu’un goût ordinaire, que ce goût léger, enfant de la séduction et du plaisir, qu’aujourd’hui pourtant on nomme amour, je me hâterais de tirer avantage de tout ce que je pourrais obtenir. Peu délicat sur les moyens, pourvu qu’ils me procurassent le succès, j’encouragerais votre franchise par le besoin de vous deviner; je désirerais votre confiance dans le dessein de la trahir; j’accepterais votre amitié dans l’espoir de l’égarer... Quoi! madame, ce tableau vous effraye?... Eh bien! il serait pourtant tracé d’après moi, si je vous disais que je consens à n’être que votre ami...
Qui, moi! je consentirais à partager avec quelqu’un un sentiment émané de votre âme? Si jamais je vous le dis, ne me croyez plus. De ce moment, je chercherai à vous tromper; je pourrai vous désirer encore, mais, à coup sûr, je ne vous aimerai plus.
Ce n’est pas que l’aimable franchise, la douce confiance, la sensible amitié soient sans prix à mes yeux... Mais l’amour! l’amour véritable et tel que vous l’inspirez en réunissant tous ces sentiments, en leur donnant plus d’énergie, ne saurait se prêter, comme eux, à cette tranquillité, à cette froideur de l’âme qui permet des comparaisons, qui souffre même des préférences. Non, madame, je ne serai point votre ami; je vous aimerai de l’amour le plus tendre et même le plus ardent, quoique le plus respectueux. Vous pourrez le désespérer, mais non l’anéantir.
De quel droit prétendez-vous disposer d’un cœur dont vous refusez l’hommage? Par quel raffinement de cruauté m’enviez-vous jusqu’au bonheur de vous aimer? Celui-là est à moi, il est indépendant de vous; je saurai le défendre. S’il est la source de mes maux, il en est aussi le remède.
Non, encore une fois, non. Persistez dans vos refus cruels; mais laissez-moi mon amour. Vous vous plaisez à me rendre malheureux! eh bien, soit; essayez de lasser mon courage, je saurai vous forcer au moins à décider de mon sort; et peut-être, quelque jour, vous me rendrez plus de justice. Ce n’est pas que j’espère vous rendre jamais sensible: mais, sans être persuadée, vous serez convaincue, vous vous direz: «Je l’avais mal jugé.»
Disons mieux, c’est à vous que vous faites injustice. Vous connaître sans vous aimer, vous aimer sans être constant, sont tous deux également impossibles; et malgré la modestie qui vous pare, il doit vous être plus facile de vous plaindre que de vous étonner des sentiments que vous faites naître. Pour moi, dont le seul mérite est d’avoir su vous apprécier, je ne veux pas le perdre; et loin de consentir à vos offres insidieuses, je renouvelle à vos pieds le serment de vous aimer toujours.
De..., ce 10 septembre 17**.
LETTRE LXIX
Cécile VOLANGES au Chevalier DANCENY.
Billet écrit au crayon et recopié par Danceny.
Vous me demandez ce que je fais: je vous aime et je pleure. Ma mère ne me parle plus; elle m’a ôté papier, plumes et encre; je me sers d’un crayon qui, par bonheur, m’est resté, et je vous écris sur un morceau de votre lettre. Il faut bien que j’approuve tout ce que vous avez fait; je vous aime trop pour ne pas prendre tous les moyens d’avoir de vos nouvelles et de vous donner des miennes. Je n’aimais pas M. de Valmont, et je ne le croyais pas tant votre ami, je tâcherai de m’accoutumer à lui et je l’aimerai à cause de vous. Je ne sais pas qui nous a trahis; ce ne peut être que ma femme de chambre ou mon confesseur. Je suis bien malheureuse. Nous partons demain pour la campagne; j’ignore pour combien de temps. Mon Dieu! ne plus vous voir! Je n’ai plus de place. Adieu; tâchez de me lire. Ces mots tracés au crayon s’effaceront peut-être, mais jamais les sentiments gravés dans mon cœur.
De..., ce 10 septembre 17**.
LETTRE LXX
Le Vicomte de VALMONT à la Marquise de MERTEUIL.
J’ai un avis important à vous donner, ma chère amie. Je soupai hier, comme vous savez, chez la maréchale de ***; on y parla de vous, et j’en dis non pas tout le bien que j’en pense, mais tout celui que je n’en pense pas. Tout le monde paraissait être de mon avis et la conversation languissait, comme il arrive toujours quand on ne dit que du bien de son prochain, lorsqu’il s’éleva un contradicteur: c’était Prévan.
«A Dieu ne plaise, dit-il en se levant, que je doute de la sagesse de Mme de Merteuil! Mais j’oserais croire qu’elle la doit plus à sa légèreté qu’à ses principes. Il est peut-être plus difficile de la suivre que de lui plaire; et comme on ne manque guère en courant après une femme d’en rencontrer d’autres sur son chemin, comme, à tout prendre, ces autres-là peuvent valoir autant et plus qu’elle; les uns sont distraits par un goût nouveau, les autres s’arrêtent de lassitude; et c’est peut-être la femme de Paris qui a eu le moins à se défendre. Pour moi, ajouta-t-il (encouragé par le sourire de quelques femmes), je ne croirai à la vertu de Mme de Merteuil qu’après avoir crevé six chevaux à lui faire ma cour.»
Cette mauvaise plaisanterie réussit comme toutes celles qui tiennent à la médisance; et pendant le rire qu’elle excitait, Prévan reprit sa place, et la conversation générale changea. Mais les deux comtesses de B***, auprès de qui était notre incrédule, en firent avec lui leur conversation particulière, qu’heureusement je me trouvais à portée d’entendre.
Le défi de vous rendre sensible a été accepté; la parole de tout dire a été donnée et de toutes celles qui se donneraient dans cette aventure, ce serait sûrement la plus religieusement gardée. Mais vous voilà bien avertie et vous savez le proverbe.
Il me reste à vous dire que ce Prévan, que vous ne connaissez pas, est infiniment aimable et encore plus adroit. Que si quelquefois vous m’avez entendu dire le contraire, c’est seulement que je ne l’aime pas, que je me plais à contrarier ses succès, et que je n’ignore pas de quel poids est mon suffrage auprès d’une trentaine de nos femmes les plus à la mode.
En effet, je l’ai empêché longtemps, par ce moyen, de paraître sur ce que nous appelons le grand théâtre; et il faisait des prodiges, sans en avoir plus de réputation. Mais l’éclat de sa triple aventure, en fixant les yeux sur lui, lui a donné cette confiance qui lui manquait jusque-là et l’a rendu vraiment redoutable. C’est enfin aujourd’hui le seul homme, peut-être, que je craindrais de rencontrer sur mon chemin; et votre intérêt à part, vous me rendrez un vrai service de lui donner quelque ridicule chemin faisant. Je le laisse en bonnes mains, et j’ai l’espoir qu’à mon retour, ce sera un homme noyé.
Je vous promets en revanche de mener à bien l’aventure de votre pupille, et de m’occuper d’elle autant que de ma belle prude.
Celle-ci vient de m’envoyer un projet de capitulation. Toute sa lettre annonce le désir d’être trompée. Il est impossible d’en offrir un moyen plus commode et aussi plus usé. Elle veut que je sois son ami. Mais moi qui aime les méthodes nouvelles et difficiles, je ne prétends pas l’en tenir quitte à si bon marché, et assurément je n’aurai pas pris tant de peine auprès d’elle pour terminer par une séduction ordinaire.
Mon projet, au contraire, est qu’elle sente, qu’elle sente bien la valeur et l’étendue de chacun des sacrifices qu’elle me fera; de ne pas la conduire si vite que le remords ne puisse la suivre; de faire expirer sa vertu dans une lente agonie; de la fixer sans cesse sur ce désolant spectacle, et de ne lui accorder le bonheur de m’avoir dans ses bras qu’après l’avoir forcée à n’en plus dissimuler le désir. Au fait, je vaux bien peu si je ne vaux pas la peine d’être demandé. Et puis-je me venger moins d’une femme hautaine, qui semble rougir d’avouer qu’elle adore?
J’ai donc refusé la précieuse amitié et m’en suis tenu à mon titre d’amant. Comme je ne dissimule point que ce titre, qui ne paraît d’abord qu’une dispute de mots, est pourtant d’une importance réelle à obtenir, j’ai mis beaucoup de soin à ma lettre, et j’ai tâché d’y répandre ce désordre qui peut seul peindre le sentiment. J’ai enfin déraisonné le plus qu’il m’a été possible, car sans déraisonnement, point de tendresse; et c’est, je crois, par cette raison que les femmes nous sont si supérieures dans les lettres d’amour.
J’ai fini la mienne par une cajolerie, et c’est encore une suite de mes profondes observations. Après que le cœur d’une femme a été exercé quelque temps, il a besoin de repos; et j’ai remarqué qu’une cajolerie était, pour toutes, l’oreiller le plus doux à leur offrir.
Adieu, ma belle amie. Je pars demain. Si vous avez des ordres à me donner pour la comtesse de ***, je m’arrêterai chez elle au moins pour dîner. Je suis fâché de partir sans vous voir. Faites-moi passer vos sublimes instructions, et aidez-moi de vos sages conseils dans ce moment décisif.
Surtout, défendez-vous de Prévan, et puissé-je un jour vous dédommager de ce sacrifice! Adieu.
De..., ce 11 septembre 17**.
Pl. V
Lettre LXXI