Vingt ans aprèsParte 25 de 95
Original em francês · tradução para inglês
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Autour de cette espèce de tente roulante, s'empressait une foule de gentilshommes et de dames. La chambre était fort propre et convenablement meublée. De grandes pentes de soies brochées de fleurs qui avaient été autrefois de couleurs vives, et qui pour le moment étaient un peu passées, tombaient de larges fenêtres, la tapisserie était modeste, mais de bon goût. Deux laquais fort polis et dressés aux bonnes manières faisaient le service avec distinction.
En apercevant Athos, Aramis s'avança vers lui, le prit par la main et le présenta à Scarron, qui témoigna autant de plaisir que de respect pour le nouvel hôte, et fit un compliment très spirituel pour le vicomte. Raoul resta interdit, car il ne s'était pas préparé à la majesté du bel esprit. Toutefois il salua avec beaucoup de grâce. Athos reçut ensuite les compliments de deux ou trois seigneurs auxquels le présenta Aramis; puis le tumulte de son entrée s'effaça peu à peu, et la conversation devint générale.
Au bout de quatre ou cinq minutes, que Raoul employa à se remettre et à prendre topographiquement connaissance de l'assemblée, la porte se rouvrit, et un laquais annonça mademoiselle Paulet.
Athos toucha de la main l'épaule du vicomte.
— Regardez cette femme, Raoul, dit-il, car c'est un personnage historique; c'est chez elle que se rendait le roi Henri IV lorsqu'il fut assassiné.
Raoul tressaillit; à chaque instant, depuis quelques jours, se levait pour lui quelque rideau qui lui découvrait un aspect héroïque: cette femme, encore jeune et encore belle, qui entrait, avait connu Henri IV et lui avait parlé.
Chacun s'empressa auprès de la nouvelle venue, car elle était toujours fort à la mode. C'était une grande personne à taille fine et onduleuse, avec une forêt de cheveux dorés, comme Raphaël les affectionnait et comme Titien en a mis à toutes ses Madeleines. Cette couleur fauve, ou peut-être aussi la royauté qu'elle avait conquise sur les autres femmes, l'avait fait surnommer la Lionne.
Nos belles dames d'aujourd'hui qui visent à ce titre fashionable sauront donc qu'il leur vient, non pas d'Angleterre, comme elles le croyaient peut-être, mais de leur belle et spirituelle compatriote mademoiselle Paulet.
Mademoiselle Paulet alla droit à Scarron, au milieu du murmure qui de toutes parts s'éleva à son arrivée.
— Eh bien, mon cher abbé! dit-elle de sa voix tranquille, vous voilà donc pauvre? Nous avons appris cela cet après-midi, chez madame de Rambouillet, c'est M. de Grasse qui nous l'a dit.
— Oui, mais l'État est riche maintenant, dit Scarron; il faut savoir se sacrifier à son pays.
— Monsieur le cardinal va s'acheter pour quinze cents livres de plus de pommades et de parfums par an, dit un frondeur qu'Athos reconnut pour le gentilhomme qu'il avait rencontré rue Saint- Honoré.
— Mais la Muse, que dira-t-elle, répondit Aramis de sa voix mielleuse; la Muse qui a besoin de la médiocrité dorée? Car enfin:
Si Virgilio puer aut tolerabile desit Hospitium, caderent omnes a crinibus hydri.
— Bon! dit Scarron en tendant la main à mademoiselle Paulet; mais si je n'ai plus mon hydre, il me reste au moins ma lionne.
Tous les mots de Scarron paraissaient exquis ce soir-là. C'est le privilège de la persécution. M. Ménage en fit des bonds d'enthousiasme.
Mademoiselle Paulet alla prendre sa place accoutumée; mais, avant de s'asseoir, elle promena du haut de sa grandeur un regard de reine sur toute l'assemblée, et ses yeux s'arrêtèrent sur Raoul.
Athos sourit.
— Vous avez été remarqué par mademoiselle Paulet, vicomte; allez la saluer. Donnez-vous pour ce que vous êtes, pour un franc provincial; mais ne vous avisez pas de lui parler de Henri IV.
Le vicomte s'approcha en rougissant de la Lionne, et on le confondit bientôt avec tous les seigneurs qui entouraient la chaise.
Cela faisait déjà deux groupes bien distincts: celui qui entourait M. Ménage, et celui qui entourait mademoiselle Paulet; Scarron courait de l'un à l'autre, manoeuvrant son fauteuil à roulettes au milieu de tout ce monde avec autant d'adresse qu'un pilote expérimenté ferait d'une barque au milieu d'une mer parsemée d'écueils.
— Quand causerons-nous? dit Athos à Aramis.
— Tout à l'heure, répondit celui-ci; il n'y a pas encore assez de monde, et nous serions remarqués.
En ce moment la porte s'ouvrit, et le laquais annonça M. le coadjuteur.
À ce nom, tout le monde se retourna, car c'était un nom qui commençait déjà à devenir fort célèbre.
Athos fit comme les autres. Il ne connaissait l'abbé de Gondy que de nom.
Il vit entrer un petit homme noir, mal fait, myope, maladroit de ses mains à toutes choses, excepté à tirer l'épée et le pistolet, qui alla tout d'abord donner contre une table qu'il faillit renverser; mais ayant avec tout cela quelque chose de haut et de fier dans le visage.
Scarron se retourna de son côté et vint au-devant de lui dans son fauteuil, mademoiselle Paulet salua de sa place et de la main.
— Eh bien! dit le coadjuteur en apercevant Scarron, ce qui ne fut que lorsqu'il se trouva sur lui, vous voilà donc en disgrâce, l'abbé?
C'était la phrase sacramentelle; elle avait été dite cent fois dans la soirée, et Scarron en était à son centième bon mot sur le même sujet: aussi faillit-il rester court; mais un effort désespéré le sauva.
— M. le cardinal Mazarin a bien voulu songer à moi, dit-il.
— Prodigieux! s'écria Ménage.
— Mais comment allez-vous faire pour continuer de nous recevoir? continua le coadjuteur. Si vos revenus baissent je vais être obligé de vous faire nommer chanoine de Notre-Dame.
— Oh! non pas, dit Scarron, je vous compromettrais trop.
— Alors vous avez des ressources que nous ne connaissons pas?
— J'emprunterai à la reine.
— Mais Sa Majesté n'a rien à elle, dit Aramis; ne vit-elle pas sous le régime de la communauté?
Le coadjuteur se retourna et sourit à Aramis, en lui faisant du bout du doigt un signe d'amitié.
— Pardon, mon cher abbé, lui dit-il, vous êtes en retard, et il faut que je vous fasse un cadeau.
— De quoi? dit Aramis.
— D'un cordon de chapeau.
Chacun se retourna du côté du coadjuteur, qui tira de sa poche un cordon de soie d'une forme singulière.
— Ah! mais, dit Scarron, c'est une fronde, cela!
— Justement, dit le, coadjuteur, on fait tout à la fronde. Mademoiselle Paulet, j'ai un éventail pour vous à la fronde. Je vous donnerai mon marchand de gants, d'Herblay, il fait des gants à la fronde; et à vous, Scarron, mon boulanger avec un crédit illimité: il fait des pains à la fronde qui sont excellents.
Aramis prit le cordon et le noua autour de son chapeau.
En ce moment la porte s'ouvrit, et le laquais cria à haute voix:
— Madame la duchesse de Chevreuse!
Au nom de madame de Chevreuse, tout le monde se leva.
Scarron dirigea vivement son fauteuil du côté de la porte. Raoul rougit. Athos fit un signe à Aramis, qui alla se tapir dans l'embrasure d'une fenêtre.
Au milieu des compliments respectueux qui l'accueillirent à son entrée, la duchesse cherchait visiblement quelqu'un ou quelque chose. Enfin elle distingua Raoul, et ses yeux devinrent étincelants: elle aperçut Athos, et devint rêveuse; elle vit Aramis dans l'embrasure de la fenêtre, et fit un imperceptible mouvement de surprise derrière son éventail.
— À propos, dit-elle comme pour chasser les idées qui l'envahissaient malgré elle, comment va ce pauvre Voiture? Savez- vous, Scarron?
— Comment! M. Voiture est malade? demanda le seigneur qui avait parlé à Athos dans la rue Saint-Honoré, et qu'a-t-il donc encore?
— Il a joué sans avoir eu le soin de faire prendre par son laquais des chemises de rechange, dit le coadjuteur, de sorte qu'il a attrapé un froid et s'en va mourant.
— Où donc cela?
— Eh! mon Dieu! chez moi. Imaginez donc que le pauvre Voiture avait fait un voeu solennel de ne plus jouer. Au bout de trois jours il n'y peut plus tenir, et s'achemine vers l'archevêché pour que je le relève de son voeu. Malheureusement, en ce moment-là, j'étais en affaires très sérieuses avec ce bon conseiller Broussel, au plus profond de mon appartement, lorsque Voiture aperçoit le marquis de Luynes à une table et attendant un joueur. Le marquis l'appelle, l'invite à se mettre à table. Voiture répond qu'il ne peut pas jouer que je ne l'aie relevé de son voeu. Luynes s'engage en mon nom, prend le péché pour son compte; Voiture se met à table, perd quatre cents écus, prend froid en sortant et se couche pour ne plus se relever.
— Est-il donc si mal que cela, ce cher Voiture? demanda Aramis à demi caché derrière son rideau de fenêtre.
— Hélas! répondit M. Ménage, il est fort mal, et ce grand homme va peut-être nous quitter, deseret orbem.
— Bon, dit avec aigreur mademoiselle Paulet, lui, mourir! il n'a garde! il est entouré de sultanes comme un Turc. Madame de Saintot est accourue et lui donne des bouillons. La Renaudot lui chauffe ses draps, et il n'y a pas jusqu'à notre amie, la marquise de Rambouillet, qui ne lui envoie des tisanes.
— Vous ne l'aimez pas, ma chère Parthénie! dit en riant Scarron.
— Oh! quelle injustice, mon cher malade! je le hais si peu que je ferais dire avec plaisir des messes pour le repos de son âme.
— Vous n'êtes pas nommée Lionne pour rien, ma chère, dit madame de Chevreuse de sa place, et vous mordez rudement.
— Vous maltraitez fort un grand poète, ce me semble, madame, hasarda Raoul.
— Un grand poète, lui? … Allons, on voit bien, vicomte, que vous arrivez de province, comme vous me le disiez tout à l'heure, et que vous ne l'avez jamais vu. Lui! un grand poète? Eh! il a à peine cinq pieds.
— Bravo! bravo! dit un grand homme sec et noir avec une moustache orgueilleuse et une énorme rapière. Bravo, belle Paulet! il est temps enfin de remettre ce petit Voiture à sa place. Je déclare hautement que je crois me connaître en poésie, et que j'ai toujours trouvé la sienne fort détestable.
— Quel est donc ce capitan, monsieur? demanda Raoul à Athos.
— M. de Scudéry.
— L'auteur de la Clélie et du Grand Cyrus?
— Qu'il a composés de compte à demi avec sa soeur, qui cause en ce moment avec cette jolie personne, là-bas, près de M. Scarron.
Raoul se retourna et vit effectivement deux figures nouvelles qui venaient d'entrer: l'une toute charmante, toute frêle, toute triste, encadrée dans de beaux cheveux noirs, avec des yeux veloutés comme ces belles fleurs violettes de la pensée sous lesquelles étincelle un calice d'or; l'autre femme, semblant tenir celle-ci sous sa tutelle, était froide, sèche et jaune, une véritable figure de duègne ou de dévote.
Raoul se promit bien de ne pas sortir du salon sans avoir parlé à la belle jeune fille aux yeux veloutés qui, par un étrange jeu de la pensée, venait, quoiqu'elle n'eût aucune ressemblance avec elle, de lui rappeler sa pauvre petite Louise qu'il avait laissée souffrante au château de La Vallière, et qu'au milieu de tout ce monde il avait oubliée un instant.
Pendant ce temps, Aramis s'était approché du coadjuteur, qui, avec une mine toute rieuse, lui avait glissé quelques mots à l'oreille. Aramis, malgré sa puissance sur lui-même, ne put s'empêcher de faire un léger mouvement.
— Riez donc, lui dit M. de Retz; on nous regarde.
Et il le quitta pour aller causer avec madame de Chevreuse, qui avait un grand cercle autour d'elle.
Aramis feignit de rire pour dépister l'attention de quelques auditeurs curieux, et, s'apercevant qu'à son tour Athos était allé se mettre dans l'embrasure de la fenêtre où il était resté quelque temps, il s'en fut, après avoir jeté quelques mots à droite et à gauche, le rejoindre sans affectation.
Aussitôt qu'ils se furent rejoints, ils entamèrent une conversation accompagnée de force gestes.
Raoul alors s'approcha d'eux, comme le lui avait recommandé Athos.
— C'est un rondeau de M. Voiture que me débite M. l'abbé, dit Athos à haute voix, et que je trouve incomparable.
Raoul demeura quelques instants près d'eux, puis il alla se confondre au groupe de madame de Chevreuse, dont s'étaient rapprochées mademoiselle Paulet d'un côté et mademoiselle de Scudéry de l'autre.
— Eh bien! moi, dit le coadjuteur, je me permettrai de n'être pas tout à fait de l'avis de M. de Scudéry; je trouve au contraire que M. de Voiture est un poète, mais un pur poète. Les idées politiques lui manquent complètement.
— Ainsi donc? demanda Athos.
— C'est demain, dit précipitamment Aramis.
— À quelle heure?
— À six heures.
— Où cela?
— À Saint-Mandé.
— Qui vous l'a dit?
— Le comte de Rochefort.
Quelqu'un s'approchait.
— Et les idées philosophiques? C'étaient celles-là qui lui manquaient à ce pauvre Voiture. Moi je me range à l'avis de M. le coadjuteur: pur poète.
— Oui certainement, en poésie il était prodigieux, dit Ménage, et toutefois la postérité, tout en l'admirant, lui reprochera une chose, c'est d'avoir amené dans la facture du vers une trop grande licence; il a tué la poésie sans le savoir.
— Tué, c'est le mot, dit Scudéry.
— Mais quel chef-d'oeuvre que ses lettres, dit madame de Chevreuse.
— Oh! sous ce rapport, dit mademoiselle de Scudéry, c'est un illustre complet.
— C'est vrai, répliqua mademoiselle Paulet, mais tant qu'il plaisante, car dans le genre épistolaire sérieux il est pitoyable, et s'il ne dit les choses très crûment, vous conviendrez qu'il les dit fort mal.
— Mais vous conviendrez au moins que dans la plaisanterie il est inimitable.
— Oui, certainement, reprit Scudéry en tordant sa moustache; je trouve seulement que son comique est forcé et sa plaisanterie est par trop familière. Voyez sa Lettre de la Carpe au Brochet.
— Sans compter, reprit Ménage, que ses meilleures inspirations lui venaient de l'hôtel Rambouillet. Voyez Zélide et Alcidalis.
— Quant à moi, dit Aramis en se rapprochant du cercle et en saluant respectueusement madame de Chevreuse, qui lui répondit par un gracieux sourire; quant à moi, je l'accuserai encore d'avoir été trop libre avec les grands. Il a manqué souvent à madame la Princesse, à M. le maréchal d'Albert, à M. de Schomberg, à la reine elle-même.
— Comment, à la reine? demanda Scudéry en avançant la jambe droite comme pour se mettre en garde. Morbleu! je ne savais pas cela. Et comment donc a-t-il manqué à Sa Majesté?
— Ne connaissez-vous donc pas sa pièce: Je pensais?
— Non, dit madame de Chevreuse.
— Non, dit mademoiselle de Scudéry.
— Non, dit mademoiselle Paulet.
— En effet, je crois que la reine l'a communiquée à peu de personnes; mais moi je la tiens de mains sûres.
— Et vous la savez?
— Je me la rappellerais, je crois.
— Voyons! voyons! dirent toutes les voix.
— Voici dans quelle occasion la chose a été faite, dit Aramis. M. de Voiture était dans le carrosse de la reine, qui se promenait en tête à tête avec lui dans la forêt de Fontainebleau; il fit semblant de penser pour que la reine lui demandât à quoi il pensait, ce qui ne manqua point.
«— À quoi pensez-vous donc, monsieur de Voiture? demanda Sa Majesté.
«Voiture sourit, fit semblant de réfléchir cinq secondes pour qu'on crût qu'il improvisait, et répondit:
Je pensais que la destinée, Après tant d'injustes malheurs, Vous a justement couronnée De gloire, d'éclat et d'honneurs;
Mais que vous étiez plus heureuse, Lorsque vous étiez autrefois, Je ne dirai pas amoureuse! … La rime le veut toutefois.
Scudéry, Ménage et mademoiselle Paulet haussèrent les épaules.
— Attendez, attendez, dit Aramis, il y a trois strophes.
— Oh! dites trois couplets, dit mademoiselle de Scudéry, c'est tout au plus une chanson.
Je pensais que ce pauvre Amour, Qui toujours vous prêta ses armes, Est banni loin de votre cour, Sans ses traits, son arc et ses charmes;
Et de quoi puis-je profiter, En pensant près de vous, Marie, Si vous pouvez si maltraiter Ceux qui vous ont si bien servie?
— Oh! quant à ce dernier trait, dit madame de Chevreuse, je ne sais s'il est dans les règles poétiques, mais je demande grâce pour lui comme vérité et madame de Hautefort et madame de Sennecey se joindront à moi s'il le faut, sans compter M. de Beaufort.
— Allez, allez, dit Scarron, cela ne me regarde plus: depuis ce matin je ne suis plus son malade.
— Et le dernier couplet? dit mademoiselle de Scudéry, le dernier couplet? voyons.
— Le voici, dit Aramis; celui-ci a l'avantage de procéder par noms propres, de sorte qu'il n'y a pas à s'y tromper.
Je pensais, — nous autres poètes, Nous pensons extravagamment, - Ce que, dans l'humeur où vous êtes, Vous feriez, si dans ce moment
Vous avisiez en cette place Venir le duc de Buckingham, Et lequel serait en disgrâce, Du duc ou du père Vincent.
À cette dernière strophe, il n'y eut qu'un cri sur l'impertinence de Voiture.
— Mais, dit à demi-voix la jeune fille aux yeux veloutés, mais j'ai le malheur de les trouver charmants, moi, ces vers.
C'était aussi l'avis de Raoul, qui s'approcha de Scarron et lui dit en rougissant:
— Monsieur Scarron, faites-moi donc l'honneur, je vous prie, de me dire quelle est cette jeune dame qui est seule de son opinion contre toute cette illustre assemblée.
— Ah! ah! mon jeune vicomte, dit Scarron, je crois que vous avez envie de lui proposer une alliance offensive et défensive?
Raoul rougit de nouveau.
— J'avoue, dit-il, que je trouve ces vers fort jolis.
— Et ils le sont en effet, dit Scarron; mais chut, entre poètes, on ne dit pas de ces choses-là.
— Mais moi, dit Raoul, je n'ai pas l'honneur d'être poète, et je vous demandais…
— C'est vrai: quelle était cette jeune dame, n'est-ce pas? C'est la belle Indienne.
— Veuillez m'excuser, monsieur, dit en rougissant Raoul, mais je n'en sais pas plus qu'auparavant. Hélas! je suis provincial.
— Ce qui veut dire que vous ne connaissez pas grand'chose au phébus qui ruisselle ici de toutes les bouches. Tant mieux, jeune homme, tant mieux! Ne cherchez pas à comprendre, vous y perdriez votre temps; et quand vous le comprendrez, il faut espérer qu'on ne le parlera plus.
— Ainsi, vous me pardonnez, monsieur, dit Raoul, et vous daignerez me dire quelle est la personne que vous appelez la belle Indienne?
— Oui, certes, c'est une des plus charmantes personnes qui existent, mademoiselle Françoise d'Aubigné.
— Est-elle de la famille du fameux Agrippa, l'ami du roi Henri IV?
— C'est sa petite-fille. Elle arrive de la Martinique, voilà pourquoi je l'appelle la belle Indienne.
Raoul ouvrit des yeux excessifs; et ses yeux rencontrèrent ceux de la jeune dame qui sourit.