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De l'AmourPart 5 of 44

Stendhal

French original · English translation

Today Aujourd'hui it has sufficed me il m'a suffi to give de donner some idea quelque idée of the nature de la nature of the literary services des services littéraires that Beyle has rendered us. que Beyle nous a rendus. To the Aux sedentary sédentaires like me comme moi (and (et there were il y en avait many beaucoup then), alors), he il made known a fait connaître many bien des names, noms, many bien des foreign particularities; particularités étrangères; he il gave a donné desires des désirs to see de voir and et to know, de savoir, and et piqued a piqué curiosity la curiosité by par his ses half-words. demi-mots. He Il threw a jeté familiar citations des citations familières from de those divine poets of Italy ces poètes divins de l'Italie that one qu'on is ashamed est honteux not to know by heart; de ne point savoir par cœur; he had il avait that cette pretty jolie erudition érudition that the prince de Ligne que wanted, voulait le prince de Ligne, and et who qui knows sait the good places. les bons endroits. For a long time Longtemps I je owed only to him n'ai dû qu'à lui ( ( and et when quand I je say dis I, je, it is c'est out of modesty, par modestie, I je speak parle in the name of au nom de many in high society) bien du monde) the le vivid and non-solemn Italian sentiment, sentiment italien vif et non solennel, without leaving sans sortir my room. de ma chambre. He Il awakened a réveillé and stimulated et stimulé as much as he could tant qu'il a pu the old French stock; le vieux fonds français; he il annoyed a agacé and teased et taquiné the national laziness la paresse nationale of Fontanes' students, des élèves de Fontanes, if si Fontanes Fontanes had a eu students. des élèves. Such a one, Tel, if he were sincere, s'il était sincère, would admit conviendrait that he owed him spurs; qu'il lui a dû des aiguillons; one profited on profitait from his epigrams de ses épigrammes more than one was grateful to him for them. plus qu'on ne lui en savait gré. He Il urged us all, nous a tous sollicités, finally, enfin, to leave de sortir the academic and too narrowly French circle, du cercle académique et trop étroitement français, and et to acquaint ourselves more or less with the outside; de nous mettre plus ou moins au fait du dehors; he il was a été a critic, un critique, not for the public, non pour le public, but for artists, mais pour les artistes, but for critics themselves: mais pour les critiques eux-mêmes: Cossack once again, Cosaque encore une fois, Cossack who stings Cosaque qui pique while running with his lance, en courant avec sa lance, but Cossack friend and auxiliary, mais Cosaque ami et auxiliaire, in his role as a critic, dans son rôle de critique, that is Beyle. voilà Beyle.

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Section 7

Après le critique, dans Beyle, il faudrait parler du romancier; mais il y a quelque chose à dire du rôle qui est peut-être le sien avant tout, et de la vocation où il a le plus excellé: Beyle est un guide pénétrant, agréable et sûr, en Italie. Des divers ouvrages qu'il a publiés et qui sont à emporter en voyage, on peut surtout conseiller ses Promenades dans Rome; c'est exactement la conversation d'un cicerone, homme d'esprit et de vrai goût, qui vous indique en toute occasion le beau, assez pour que vous le sentiez ensuite de vous-même si vous en êtes digne; qui mêle à ce qu'il voit ses souvenirs, ses anecdotes, fait au besoin une digression, mais courte, instruit et n'ennuie jamais. En face de cette nature «où le climat est le plus grand des artistes», ses Promenades ont le mérite de donner la note vive, rapide, élevée; lisez-les en voiturin ou sur le pont d'un bateau à vapeur, ou le soir après avoir vu ce que l'auteur a indiqué, vous y trouvez l'impression vraie, idéale, italienne ou grecque: il a des éclairs de sensibilité naturelle et d'attendrissement sincère, qu'il secoue vite, mais qu'il communique. Les défauts de Beyle n'en sont plus quand on le prend de la sorte à l'état de voyageur et qu'on use de lui pour compagnon. En 1829, il avait déjà visité Rome six fois. Nommé, après Juillet 1830, consul à Trieste d'abord, puis, sur le refus de l'exequatur par l'Autriche, consul à Civita-Vecchia, il était devenu dans les dernières années un habitant de Rome. En retournant en Italie après cette Révolution de Juillet, il ne l'avait plus retrouvée tout à fait la même: «L'Italie, écrivait-il de Civita-Vecchia en décembre 1834, n'est plus comme je l'ai adorée en 1815; elle est amoureuse d'une chose qu'elle n'a pas. Les beaux-arts, pour lesquels seuls elle est faite, ne sont plus qu'un pis-aller: elle est profondément humiliée, dans son amour-propre excessif, de ne pas avoir une robe lilas comme ses sœurs aînées la France, l'Espagne, le Portugal. Mais, si elle l'avait, elle ne pourrait la porter. Avant tout, il faudrait vingt ans de la verge de fer d'un Frédéric II pour pendre les assassins et emprisonner les voleurs.» Il continua d'aimer l'Italie qui était selon son cœur, l'Italie des arts et sans la politique. Il avait coutume de dire que la politique intervenant tout à coup dans une conversation agréable et désintéressée, ou dans une œuvre littéraire, «lui faisait l'effet d'un coup de pistolet dans un concert». Tous ceux qui sont allés à Rome dans les années où il était consul à Civita-Vecchia ont pu connaître Beyle, et la plupart ont eu à profiter de ses indications et de ses lumières; ce narquois et ce railleur armé d'ironie était le plus obligeant des hommes. Il avait beau dire du mal des Français; quand il y avait longtemps qu'il n'en avait vu un, et que le nouveau débarqué à Civita-Vecchia s'adressait à lui (s'il le trouvait homme d'esprit), combien il était heureux de se dédommager de son abstinence forcée par des conversations sans fin! Il l'accompagnait à Rome et devenait volontiers un cicerone en personne. Dans un voyage que fit en Italie le savant M. Victor Le Clerc et dont était le spirituel Ampère, Beyle, qui était de la partie pour la campagne romaine, égayait les autres, à chaque pas, de ses saillies, et excellait surtout à mettre ses doctes compagnons en rapport avec l'esprit des gens du pays: «Le Ciel, disait-il, m'a donné le talent de me faire bien venir des paysans.» Sa prompte et gaillarde accortise, sa taille déjà ronde et à la Silène, je ne sais quel air satyresque qui relevait son propos, tout cela réussissait à merveille auprès des vendangeurs, des moissonneurs, des jeunes filles qui allaient puiser l'eau aux fontaines de Tivoli comme du temps d'Horace. Et ce même homme qui aurait joué au naturel dans un mime antique, était celui qui sentait si bien le grand et le sublime sous la coupole de Saint-Pierre. Je dis surtout les qualités de l'homme distingué dont je parle; personne ne niera, en effet, qu'il n'eût celles-là.

Ce n'est pas seulement en Italie que Beyle a été un guide, il a donné en 1838 deux volumes d'un voyage en France sous le titre de Mémoires d'un Touriste: un commis marchand comme il y en a peu est censé avoir pris ces notes dont la suite forme un journal assez varié et amusant. Beyle n'y est plus cependant sur son terrain; on l'y sent un peu novice sur cette terre gauloise; quand il se met à parler antiquités ou art gothique, on s'aperçoit qu'il vient, l'année précédente, de faire un tour de France avec M. Mérimée, dont il a profité cette fois et de qui, sur ce point, il tient sa leçon. Pourtant, pour qui sait lire, il y a de jolies choses comme partout avec lui, et des aperçus d'homme d'esprit qui font penser. Par exemple, sur la route de Langres à Dijon, il rencontre une petite colline couverte de bois qui, vu le paysage d'alentour, est d'un grand effet et enchante le regard: «Quel effet, se dit Beyle, ne ferait pas ici le mont Ventoux ou la moindre des montagnes méprisées dans les environs de la fontaine de Vaucluse!» Et il continue à rêver, à supposer: «Par malheur, se dit-il, il n'y a pas de hautes montagnes auprès de Paris: si le Ciel eût donné à ce pays un lac et une montagne passables, la littérature française serait bien autrement pittoresque. Dans les beaux temps de cette littérature, c'est à peine si La Bruyère, qui a parlé de toutes choses, ose dire un mot en passant de l'impression profonde qu'une vue comme celle de Pau ou de Cras en Dauphiné laisse dans certaines âmes.» Une fois sur le chapitre pittoresque, songeant surtout aux jardins anglais, Beyle le fait venir d'Angleterre comme les bonnes diligences et les bateaux à vapeur: le pittoresque littéraire, il l'oublie, nous est surtout venu de Suisse et de Rousseau; mais ce qui est joli et fin littérairement, c'est la remarque qui suit: «La première trace d'attention aux choses de la nature que j'aie trouvée dans les livres qu'on lit, c'est cette rangée de saules sous laquelle se réfugie le duc de Nemours, réduit au désespoir par la belle défense de la princesse de Clèves.» Même en rectifiant et en contredisant ces manières de dire trop exclusives, on arrive à des idées qu'on n'aurait pas eues autrement et en suivant le grand chemin battu des écrivains ordinaires. Sur Diderot, à propos de Langres sa patrie; sur Riouffe, en passant à Dijon où il fut préfet; sur les bords ravissants de la Saône en approchant de Lyon; sur l'endroit où Rousseau y passa la nuit à la belle étoile en entendant le rossignol; sur cet autre endroit où probablement, selon lui, Mme Roland, avant la Révolution, avait son petit domaine, Mme Roland que Beyle ne nomme pas et qu'il désigne simplement «la femme que je respecte le plus au monde»; sur Montesquieu «dont le style est une fête pour l'esprit»; sur une foule de sujets familiers ou curieux, il y a de ces riens qui ont du prix pour ceux qui préfèrent un mot vif et senti à une phrase ou même à une page à l'avance prévue. A la fin du tome II, le Dauphiné est traité par l'auteur avec une complaisance particulière: Beyle n'est pas ingrat pour sa belle province; il en rappelle toutes les gloires, surtout l'illustre Lesdiguières, le représentant et le type du caractère dauphinois, brave, fin, et jamais dupe. Beyle tient fort à ce dernier trait qui est, à lui, sa prétention: «Lesdiguières, ce fin renard, dit-il, comme l'appelait le duc de Savoie, habitait ordinairement Vizille, et y bâtit un château… Au-dessus de la porte principale, on voit sa statue équestre en bronze; c'est un bas-relief. De loin, les portraits de Lesdiguières ressemblent à ceux de Louis XIII; mais, en approchant, la figure belle et vide du faible fils de Henri IV fait place à la physionomie astucieuse et souriante du grand général dauphinois, qui fut d'ailleurs un des plus beaux hommes de son temps.» Les souvenirs de 1815 et du retour de l'île d'Elbe y sont racontés avec détail et avec le feu d'un contemporain et presque d'un témoin: le passé chevaleresque y est senti avec noblesse. Sur les bords de l'Isère, apercevant les ruines du château Bayard: «Ici naquit Pierre Du Terrail, cet homme si simple, dit Beyle, qui, comme le marquis de Posa de Schiller, semble appartenir par l'élévation et la sérénité de l'âme à un siècle plus avancé que celui où il vécut.» Mais pourquoi, à la page suivante, en visitant le château de Tencin, Beyle, venant à nommer le cardinal Dubois, tente-t-il en deux mots une réhabilitation qui crie: «La France l'admirerait, dit-il de ce cardinal, s'il fût né grand seigneur?» Dubois en regard de Bayard! ces disparates et ces désaccords d'idées se feront bien plus sentir encore quand Beyle voudra créer pour son compte des personnages.

Romancier, Beyle a eu un certain succès. Je viens de relire la plupart de ses romans. Le premier en date fut Armance ou quelques Scènes d'un Salon de Paris, publié en 1827. Armance ne réussit pas et fut peu comprise. La duchesse de Duras avait récemment composé d'agréables romans ou nouvelles qui avaient été très goûtés dans le grand monde; elle avait de plus fait lecture, dans son salon, d'un petit récit non publié qui avait pour titre Olivier. Cette lecture, plus ou moins fidèlement rapportée, excita les imaginations au dehors, et il y eut une sorte de concours malicieux sur le sujet qu'on supposait être celui d'Olivier. Beyle, après Latouche, eut le tort de s'exercer sur ce thème impossible à raconter et peu agréable à comprendre. Son Octave, jeune homme riche, blasé, ennuyé, d'un esprit supérieur, nous dit-on, mais capricieux, inapplicable et ne sachant que faire souffrir ceux dont il s'est fait aimer, ne réussit qu'à être odieux et impatientant pour le lecteur. Les salons que l'auteur avait en vue n'y sont pas peints avec vérité, par la raison très simple que Beyle ne les connaissait pas. Il y avait encore sous la Restauration une ligne de démarcation dans le grand monde; n'allait pas dans le faubourg Saint-Germain qui voulait; ceux que leur naissance n'y installait point tout d'abord n'y étaient pas introduits, comme depuis, sur la seule étiquette de leur esprit. M. de Balzac et d'autres, à leur heure, n'ont eu qu'à désirer pour y être admis: avant 1830 c'était matière à négociations, et, à moins d'être d'un certain coin politique, on n'y parvenait pas. Beyle, qui vivait dans des salons charmants, littéraires et autres, a donc parlé de ceux du faubourg Saint-Germain comme on parle d'un pays inconnu où l'on se figure des monstres; les personnes particulières qu'il a eues en vue (dans le portrait de Mme de Bonnivet, par exemple) ne sont nullement ressemblantes; et ce roman, énigmatique par le fond et sans vérité dans le détail, n'annonçait nulle invention et nul génie.

Le Rouge et le Noir, intitulé ainsi on ne sait trop pourquoi, et par un emblème qu'il faut deviner, devait paraître en 1830, et ne fut publié que l'année suivante; c'est du moins un roman qui a de l'action. Le premier volume a de l'intérêt, malgré la manière et les invraisemblances. L'auteur veut peindre les classes et les partis d'avant 1830. Il nous offre d'abord la vue d'une jolie petite ville de Franche-Comté avec son maire royaliste, homme important, riche, médiocrement sot, qui a une jolie femme simple et deux beaux enfants; il s'agit pour lui d'avoir un précepteur à domicile, afin de faire pièce à un rival de l'endroit dont les enfants n'en ont pas. Le petit précepteur qu'on choisit, Julien, fils d'un menuisier, enfant de dix-neuf ans, qui sait le latin et qui étudie pour être prêtre, se présente un matin à la grille du jardin de M. de Rênal (c'est le nom du maire), avec une chemise bien blanche, et portant sous le bras une veste fort propre de ratine violette. Il est reçu par Mme de Rênal, un peu étonnée d'abord que ce soit là le précepteur que son mari ait choisi pour ses enfants. Il arrive que ce petit Julien, être sensible, passionné, nerveux, ambitieux, ayant tous les vices d'esprit d'un Jean-Jacques enfant, nourrissant l'envie du pauvre contre le riche et du protégé contre le puissant, s'insinue, se fait aimer de la mère, ne s'attache en rien aux enfants, et ne vise bientôt qu'à une seule chose, faire acte de force et de vengeance par vanité et par orgueil en tourmentant cette pauvre femme qu'il séduit et qu'il n'aime pas, et en déshonorant ce mari qu'il a en haine comme son supérieur. Il y a là une idée. Beyle, au fond, est un esprit aristocratique: un jour, à la vue des élections, il s'était demandé si cette habitude électorale n'allait pas nous obliger à faire la cour aux dernières classes comme en Amérique: «En ce cas, s'écrie-t-il, je deviens bien vite aristocrate. Je ne veux faire la cour à personne, mais moins encore au peuple qu'au ministre.» Beyle est donc très frappé de cette disposition à faire son chemin, qui lui semble désormais l'unique passion sèche de la jeunesse instruite et pauvre, passion qui domine et détourne à son profit les entraînements mêmes de l'âge: il la personnifie avec assez de vérité au début dans Julien. Il avait pour ce commencement de roman un exemple précis, m'assure-t-on, dans quelqu'un de sa connaissance, et, tant qu'il s'y est tenu d'assez près, il a pu paraître vrai. La prompte introduction de ce jeune homme timide et honteux dans ce monde pour lequel il n'avait pas été élevé, mais qu'il convoitait de loin; ce tour de vanité qui fausse en lui tous les sentiments, et qui lui fait voir, jusque dans la tendresse touchante d'une faible femme, bien moins cette tendresse même qu'une occasion offerte pour la prise de possession des élégances et des jouissances d'une caste supérieure; cette tyrannie méprisante à laquelle il arrive si vite envers celle qu'il devrait servir et honorer; l'illusion prolongée de cette fragile et intéressante victime, Mme de Rênal: tout cela est bien rendu ou du moins le serait, si l'auteur avait un peu moins d'inquiétude et d'épigramme dans la manière de raconter. Le défaut de Beyle comme romancier est de n'être venu à ce genre de composition que par la critique, et d'après certaines idées antérieures et préconçues; il n'a point reçu de la nature ce talent large et fécond d'un récit dans lequel entrent à l'aise et se meuvent ensuite, selon le cours des choses, les personnages tels qu'on les a créés; il forme ses personnages avec deux ou trois idées qu'il croit justes et surtout piquantes, et qu'il est occupé à tout moment à rappeler. Ce ne sont pas des êtres vivants, mais des automates ingénieusement construits; on y voit, presque à chaque mouvement, les ressorts que le mécanicien introduit et touche par le dehors. Dans le cas présent, dans le Rouge et le Noir, Julien, avec les deux ou trois idées fixes que lui a données l'auteur, ne paraît plus bientôt qu'un petit monstre odieux, impossible, un scélérat qui ressemble à un Robespierre jeté dans la vie civile et dans l'intrigue domestique: il finit en effet par l'échafaud. Le tableau des partis et des cabales du temps, que l'auteur a voulu peindre, manque aussi de cette suite et de cette modération dans le développement qui peuvent seules donner idée d'un vrai tableau de mœurs. Le dirai-je? avoir trop vu l'Italie, avoir trop compris le XVe siècle romain ou florentin, avoir trop lu Machiavel, son Prince et sa vie de l'habile tyran Castruccio, a nui à Beyle pour comprendre la France et pour qu'il pût lui présenter de ces tableaux dans les justes conditions qu'elle aime et qu'elle applaudit. Parfaitement honnête homme et homme d'honneur dans son procédé et ses actions, il n'avait pas, en écrivant, la même mesure morale que nous; il voyait de l'hypocrisie là où il n'y a qu'un sentiment de convenance légitime et une observation de la nature raisonnable et honnête, telle que nous la voulons retrouver même à travers les passions.

Dans les nouvelles ou romans qui ont des sujets italiens, il a mieux réussi. Pendant son séjour dans l'État romain, tout en faisant des fouilles et en déterrant des vases noirs «qui ont 2700 ans, à ce qu'ils disent (je doute là, comme ailleurs, ajoutait-il)», il avait mis ses économies à acheter le droit de faire des copies dans des archives de famille gardées avec une jalousie extrême, et d'autant plus grande que les possesseurs ne savaient pas lire: «J'ai donc, disait-il, huit volumes in-folio (mais à page écrite d'un seul côté) parfaitement vrais, écrits par les contemporains en demi-jargon. Quand je serai de nouveau pauvre diable, vivant au quatrième étage, je traduirai cela fidèlement; la fidélité, suivant moi, en fait tout le mérite.» Il se demandait s'il pourrait intituler ce recueil: «Historiettes romaines, fidèlement traduites des récits écrits par les contemporains, de 1400 à 1650.» Son scrupule (car il en avait comme puriste) était de savoir si l'on pouvait dire historiette d'un récit tragique. L'Abbesse de Castro, publiée d'abord dans la Revue des Deux Mondes (février et mars 1839), appartenait probablement à cette série d'historiettes sombres et sanglantes. L'auteur ou le traducteur se plaît à trouver dans l'amour d'Hélène pour Jules Branciforte un de ces amours passionnés qui n'existent plus, selon lui, en 1838, et qu'on trouverait fort ridicules si on les rencontrait; amours «qui se nourrissent de grands sacrifices, ne peuvent subsister qu'environnés de mystère, et se trouvent toujours voisins des plus affreux malheurs». Beyle cherche ainsi dans le roman une pièce à l'appui de son ancienne et constante théorie, qui lui avait fait dire: «L'amour est une fleur délicieuse, mais il faut avoir le courage d'aller la cueillir sur les bords d'un précipice affreux.» Ce genre brigand et ce genre romain est bien saisi dans l'Abbesse de Castro; cependant on sent que, littérairement, cela devient un genre comme un autre, et qu'il n'en faut pas abuser. Dans une autre nouvelle de lui, San Francesco a Ripa, imprimée depuis sa mort (Revue des Deux Mondes, 1er juillet 1847), je trouve encore une historiette de passion romaine, dont la scène est, cette fois, au commencement du XVIIIe siècle; la jalousie d'une jeune princesse du pays s'y venge de la légèreté d'un Français infidèle et galant: le récit y est vif, cru et brusqué. Il y a profusion, à la fin, de balles et de coups de tromblon qui tuent l'infidèle ainsi que son valet de chambre: «ils étaient percés de plus de vingt balles chacun,» tant on avait peur de manquer le maître. Dans le genre plus classique de Didon et d'Ariane, dans les romans du ton et de la couleur de la Princesse de Clèves, on prodigue moins les balles et les coups mortels, on a les plaintes du monologue, les pensées délicates, les nuances du sentiment; quand on a poussé à bout l'un des genres, on passe volontiers à l'autre pour se remettre en goût; mais, abus pour abus, un certain excès poétique de tendresse et d'effusion dans le langage est encore celui dont on se lasse le moins.