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Le Mariage de FigaroParte 12 de 14

Beaumarchais

Original em francês · tradução para inglês

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ACTE V.

suzanne est à genoux, et pendant les derniers vers du duo, elle tire le Comte par son manteau et lui montre le billet qu'elle tient; puis elle porte la main qu'elle a du côté des spectateurs à sa tête, où le Comte a l'air d'ajuster sa toque; elle lui donne le billet.

le comte le met furtivement dans son sein; on achève de chanter le duo; la fiancée se relève, et lui fait une grande révérence.

figaro vient la recevoir des mains du Comte et se retire avec elle, à l'autre côté du sallon, près de Marceline.

(On danse une autre reprise du fendango pendant ce temps.)

le comte, pressé de lire ce qu'il a reçu, s'avance au bord du théâtre et tire le papier de son sein; mais en le sortant il fait le geste d'un homme qui s'est cruellement piqué le doigt; il le secoue, le presse, le suce, et regardant le papier cacheté d'une épingle, il dit:

le comte.

(Pendant qu'il parle, ainsi que Figaro, l'orchestre joue pianissimo.)

Diantre soit des femmes, qui fourent des épingles par-tout! (il la jette à terre, puis il lit le billet et le baise.)

figaro, qui a tout vu, dit à sa mère et à Suzanne:

C'est un billet doux, qu'une fillette aura glissé dans sa main en passant. Il était cacheté d'une épingle, qui l'a outrageusement piqué.

La danse reprend; le Comte qui a lu le billet le retourne; il y voit l'invitation de renvoyer le cachet pour réponse. Il cherche à terre, et retrouve enfin l'épingle qu'il attache à sa manche.

figaro, à Suzanne et à Marceline.

D'un objet aimé tout est cher. Le voilà qui ramasse l'épingle. Ah! c'est une drôle de tête!

Pendant ce temps, Suzanne a des signes d'intelligence avec la Comtesse. La danse finit; la ritournelle du duo recommence.

(Figaro conduit Marceline au Comte, ainsi qu'on a conduit Suzanne; à l'instant où le Comte prend la toque, et où l'on va chanter le duo, on est interrompu par les cris suivans.)

l'huissier, criant à la porte.

Arrêtez donc, Messieurs, vous ne pouvez entrer tous... Ici les gardes! les gardes! (Les gardes vont vîte à cette porte.)

le comte, se levant.

Qu'est-ce qu'il y a?

l'huissier.

Monseigneur, c'est monsieur Bazile entouré d'un village entier, parce qu'il chante en marchant.

le comte.

Qu'il entre seul.

la comtesse.

Ordonnez-moi de me retirer.

le comte.

Je n'oublie pas votre complaisance.

la comtesse.

Suzanne?... elle reviendra. (à part à Suzanne) Allons changer d'habits. (elle sort avec Suzanne.)

marceline.

Il n'arrive jamais que pour nuire.

figaro.

Ah! je m'en vais vous le faire déchanter!

SCÈNE X.

TOUS LES ACTEURS PRÉCÉDENS, excepté la Comtesse et Suzanne; BAZILE tenant sa guitare, GRIPE-SOLEIL.

bazile entre en chantant sur l'air du Vaudeville de la fin. (Air noté.)

figaro s'avance à lui.

Oui, c'est pour cela justement qu'il a des ailes au dos; notre ami, qu'entendez-vous par cette musique?

bazile, montrant Gripe-soleil.

Qu'après avoir prouvé mon obéissance à Monseigneur, en amusant Monsieur, qui est de sa compagnie, je pourrai à mon tour réclamer sa justice.

gripe-soleil.

Bah! Monsigneu! il ne m'a pas amusé du tout: avec leux guenilles d'ariettes....

le comte.

Enfin, que demandez-vous, Bazile?

bazile.

Ce qui m'appartient, Monseigneur, la main de Marceline; et je viens m'opposer....

figaro s'approche.

Y a-t-il long-temps que Monsieur n'a vu la figure d'un fou?

bazile.

Monsieur, en ce moment même.

figaro.

Puisque mes yeux vous servent si bien de miroir, étudiez-y l'effet de ma prédiction. Si vous faites mine seulement d'approximer Madame....

bartholo, en riant.

Eh pourquoi? laisse-le parler.

brid'oison s'avance entre deux.

Fau-aut-il que deux amis?...

figaro.

Nous amis!

bazile.

Quelle erreur!

figaro, vîte.

Parce qu'il fait de plats airs de chapelle?

bazile, vîte.

Et lui, des vers comme un journal?

figaro, vîte.

Un musicien de guinguette!

bazile, vîte.

Un postillon de gazette!

figaro, vîte.

Cuistre d'oratorio!

bazile, vîte.

Jockey diplomatique!

le comte assis.

Insolens tous les deux!

bazile.

Il me manque en toute occasion.

figaro.

C'est bien dit, si cela se pouvait!

bazile.

Disant par-tout que je ne suis qu'un sot.

figaro.

Vous me prenez donc pour un écho?

bazile.

Tandis qu'il n'est pas un chanteur que mon talent n'ait fait briller.

figaro.

Brailler.

bazile.

Il le répète!

figaro.

Et pourquoi non, si cela est vrai? es-tu un prince, pour qu'on te flagorne? souffre la vérité, coquin! puisque tu n'as pas de quoi gratifier un menteur: ou si tu la crains de notre part, pourquoi viens-tu troubler nos noces?

bazile, à Marceline.

M'avez-vous promis, oui ou non, si dans quatre ans vous n'étiez pas pourvue, de me donner la préférence?

marceline.

À quelle condition l'ai-je promis?

bazile.

Que si vous retrouviez un certain fils perdu, je l'adopterais par complaisance.

Tous ensemble.

Il est trouvé.

bazile.

Qu'à cela ne tienne.

Tous ensemble, montrant Figaro.

Et le voici.

bazile, reculant de frayeur.

J'ai vu le diable!

brid'oison, à Bazile.

Et vou-ous renoncez à sa chère mère!

bazile.

Qu'y aurait-il de plus fâcheux que d'être cru le père d'un garnement?

figaro.

D'en être cru le fils; tu te moques de moi!

bazile, montrant Figaro.

Dès que Monsieur est de quelque chose ici, je déclare, moi, que je n'y suis plus de rien.

(Il sort.)

SCÈNE XI.

LES ACTEURS PRÉCÉDENS, excepté BAZILE.

bartholo, riant.

Ha! ha! ha! ha!

figaro, sautant de joie.

Donc à la fin j'aurai ma femme!

le comte, à part.

Moi, ma maîtresse. (Il se lève.)

brid'oison, à Marceline.

Et tou-out le monde est satisfait.

le comte.

Qu'on dresse les deux contrats; j'y signerai.

Tous ensemble.

Vivat! (Ils sortent.)

le comte.

J'ai besoin d'une heure de retraite.

(Il veut sortir avec les autres.)

SCÈNE XII.

GRIPE-SOLEIL, FIGARO, MARCELINE, LE COMTE.

gripe-soleil, à Figaro.

Et moi, je vas aider à ranger le feu d'artifice sous les grands maronniers, comme on l'a dit.

le comte revient en courant.

Quel sot a donné un tel ordre?

figaro.

Où est le mal?

le comte, vivement.

Et la Comtesse, qui est incommodée, d'où le verra-t-elle l'artifice? c'est sur la terrasse qu'il le faut, vis-à-vis son appartement.

figaro.

Tu l'entends, Gripe-soleil? la terrasse.

le comte.

Sous les grands maronniers! belle idée! (en s'en allant, à part) Ils allaient incendier mon rendez-vous!

SCÈNE XIII.

FIGARO, MARCELINE.

figaro.

Quel excès d'attention pour sa femme! (Il veut sortir.)

marceline l'arrête.

Deux mots, mon fils. Je veux m'acquitter avec toi; un sentiment mal dirigé m'avait rendue injuste envers ta charmante femme: je la supposais d'accord avec le Comte, quoique j'eusse appris de Bazile qu'elle l'avait toujours rebuté.

figaro.

Vous connaissiez mal votre fils, de le croire ébranlé par ces impulsions féminines. Je puis défier la plus rusée de m'en faire accroire.

marceline.

Il est toujours heureux de le penser, mon fils; la jalousie....

figaro.

....N'est qu'un sot enfant de l'orgueil, ou c'est la maladie d'un fou. Oh! j'ai là-dessus, ma mère, une philosophie.... imperturbable; et si Suzanne doit me tromper un jour, je lui pardonne d'avance; elle aura long-temps travaillé.... (Il se retourne et aperçoit Fanchette qui cherche de côté et d'autre.)

SCÈNE XIV.

FIGARO, FANCHETTE, MARCELINE.

figaro.

Eeeh.... ma petite cousine qui nous écoute!

fanchette.

Oh! pour ça non: on dit que c'est malhonnête.

figaro.

Il est vrai; mais comme cela est utile, on fait aller souvent l'un pour l'autre.

fanchette.

Je regardais si quelqu'un était là.

figaro.

Déjà dissimulée, friponne! vous savez bien qu'il n'y peut être.

fanchette.

Et qui donc?

figaro.

Chérubin.

fanchette.

Ce n'est pas lui que je cherche, car je sais fort bien où il est; c'est ma cousine Suzanne.

figaro.

Et que lui veut ma petite cousine?

fanchette.

À vous, petit cousin, je le dirai.—C'est... ce n'est qu'une épingle que je veux lui remettre.

figaro, vivement.

Une épingle! une épingle!... et de quelle part, coquine? à votre âge vous faites déjà un mét... (il se reprend, et dit d'un ton doux) Vous faites déjà très-bien tout ce que vous entreprenez, Fanchette; et ma jolie cousine est si obligeante....

fanchette.

À qui donc en a-t-il de se fâcher? je m'en vais.

figaro, l'arrêtant.

Non, non, je badine; tiens, ta petite épingle est celle que Monseigneur t'a dit de remettre à Suzanne, et qui servait à cacheter un petit papier qu'il tenait; tu vois que je suis au fait.

fanchette.

Pourquoi donc le demander, quand vous le savez si bien?

figaro, cherchant.

C'est qu'il est assez gai de savoir comment Monseigneur s'y est pris pour t'en donner la commission.

fanchette, naïvement.

Pas autrement que vous ne dites: tiens, petite Fanchette, rends cette épingle à ta belle cousine, et dis-lui seulement que c'est le cachet des grands maronniers.

figaro.

Des grands?...

fanchette.

Maronniers. Il est vrai qu'il a ajouté; prends garde que personne ne te voie.

figaro.

Il faut obéir, ma cousine: heureusement personne ne vous a vue. Faites donc joliment votre commission; et n'en dites pas plus à Suzanne que Monseigneur n'a ordonné.

fanchette.

Et pourquoi lui en dirais-je? il me prend pour un enfant, mon cousin. (Elle sort en sautant.)

SCÈNE XV.

FIGARO, MARCELINE.

figaro.

Hé bien, ma mère!

marceline.

Hé bien, mon fils!

figaro, comme étouffé.

Pour celui-ci!... il y a réellement des choses...

marceline.

Il y a des choses! hé! qu'est-ce qu'il y a?

figaro, les mains sur la poitrine.

Ce que je viens d'entendre, ma mère, je l'ai là comme un plomb.

marceline, riant.

Ce coeur plein d'assurance n'était donc qu'un ballon gonflé? une épingle a tout fait partir!

figaro furieux.

Mais cette épingle, ma mère, est celle qu'il a ramassée!...

marceline, rappelant ce qu'il a dit.

La jalousie! oh, j'ai là-dessus, ma mère, une philosophie.... imperturbable; et si Suzanne m'attrape un jour, je le lui pardonne....

figaro, vivement.

Oh, ma mère! on parle comme on sent: mettez le plus glacé des juges à plaider dans sa propre cause, et voyez-le expliquer la loi!—Je ne m'étonne plus s'il avait tant d'humeur sur ce feu!—Pour la mignonne aux fines épingles, elle n'en est pas où elle le croit, ma mère, avec ses maronniers! si mon mariage est assez fait pour légitimer ma colère, en revanche, il ne l'est pas assez pour que je n'en puisse épouser une autre, et l'abandonner...

marceline.

Bien conclu! abymons tout sur un soupçon. Qui t'a prouvé, dis-moi, que c'est toi qu'elle joue, et non le Comte? L'as-tu étudiée de nouveau, pour la condamner sans appel? sais-tu si elle se rendra sous les arbres, à quelle intention elle y va, ce qu'elle y dira, ce qu'elle y fera? je te croyais plus fort en jugement.

figaro, lui baisant la main avec respect.

Elle a raison, ma mère, elle a raison, raison, toujours raison! mais accordons, maman, quelque chose à la nature; on en vaut mieux après. Examinons en effet, avant d'accuser et d'agir. Je sais où est le rendez-vous. Adieu, ma mère.

(Il sort.)

SCÈNE XVI.

marceline seule.

Adieu: et moi aussi, je le sais. Après l'avoir arrêté, veillons sur les voies de Suzanne; ou plutôt avertissons-la; elle est si jolie créature! Ah! quand l'intérêt personnel ne nous arme pas les unes contre les autres, nous sommes toutes portées à soutenir notre pauvre sexe opprimé, contre ce fier, ce terrible.... (en riant) et pourtant un peu nigaud de sexe masculin.

(Elle sort.)

Fin du quatrième Acte.