Poésies complètes Cap. 1/2 · 0%

Poésies complètesParte 4 de 6

Paul Verlaine

Original em francês · tradução para inglês

A tradução continua com o Premium.

  • O sentido de cada trecho
  • Notas sobre expressões e gramática
  • Todos os livros do catálogo

Je ne dis pas un mot: je regarde toujours La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles; Je suis, sous leur corsage et les frêles atours, Le dos divin après la courbe des épaules...

Je cherche la bottine... et je vais jusqu'aux bas; Je reconstruis le corps, brûlé de belles fièvres. Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas... —Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres...

LE FORGERON

Palais des Tuileries, vers le 10 août 92.

Le bras sur un marteau gigantesque, effrayant D'ivresse et de grandeur, le front vaste, riant Comme un clairon d'airain, avec toute sa bouche, Et prenant ce gros-là dans son regard farouche, Le Forgeron parlait à Louis Seize, un jour Que le Peuple était là, se tordant tout autour, Et sur les lambris d'or traînant sa veste sale. Or le bon roi, debout sur son ventre, était pâle, Pâle comme un vaincu qu'on prend pour le gibet, Et, soumis comme un chien, jamais ne regimbait, Car ce maraud de forge aux énormes épaules Lui disait de vieux mots et des choses si drôles, Que cela l'empoignait au front, comme cela! «Or, tu sais bien, Monsieur, nous chantions tra la la Et nous piquions les bœufs vers les sillons des autres: Le Chanoine au soleil filait des patenôtres Sur des chapelets clairs grenés de pièces d'or. Le Seigneur, à cheval, passait, sonnant du cor Et l'un avec la hart, l'autre avec la cravache Nous fouillaient.—Hébétés comme des yeux de vache, Nos yeux ne pleuraient plus; nous allions, nous allions Et quand nous avions mis le pays en sillons, Quand nous avions laissée dans cette terre noire Un peu de notre chair... nous avions un pourboire: On nous faisait flamber nos taudis dans la nuit, Nos petits y faisaient un gâteau fort bien cuit.

... «Oh! je ne me plains pas. Je te dis mes bêtises, C'est entre nous. J'admets que tu me contredises, Or, n'est-ce pas joyeux de voir, au mois de juin Dans les granges entrer des voitures de foin Énormes? De sentir l'odeur de ce qui pousse, Des vergers quand il pleut un peu, de l'herbe rousse? De voir des blés, des blés, des épis pleins de grain, De penser que cela prépare bien du pain... Oh! plus fort, on irait, au fourneau qu'il s'allume, Chanter joyeusement en martelant l'enclume, Si l'on était certain de pouvoir prendre un peu, Étant homme, à la fin! de ce que donne Dieu! «Mais voilà, c'est toujours la même vieille histoire!... Mais je sais, maintenant! Moi je ne peux plus croire, Quand j'ai deux bonnes mains, mon front et mon marteau Qu'un homme vienne là, dague sur le manteau, Et me dise: Mon gars, ensemence ma terre; Que l'on arrive encor, quand ce serait la guerre, De prendre mon garçon comme cela, chez moi! —Moi, je serais un homme, et toi, tu serais roi, Tu me dirais: Je veux!...—Tu vois bien, c'est stupide. Tu crois que j'aime voir ta baraque splendide, Tes officiers dorés, tes mille chenapans, Tes palsembleu bâtards tournant comme des paons: Ils ont rempli ton nid de l'odeur de nos filles Et de petits billets pour nous mettre aux Bastilles Et nous dirons: C'est bien; les pauvres à genoux! Nous dorerons ton Louvre en donnant nos gros sous! Et tu te soûleras, tu feras belle fête. —Et ces Messieurs riront, les reins sur notre tête! «Non. Ces saletés-là datent de nos papas! Oh! Le Peuple n'est plus une putain. Trois pas Et, tous, nous avons mis ta Bastille en poussière. Cette bête suait du sang à chaque pierre Et c'était dégoûtant, la Bastille debout Avec ses murs lépreux qui nous racontaient tout Et, toujours, nous tenaient enfermés dans leur ombre! —Citoyen! citoyen! c'était le passé sombre Qui croulait, qui râlait, quand nous prîmes la tour Nous avions quelque chose au cœur comme l'amour. Nous avions embrassé nos fils sur nos poitrines. Et, comme des chevaux, en soufflant des narines Nous allions, fiers et forts, et ça nous battait là... Nous marchions au soleil, front haut; comme cela, Dans Paris! On venait devant nos vestes sales. Enfin! Nous nous sentions Hommes! Nous étions pâles Sire, nous étions soûls de terribles espoirs: Et quand nous fûmes là, devant les donjons noirs, Agitant nos clairons et nos feuilles de chêne, Les piques à la main; nous n'eûmes pas de haine, —Nous nous sentions si forts, nous voulions être doux! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

«Et depuis ce jour-là, nous sommes comme fous! Le tas des ouvriers a monté dans la rue, Et ces maudits s'en vont, foule toujours accrue De sombres revenants, aux portes des richards. Moi, je cours avec eux assommer les mouchards: Et je vais dans Paris, noir, marteau sur l'épaule, Farouche, à chaque coin balayant quelque drôle, Et, si tu me riais au nez, je te tuerais! —Puis, tu peux y compter, tu te feras des frais Avec tes hommes noirs, qui prennent nos requêtes Pour se les renvoyer comme sur des raquettes Et, tout bas, les malins se disent; «Qu'ils sont sots!» Pour mitonner des lois, coller de petits pots Pleins de jolis décrets roses et de droguailles, S'amuser à couper proprement quelques tailles, Puis se boucher le nez quand nous marchons près d'eux —Nos doux représentants qui nous trouvent crasseux! Pour ne rien redouter, rien, que les baïonnettes..., C'est très bien. Foin de leur tabatière à sornettes! Nous en avons assez, là, de ces cerveaux plats Et de ces ventres-dieux. Ah! ce sont là les plats Que tu nous sers bourgeois, quand nous sommes féroces Quand nous brisons déjà les sceptres et les crosses!... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Il le prend par le bras, arrache le velours Des rideaux, et lui montre en bas les larges cours Où fourmille, où fourmille, où se lève la foule, La foule épouvantable avec des bruits de houle Hurlant comme une chienne, hurlant comme une mer, Avec ses bâtons forts et ses piques de fer, Ses tambours, ses grands cris de halles et de bouges, Tas sombre de haillons saignants de bonnets rouges; L'Homme, par la fenêtre ouverte, montre tout Au roi pâle, et suant qui chancelle debout, Malade à regarder cela!

«C'est la crapule, Sire. Ça bave aux murs, ça monte, ça pullule: —Puisqu'ils ne mangent pas, Sire, ce sont des gueux! Je suis un forgeron: ma femme est avec eux, Folle! Elle croit trouver du pain aux Tuileries! —On ne veut pas de nous dans les boulangeries. J'ai trois petits. Je suis crapule.—Je connais Des vieilles qui s'en vont pleurant sous leurs bonnets Parce qu'on leur a pris leur garçon ou leur fille: C'est la crapule.—Un homme était à la Bastille, Un autre était forçat: et, tous deux, citoyens Honnêtes. Libérés, ils sont comme des chiens: On les insulte! Alors, ils ont là quelque chose Qui leur fait mal, allez! C'est terrible, et c'est cause Que, se sentant brisés, que, se sentant damnés, Ils sont là, maintenant, hurlant sous votre nez! Crapule.—Là dedans sont des filles, infâmes Parce que,—vous saviez que c'est faible, les femmes, Messeigneurs de la cour,—que ça veut toujours bien, Vous avez craché sur l'âme, comme rien! Vos belles, aujourd'hui, sont là. C'est la crapule. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

«Oh! tous les malheureux, tous ceux dont le dos brûle Sous le soleil féroce, et qui vont, et qui vont, Qui dans ce travail-là sentent crever leur front. Chapeau bas, mes bourgeois! Oh! ceux-là sont les Hommes! Nous sommes Ouvriers, Sire! Ouvriers! Nous sommes Pour les grands temps nouveaux où l'on voudra savoir, Où l'Homme forgera du matin jusqu'au soir, Chasseur des grands effets, chasseur des grandes causes Ou, lentement vainqueur, il domptera les choses Et montera sur Tout, comme sur un cheval! Oh! splendides lueurs des forges! Plus de mal, Plus!—Ce qu'on ne sait pas, c'est peut-être terrible: Nous saurons!—Nos marteaux en main; passons au crible Tout ce que nous savons: puis, Frères, en avant! Nous faisons quelquefois ce grand rêve émouvant De vivre simplement, ardemment, sans rien dire De mauvais, travaillant sous l'auguste sourire D'une femme qu'on aime avec un noble amour: Et l'on travaillerait fièrement tout le jour, Écoutant le devoir comme un clairon qui sonne: Et l'on se sentirait très heureux: et personne Oh! personne, surtout, ne vous ferait ployer! On aurait un fusil au-dessus du foyer... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Oh! mais l'air est tout plein d'une odeur de bataille! Que te disais-je donc? Je suis de la canaille! Il reste des mouchards et des accapareurs. Nous sommes libres, nous! Nous avons des terreurs Où nous nous sentons grands, oh! si grands! Tout à l'heure Je parlais de devoir calme, d'une demeure... Regarde donc le ciel!—C'est trop petit pour nous, Nous crèverions de chaud, nous serions à genoux! Regarde donc le ciel!—Je rentre dans la foule Dans la grande canaille effroyable qui roule, Sire, tes vieux canons sur les sales pavés; —Oh! quand nous serons morts, nous les aurons lavés. —Et si, devant nos cris, devant notre vengeance, Les pattes des vieux rois mordorés, sur la France Poussaient leurs régiments en habits de gala, Eh bien, n'est-ce pas, vous tous? Merde à ces chiens-là . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

—Il reprit son marteau sur l'épaule.

La foule Près de cet homme-là se sentait l'âme soûle, Et, dans la grande cour, dans les appartements, Où Paris haletait avec des hurlements, Un frisson secoua l'immense populace. Alors, de sa main large et superbe de crasse Bien que le roi ventru suât, le Forgeron, Terrible, lui jeta le bonnet rouge au front!

SOLEIL ET CHAIR

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie, Verse l'amour brûlant à la terre ravie, Et, quand on est couché sur la vallée, on sent Que la terre est nubile et déborde de sang; Que son immense sein, soulevé par une âme, Est d'amour comme dieu, de chair comme la femme, Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons, Le grand fourmillement de tous les embryons!

Et tout croît, et tout monte! Ô Vénus, ô Déesse! Je regrette les temps de l'antique jeunesse, Des satyres lascifs, des faunes animaux, Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde! Je regrette les temps où la sève du monde, L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts Dans les veines de Pan mettaient un univers! Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre; Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour; Où, debout sur la plaine, il entendait autour Répondre à son appel la Nature vivante; Où, les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante, La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu Et tous les animaux, aimaient, aimaient en Dieu! Je regrette les temps de la grande Cybèle Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle, Sur un grand char d'airain, les splendides cités; Son double sein versait dans les immensités Le pur ruissellement de la vie infinie. L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie, Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux. —Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.

Misère! Maintenant il dit: Je sais les choses, Et va, les yeux fermés et les oreilles closes; —Et pourtant, plus de dieux! plus de dieux! l'Homme est Roi! L'Homme est Dieu! Mais l'Amour, voilà la grande Foi! Oh! si l'homme puisait encore à ta mamelle, Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle; S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume, Montra son nombril rose où vint neiger l'écume, Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs, Le rossignol aux bois et l'amour dans les cœurs!

II

Je crois en toi! Je crois en toi! Divine mère, Aphrodite marine!—Oh! la route est amère Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix; Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en toi que je crois! —Oui l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste, Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste, Parce qu'il a sali son fier buste de Dieu, Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu, Son corps olympien aux servitudes sales! Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles Il veut vivre, insultant la première beauté! —Et l'Idole où tu mis tant de virginité, Où tu divinisas notre argile, la Femme, Afin que l'homme pût éclairer sa pauvre âme Et monter lentement, dans un immense amour, De la prison terrestre à la beauté du jour, La femme ne sait plus même être courtisane! —C'est une bonne farce! et le monde ricane Au nom doux et sacré de la grande Vénus!

III

Si les temps revenaient, les temps qui sont venus! —Car l'Homme a fini! l'Homme a joué tous les rôles! Au grand jour, fatigué de briser des idoles Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux, Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux! L'Idéal, la pensée invincible, éternelle, Tout le dieu qui vit, sous son argile charnelle, Montera, montera, brûlera sous son front! Et quand tu le verras sonder tout l'horizon, Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte, Tu viendras lui donner la Rédemption sainte! —Splendide, radieuse, au sein des grandes mers Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers L'Amour infini dans un infini sourire! Le Monde vibrera comme une immense lyre Dans le frémissement d'un immense baiser:

—Le Monde a soif d'amour: tu viendras l'apaiser. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

IV

Ô splendeur de la chair! ô splendeur idéale! Ô renouveau d'amour, aurore triomphale Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros Kallipige la blanche et le petit Éros Effleureront, couverts de la neige des roses, Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses! Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots, Blanche sous le soleil, la voile de Thésée, Ô douce vierge enfant qu'une nuit a brisée, Tais-toi! Sur son char d'or brodé de noirs raisins, Lysios, promené dans les champs Phrygiens Par les tigres lascifs et les panthères rousses, Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses. Zeus, Taureau, sur son cou berce comme un enfant Le corps nu d'Europé, qui jette son bras blanc Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague, Il tourne lentement vers elle son œil vague; Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur Au front de Zeus; ses yeux sont fermés; elle meurt Dans un divin baiser, et le flot qui murmure De son écume d'or fleurit sa chevelure. —Entre le laurier-rose et le lotus jaseur Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur Embrassant la Léda des blancheurs de son aile; —Et tandis que Cypris passe, étrangement belle, Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins, Étale fièrement l'or de ses larges seins Et son ventre neigeux brodé de mousse noire, —Héraclès, le Dompteur, qui, comme d'une gloire Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion, S'avance, front terrible et doux, à l'horizon!

Par la lune d'été vaguement éclairée, Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus, Dans la clairière sombre où la mousse s'étoile, La Dryade regarde au ciel silencieux... —La blanche Séléné laisse flotter son voile, Craintive, sur les pieds du bel Endymion, Et lui jette un baiser dans un pâle rayon... —La Source pleure au loin dans une longue extase... C'est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase, Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé. —Une brise d'amour dans la nuit a passé, Et, dans les bois sacrés, dans l'horreur des grands arbres, Majestueusement debout, les sombres Marbres, Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid, —Les Dieux écoutent l'Homme et le Monde infini!

7 mai 1870.

LE DORMEUR DU VAL

C'est un trou de verdure où chante une rivière Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent; où le soleil, de la montagne fière, Luit: c'est un petit aval qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Sourirait un enfant malade, il fait un somme: Nature, berce-le chaudement: il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

7 octobre 1870.

AU CABARET-VERT

Cinq heures du soir.

Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi, —Au Cabaret-Vert: je demandai des tartines De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table Verte: je contemplai les sujets très naïfs De la tapisserie.—Et ce fut adorable, Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

—Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure!— Rieuse, m'apporta des tartines de beurre, Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse D'ail,—et m'emplit la chope immense, avec sa mousse Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Octobre 1870.

LA MALINE

Dans la salle à manger brune, que parfumait Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise Je ramassais un plat de je ne sais quel met Belge, et je m'épatais dans mon immense chaise.

En mangeant, j'écoutais l'horloge,—heureux et coi. La cuisine s'ouvrit avec une bouffée —Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi, Fichu moitié défait, malinement coiffée.

Et tout en promenant son petit doigt tremblant Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc, En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,

Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m'aiser; —Puis, comme ça,—bien sûr pour avoir un baiser,— Tout bas: «Sens donc: j'ai pris une froid sur la joue...»

Charleroi, octobre 1870.

L'ÉCLATANTE VICTOIRE DE SARREBRUCK REMPORTÉE AUX CRIS DE VIVE L'EMPEREUR!

(Gravure belge brillamment coloriée, se vend à Charleroi, 35 centimes.)

Au milieu, l'Empereur, dans une apothéose Bleue et jaune, s'en va, raide, sur son dada Flamboyant; très heureux,—car il voit tout en rose, Féroce comme Zeus et doux comme un papa;

En bas, les bons Pioupious qui faisaient la sieste Près des tambours dorés et des rouges canons, Se lèvent gentiment. Pitou remet sa veste, Et, tourné vers le Chef, s'étourdit de grands noms

À droite, Dumanet, appuyé sur la crosse De son chassepot, sent frémir sa nuque en brosse, Et: «Vive l'Empereur!!»—Son voisin reste coi...

Un schako surgit, comme un soleil noir...—Au centre Boquillon, rouge et bleu, très naïf, sur son ventre Se dresse, et,—présentant ses derrières: «De quoi?...»

Octobre 1870.

RÊVÉ POUR L'HIVER

À Elle.