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Le Petit ChoseParte 18 de 27

Alphonse Daudet

Original em francês · tradução para inglês

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  • O sentido de cada trecho
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A cet endroit de mon discours, Mlle Pierrotte parut s'attendrir, et je vis une grosse larme glisser le long de sa joue. Moi, bonnement, je crus que c'était pour Jacques et je me dis en moi-même: «Allons! voilà qui va bien.» Là-dessus, je redoublai d'éloquence. Je parlai des mélancolies de Jacques et de cet amour profond, mystérieux, qui lui rongeait le coeur. Ah! trois et quatre fois heureuse la femme qui…

Ici la petite rose rouge que Mlle Pierrotte avait dans les cheveux glissa je ne sais comment et vint tomber à mes pieds. Tout juste, à ce moment, je cherchais un moyen délicat de faire comprendre à la jeune Camille qu'elle était cette femme trois et quatre fois heureuse dont Jacques s'était épris. La petite rose rouge en tombant me fournit ce moyen.—Quand je vous disais qu'elle était fée, cette petite rose rouge.—Je la ramassai lestement, mais je me gardai bien de la rendre. «Ce sera pour Jacques, de votre part», dis-je à Mlle Pierrotte avec mon sourire le plus fin.—«Pour Jacques, si vous voulez», répondit Mlle Pierrotte, en soupirant; mais au même instant, les yeux noirs apparurent et me regardèrent tendrement de l'air de me dire: «Non! pas pour Jacques, pour toi!» Et si vous aviez vu comme ils disaient bien cela, avec quelle candeur enflammée, quelle passion pudique et irrésistible! Pourtant j'hésitais encore, et ils furent obligés de répéter deux ou trois fois de suite: «Oui! … pour toi… pour toi.» Alors je baisai la petite rose rouge et je la mis dans ma poitrine.

Ce soir-là, quand Jacques revint, il me trouva comme à l'ordinaire penché sur l'établi aux rimes et je lui laissai croire que je n'étais pas sorti de la journée. Par malheur, en me déshabillant, la petite rose rouge que j'avais gardée dans ma poitrine roula par terre au pied du lit: toutes ces fées sont pleines de malice. Jacques la vit, la ramassa, et la regarda longuement. Je ne sais pas qui était le plus rouge de la rose ou de moi.

«Je la reconnais, me dit-il, c'est une fleur du rosier qui est là-bas sur la fenêtre du salon.»

Puis il ajouta en me la rendant:

«Elle ne m'en a jamais donné, à moi.»

Il dit cela si tristement que les larmes m'en vinrent aux yeux.

«Jacques, mon ami Jacques, je te jure qu'avant ce soir…»

Il m'interrompit avec douceur: «Ne t'excuse pas, Daniel, je suis sûr que tu n'as rien fait pour me trahir… Je le savais, je savais que c'était toi qu'elle aimait. Rappelle-toi ce que je t'ai dit: «celui qu'elle aime n'a pas parlé, il n'a pas eu besoin de parler pour être aimé.» Là-dessus, le pauvre garçon se mit à marcher de long en large dans la chambre. Moi, je le regardais, immobile, ma rose rouge à la main.—«Ce qui arrive devait arriver, reprit-il au bout d'un moment. Il y a longtemps que j'avais prévu tout cela. Je savais que, si elle te voyait, elle ne voudrait jamais de moi… Voilà pourquoi j'ai si longtemps tardé à t'amener là-bas. J'étais jaloux de toi par avance. Pardonne-moi, je l'aimais tant! … Un jour, enfin, j'ai voulu tenter l'épreuve, et je t'ai laissé venir. Ce jour-là, mon cher, j'ai compris que c'était fini. Au bout de cinq minutes, elle t'a regardé comme jamais elle n'a regardé personne. Tu t'en es bien aperçu, toi aussi. Oh! ne mens pas, tu t'en es aperçu. La preuve, c'est que tu es resté, plus d'un mois sans retourner là-bas; mais, pécaïre! cela ne m'a guère servi… Pour les âmes comme la sienne, les absents n'ont jamais tort, au contraire… Chaque fois que j'y allais, elle ne faisait que me parler de toi, et si naïvement, avec tant de confiance et d'amour… C'était un vrai supplice. Maintenant c'est fini… J'aime mieux ça.»

Jacques me parla ainsi longuement avec la même douceur, le même sourire résigné. Tout ce qu'il disait me faisait peine et plaisir à la fois. Peine, parce que je le sentais malheureux; plaisir, parce que je voyais à travers chacune de ses paroles les yeux noirs qui me luisaient, tout pleins de moi. Quand il eut fini, je m'approchai de lui, un peu honteux, mais sans lâcher la petite rose rouge: «Jacques, est-ce que tu ne vas plus m'aimer maintenant?» Il sourit, et me serrant contre son coeur: «T'es bête, je t'aimerai bien davantage.»

C'est une vérité. L'histoire de la rose rouge ne changea rien à la tendresse de ma mère Jacques, pas même à son humeur. Je crois qu'il souffrit beaucoup, mais il ne le laissa jamais voir. Pas un soupir, pas une plainte, rien.

Comme par le passé, il continua d'aller là-bas le dimanche et de faire bon visage à tous. Il n'y eut que les noeuds de cravate de supprimés. Du reste, toujours calme et fier, travaillant à se tuer, et marchant courageusement dans la vie, les yeux fixés sur un seul but, la reconstruction du foyer… O Jacques! ma mère Jacques!

Quant à moi, du jour où je pus aimer les yeux noirs librement, sans remords, je me jetai à corps perdu dans ma passion… Je ne bougeais plus de chez Pierrotte. J'y avais gagné tous les coeurs;—au prix de quelles lâchetés, grand Dieu? Apporter du sucre à M. Lalouette, faire la partie de la dame de grand mérite, rien ne me coûtait…

Je m'appelais Désir-de-plaire dans cette maison-là… En général, Désir-de-plaire venait vers le milieu de la journée. A cette heure, Pierrotte était au magasin, et Mlle Camille toute seule en haut, dans le salon, avec la dame de grand mérite. Dès que j'arrivais, les yeux noirs se montraient bien vite, et presque aussitôt la dame de grand mérite nous laissait seuls. Cette noble dame de compagnie se croyait débarrassée de tout service quand elle me voyait là. Vite, vite à l'office avec la cuisinière, et en avant les cartes. Je ne m'en plaignais pas; pensez donc! en tête-à-tête avec les yeux noirs.

Dieu! les bonnes heures que j'ai passées dans ce petit salon jonquille! Presque toujours j'apportais un livre, un de mes poètes favoris, et j'en lisais des passages aux yeux noirs, qui se mouillaient de belles larmes ou lançaient des éclairs, selon les endroits. Pendant ce temps, Mlle Pierrotte brodait près de nous des pantoufles pour son père ou nous jouait ses éternelles Rêveries de Rosellen; mais nous la laissions bien tranquille, je vous assure. Quelquefois cependant, à l'endroit le plus pathétique de nos lectures, cette petite bourgeoise faisait à haute voix une réflexion saugrenue, comme: «Il faut que je fasse venir l'accordeur…» ou bien encore: «J'ai deux points de trop à ma pantoufle.» Alors de dépit je fermais le livre et je ne voulais pas aller plus loin; mais les yeux noirs avaient une certaine façon de me regarder qui m'apaisait tout de suite, et je continuais.

Il y avait sans doute une grande imprudence à nous laisser ainsi toujours seuls dans ce petit salon jonquille. Songez qu'à nous deux—les yeux noirs et Désir-de-plaire—nous ne faisions pas trente-quatre ans… Heureusement que Mlle Pierrotte ne nous quittait jamais, et c'était une surveillance très sage, très avisée, très éveillée, comme il en faut à la garde des poudrières… Un jour—je me souviens—, nous étions assis, les yeux noirs et moi, sur un canapé du salon, par un tiède après-midi du mois de mai, la fenêtre entrouverte, les grands rideaux baissés et tombant jusqu'à terre. On lisait Faust, ce jour-là! … La lecture finie, le livre me glissa des mains; nous restâmes un moment l'un contre l'autre, sans parler, dans le silence et le demi-jour… Elle avait sa tête appuyée sur mon épaule… Par la guimpe entrebâillée, je voyais de petites médailles d'argent qui reluisaient au fond de la gorgerette… Subitement, Mlle Pierrotte parut au milieu de nous. Il faut voir comme elle me renvoya bien vite à l'autre bout du canapé, et quel grand sermon! «Ce que vous faites là est très mal, chers enfants, nous dit-elle… Vous abusez de la confiance qu'on vous montre… Il faut parler au père de vos projets… Voyons! Daniel, quand lui parlerez-vous?» Je promis de parler à Pierrotte très prochainement, dès que j'aurais fini mon grand poème. Cette promesse apaisa un peu notre surveillante; mais c'est égal! depuis ce jour, défense fut faite aux yeux noirs de s'asseoir sur le canapé, à côté de Désir-de-plaire.

Ah! c'était une jeune personne très rigide, cette demoiselle Pierrotte. Figurez-vous que, dans les premiers temps, elle ne voulait pas permettre aux yeux noirs de m'écrire; à la fin, pourtant, elle y consentit, à l'expresse condition, qu'on lui montrerait toutes les lettres. Malheureusement, ces adorables lettres pleines de passion que m'écrivaient les yeux noirs, Mlle Pierrotte ne se contentait pas de les relire; elle y glissait souvent des phrases de son cru comme ceci par exemple:

«…Ce matin, je suis toute triste. J'ai trouvé une araignée dans mon armoire. Araignée du matin, chagrin.»

Ou bien encore:

«On ne se met pas en ménage avec des noyaux de pêche…»

Et puis l'éternel refrain: «Il faut parler au père de vos projets…»

A quoi je répondais invariablement: «Quand j'aurai fini mon poème!…»

VIII

UNE LECTURE AU PASSAGE DU SAUMON

Enfin, je le terminai, ce fameux poème. J'en vins à bout après quatre mois de travail, et je me souviens qu'arrivé aux derniers vers je ne pouvais plus écrire, tellement les mains me tremblaient de fièvre, d'orgueil, de plaisir, d'impatience.

Dans le clocher de Saint-Germain, ce fut un événement. Jacques, à cette occasion, redevint pour un jour le Jacques d'autrefois, le Jacques du cartonnage et des petits pots de colle. Il me relia un magnifique cahier sur lequel il voulut recopier mon poème de sa propre main; et c'étaient à chaque vers des cris d'admiration, des trépignements d'enthousiasme… Moi, j'avais moins de confiance dans mon oeuvre. Jacques m'aimait trop; je me méfiais de lui. J'aurais voulu faire lire mon poème à quelqu'un d'impartial et de sûr. Le diable, c'est que je ne connaissais personne.

Pourtant, à la crémerie, les occasions ne m'avaient pas manqué de faire des connaissances. Depuis que nous étions riches, je mangeais à table d'hôte, dans la salle du fond. Il y avait là une vingtaine de jeunes gens, des écrivains, des peintres, des architectes, ou pour mieux dire de la graine de tout cela.—Aujourd'hui la graine a monté; quelques-uns de ces jeunes gens sont devenus célèbres, et quand je vois leurs noms dans les journaux, cela me crève le coeur, moi qui ne suis rien.—A mon arrivée à la table, tout ce jeune monde m'accueillit à bras ouverts; mais comme j'étais trop timide pour me mêler aux discussions, on m'oublia vite, et je fus aussi seul au milieu d'eux tous que je l'étais à ma petite table, dans la salle commune. J'écoutais; je ne parlais pas…

Une fois par semaine, nous avions à dîner avec nous un poète très fameux dont je ne me rappelle plus le nom, mais que ces messieurs appelaient Baghavat, du titre d'un de ses poèmes. Ces jours-là on buvait du bordeaux à dix-huit sous; puis, le dessert venu, le grand Baghavat récitait un poème indien. C'était sa spécialité, les poèmes indiens. Il en avait un intitulé Lakçamana, un autre Daçaratha, un autre Kalatçala, un autre Bhagiratha, et puis Çudra, Cunocépa, Viçvamitra…; mais le plus beau de tous était encore Baghavat. Ah! quand le poète récitait Baghavat, toute la salle du fond croulait. On hurlait, on trépignait, on montait sur les tables. J'avais à ma droite un petit architecte à nez rouge qui sanglotait dès le premier vers et tout le temps s'essuyait les yeux avec ma serviette…

Moi, par entraînement, je criais plus fort que tout le monde: mais, au fond, je n'étais pas fou de Baghavat. En somme, ces poèmes indiens se ressemblaient tous. C'était toujours un lotus, un condor, un éléphant et un buffle; quelquefois, pour changer, les lotus s'appelaient lotos; mais, à part cette variante, toutes ces rapsodies se valaient: ni passion, ni vérité, ni fantaisie. Des rimes sur des rimes. Une mystification… Voilà ce qu'en moi-même je pensais du grand Baghavat; et je l'aurais peut-être jugé avec moins de sévérité si on m'avait à mon tour demandé quelques vers; mais on ne me demandait rien, et cela me rendait impitoyable… Du reste, je n'étais pas le seul de mon avis sur la poésie hindoue. J'avais mon voisin de gauche qui n'y mordait pas non plus… Un singulier personnage, mon voisin de gauche: huileux, râpé, luisant, avec un grand front chauve et une longue barbe où couraient toujours quelques fils de vermicelle. C'était le plus vieux de la table et de beaucoup aussi le plus intelligent. Comme tous les grands esprits, il parlait peu, ne se prodiguait pas. Chacun le respectait. On disait de lui: «Il est très fort… c'est un penseur.» Moi, de voir la grimace ironique qui tordait sa bouche en écoutant les vers du grand Baghavat, j'avais conçu de mon voisin de gauche la plus haute opinion. Je pensais: «Voilà un homme de goût… Si je lui disais mon poème!»

Un soir—comme on se levait de table—, je fis apporter un flacon d'eau-de-vie, et j'offris au penseur de prendre un petit verre avec moi. Il accepta, je connaissais son vice. Tout en buvant, j'amenai la conversation sur le grand Baghavat, et je commençai par dire beaucoup de mal des lotus, des condors, des éléphants et des buffles.

—C'était de l'audace, les éléphants sont si rancuniers!…

—Pendant que je parlais, le penseur se versait de l'eau-de-vie sans rien dire. De temps en temps, il souriait et remuait approbativement la tête en faisant: «Oua… oua…» Enhardi par ce premier succès, je lui avouai que moi aussi j'avais composé un grand poème et que je désirais le lui soumettre. «Oua… oua…», fit encore le penseur sans sourciller. En voyant mon homme si bien disposé, je me dis: «C'est le moment!» et je tirai mon poème de ma poche. Le penseur, sans s'émouvoir, se versa un cinquième petit verre, me regarda tranquillement dérouler mon manuscrit; mais, au moment suprême il posa sa main de vieil ivrogne sur ma manche: «Un mot, jeune homme, avant de commencer… Quel est votre criterium?»

Je le regardai avec inquiétude.

«Votre criterium! … fit le terrible penseur en haussant la voix. Quel est votre criterium?»

Hélas! mon criterium! … je n'en avais pas, je n'avais jamais songé à en avoir un; et cela se voyait du reste, à mon oeil étonné, à ma rougeur, à ma confusion.

Le penseur se leva indigné: «Comment! malheureux jeune homme, vous n'avez pas de criterium! … Inutile alors de me lire votre poème… je sais d'avance ce qu'il vaut.» Là-dessus, il se versa coup sur coup deux ou trois petits verres qui restaient encore au fond de la bouteille, prit son chapeau et sortit en roulant des yeux furibonds.

Le soir, quand je contai mon aventure à l'ami Jacques, il entra dans une belle colère. «Ton penseur est un imbécile, me dit-il… Qu'est-ce que cela fait d'avoir un criterium? … Les bengalis en ont-ils un? … Un criterium! qu'est-ce que c'est que ça? … Où ça se fabrique-t-il? A-t-on jamais vu? … Marchand de criterium, va! …» Mon brave Jacques! il en avait les larmes aux yeux, de l'affront que mon chef-d'oeuvre et moi nous venions de subir. «Ecoute, Daniel! reprit-il au bout d'un moment, j'ai une idée… Puisque tu veux lire ton poème si tu le lisais chez Pierrotte, un dimanche?…

—Chez Pierrotte? … Oh! Jacques!

—Pourquoi pas? … Dame! Pierrotte n'est pas un aigle, mais ce n'est pas une taupe non plus. Il a le sens très net, très droit… Camille, elle, serait un juge excellent, quoiqu'un peu prévenu… La dame de grand mérite a beaucoup lu… Ce vieil oiseau de père Lalouette lui-même n'est pas si fermé qu'il en a l'air… D'ailleurs Pierrotte connaît à Paris des personnes très distinguées qu'on pourrait inviter pour ce soir-là? … Qu'en dis-tu? Veux-tu que je lui en parle?..»

Cette idée d'aller chercher des juges au passage du Saumon ne me souriait guère; pourtant j'avais une telle démangeaison de lire mes vers, qu'après avoir un brin rechigné, j'acceptai la proposition de Jacques. Dès le lendemain il parla à Pierrotte. Que le bon Pierrotte eût exactement compris ce dont il s'agissait, voilà ce qui est fort douteux; mais comme il voyait là une occasion d'être agréable aux enfants de mademoiselle, le brave homme dit «oui» sans hésiter, et tout de suite on lança des invitations.

Jamais le petit salon jonquille ne s'était trouvé à pareille fête. Pierrotte, pour me faire honneur, avait invité ce qu'il y a de mieux dans le monde de la porcelaine. Le soir de la lecture, nous avions là, en dehors du personnel accoutumé, M. et Mme Passajon, avec leur fils le vétérinaire, un des plus brillants élèves de l'École d'Alfort; Ferrouillat cadet, franc-maçon, beau parleur, qui venait d'avoir un succès de tous les diables à la loge du Grand-Orient; puis les Fougeroux, avec leurs six demoiselles rangées en tuyaux d'orgue, et enfin Ferrouillat l'aîné, un membre du Caveau, l'homme de la soirée. Quand je me vis en face de cet important aréopage, vous pensez si je fus ému. Comme on leur avait dit qu'ils étaient là pour juger un ouvrage de poésie, tous ces braves gens avaient cru devoir prendre des physionomies de circonstance, froides, éteintes, sans sourires. Ils parlaient entre eux à voix basse et gravement, en remuant la tête comme des magistrats. Pierrotte, qui n'y mettait pas tant de mystère, les regardait tous d'un air étonné… Quand tout le monde fut arrivé, on se plaça. J'étais assis, le dos au piano; l'auditoire en demi-cercle autour de moi, à l'exception du vieux Lalouette, qui grignotait son sucre à la place habituelle. Après un moment de tumulte, le silence se fit, et d'une voix émue je commençai mon poème…

C'était un poème dramatique; pompeusement intitulé La Comédie pastorale… Dans les premiers jours de sa captivité au collège de Sarlande, le petit Chose s'amusait à raconter à ses élèves des historiettes fantastiques, pleines de grillons, de papillons et autres bestioles. C'est avec trois de ces petits contes, dialogués et mis en vers, que j'avais fait La Comédie pastorale. Mon poème était divisé en trois parties; mais ce soir-là, chez Pierrotte, je ne leur lus que la première partie. Je demande la permission de transcrire ici ce fragment de La Comédie pastorale, non pas comme un morceau choisi de littérature, mais seulement comme pièces justificatives à joindre à l'Histoire du petit Chose. Figurez-vous pour un moment, mes chers lecteurs, que vous êtes assis en rond dans le petit salon jonquille, et que Daniel Eyssette tout tremblant récite devant vous.