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Vingt ans aprèsParte 91 de 95

Alexandre Dumas

Original em francês · tradução para inglês

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— Ce serait un beau coup pour des manants, dit Porthos, mais indigne, ce me semble, de deux gentilshommes.

— C'est mon avis, dit d'Artagnan; aussi ai-je dit: «Si nous ne voulions que de l'or…» mais nous voulons autre chose.

Au même instant, et comme d'Artagnan penchait la tête vers le caveau pour écouter, un son métallique et sec comme celui d'un sac d'or qu'on remue vint frapper son oreille; il tressaillit. Aussitôt une porte se referma et les premiers reflets d'une lumière parurent dans l'escalier.

Mazarin avait laissé sa lampe dans l'orangerie pour faire croire qu'il se promenait. Mais il avait une bougie de cire pour explorer son mystérieux coffre-fort.

— Hé! dit-il en italien, tandis qu'il remontait les marches en examinant un sac de réaux à la panse arrondie; hé! voilà de quoi payer cinq conseillers au parlement et deux généraux de Paris. Moi aussi je suis un grand capitaine; seulement je fais la guerre à ma façon…

D'Artagnan et Porthos s'étaient tapis chacun dans une allée latérale, derrière une caisse, et attendaient.

Mazarin vint, à trois pas de d'Artagnan, pousser un ressort caché dans le mur. La dalle tourna, et l'oranger supporté par elle revint de lui-même prendre sa place.

Alors le cardinal éteignit sa bougie, qu'il remit dans sa poche; et, reprenant sa lampe:

— Allons voir M. de La Fère, dit-il.

— Bon, c'est notre chemin, pensa d'Artagnan, nous irons ensemble.

Tous trois se mirent en marche. M. de Mazarin suivant l'allée du milieu, et Porthos et d'Artagnan les allées parallèles. Ces deux derniers évitaient avec soin ces longues lignes lumineuses que traçait à chaque pas entre les caisses la lampe du cardinal.

Celui-ci arriva à une seconde porte vitrée sans s'être aperçu qu'il était suivi, le sable mou amortissant le bruit des pas de ses deux accompagnateurs.

Puis il tourna sur la gauche, prit un corridor auquel Porthos et d'Artagnan n'avaient pas encore fait attention; mais au moment d'en ouvrir la porte, il s'arrêta pensif.

— Ah! diavolo! dit-il, j'oubliais la recommandation de Comminges. Il me faut prendre les soldats et les placer à cette porte, afin de ne pas me mettre à la merci de ce diable à quatre. Allons.

Et, avec un mouvement d'impatience, il se retourna pour revenir sur ses pas.

— Ne vous donnez pas la peine, Monseigneur, dit d'Artagnan le pied en avant, le feutre à la main et la figure gracieuse, nous avons suivi Votre Éminence pas à pas, et nous voici.

— Oui, nous voici, dit Porthos.

Et il fit le même geste d'agréable salutation.

Mazarin porta ses yeux effarés de l'un à l'autre, les reconnut tous deux, et laissa échapper sa lanterne en poussant un gémissement d'épouvante.

D'Artagnan la ramassa; par bonheur elle ne s'était pas éteinte dans la chute.

— Oh! quelle imprudence, Monseigneur! dit d'Artagnan; il ne fait pas bon à aller ici sans lumière! Votre Éminence pourrait se cogner contre quelque caisse ou tomber dans quelque trou.

— Monsieur d'Artagnan! murmura Mazarin, qui ne pouvait revenir de son étonnement.

— Oui, Monseigneur, moi-même, et j'ai l'honneur de vous présenter M. du Vallon, cet excellent ami à moi, auquel Votre Éminence a eu la bonté de s'intéresser si vivement autrefois.

Et d'Artagnan dirigea la lumière de la lampe vers le visage joyeux de Porthos, qui commençait à comprendre et qui en était tout fier.

— Vous alliez chez M. de La Fère, continua d'Artagnan. Que nous ne vous gênions pas, Monseigneur. Veuillez nous montrer le chemin, et nous vous suivrons.

Mazarin reprenait peu à peu ses esprits.

— Y a-t-il longtemps que vous êtes dans l'orangerie, messieurs? demanda-t-il d'une voix tremblante en songeant à la visite qu'il venait de faire à son trésor.

Porthos ouvrit la bouche pour répondre, d'Artagnan lui fit un signe, et la bouche de Porthos, demeurée muette, se referma graduellement.

— Nous arrivons à l'instant même, Monseigneur, dit d'Artagnan.

Mazarin respira: il ne craignait plus pour son trésor; il ne craignait que pour lui-même. Une espèce de sourire passa sur ses lèvres.

— Allons, dit-il, vous m'avez pris au piège, messieurs, et je me déclare vaincu. Vous voulez me demander votre liberté, n'est-ce pas? Je vous la donne.

— Oh! Monseigneur, dit d'Artagnan, vous êtes bien bon; mais notre liberté, nous l'avons, et nous aimerions autant vous demander autre chose.

— Vous avez votre liberté? dit Mazarin tout effrayé.

— Sans doute, et c'est au contraire vous, Monseigneur, qui avez perdu la vôtre, et maintenant, que voulez-vous, Monseigneur, c'est la loi de la guerre, il s'agit de la racheter.

Mazarin se sentit frissonner jusqu'au fond du coeur. Son regard si perçant se fixa en vain sur la face moqueuse du Gascon et sur le visage impassible de Porthos. Tous deux étaient cachés dans l'ombre, et la sibylle de Cumes elle-même n'aurait pas su y lire.

— Racheter ma liberté! répéta Mazarin.

— Oui, Monseigneur.

— Et combien cela me coûtera-t-il, monsieur d'Artagnan?

— Dame, Monseigneur, je ne sais pas encore. Nous allons demander cela au comte de La Fère, si Votre Éminence veut bien le permettre. Que Votre Éminence daigne donc ouvrir la porte qui mène chez lui, et dans dix minutes elle sera fixée.

Mazarin tressaillit.

— Monseigneur, dit d'Artagnan, Votre Éminence voit combien nous y mettons de formes, mais cependant nous sommes obligés de la prévenir que nous n'avons pas de temps à perdre; ouvrez donc, Monseigneur, s'il vous plaît, et veuillez vous souvenir, une fois pour toutes, qu'au moindre mouvement que vous feriez pour fuir, au moindre en que vous pousseriez pour échapper, notre position étant tout exceptionnelle, il ne faudrait pas nous en vouloir si nous nous portions à quelque extrémité.

— Soyez tranquilles, messieurs, dit Mazarin, je ne tenterai rien, je vous en donne ma parole d'honneur.

D'Artagnan fit un signe à Porthos de redoubler de surveillance, puis, se retournant vers Mazarin:

— Maintenant, Monseigneur, entrons, s'il vous plaît.

XCIII. Conférences

Mazarin fit jouer le verrou d'une double porte, sur le seuil de laquelle se trouva Athos tout prêt à recevoir son illustre visiteur, selon l'avis que Comminges lui avait donné.

En apercevant Mazarin il s'inclina.

— Votre Éminence, dit-il, pouvait se dispenser de se faire accompagner; l'honneur que je reçois est trop grand pour que je l'oublie.

— Aussi, mon cher comte, dit d'Artagnan, Son Éminence ne voulait- elle pas absolument de nous; c'est du Vallon et moi qui avons insisté, d'une façon inconvenante peut-être, tant nous avions grand désir de vous voir.

À cette voix, à son accent railleur, à ce geste si connu qui accompagnait cet accent et cette voix, Athos fit un bond de surprise.

— D'Artagnan! Porthos! s'écria-t-il.

— En personne, cher ami.

— En personne, répéta Porthos.

— Que veut dire ceci? demanda le comte.

— Ceci veut dire, répondit Mazarin, en essayant, comme il l'avait déjà fait, de sourire, et en se mordant les lèvres en souriant, cela veut dire que les rôles ont changé, et qu'au lieu que ces messieurs soient mes prisonniers, c'est moi qui suis le prisonnier de ces messieurs, si bien que vous me voyez forcé de recevoir ici la loi au lieu de la faire. Mais, messieurs, je vous en préviens, à moins que vous ne m'égorgiez, votre victoire sera de peu de durée; j'aurai mon tour, on viendra…

— Ah! Monseigneur, dit d'Artagnan, ne menacez point; c'est d'un mauvais exemple. Nous sommes si doux et si charmants avec Votre Éminence! Voyons, mettons de côté toute mauvaise humeur, écartons toute rancune, et causons gentiment.

— Je ne demande pas mieux, messieurs, dit Mazarin; mais au moment de discuter ma rançon, je ne veux pas que vous teniez votre position pour meilleure qu'elle n'est; en me prenant au piège, vous vous êtes pris avec moi. Comment sortirez-vous d'ici? Voyez les grilles, voyez les portes, voyez ou plutôt devinez les sentinelles qui veillent derrière ces portes et ces grilles, les soldats qui encombrent ces cours, et composons. Tenez, je vais vous montrer que je suis loyal.

— Bon! pensa d'Artagnan, tenons-nous bien, il va nous jouer un tour.

— Je vous offrais votre liberté, continua le ministre, je vous l'offre encore. En voulez-vous? Avant une heure vous serez découverts, arrêtés, forcés de me tuer, ce qui serait un crime horrible et tout à fait indigne de loyaux gentilshommes comme vous.

— Il a raison, pensa Athos.

Et comme toute raison qui passait dans cette âme qui n'avait que de nobles pensées, sa pensée se refléta dans ses yeux.

— Aussi, dit d'Artagnan pour corriger l'espoir que l'adhésion tacite d'Athos avait donné à Mazarin, ne nous porterons-nous à cette violence qu'à la dernière extrémité.

— Si au contraire, continua Mazarin, vous me laissez aller en acceptant votre liberté…

— Comment, interrompit d'Artagnan, voulez-vous que nous acceptions notre liberté, puisque vous pouvez nous la reprendre, vous le dites vous-même, cinq minutes après nous l'avoir donnée? Et, ajouta d'Artagnan, tel que je vous connais, Monseigneur, vous nous la reprendriez.

— Non, foi de cardinal… Vous ne me croyez pas?

— Monseigneur, je ne crois pas aux cardinaux qui ne sont pas prêtres.

— Eh bien! foi de ministre!

— Vous ne l'êtes plus, Monseigneur, vous êtes prisonnier.

— Alors, foi de Mazarin! Je le suis et le serai toujours, je l'espère.

— Hum! fit d'Artagnan, j'ai entendu parler d'un Mazarin qui avait peu de religion pour ses serments, et j'ai peur que ce ne soit un des ancêtres de Votre Éminence.

— Monsieur d'Artagnan, dit Mazarin, vous avez beaucoup d'esprit, et je suis tout à fait fâché de m'être brouillé avec vous.

— Monseigneur, raccommodons-nous, je ne demande pas mieux.

— Eh bien! dit Mazarin, si je vous mets en sûreté d'une façon évidente, palpable?…

— Ah! c'est autre chose, dit Porthos.

— Voyons, dit Athos.

— Voyons, dit d'Artagnan.

— D'abord, acceptez-vous? demanda le cardinal.

— Expliquez-nous votre plan, Monseigneur, et nous verrons.

— Faites attention que vous êtes enfermés, pris.

— Vous savez bien, Monseigneur, dit d'Artagnan, qu'il nous reste toujours une dernière ressource.

— Laquelle?

— Celle de mourir ensemble.

Mazarin frissonna.

— Tenez, dit-il, au bout du corridor est une porte dont j'ai la clef; cette porte donne dans le parc. Partez avec cette clef. Vous êtes alertes, vous êtes vigoureux, vous êtes armés. À cent pas, en tournant à gauche, vous rencontrerez le mur du parc; vous le franchirez, et en trois bonds vous serez sur la route et libres. Maintenant je vous connais assez pour savoir que si l'on vous attaque, ce ne sera point un obstacle à votre fuite.

— Ah! pardieu! Monseigneur, dit d'Artagnan, à la bonne heure, voilà qui est parlé. Où est cette clef que vous voulez bien nous offrir?

— La voici.

— Ah! Monseigneur, dit d'Artagnan, vous nous conduirez bien vous- même jusqu'à cette porte.

— Très volontiers, dit le ministre, s'il vous faut cela pour vous tranquilliser.

Mazarin, qui n'espérait pas en être quitte à si bon marché, se dirigea tout radieux vers le corridor et ouvrit la porte.

Elle donnait bien sur le parc, et les trois fugitifs s'en aperçurent au vent de la nuit qui s'engouffra dans le corridor et leur fit voler la neige au visage.

— Diable! diable! dit d'Artagnan, il fait une nuit horrible, Monseigneur. Nous ne connaissons pas les localités, et jamais nous ne trouverons notre chemin. Puisque Votre Éminence a tant fait que de venir jusqu'ici, quelques pas encore, Monseigneur… conduisez- nous au mur.

— Soit, dit le cardinal.

Et coupant en ligne droite, il marcha d'un pas rapide vers le mur, au pied duquel tous quatre furent en un instant.

— Êtes-vous contents, messieurs? demanda Mazarin.

— Je crois bien! nous serions difficiles! Peste! quel honneur! trois pauvres gentilshommes escortés par un prince de l'Église! Ah! à propos, Monseigneur, vous disiez tout à l'heure que nous étions braves, alertes et armés?

— Oui.

— Vous vous trompez: il n'y a d'armés que M. du Vallon et moi; M. le comte ne l'est pas, et si nous étions rencontrés par quelque patrouille, il faut que nous puissions nous défendre.

— C'est trop juste.

— Mais où trouverons-nous une épée? demanda Porthos.

— Monseigneur, dit d'Artagnan, prêtera au comte la sienne qui lui est inutile.

— Bien volontiers, dit le cardinal; je prierai même M. le comte de vouloir bien la garder en souvenir de moi.

— J'espère que voilà qui est galant, comte! dit d'Artagnan.

— Aussi, répondit Athos, je promets à Monseigneur de ne jamais m'en séparer.

— Bien, dit d'Artagnan, échange de procédés, comme c'est touchant! N'en avez-vous point les larmes aux yeux, Porthos?

— Oui, dit Porthos; mais je ne sais si c'est cela ou si c'est le vent qui me fait pleurer. Je crois que c'est le vent.

— Maintenant montez, Athos, fit d'Artagnan, et faites vite.

Athos, aidé de Porthos, qui l'enleva comme une plume, arriva sur le perron.

— Maintenant sautez, Athos.

Athos sauta et disparut de l'autre côté du mur.

— Êtes-vous à terre? demanda d'Artagnan.

— Oui.

— Sans accident?

— Parfaitement sain et sauf.

— Porthos, observez M. le cardinal tandis que je vais monter; non, je n'ai pas besoin de vous, je monterai bien tout seul. Observez M. le cardinal, voilà tout.

— J'observe, dit Porthos. Eh bien?…

— Vous avez raison, c'est plus difficile que je ne croyais, prêtez-moi votre dos, mais sans lâcher M. le cardinal.

— Je ne le lâche pas.

Porthos prêta son dos à d'Artagnan, qui en un instant, grâce à cet appui, fut à cheval sur le couronnement du mur.

Mazarin affectait de rire.

— Y êtes-vous? demanda Porthos.

— Oui, mon ami, et maintenant…

— Maintenant, quoi?

— Maintenant, passez-moi M. le cardinal, et au moindre cri qu'il poussera, étouffez-le.

Mazarin voulut s'écrier; mais Porthos l'étreignit de ses deux mains et l'éleva jusqu'à d'Artagnan, qui, à son tour, le saisit au collet et l'assit près de lui. Puis d'un ton menaçant:

— Monsieur, sautez à l'instant même en bas, près de M. de La Fère, ou je vous tue, foi de gentilhomme!

— Monsou, monsou, s'écria Mazarin, vous manquez à la foi promise.

— Moi! Où vous ai-je promis quelque chose, Mon seigneur?

Mazarin poussa un gémissement.

— Vous êtes libre par moi, monsieur, dit-il, votre liberté c'était ma rançon.

— D'accord; mais la rançon de cet immense trésor enfoui dans la galerie et près duquel on descend en poussant un ressort caché dans la muraille, lequel fait tourner une caisse qui, en tournant, découvre un escalier, ne faut-il pas aussi en parler un peu, dites, Monseigneur?

— Jésous! dit Mazarin presque suffoqué et en joignant les mains, Jésous mon Diou! Je suis un homme perdu.

Mais, sans s'arrêter à ses plaintes, d'Artagnan le prit par- dessous le bras et le fit glisser doucement aux mains d'Athos, qui était demeuré impassible au bas de la muraille.

Alors, se retournant vers Porthos:

— Prenez ma main, dit d'Artagnan; je me tiens au mur.

Porthos fit un effort qui ébranla la muraille, et à son tour il arriva au sommet.

— Je n'avais pas compris tout à fait, dit-il, mais je comprends maintenant; c'est très drôle.

— Trouvez-vous? dit d'Artagnan; tant mieux! Mais pour que ce soit drôle jusqu'au bout, ne perdons pas de temps.

Et il sauta au bas du mur.

Porthos en fit autant.

— Accompagnez M. le cardinal, messieurs, dit d'Artagnan, moi, je sonde le terrain.

Le Gascon tira son épée et marcha à l'avant-garde.

— Monseigneur, dit-il, par où faut-il tourner pour gagner la grande route? Réfléchissez bien avant de répondre; car si Votre Éminence se trompait, cela pourrait avoir de graves inconvénients, non seulement pour nous, mais encore pour elle.

— Longez le mur, monsieur, dit Mazarin, et vous ne risquez pas de vous perdre.

Les trois amis doublèrent le pas, mais au bout de quelques instants ils furent obligés de ralentir leur marche; quoiqu'il y mît toute la bonne volonté possible, le cardinal ne pouvait les suivre.

Tout à coup d'Artagnan se heurta à quelque chose de tiède qui fit un mouvement.

— Tiens! un cheval! dit-il; je viens de trouver un cheval, messieurs!

— Et moi aussi! dit Athos.

— Et moi aussi! dit Porthos, qui, fidèle à la consigne, tenait toujours le cardinal par le bras.

— Voilà ce qui s'appelle de la chance, Monseigneur, dit d'Artagnan, juste au moment où Votre Éminence se plaignait d'être obligée d'aller à pied…

Mais au moment où il prononçait ces mots, un canon de pistolet s'abaissa sur sa poitrine; il entendit ces mots prononcés gravement:

— Touchez pas!

— Grimaud! s'écria-t-il, Grimaud! que fais-tu là? Est-ce le ciel qui t'envoie?

— Non, monsieur, dit l'honnête domestique, c'est M. Aramis qui m'a dit de garder les chevaux.

— Aramis est donc ici?

— Oui, monsieur, depuis hier.

— Et que faites-vous?

— Nous guettons.

— Quoi! Aramis est ici? répéta Athos.

— À la petite porte du château. C'était là son poste.

— Vous êtes donc nombreux?

— Nous sommes soixante.

— Fais-le prévenir.

— À l'instant même, monsieur.

Et pensant que personne ne ferait mieux la commission que lui, Grimaud partit à toutes jambes, tandis que, venant d'être enfin réunis, les trois amis attendaient.

Il n'y avait dans tout le groupe que M. de Mazarin qui fût de fort mauvaise humeur.

XCIV. Où l'on commence à croire que Porthos sera enfin baron et d'Artagnan capitaine

Au bout de dix minutes Aramis arriva accompagné de Grimaud et de huit ou dix gentilshommes. Il était tout radieux, et se jeta au cou de ses amis.

— Vous êtes donc libres, frères! libres sans mon aide! je n'aurai donc rien pu faire pour vous malgré tous mes efforts!

— Ne vous désolez pas, cher ami. Ce qui est différé n'est pas perdu. Si vous n'avez pas pu faire, vous ferez.

— J'avais cependant bien pris mes mesures, dit Aramis. J'ai obtenu soixante hommes de M. le coadjuteur; vingt gardent les murs du parc, vingt la route de Rueil à Saint-Germain, vingt sont disséminés dans les bois. J'ai intercepté ainsi, et grâce à ces dispositions stratégiques, deux courriers de Mazarin à la reine.

Mazarin dressa les oreilles.

— Mais, dit d'Artagnan, vous les avez honnêtement, je l'espère, renvoyés à M. le cardinal?