Le Mariage de FigaroParte 11 de 14
Original em francês · tradução para inglês
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ACTE IV.
Le théâtre représente une galerie ornée de candélabres, de lustres allumés, de fleurs, de guirlandes; en un mot, préparée pour donner une fête. Sur le devant à droite est une table avec une écritoire, un fauteuil derrière.
SCÈNE PREMIÈRE.
FIGARO, SUZANNE.
figaro, la tenant à bras le corps.
Hé bien! amour, es-tu contente? elle a converti son Docteur, cette fine langue dorée de ma mère! malgré sa répugnance il l'épouse, et ton bourru d'oncle est bridé; il n'y a que Monseigneur qui rage; car enfin notre hymen va devenir le prix du leur. Ris donc un peu de ce bon résultat.
suzanne.
As-tu rien vu de plus étrange?
figaro.
Ou plutôt d'aussi gai. Nous ne voulions qu'une dot arrachée à l'Excellence; en voilà deux dans nos mains qui ne sortent pas des siennes. Une rivale acharnée te poursuivait; j'étais tourmenté par une furie; tout cela s'est changé, pour nous, dans la plus bonne des mères. Hier j'étais comme seul au monde, et voilà que j'ai tous mes parens, pas si magnifiques, il est vrai, que je me les étais galonnés; mais assez bien pour nous, qui n'avons pas la vanité des riches.
suzanne.
Aucune des choses que tu avais disposées, que nous attendions, mon ami, n'est pourtant arrivée!
figaro.
Le hasard a mieux fait que nous tous, ma petite; ainsi va le monde; on travaille, on projette, on arrange d'un côté; la fortune accomplit de l'autre: et depuis l'affamé conquérant qui voudrait avaler la terre, jusqu'au paisible aveugle qui se laisse mener par son chien, tous sont le jouet de ses caprices; encore l'aveugle au chien est-il souvent mieux conduit, moins trompé dans ses vues, que l'autre aveugle avec son entourage.—Pour cet aimable aveugle, qu'on nomme Amour... (il la reprend tendrement à bras le corps.)
suzanne.
Ah! c'est le seul qui m'intéresse!
figaro.
Permets donc que, prenant l'emploi de la folie, je sois le bon chien qui le mène à ta jolie mignone porte; et nous voilà logés pour la vie.
suzanne, riant.
L'Amour et toi?
figaro.
Moi et l'Amour.
suzanne.
Et vous ne chercherez pas d'autre gîte?
figaro.
Si tu m'y prends, je veux bien que mille millions de galans....
suzanne.
Tu vas exagérer; dis ta bonne vérité.
figaro.
Ma vérité la plus vraie!
suzanne.
Fi donc, vilain! en a-t-on plusieurs?
figaro.
Oh! que oui. Depuis qu'on a remarqué qu'avec le temps vieilles folies deviennent sagesse, et qu'anciens petits mensonges assez mal plantés ont produit de grosses, grosses vérités; on en a de mille espèces: et celles qu'on sait, sans oser les divulguer: car toute vérité n'est pas bonne à dire: et celles qu'on vante, sans y ajouter foi; car toute vérité n'est pas bonne à croire: et les sermens passionnés, les menaces des mères, les protestations des buveurs, les promesses des gens en place, le dernier mot de nos marchands; cela ne finit pas. Il n'y a que mon amour pour Suzon qui soit une vérité de bon aloi.
suzanne.
J'aime ta joie, parce qu'elle est folle; elle annonce que tu es heureux. Parlons du rendez-vous du Comte.
figaro.
Ou plutôt n'en parlons jamais; il a failli me coûter Suzanne.
suzanne.
Tu ne veux donc plus qu'il ait lieu?
figaro.
Si vous m'aimez, Suzon; votre parole d'honneur sur ce point: qu'il s'y morfonde; et c'est sa punition.
suzanne.
Il m'en a plus coûté de l'accorder, que je n'ai de peine à le rompre: il n'en sera plus question.
figaro.
Ta bonne vérité?
suzanne.
Je ne suis pas comme vous autres savans; moi, je n'en ai qu'une.
figaro.
Et tu m'aimeras un peu?
suzanne.
Beaucoup.
figaro.
Ce n'est guère.
suzanne.
Et comment?
figaro.
En fait d'amour, vois-tu, trop n'est pas même assez.
suzanne.
Je n'entends pas toutes ces finesses; mais je n'aimerai que mon mari.
figaro.
Tiens parole, et tu feras une belle exception à l'usage. (il veut l'embrasser.)
SCÈNE II.
FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE.
la comtesse.
Ah! j'avais raison de le dire; en quelque endroit qu'ils soient, croyez qu'ils sont ensemble. Allons donc, Figaro, c'est voler l'avenir, le mariage et vous-même, que d'usurper un tête à tête. On vous attend, on s'impatiente.
figaro.
Il est vrai, Madame, je m'oublie. Je vais leur montrer mon excuse.
(Il veut emmener Suzanne.)
la comtesse la retient.
Elle vous suit.
SCÈNE III.
SUZANNE, LA COMTESSE.
la comtesse.
As-tu ce qu'il nous faut pour troquer de vêtement?
suzanne.
Il ne faut rien, Madame; le rendez-vous ne tiendra pas.
la comtesse.
Ah! vous changez d'avis?
suzanne.
C'est Figaro.
la comtesse.
Vous me trompez.
suzanne.
Bonté divine!
la comtesse.
Figaro n'est pas homme à laisser échapper une dot.
suzanne.
Madame! eh! que croyez-vous donc?
la comtesse.
Qu'enfin, d'accord avec le Comte, il vous fâche à présent de m'avoir confié ses projets. Je vous sais par coeur. Laissez-moi. (elle veut sortir.)
suzanne se jette à genoux.
Au nom du Ciel espoir de tous! vous ne savez pas, Madame, le mal que vous faites à Suzanne! après vos bontés continuelles et la dot que vous me donnez!...
la comtesse la relève.
Hé mais... je ne sais ce que je dis! en me cédant ta place au jardin, tu n'y vas pas, mon coeur; tu tiens parole à ton mari; tu m'aides à ramener le mien.
suzanne.
Comme vous m'avez affligée!
la comtesse.
C'est que je ne suis qu'une étourdie. (elle la baise au front) Où est ton rendez-vous?
suzanne lui baise la main.
Le mot de jardin m'a seul frappée.
la comtesse, montrant la table.
Prends cette plume, et fixons un endroit.
suzanne.
Lui écrire!
la comtesse.
Il le faut.
suzanne.
Madame! au moins, c'est vous...
la comtesse.
Je mets tout sur mon compte. (Suzanne s'assied; la Comtesse dicte.)
Chanson nouvelle, sur l'air:... Qu'il fera beau ce soir sous les grands maronniers!... Qu'il fera beau ce soir...
suzanne écrit.
Sous les grands maronniers!... après?
la comtesse.
Crains-tu qu'il ne t'entende pas?
suzanne relit.
C'est juste. (elle plie le billet) Avec quoi cacheter?
la comtesse.
Une épingle, dépêche; elle servira de réponse. Écris sur le revers: renvoyez-moi le cachet.
suzanne écrit en riant.
Ah!... le cachet... celui-ci, Madame, est plus gai que celui du brevet.
la comtesse, avec un souvenir douloureux.
Ah!
suzanne cherche sur elle.
Je n'ai pas d'épingle à présent!
la comtesse détache sa lévite.
Prends celle-ci. (le ruban du Page tombe de son sein à terre) Ah! mon ruban!
suzanne le ramasse.
C'est celui du petit voleur! vous avez eu la cruauté!...
la comtesse.
Fallait-il le laisser à son bras? c'eût été joli! donnez donc.
suzanne.
Madame ne le portera plus, taché du sang de ce jeune homme.
la comtesse le reprend.
Excellent pour Fanchette... le premier bouquet qu'elle m'apportera.
SCÈNE IV.
UNE JEUNE BERGÈRE, CHÉRUBIN en fille; FANCHETTE, et beaucoup de jeunes filles habillées comme elle et tenant des bouquets.
LA COMTESSE, SUZANNE.
fanchette.
Madame, ce sont les filles du bourg qui viennent vous présenter des fleurs.
la comtesse serrant vîte son ruban.
Elles sont charmantes: je me reproche, mes belles petites, de ne pas vous connaître toutes. (montrant Chérubin) Quelle est cette aimable enfant qui a l'air si modeste?
une bergère.
C'est une cousine à moi, Madame, qui n'est ici que pour la noce.
la comtesse.
Elle est jolie. Ne pouvant porter vingt bouquets, fesons honneur à l'étrangère. (elle prend le bouquet de Chérubin, et le baise au front) Elle en rougit! (à Suzanne) Ne trouves-tu pas, Suzon... qu'elle ressemble à quelqu'un?
suzanne.
À s'y méprendre, en vérité.
chérubin, à part, les mains sur son coeur.
Ah! ce baiser-là m'a été bien loin!
SCÈNE V.
LES JEUNES FILLES, CHÉRUBIN au milieu d'elles, FANCHETTE, ANTONIO, LE COMTE, LA COMTESSE, SUZANNE.
antonio.
Moi je vous dis, Monseigneur, qu'il y est; elles l'ont habillé chez ma fille; toutes ses hardes y sont encore, et voilà son chapeau d'ordonnance que j'ai retiré du paquet. (il s'avance, et regardant toutes les filles il reconnaît Chérubin, lui enlève son bonnet de femme, ce qui fait retomber ses longs cheveux en cadenette; il lui met sur la tête le chapeau d'ordonnance, et dit:) Eh! parguenne, v'là notre officier.
la comtesse recule.
Ah! Ciel!
suzanne.
Ce friponneau!
antonio.
Quand je disais là-haut que c'était lui!...
le comte, en colère.
Hé bien, Madame!
la comtesse.
Hé bien, Monsieur! vous me voyez plus surprise que vous, et, pour le moins, aussi fâchée.
le comte.
Oui; mais tantôt, ce matin?
la comtesse.
Je serais coupable, en effet, si je dissimulais encore. Il était descendu chez moi. Nous entamions le badinage que ces enfans viennent d'achever; vous nous avez surprises l'habillant; votre premier mouvement est si vif! il s'est sauvé, je me suis troublée; l'effroi général a fait le reste.
le comte, avec dépit, à Chérubin.
Pourquoi n'êtes-vous pas parti?
chérubin ôtant son chapeau brusquement.
Monseigneur...
le comte.
Je punirai ta désobéissance.
fanchette étourdiment.
Ah! Monseigneur, entendez-moi. Toutes les fois que vous venez m'embrasser, vous savez bien que vous dites toujours: Si tu veux m'aimer, petite Fanchette, je te donnerai ce que tu voudras.
le comte, rougissant.
Moi! j'ai dit cela?
fanchette.
Oui, Monseigneur. Au lieu de punir Chérubin, donnez-le-moi en mariage, et je vous aimerai à la folie.
le comte, à part.
Être ensorcelé par un page!
la comtesse.
Hé bien! Monsieur, à votre tour; l'aveu de cette enfant, aussi naïf que le mien, atteste enfin deux vérités: que c'est toujours sans le vouloir, si je vous cause des inquiétudes, pendant que vous épuisez tout, pour augmenter et justifier les miennes.
antonio.
Vous aussi, Monseigneur? Dame! je vous la redresserai comme seule sa mère, qui est morte... Ce n'est pas pour la conséquence; mais c'est que Madame sait bien que les petites filles, quand elles sont grandes...
le comte déconcerté, à part.
Il y a un mauvais génie qui tourne tout ici contre, moi!
SCÈNE VI.
LES JEUNES FILLES, CHÉRUBIN, ANTONIO, FIGARO, LE COMTE, LA COMTESSE, SUZANNE.
figaro.
Monseigneur, si vous retenez nos filles, on ne pourra commencer ni la fête ni la danse.
le comte.
Vous, danser! vous n'y pensez pas. Après votre chûte de ce matin, qui vous a foulé le pied droit!
figaro, remuant la jambe.
Je souffre encore un peu; ce n'est rien. (aux jeunes filles) Allons, mes belles, allons.
le comte le retourne.
Vous avez été fort heureux que ces couches ne fussent que du terreau bien doux!
figaro.
Très-heureux, sans doute; autrement...
antonio le retourne.
Puis il s'est pelotonné en tombant jusqu'en bas.
figaro.
Un plus adroit, n'est-ce pas, serait resté en l'air! (aux jeunes filles) Venez-vous, Mesdemoiselles?
antonio le retourne.
Et pendant ce temps le petit Page galopait sur son cheval à Séville?
figaro.
Galopait, ou marchait au pas...
le comte le retourne.
Et vous aviez son brevet dans la poche?
figaro un peu étonné.
Assurément; mais quelle enquête? (aux jeunes filles) Allons donc, jeunes filles!
antonio, attirant Chérubin par le bras.
En voici une qui prétend que mon neveu futur n'est qu'un menteur.
figaro surpris.
Chérubin!... (à part) peste du petit fat!
antonio.
Y es-tu maintenant?
figaro, cherchant.
J'y suis... j'y suis... Hé! qu'est-ce qu'il chante?
le comte sèchement.
Il ne chante pas; il dit que c'est lui qui a sauté sur les giroflées.
figaro, rêvant.
Ah! s'il le dit.... cela se peut; je ne dispute pas de ce que j'ignore.
le comte.
Ainsi vous et lui?...
figaro.
Pourquoi non? la rage de sauter peut gagner: voyez les moutons de Panurge; et quand vous êtes en colère, il n'y a personne qui n'aime mieux risquer....
le comte.
Comment, deux à la fois!...
figaro.
On aurait sauté deux douzaines; et qu'est-ce que cela fait, Monseigneur, dès qu'il n'y a personne de blessé? (aux jeunes filles) Ah ça, voulez-vous venir, ou non?
le comte outré.
Jouons-nous une comédie? (on entend un prélude de fanfare.)
figaro.
Voilà le signal de la marche. À vos postes, les belles, à vos postes. Allons, Suzanne, donne-moi le bras. (Tous s'enfuient, Chérubin reste seul la tête baissée.)
SCÈNE VII.
CHÉRUBIN, LE COMTE, LA COMTESSE.
le comte, regardant aller Figaro.
En voit-on de plus audacieux? (au Page) Pour vous, monsieur le sournois, qui faites le honteux, allez vous rhabiller bien vîte; et que je ne vous rencontre nulle part de la soirée.
la comtesse.
Il va bien s'ennuyer.
chérubin étourdiment.
M'ennuyer! j'emporte à mon front du bonheur pour plus de cent années de prison.
(Il met son chapeau et s'enfuit.)
SCÈNE VIII.
LE COMTE, LA COMTESSE.
(La Comtesse s'évente fortement, sans parler.)
le comte.
Qu'a-t-il au front de si heureux?
la comtesse, avec embarras.
Son... premier chapeau d'officier, sans doute; aux enfans tout sert de hochet.
(Elle veut sortir.)
le comte.
Vous ne nous restez pas, Comtesse?
la comtesse.
Vous savez que je ne me porte pas bien.
le comte.
Un instant pour votre protégée, ou je vous croirais en colère.
la comtesse.
Voici les deux noces, asseyons-nous donc pour les recevoir.
le comte, à part.
La noce! il faut souffrir ce qu'on ne peut empêcher.
(Le Comte et la Comtesse s'asseyent vers un des côtés de la galerie.)
SCÈNE IX.
LE COMTE, LA COMTESSE, assis; l'on joue les folies d'Espagne d'un mouvement de marche. (Symphonie notée.)
MARCHE.
les gardes-chasse, fusil sur l'épaule.
l'alguazil, les prud'hommes, brid'oison.
les paysans et paysannes, en habits de fête.
deux jeunes filles portant la toque virginale, à plumes blanches.
deux autres, le voile blanc.
deux autres, les gants et le bouquet de côté.
antonio donne la main à suzanne, comme étant celui qui la marie à figaro.
d'autres jeunes filles portent une autre toque, un autre voile, un autre bouquet blanc, semblables aux premiers, pour marceline.
figaro donne la main à marceline, comme celui qui doit la remettre au docteur, lequel ferme la marche, un gros bouquet au côté. Les jeunes filles, en passant devant le Comte, remettent à ses valets tous les ajustemens destinés à suzanne et à marceline.
les paysans et paysannes s'étant rangés sur deux colonnes à chaque côté du sallon, on danse une reprise du fendango (air noté) avec des castagnettes; puis on joue la ritournelle du duo, pendant laquelle antonio conduit suzanne au comte; elle se met à genoux devant lui.
Pendant que le Comte lui pose la toque, le voile, et lui donne le bouquet, deux jeunes filles chantent le duo suivant.