Poésies complètesParte 5 de 6
Original em francês · tradução para inglês
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LE BUFFET
L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose Avec des coussins bleus. Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'œil, pour ne point voir, par la glace, Grimacer les ombres des soirs, Ces monstruosités hargneuses, populace De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée... Un petit baiser, comme une folle araignée, Te courra par le cou...
Et tu me diras: «Cherche!» en inclinant la tête; —Et nous prendons du temps à trouver cette bête! —Qui voyage beaucoup...
En wagon, le 7 octobre 1870.
LE BUFFET
C'est un large buffet sculpté; le chêne sombre, Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens; Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants;
Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries, De linges odorants et jaunes, de chiffons De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries, De fichus de grand'mère où sont peints des griffons;
—C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.
—Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis Quand s'ouvrent lentement tes grands portes noires.
Octobre 1870.
MA BOHÈME
(Fantaisie)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées; Mon paletot aussi devenait idéal; J'allais sous le ciel, Muse! et j'étais ton féal; Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!
Mon unique culotte avait un large trou. —Petit Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse; —Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur!
Octobre 1870.
ENTENDS COMME BRAME
Entends, comme brame près des acacias en avril la rame viride du pois!
Dans sa vapeur nette, Vers Phœbé! tu vois s'agiter la tête de saints d'autrefois...
Loin des claires meules des caps, des beaux toits, ces chers Anciens veulent ce philtre sournois...
Or ni feriale ni astrale! n'est la brume qu'exhale ce nocturne effet.
Néanmoins ils restent, —Sicile, Allemagne, dans ce brouillard triste et blêmi, justement!
CHANT DE GUERRE PARISIEN
Le printemps est évident, car Du cœur des Propriétés vertes Le vol de Thiers et de Picard Tient ses splendeurs grandes ouvertes.
Ô mai! Quels délirants cul-nus! Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières, Écoutez donc les bienvenus Semer les choses printanières!
Ils ont schako, sabre et tamtam Non la vieille boîte à bougies Et des yoles qui n'ont jam... jam... Fendent le lac aux eaux rougies!...
Plus que jamais nous bambochons Quand arrivent sur nos tanières1 Crouler les jaunes cabochons Dans des aubes particulières.
Thiers et Picard sont des Éros Des enleveurs d'héliotropes Au pétrole ils font des Corots. Voici hannetonner leurs tropes...
Ils sont familiers du grand turc!... Et couché dans les glaïeuls, Favre, Fait son cillement aqueduc Et ses reniflements à poivre!
La Grand-Ville a le pavé chaud Malgré vos douches de pétrole Et décidément il nous faut Nous secouer dans votre rôle...
Et les ruraux qui se prélassent Dans de longs accroupissements Entendront des rameaux qui cassent Parmi les rouges froissements.
MES PETITES AMOUREUSES
Un hydrolat lacrymal lave Les cieux vert-chou: Sous l'arbre tendronnier qui bave Vos caoutchoucs.
Blancs de lunes particulières Aux pialats ronds, Entrechoquez vos genouillères Mes laiderons!
Nous nous aimions à cette époque, Bleu laideron: On mangeait des œufs à la coque Et du mouron!
Un soir tu me sacras poète, Blond laideron. Descends ici que je te fouette En mon giron;
J'ai dégueulé ta bandoline Noir laideron; Tu couperais ma mandoline Au fil du front.
Pouah! nos salives desséchées Roux laideron Infectent encor les tranchées De ton sein rond!
Ô mes petites amoureuses Que je vous hais! Plaquez de fouffes douloureuses, Vos tétons laids!
Piétinez mes vieilles terrines De sentiment; Hop donc soyez-moi ballerines Pour un moment!...
Vos omoplates se déboîtent Ô mes amours! Une étoile à vos reins qui boîtent Tournez vos tours.
Est-ce pourtant pour ces éclanches Que j'ai rimé! Je voudrais vous casser les hanches D'avoir aimé!
Fade amas d'étoiles ratées Comblez les coins —Vous creverez en Dieu, bâtées D'ignobles soins!
Sous les lunes particulières Aux pialats ronds Entrechoquez vos genouillières, Mes laiderons!
LES POÈTES DE SEPT ANS
A M. P. Demeny.
Et la Mère, fermant le livre du devoir, S'en allait satisfaite et très fière sans voir, Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminence, L'âme de son enfant livrée aux répugnances.
Tout le jour il suait d'obéissance; très Intelligent; pourtant des tics noirs, quelques traits, Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies. Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies, En passant il tirait la langue, les deux poings À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points. Une porte s'ouvrait sur le soir; à la lampe On le voyait, là-haut qui râlait sur la rampe, Sous un golfe de jour pendant du toit. L'été Surtout, vaincu, stupide, il était entêté À se renfermer dans la fraîcheur des latrines: Il pensait là, tranquille et livrant ses narines. Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet Derrière la maison, en hiver s'illunait, Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne Et pour des visions écrasant son œil darne, Il écoutait grouiller les galeux espaliers. Pitié! Ces enfants seuls étaient ses familiers Qui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue, Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue, Sous des habits puant la foire et tout vieillots, Conversaient avec la douceur des idiots! Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes, Sa mère s'effrayait; les tendresses profondes De l'enfant se jetaient sur cet étonnement. C'était bon. Elle avait le bleu regard,—qui ment!
À sept ans, il faisait des romans sur la vie Du grand désert, où luit la Liberté ravie, Forêts, soleils, rives, savanes!—Il s'aidait De journaux illustrés où, rouge, il regardait Des Espagnoles rire et des Italiennes. Quand venait, l'œil brun, folle, en robes d'indiennes, —Huit ans,—la fille des ouvriers d'à côté, La petite brutale, et qu'elle avait sauté, Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses, Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses, Car elle ne portait jamais de pantalons; —Et, par elle meurtri des poings et des talons Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.
Il craignait les blafards dimanches de décembre, Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou, Il lisait une Bible à la tranche vert-chou; Des rêves l'oppressaient chaque nuit dans l'alcôve. Il n'aimait pas Dieu; mais les hommes, qu'au soir fauve, Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg Où les crieurs, en trois roulements de tambour Font autour des édits rire et gronder les foules. —Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or, Font leur remuement calme et prennent leur essor!
Et comme il savourait surtout les sombres choses, Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes, Haute et bleue, âcrement prise d'humidité, Il lisait son roman sans cesse médité, Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées, De fleurs de chair aux bois sidérals déployées, Vertige, écroulements, déroutes et pitié! —Tandis que se faisait la rumeur du quartier, En bas,—seul, et couché sur des pièces de toile Écrue, et pressentant violemment le voile!
26 mai 1871.
| Note (Project Gutenberg). |
| On nous a fait savoir que le terme "le voile" dans la dernière ligne du poème «LES POÈTES DE SEPT ANS», doit être corrigée en "la voile". |
| D'après nos recherches, le poème écrit en 1871 se terminait en effet sur les mots "la voile". |
| La présente édition de 1895 a été corrigée de la main de Verlaine, sur des épreuves fournies par l'imprimerie Ch. Herissey à Évreux. Il nous est difficile de savoir pourquoi Verlaine a corrigé «la voile» en «le voile», ou s'agit-il d'un moment d'inattention? |
| Ce qui est certain, notre édition marque bien «le voile». |
LE CŒUR VOLÉ
Mon pauvre cœur bave à la poupe, Mon cœur est plein de caporal; Ils lui lancent des jets de soupe, Mon triste cœur bave à la poupe. Sous les quolibets de la troupe Qui pousse un rire général, Mon triste cœur brave à la poupe Mon cœur est plein de caporal!
Ithyphalliques et pioupiesques, Leurs insultes l'ont dépravé. À la vesprée, ils font des fresques Ithyphalliques et pioupiesques, Ô flots abracadabrantesques Prenez mon cœur, qu'il soit sauvé! Ithyphalliques et pioupiesques Leurs insultes l'ont dépravé!
Quand ils auront tari leurs chiques, Comment agir, ô cœur volé? Ce seront des refrains bachiques Quand ils auront tari leurs chiques. J'aurai des sursauts stomachiques Si mon cœur triste est ravalé: Quand ils auront tari leurs chiques, Comment agir, ô cœur volé?
TÊTE DE FAUNE
Dans la feuillée, écrin vert taché d'or, Dans la feuillée incertaine et fleurie, D'énormes fleurs où l'âcre baiser dort Vif et devant l'exquise broderie,
Le Faune affolé montre ses grands yeux Et mord la fleur rouge avec ses dents blanches Brunie et sanglante ainsi qu'un vin vieux, Sa lèvre éclate en rires par les branches;
Et quand il a fui, tel un écureuil, Son rire perle encore à chaque feuille Et l'on croit épeuré par un bouvreuil Le baiser d'or du bois qui se recueille.
POISON PERDU
Des nuits du blond et de la brune Pas un souvenir n'est resté; Pas une dentelle d'été, Pas une cravate commune.
Et sur le balcon, où le thé Se prend aux heures de la lune, Il n'est resté de trace aucune, Aucun souvenir n'est resté,
Au bord d'un rideau bleu piquée, Luit une épingle à tête d'or Comme un gros insecte qui dort,
Pointe d'un fin poison trempée, Je te prends, sois-moi préparée Aux heures des désirs de mort.
LES CORBEAUX
Seigneur, quand froide est la prairie, Quand dans les hameaux abattus, Les longs angelus se sont tus Sur la nature défleurie, Faites s'abattre des grands cieux Les chers corbeaux délicieux.
Armée étrange aux cris sévères, Les vents froids attaquent vos nids! Vous, le long des fleuves jaunis, Sur les routes aux vieux calvaires, Sur les fossés et sur les trous, Dispersez-vous, ralliez-vous!
Par milliers, sur les champs de France, Où dorment les morts d'avant-hier, Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver, Pour que chaque passant repense! Sois donc le crieur du devoir, Ô notre funèbre oiseau noir!
Mais, saints du ciel, en haut du chêne, Mât perdu dans le soir charmé, Laissez les fauvettes de mai Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne, Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir, La défaite sans avenir.
1872.
PATIENCE
D'un été.
Aux branches claires des tilleurs Meurt un maladif hallali. Mais des chansons spirituelles Voltigent partout les groseilles. Que notre sang rie en nos veines, Voici s'enchevêtrer les vignes. Le ciel est joli comme un ange, Azur et Onde communient. Je sors! Si un rayon me blesse, Je succomberai sur la mousse.
Qu'on patiente et qu'on s'ennuie, C'est si simple!... Fi de ces peines! Je veux que l'été dramatique Me lie à son char de fortune. Que par toi beaucoup, ô Nature, —Ah! moins nul et moins seul! je meure, Au lieu que les bergers, c'est drôle, Meurent à peu près par le monde.
Je veux bien que les saisons m'usent. À toi, Nature! je me rends, Et ma faim et toute ma soif; Et s'il te plaît, nourris, abreuve. Rien de rien ne m'illusionne; C'est rire aux parents qu'au soleil; Mais moi je ne veux rire à rien, Et libre soit cette infortune.
JEUNE MÉNAGE
La chambre est ouverte au ciel bleu turquin; Pas de place: des coffrets et des huches! Dehors le mur est plein d'aristoloches Où vibrent les gencives des lutins.
Que ce sont bien intrigues de génies Cette dépense et ces désordres vains! C'est la fée africaine qui fournit La mûre, et les résilles dans les coins.
Plusieurs entrent, marraines mécontentes, En pans de lumière dans les buffets, Puis y restent! le ménage s'absente Peu sérieusement, et rien ne se fait.
Le marié a le vent qui le floue Pendant son absence, ici, tout le temps. Même des esprits des eaux malfaisants Entrent vaguer aux sphères de l'alcôve.
La nuit, l'amie oh, la lune de miel Cueillera leur sourire et remplira De mille bandeaux de cuivre le ciel. Puis ils auront affaire au malin rat.
—S'il n'arrive pas un feu follet blême, Comme un coup de fusil, après des vêpres. —Ô spectres saints et blancs de Bethléem, Charmez plutôt le bleu de leur fenêtre!
27 juin 1872.
MÉMOIRE
I
L'eau claire; comme le sel des larmes d'enfance; L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes; La soie, en foule et de lys pur des oriflammes Sous les murs dont quelque pucelle eut la défense;
L'ébat des anges;—non... le courant d'or en marche, Meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d'herbe. Elle, Sombre, ayant le ciel bleu pour ciel de lit, appelle Pour rideaux l'ombre de la colline et de l'arche.
II
Eh! l'humide carreau tend ses bouillons limpides! L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes. Les robes vertes et déteintes des fillettes Font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides.
Plus pure qu'un louis, jaune et chaude paupière Le souci d'eau—ta foi conjugale, ô l'Épouse!— Au midi prompt, de son terne miroir, jalouse Au ciel gris de chaleur la sphère rose et chère.
III
Madame se tient trop debout dans la prairie Prochaine où neigent les fils du travail; l'ombrelle Aux doigts; foulant l'ombelle; trop fière pour elle Des enfants lisant dans la verdure fleurie
Leur livre de maroquin rouge! Hélas, Lui, comme Mille anges blancs qui se séparent sur la route, S'éloigne par delà la montagne! Elle, toute Froide, et noire, court! après le départ de l'homme!
IV
Regrets des bras épais et jeunes d'herbe pure! Or des lunes d'avril au cœur du saint lit! Joie Des chantiers riverains à l'abandon, en proie Aux soirs d'août qui faisaient germer ces pourritures!
Qu'elle pleure à présent sous les remparts: l'haleine Des peupliers d'en haut est pour la seule brise. Amis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise— Un vieux dragueur, dans sa barque immobile, peine.
V
Jouet de cet œil d'eau morne, je n'y puis prendre, Ô canot immobile! ô bras trop courts! ni l'une Ni l'autre fleur; ni la jaune qui m'importune, Là; ni la bleue, amis, à l'eau couleur de cendre.
Ah! la poudre des saules qu'une aile secoue! Les roses des roseaux dès longtemps dévorées!... Mon canot toujours fixe; et sa chaîne tirée Au fond de cet œil d'eau sans bords—à quelle boue?
Est-elle almée?... aux premières heures bleues Se détruira-t-elle comme les fleurs feues... Devant la splendide étendue où l'on sente Souffler la ville énormément florissante!
C'est trop beau! c'est trop beau! mais c'est nécessaire —Pour la Pêcheuse et la chanson du corsaire, Et aussi puisque les derniers masques crurent Encore aux fêtes de nuit sur la mer pure!
Juillet 1872
FÊTES DE LA FAIM
Ma faim, Anne, Anne, Fuis sur ton âne.
Si j'ai du goût, ce n'est guères Que pour la terre et les pierres Dinn! dinn! dinn! dinn! Mangeons l'air, Le roc, les terres, le fer, Charbons.
Mes faims, tournez. Paissez, faims, Le pré des sons! Attirez le gai venin Des liserons;
Mangez les cailloux qu'un pauvre brise, Les vieilles pierres d'églises, Les galets, fils des déluges, Pains couchés aux vallées grises!
Des faims, c'est les bouts d'air noir; L'azur sonneur; —C'est l'estomac qui me tire, C'est le malheur.
Sur terre ont paru les feuilles: Je vais aux chairs de fruit blettes, Au sein du sillon je cueille La doucette et la violette.
Ma faim, Anne, Anne! Fuis sur ton âne.
Août 1872.
PROSE
I FLAIRY
Pour Hélène se conjurèrent les sèves ornementales dans les ombres vierges et les clartés impassibles dans le silence astral. L'ardeur de l'été fut confiée à des oiseaux muets et l'indolence requise à une barque de deuils sans prix par des anses d'amours morts et de parfums affaissés.
Après le moment de l'air des bûcheronnes à la rumeur du torrent sous la ruine des bois, de la sonnerie des bestiaux à l'écho des vals, et des cris des steppes.
Pour l'enfance d'Hélène frissonnèrent les fourrés et les ombres, et le sein des pauvres, et les légendes du ciel.
Et ses yeux et sa danse supérieurs encore aux éclats précieux, aux influences froides, au plaisir du décor et de l'heure uniques.
II GUERRE
Enfant, certains ciels ont affiné mon optique, tous les caractères nuancèrent ma physionomie. Les phénomènes s'émurent. À présent l'inflexion éternelle des moments de l'infini des mathématiques me chassent par ce monde où je subis tous les succès civils, respecté de l'enfance étrange et des affections énormes. Je songe à une guerre, de droit ou de force, de logique bien imprévue.
C'est aussi simple qu'une phrase musicale.
III GÉNIE
Il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été, lui qui a purifié les boissons et les aliments, lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice surhumain des stations. Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase.
Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l'éternité: machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre: ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, lui qui nous aime pour sa vie infinie...
Et nous nous le rappelons et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa promesse sonne: «Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C'est cette époque-ci qui a sombré!»
Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce péché: car c'est fait, lui étant, et étant aimé.
Ô ses souffles, ses têtes, ses courses; la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action.
Ô fécondité de l'esprit et immensité de l'univers!
Son corps! Le dégagement rêvé le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle! sa vue, sa vue! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite.
Son jour! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.
Son pas! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Ô Lui et nous! l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues.
Ô monde! et le chant clair des malheurs nouveaux!
Il nous a connus tous et nous a tous tous aimé. Sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour.
IV JEUNESSE
I DIMANCHE
Les calculs de côté, l'inévitable descente du ciel, la visite des souvenirs et la séance des rythmes occupent la demeure, la tête et le monde de l'esprit.
—Un cheval détale sur le turf suburbain, le long des cultures et des boisements, percé par la peste carbonique. Une misérable femme de drame, quelque part dans le monde soupire après les abandons improbables. Les desperadves languissent après l'orage, l'ivresse et les blessures. De petits enfants étouffent des malédictions le long des rivières.
Reprenons l'étude au bruit de l'œuvre dévorante qui se rassemble et se monte dans les masses.
II SONNET
Homme de constitution ordinaire, la chair n'était-elle pas un fruit pendu dans le verger, ô journées enfantes! le corps un trésor à prodiguer; ô aimer, le péril ou la force de Psyché? La terre avait des versants fertiles en princes et en artistes, et la descendance et la race nous poussaient aux crimes et aux deuils: ce monde votre fortune et votre péril. Mais à présent, le labeur comblé, toi, tes calculs, toi, tes impatiences, ne sont plus que votre danse et votre voix, non fixées et point forcées, quoique d'un double événement d'invention et de succès une liaison, en l'humanité fraternelle est discrète par l'univers sans images;—la force et le droit réfléchissent la danse et la voix à présent seulement appréciées.