Quatrevingt-Treize Cap. 1/5 · 0%

Quatrevingt-TreizeParte 31 de 38

Victor Hugo

Original em francês · tradução para inglês

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—Ne faites pas attention, mon commandant. Qu'est-ce que c'est que ça, une oreille de plus ou de moins? J'ai aussi un coup de sabre, je m'en fiche. Quand on casse un carreau, on s'y coupe toujours un peu. D'ailleurs il n'y a pas que de mon sang.

On fit une sorte de halte dans la salle du premier étage, conquise par Radoub. On apporta une lanterne. Cimourdain rejoignit Gauvain. Ils délibérèrent. Il y avait lieu à réfléchir en effet. Les assiégeants n'étaient pas dans le secret des assiégés; ils ignoraient leur pénurie de munitions; ils ne savaient pas que les défenseurs de la place étaient à court de poudre; le deuxième étage était le dernier poste de résistance; les assiégeants pouvaient croire l'escalier miné.

Ce qui était certain, c'est que l'ennemi ne pouvait échapper. Ceux qui n'étaient pas morts étaient là comme sous clef. Lantenac était dans la souricière.

Avec cette certitude, on pouvait se donner un peu le temps de chercher le meilleur dénoûment possible. On avait déjà bien des morts. Il fallait tâcher de ne pas perdre trop de monde dans ce dernier assaut.

Le risque de cette suprême attaque serait grand. Il y aurait probablement un rude premier feu à essuyer.

Le combat était interrompu. Les assiégeants, maîtres du rez-de-chaussée et du premier étage, attendaient, pour continuer, le commandement du chef. Gauvain et Cimourdain tenaient conseil. Radoub assistait en silence à leur délibération.

Il hasarda un nouveau salut militaire, timide.

—Mon commandant?

—Qu'est-ce, Radoub?

—Ai-je droit à une petite récompense?

—Certes. Demande ce que tu voudras.

—Je demande à monter le premier.

On ne pouvait le lui refuser. D'ailleurs il l'eût fait sans permission.

XI. LES DÉSESPÉRÉS

Pendant qu'on délibérait au premier étage, on se barricadait au second. Le succès est une fureur, la défaite est une rage. Les deux étages allaient se heurter éperdument. Toucher à la victoire, c'est une ivresse. En bas il y avait l'espérance, qui serait la plus grande des forces humaines si le désespoir n'existait pas.

Le désespoir était en haut.

Un désespoir calme, froid, sinistre.

En arrivant à cette salle de refuge, au delà de laquelle il n'y avait rien pour eux, le premier soin des assiégés fut de barrer l'entrée. Fermer la porte était inutile, encombrer l'escalier valait mieux. En pareil cas, un obstacle à travers lequel on peut voir et combattre vaut mieux qu'une porte fermée.

La torche plantée dans la torchère du mur par l'Imânus près de la mèche soufrée les éclairait.

Il y avait dans cette salle du second un de ces gros et lourds coffres de chêne où l'on serrait les vêtements et le linge avant l'invention des meubles à tiroirs.

Ils traînèrent ce coffre et le dressèrent debout sous la porte de l'escalier. Il s'y emboîtait solidement et bouchait l'entrée. Il ne laissait d'ouvert, près de la voûte, qu'un espace étroit, pouvant laisser passer un homme, excellent pour tuer les assaillants un à un. Il était douteux qu'on s'y risquât.

L'entrée obstruée leur donnait un répit.

Ils se comptèrent.

Les dix-neuf n'étaient plus que sept, dont l'Imânus. Excepté l'Imânus et le marquis, tous étaient blessés.

Les cinq qui étaient blessés, mais très vivants, car, dans la chaleur du combat, toute blessure qui n'est pas mortelle vous laisse aller et venir, étaient Chatenay, dit Robi, Guinoiseau, Hoisnard Branche-d'Or, Brin-d'Amour et Grand-Francur. Tout le reste était mort.

Ils n'avaient plus de munitions. Les gibernes étaient épuisées. Ils comptèrent les cartouches. Combien, à eux sept, avaient-ils de coups à tirer? Quatre.

On était arrivé à ce moment où il n'y a plus qu'à tomber. On était acculé à l'escarpement, béant et terrible. Il était difficile d'être plus près du bord.

Cependant l'attaque venait de recommencer; mais lente et d'autant plus sûre. On entendait les coups de crosse des assiégeants sondant l'escalier marche à marche.

Nul moyen de fuir. Par la bibliothèque? Il y avait là sur le plateau six canons braqués, mèche allumée. Par les chambres d'en haut? A quoi bon? elles aboutissaient à la plate-forme. Là on trouvait la ressource de se jeter du haut en bas de la tour.

Les sept survivants de cette bande épique se voyaient inexorablement enfermés et saisis par cette épaisse muraille qui les protégeait et qui les livrait. Ils n'étaient pas encore pris; mais ils étaient déjà prisonniers.

Le marquis éleva la voix:

—Mes amis, tout est fini.

Et après un silence, il ajouta:

—Grand-Francoeur redevient l'abbé Turmeau.

Tous s'agenouillèrent, le rosaire à la main. Les coups de crosse des assaillants se rapprochaient.

Grand-Francoeur, tout sanglant d'une balle qui lui avait effleuré le crâne et arraché le cuir chevelu, dressa de la main droite son crucifix. Le marquis, sceptique au fond, mit un genou en terre.

—Que chacun, dit Grand-Francoeur, confesse ses fautes à haute voix. Monseigneur, parlez.

Le marquis répondit:

—J'ai tué.

—J'ai tué, dit Hoisnard.

—J'ai tué, dit Guinoiseau.

—J'ai tué, dit Brin-d'Amour.

—J'ai tué, dit Châtenay.

—J'ai tué, dit l'Imânus.

Et Grand-Francoeur reprit:

—Au nom de la très sainte Trinité, je vous absous. Que vos âmes aillent en paix.

—Ainsi soit-il, répondirent toutes les voix.

Le marquis se releva.

—Maintenant, dit-il, mourons.

—Et tuons, dit l'Imânus.

Les coups de crosse commençaient à ébranler le coffre qui barrait la porte.

—Pensez à Dieu, dit le prêtre. La terre n'existe plus pour vous.

—Oui, reprit le marquis, nous sommes dans la tombe.

Tous courbèrent le front et se frappèrent la poitrine. Le marquis seul et le prêtre étaient debout. Les yeux étaient fixés à terre, le prêtre priait, les paysans priaient, le marquis songeait. Le coffre, battu comme par des marteaux, sonnait lugubrement.

En ce moment une voix vive et forte, éclatant brusquement derrière eux, cria:

—Je vous l'avais bien dit, monseigneur!

Toutes les têtes se retournèrent, stupéfaites.

Un trou venait de s'ouvrir dans le mur.

Une pierre, parfaitement rejointoyée avec les autres, mais non cimentée, et ayant un piton en haut et un piton en bas, venait de pivoter sur elle-même à la façon des tourniquets, et en tournant avait ouvert la muraille. La pierre ayant évolué sur son axe, l'ouverture était double et offrait deux passages, l'un à droite, l'autre à gauche, étroits, mais suffisants Pour laisser passer un homme. Au delà de cette porte inattendue on apercevait les premières marches d'un escalier en spirale. Une face d'homme apparaissait à l'ouverture.

Le marquis reconnut Halmalo.

XII. SAUVEUR

—C'est toi, Halmalo?

—Moi, monseigneur. Vous voyez bien que les pierres qui tournent, cela existe, et qu'on peut sortir d'ici. J'arrive à temps, mais faites vite. Dans dix minutes, vous serez en pleine forêt.

—Dieu est grand, dit le prêtre.

—Sauvez-vous, monseigneur, crièrent toutes les voix.

—Vous tous d'abord, dit le marquis.

—Vous le premier, monseigneur, dit l'abbé Turmeau.

—Moi le dernier.

Et le marquis reprit d'une voix sévère:

—Pas de combat de générosité. Nous n'avons pas le temps d'être magnanimes. Vous êtes blessés. Je vous ordonne de vivre et de fuir. Vite! et profitez de cette issue. Merci, Halmalo.

—Monsieur le marquis, dit l'abbé Turmeau, nous allons nous séparer?

—En bas, sans doute. On ne s'échappe jamais qu'un à un.

—Monseigneur nous assigne-t-il un rendez-vous?

—Oui. Une clairière dans la forêt. La Pierre-Gauvaine. Connaissez-vous l'endroit?

—Nous le connaissons tous.

—J'y serai demain, à midi. Que tous ceux qui pourront marcher s'y trouvent.

—On y sera.

—Et nous recommencerons la guerre, dit le marquis.

Cependant Halmalo, en pesant sur la pierre tournante, venait de s'apercevoir qu'elle ne bougeait plus. L'ouverture ne pouvait plus se clore.

—Monseigneur, dit-il, dépêchons-nous, la pierre résiste à présent. J'ai pu ouvrir le passage, mais je ne pourrai le fermer.

La pierre, en effet, après une longue désuétude, était comme ankylosée dans sa charnière. Impossible désormais de lui imprimer un mouvement.

—Monseigneur, reprit Halmalo, j'espérais refermer le passage, et que les bleus, quand ils entreraient, ne trouveraient plus personne, et n'y comprendraient rien, et vous croiraient en allés en fumée. Mais voilà la pierre qui ne veut pas. L'ennemi verra la sortie ouverte et pourra poursuivre. Au moins ne perdons pas une minute. Vite, tous dans l'escalier.

L'Imânus posa la main sur l'épaule de Halmalo:

—Camarade, combien de temps faut-il pour qu'on sorte par cette passe et qu'on soit en sûreté dans la forêt?

—Personne n'est blessé grièvement? demanda Halmalo.

Ils répondirent:—Personne.

—En ce cas, un quart d'heure suffit.

—Ainsi, repartit l'Imânus, si l'ennemi n'entrait ici que dans un quart d'heure?

—Il pourrait nous poursuivre, il ne nous atteindrait pas.

—Mais, dit le marquis, ils seront ici dans cinq minutes, ce vieux coffre n'est pas pour les gêner longtemps. Quelques coups de crosse en viendront à bout. Un quart d'heure! Qui est-ce qui les arrêtera un quart d'heure?

—Moi, dit l'Imânus.

—Toi, Gouge-le-Bruant?

—Moi, monseigneur. Ecoutez. Sur six, vous êtes cinq blessés. Moi je n'ai pas une égratignure.

—Ni moi, dit le marquis.

—Vous êtes le chef, monseigneur. Je suis le soldat. Le chef et le soldat, c'est deux.

—Je le sais, nous avons chacun un devoir différent.

—Non, monseigneur, nous avons, vous et moi, le même devoir, qui est de vous sauver.

L'Imânus se tourna vers ses camarades.

—Camarades, il s'agit de tenir en échec l'ennemi et de retarder la poursuite le plus possible. Ecoutez. J'ai toute ma force, je n'ai pas perdu une goutte de sang; n'étant pas blessé, je durerai plus longtemps qu'un autre. Partez tous. Laissez-moi vos armes. J'en ferai bon usage. Je me charge d'arrêter l'ennemi une bonne demi-heure. Combien y a-t-il de pistolets chargés?

—Quatre.

—Mettez-les à terre.

On fit ce qu'il voulait.

—C'est bien. Je reste. Ils trouveront à qui parler. Maintenant, vite, allez-vous-en.

Les situations à pic suppriment les remerciements. A peine prit-on le temps de lui serrer la main.

—A bientôt, lui dit le marquis.

—Non, monseigneur. J'espère que non. Pas à bientôt; car je vais mourir.

Tous s'engagèrent l'un après l'autre dans l'étroit escalier, les blessés d'abord. Pendant qu'ils descendaient, le marquis prit le crayon de son carnet de poche, et écrivit quelques mots sur la pierre qui ne pouvait plus tourner et qui laissait le passage béant.

—Venez, monseigneur, il n'y a plus que vous, dit Halmalo.

Et Halmalo commença à descendre.

Le marquis le suivit.

L'Imânus resta seul.

XIII. BOURREAU

Les quatre pistolets avaient été posés sur les dalles, car cette salle n'avait pas de plancher. L'Imânus en prit deux, un dans chaque main.

Il s'avança obliquement vers l'entrée de l'escalier que le coffre obstruait et masquait.

Les assaillants craignaient évidemment quelque surprise, une de ces explosions finales qui sont la catastrophe du vainqueur en même temps que celle du vaincu. Autant la première attaque avait été impétueuse, autant la dernière était lente et prudente. Ils n'avaient pas pu, ils n'avaient pas voulu peut-être, enfoncer violemment le coffre; ils en avaient démoli le fond à coups de crosse, et troué le couvercle à coups de bayonnette, et par ces trous ils tâchaient de voir dans la salle avant de se risquer à y pénétrer.

La lueur des lanternes dont ils éclairaient l'escalier passait à travers ces trous.

L'Imânus aperçut à un de ces trous une de ces prunelles qui regardaient. Il ajusta brusquement à ce trou le canon d'un de ses pistolets et pressa la détente. Le coup partit, et l'Imânus, joyeux, entendit un cri horrible. La balle avait crevé l'oeil et traversé la tête, et le soldat qui regardait venait de tomber dans l'escalier à la renverse.

Les assaillants avaient entamé assez largement le bas du couvercle en deux endroits, et y avaient pratiqué deux espèces de meurtrières, l'Imânus profita de l'une de ces entailles, y passa le bras, et lâcha au hasard dans le tas des assiégeants son deuxième coup de pistolet. La balle ricocha probablement, car on entendit plusieurs cris, comme si trois ou quatre étaient tués ou blessés, et il se fit dans l'escalier un grand tumulte d'hommes qui lâchent pied et qui reculent.

L'Imânus jeta les deux pistolets qu'il venait de décharger, et prit les deux qui restaient, puis, les deux pistolets à ses deux poings, il regarda par les trous du coffre.

Il constata le premier effet produit.

Les assaillants avaient redescendu l'escalier. Des mourants se tordaient sur les marches; le tournant de la spirale ne laissait voir que trois ou quatre degrés.

L'Imânus attendit.

—C'est du temps de gagné, pensait-il.

Cependant il vit un homme, à plat ventre, monter en rampant les marches de l'escalier, et en même temps, plus bas, une tête de soldat apparut derrière le pilier central de la spirale. L'Imânus visa cette tête et tira. Il y eut un cri, le soldat tomba, et l'Imânus fit passer de sa main gauche dans sa main droite le dernier pistolet chargé qui lui restait.

En ce moment-là il sentit une affreuse douleur, et ce fut lui qui, à son tour, jeta un hurlement. Un sabre lui fouillait les entrailles. Un poing, le poing de l'homme qui rampait, venait de passer à travers la deuxième meurtrière du bas du coffre, et ce poing avait plongé un sabre dans le ventre de l'Imânus.

La blessure était effroyable. Le ventre était fendu de part en part.

L'Imânus ne tomba pas. Il grinça des dents, et dit: C'est bon!

Puis chancelant et se traînant, il recula jusqu'à la torche qui brûlait à côté de la porte de fer, il posa son pistolet à terre et empoigna la torche, et, soutenant de la main gauche ses intestins qui sortaient, de la main droite il abaissa la torche et mit le feu à la mèche soufrée.

Le feu prit, la mèche flamba. L'Imânus lâcha la torche, qui continua de brûler à terre, ressaisit son pistolet, et, tombé sur la dalle, mais se soulevant encore, attisa la mèche du peu de souffle qui lui restait.

La flamme courut, passa sous la porte de fer et gagna le pont-châtelet.

Alors, voyant cette exécrable réussite, plus satisfait peut-être de son crime que de sa vertu, cet homme qui venait d'être un héros et qui n'était plus qu'un assassin, et qui allait mourir, sourit.

—Ils se souviendront de moi, murmura-t-il. Je venge, sur leurs petits, notre petit à nous, le roi qui est au Temple.

XIV. L'IMANUS AUSSI S'EVADE

En cet instant-là, un grand bruit se fit, le coffre violemment poussé s'effondra, et livra passage à un homme qui se rua dans la salle, le sabre à la main.

—C'est moi, Radoub. Qui en veut? Ça m'ennuie d'attendre. Je me risque. C'est égal, je viens toujours d'en éventrer un. Maintenant je vous attaque tous. Qu'on me suive ou qu'on ne me suive pas, me voilà. Combien êtes-vous?

C'était Radoub, en effet, et il était seul. Après le massacre que l'Imânus venait de faire dans l'escalier, Gauvain, redoutant quelque fougasse masquée, avait fait replier ses hommes et se concertait avec Cimourdain.

Radoub, le sabre à la main sur le seuil, dans cette obscurité où la torche presque éteinte jetait à peine une lueur, répéta sa question:

—Je suis un. Combien êtes-vous?

N'entendant rien, il avança. Un de ces jets de clarté qu'exhalent par instants les foyers agonisants et qu'on pourrait appeler des sanglots de lumière, jaillit de la torche et illumina toute la salle.

Radoub avisa un des petits miroirs accrochés au mur, s'en approcha, regarda sa face ensanglantée et son oreille pendante, et dit:

—Démantibulage hideux.

Puis il se retourna, stupéfait de voir la salle vide.

—Il n'y a personne! s'écria-t-il. Zéro d'effectif.

Il aperçut la pierre qui avait tourné, l'ouverture et l'escalier.

—Ah! je comprends. Clef des champs. Venez donc tous! camarades, venez! ils s'en sont allés. Ils ont filé, fusé, fouiné, fichu le camp. Cette cruche de vieille tour était fêlée. Voici le trou par où ils ont passé, canailles! Comment veut-on qu'on vienne à bout de Pitt et Cobourg avec des farces comme ça! C'est le bon Dieu du diable qui est venu à leur secours! Il n'y a plus personne! Un coup de pistolet partit, une balle lui effleura le coude et s'aplatit contre le mur.

—Mais si! il y a quelqu'un. Qui est-ce qui a la bonté de me faire cette politesse?

—Moi, dit une voix.

Radoub avança la tête et distingua dans le clair-obscur quelque chose qui était l'Imânus.

—Ah! cria-t-il. J'en tiens un. Les autres se sont échappés, mais toi, tu n'échapperas pas.

—Crois-tu? répondit l'Imânus.

Radoub fit un pas et s'arrêta.

—Hé, l'homme qui es par terre, qui es-tu?

—Je suis celui qui est par terre et qui se moque de ceux qui sont debout.

—Qu'est-ce que tu as dans ta main droite?

—Un pistolet.

—Et dans ta main gauche?

—Mes boyaux.

—Je te fais prisonnier.

—Je t'en défie.

Et l'Imânus, se penchant sur la mèche en combustion, soufflant son dernier soupir sur l'incendie, expira.

Quelques instants après, Gauvain et Cimourdain, et tous, étaient dans la salle. Tous virent l'ouverture. On fouilla les recoins, on sonda l'escalier; il aboutissait à une sortie dans le ravin. On constata l'évasion. On secoua l'Imânus, il était mort. Gauvain, une lanterne à la main, examina la pierre qui avait donné issue aux assiégés; il avait entendu parler de cette pierre tournante, mais lui aussi tenait cette légende pour une fable. Tout en considérant la pierre, il aperçut quelque chose qui était écrit au crayon; il approcha la lanterne et lut ceci:

—Au revoir, monsieur le vicomte.—

LANTENAC.

Guéchamp avait rejoint Gauvain. La poursuite était évidemment inutile, la fuite était consommée et complète, les évadés avaient pour eux tout le pays, le buisson, le ravin, le taillis, l'habitant; ils étaient sans doute déjà bien loin; nul moyen de les retrouver; et la forêt de Fougères tout entière était une immense cachette. Que faire? Tout était à recommencer. Gauvain et Guéchamp échangeaient leurs désappointements et leurs conjectures.

Cimourdain écoutait, grave, sans dire une parole.

—A propos, Guéchamp, dit Gauvain, et l'échelle?

—Commandant, elle n'est pas arrivée.

—Mais pourtant nous avons vu venir une voiture escortée par des gendarmes.

Guéchamp répondit:

—Elle n'apportait pas l'échelle.

—Qu'est-ce donc qu'elle apportait?

—La guillotine, dit Cimourdain.