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ŒuvresParte 7 de 18

François Villon

Original em francês · tradução para inglês

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BELLE LEÇON

DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.

Beaux enfans, vous perdez la plus

Belle rose de vo chapeau,

Mes clers apprenans comme glu;

Se vous allez à Montpippeau

Ou à Ruel, gardez la peau:

Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,

Cuydant que vaulsist le rappeau,

La perdit Colin de Cayeulx.

Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,

Où va corps, et peut-estre l'ame:

S'on perd, rien n'y sont repentailles,

Qu'on ne meure à honte et diffame;

Et qui gaigne, n'a pas à femme

Dido la royne de Cartage.

L'homme est donc bien fol et infame,

Qui, pour si peu, couche tel gage.

Qu'ung chascun encore m'escoute:

On dit, et il est vérité,

Que charretée se boyt toute,

Au feu l'yver, au bois l'esté.

S'argent avez, il n'est enté;

Mais le despendez tost et viste.

Qui en voyez-vous hérité?

Jamais mal acquest ne proffite.

BALLADE

DE BONNE DOCTRINE,

A ceux de mauvaise vie.

Car ou soyes porteur de bulles,

Pipeur ou hazardeur de dez,

Tailleur de faulx coings, tu te brusles,

Comme ceux qui sont eschaudez,

Traistres pervers, de foy vuydez;

Soyes larron, ravis ou pilles:

Où en va l'acquest, que cuydez?

Tout aux tavernes et aux filles.

Ryme, raille, cymballe, luttes,

Comme folz, faintis, eshontez;

Farce, broille, joue des flustes;

Fais, ès villes et ès cités,

Fainctes, jeux et moralitez;

Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:

Où s'en va tout? Or escoutez:

Tout aux tavernes et aux filles.

De telz ordures te reculles;

Laboure, fauche champs et prez;

Serz et panse chevaulx et mulles,

S'aucunement tu n'es lettrez;

Assez auras, se prens en grez.

Mais, se chanvre broyes ou tilles,

Où tend ton labour qu'as ouvrez?

Tout aux tavernes et aux filles.

ENVOI.

Chausses, pourpoinctz esguilletez,

Robes, et toutes vos drapilles,

Ains que cessez, vous porterez

Tout aux tavernes et aux filles.

CXLVI.

A vous parle, compaings de galles,

Qui estes de tous bons accors;

Gardez-vous tous de ce mau hasles,

Qui noircist gens quand ils sont mortz;

Eschevez-le, c'est ung mal mors;

Passez-vous-en mieulx que pourrez;

Et, pour Dieu, soyez tous recors

Qu'une fois viendra que mourrez.

CXLVII.

Item, je donne aux Quinze-Vingtz,

Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens

De Paris, non pas de Provins,

Car à eulx tenu je me sens.

Ilz auront, et je m'y consens,

Sans les estuis, mes grans lunettes,

Pour mettre à part, aux Innocens,

Les gens de bien des deshonnestes.

CXLVIII.

Icy n'y a ne rys ne jeu.

Que leur vault avoir eu chevances,

N'en grans lictz de parement geu,

Engloutir vin, engrossir panses,

Mener joye, festes et danses,

Et de ce prest estre à toute heure?

Tantost faillent telles plaisances,

Et la coulpe si en demeure.

CXLIX.

Quand je considère ces testes

Entassées en ces charniers,

Tous furent maistres des requestes,

Ou tous de la Chambre aux Deniers,

Ou tous furent porte-paniers;

Autant puis l'ung que l'autre dire,

Car, d'evesques ou lanterniers,

Je n'y congnois rien a redire.

CL.

Et icelles qui s'inclinoient

Unes contre autres en leur vies;

Desquelles les unes regnoient,

Des autres craintes et servies:

Là les voy toutes assouvies,

Ensemble en ung tas pesle-mesle.

Seigneuries leur sont ravies;

Clerc ne maistre ne s'y appelle.

CLI.

Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes!

Quant est des corps, ils sont pourriz.

Ayent esté seigneurs ou dames,

Souef et tendrement nourriz

De cresme, fromentée ou riz,

Leurs os sont declinez en pouldre,

Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...

Plaise au doulx Jesus les absouldre!

CLII.

Aux trespassez je fais ce lays,

Et icelluy je communique

A regentz, courtz, sieges et plaids,

Hayneurs d'avarice l'inique,

Lesquelz pour la chose publique

Se seichent les os et les corps:

De Dieu et de sainct Dominique

Soient absolz, quand ilz seront mortz

LAYS.

Au retour de dure prison,

Où j'ay laissé presque la vie,

Se Fortune a sur moy envie,

Jugez s'elle fait mesprison!

Il me semble que, par raison,

Elle deust bien estre assouvie,

Au retour.

Cecy plain est de desraison,

Qui vueille que de tout desvie;

Plaise à Dieu que l'ame ravie

En soit, lassus, en sa maison,

Au retour!

CLIII.

Item, donne à maistre Lomer,

Comme extraict que je suis de fée,

Qu'il soit bien amé; mais, d'amer

Fille en chief ou femme coëffée,

Jà n'en ayt la teste eschauffée,

Ce qui ne luy couste une noix,

Faire ung soir pour soy la fastée,

En despit d'Auger le Danois.

CLIV.

Item, rien à Jaques Cardon,

Car je n'ay rien pour luy honneste.

Non pas que le jette à bandon

Sinon cette Bergeronnette:

S'elle eust le chant Marionnette,

Faict por Marion la Peau-Tarde,

D'un Ouvrez vostre huys, Guillemette,

Elle allast bien à la moustarde.

CLV.

Item donne aux amans enfermes,

Oultre le lay Alain Chartier,

A leurs chevetz, de pleurs et lermes

Trestout fin plain ung benoistier,

Et ung petit brin d'esglantier,

En tout temps verd, pour gouppillon,

Pourveu qu'ilz diront ung Psaultier

Pour l'ame du pouvre Villon.

CLVI.

Item, à maistre Jacques James,

Qui se tue d'amasser biens,

Donne fiancer tant de femmes

Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens

Pour qui amasse-il? Pour les siens.

Il ne plainct fors que ses morceaulx;

Ce qui fut aux truyes, je tiens

Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.

CLVII.

Item, le Camus Seneschal,

Qui une fois paya mes debtes,

En recompense, mareschal,

Pour ferrer oës et canettes.

Je luy envoye ces sornettes,

Pour soy desennuyer; combien,

Si veult, face-en des alumettes.

De bien chanter s'ennuye-on bien.

CLVIII.

Item, au Chevalier du Guet

Je donne deux beaulx petitz pages,

Philippot et le gros Marquet,

Qui ont servy, dont sont plus sages,

La plus grant partie de leurs aages,

Tristan, prevost des mareschaulx.

Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges,

Aller leur fauldra tous deschaulx!

CLIX.

Item, au Chappelain je laisse

Ma chapelle à simple tonsure,

Chargée d'une seiche messe,

Où il ne fault pas grand lecture.

Resigné luy eusse ma cure,

Mais point ne veult de charge d'ames;

De confesser, ce dit, n'a cure,

Sinon chambrières et dames.

CLX.

Pour ce que sçait bien mon entente,

Jehan de Calays, honnorable homme,

Qui ne me veit des ans a trente,

Et ne sçait comment je me nomme,

De tout ce Testament, en somme,

S'aucune y a difficulté,

Oster jusqu'au rez d'une pomme

Je luy en donne faculté.

CLXI.

De le gloser et commenter,

De le diffinir ou prescripre,

Diminuer ou augmenter;

De le canceller ou transcripre

De sa main, ne sceust-il escripre;

Interpreter, et donner sens,

A son plaisir, meilleur ou pire;

A tout ceci je m'y consens.

CLXII.

Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,

Estoit allé de mort à vie,

Audict Calais donne puissance,

Affin que l'ordre soit suyvie

Et mon ordonnance assouvie,

Que ceste aulmosne ailleurs transporte,

Sans se l'appliquer par envie;

A son ame je m'en rapporte.

CLXIII.

Item, j'ordonne à Saincte-Avoye,

Et non ailleurs, ma sepulture;

Et, affin que chascun me voye,

Non pas en chair, mais en paincture,

Que l'on tire mon estature

D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.

De tumbel? Rien; je n'en ay cure,

Car il greveroit le plancher.

CLXIV.

Item, vueil qu'autour de ma fosse

Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,

Soit escript, en lettre assez grosse;

Et qui n'auroit point d'escriptoire,

De charbon soit, ou pierre noire,

Sans en rien entamer le plastre:

Au moins sera de moy memoire

Telle qu'il est d'ung bon folastre.

CLXV.

CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,

QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,

UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,

QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON.

ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.

TESTAMENT.

IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:

TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.

POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.

RONDEAU.

Repos eternel donne à cil,

Lumière, clarté perpétuelle,

Qui vaillant plat ny escuelle

N'eut oncques, n'ung brin de percil.

Il fut rez, chef, barbe, sourcil,

Comme ung navet qu'on ree et pelle.

Repos éternel donne à cil.

Rigueur le transmit en exil,

Et luy frappa au cul la pelle,

Nonobstant qu'il dist: J'en appelle!

Qui n'est pas terme trop subtil.

Repos eternel donne à cil.

CLXVI.

Item, je vueil qu'on sonne à branle

Le gros Beffray, qui n'est de voire;

Combien que cueur n'est qui ne tremble;

Quand de sonner est à son erre.

Saulvé a mainte belle terre,

Le temps passé, chascun le sçait:

Fussent gens d'armes ou tonnerre;

Au son de luy tout mal cessoit.

CLXVII

Les sonneurs auront quatre miches;

Et se c'est peu, demy-douzaine,

Autant qu'en donnent les plus riches;

Mais ilz seront de sainct Estienne.

Vollant est homme de grant peine:

L'ung en sera. Quand j'y regarde,

Il en vivra une sepmaine.

Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.

CLXVIII.

Pour tout ce fournir et parfaire,

J'ordonne mes executeurs,

Auxquelz faict bon avoir affaire,

Et contentent bien leurs debteurs.

Ilz ne sont pas trop grans venteurs,

Et ont bien de quoy, Dieu mercys!

De ce faict seront directeurs...

Escripts: je t'en nommeray six.

CLXIX.

C'est maistre Martin Bellefaye,

Lieutenant du cas criminel.

Qui sera l'autre? J'y pensoye:

Ce sera sire Colombel.

S'il luy plaist et il lui est bel,

Il entreprendra ceste charge.

Et l'autre? Michel Jouvenel.

Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.

CLXX.

Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,

En redoubtant les premiers frais,

Ou totalement recusassent,

Ceulx qui s'ensuivent cy-après

J'institue, gens de bien très,

Philip Bruneau, noble escuyer,

Et l'autre, son voysin d'emprès,

Cy est maistre Jacques Raguyer;

CLXXI.

Et l'aultre, maistre Jaques James,

Trois hommes de bien et d'honneur,

Desirans de saulver leurs âmes,

Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.

Plustot y metteront du leur,

Que ceste ordonnance ne baillent.

Point n'auront de contrerooleur,

Mais à leur seul plaisir en taillent.

CLXXII

Des testamens qu'on dit le maistre

De mon faict n'aura quid ne quod;

Mais ce sera ung jeune prebstre,

Qui se nomme Colas Tacot.

Voulentiers beusse à son escot,

Et qu'il me coustast ma cornette!

S'il sceust jouer en ung trippot,

Il eust de moy le Trou Perrette.

CLXXIII.

Quant au regard du luminaire,

Guillaume du Ru j'y commectz.

Pour porter les coings du suaire,

Aux executeurs le remectz.

Trop plus mal me font qu'oncques mais

Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.

Mal me presse; est temps désormais

Que crie à toutes gens merciz.

BALLADE

Par laquelle Villon crye mercy à chascun.

A Chartreux, aussi Celestins,

A mendians et aux devotes,

A musars et cliquepatins,

Servantes et filles mignottes,

Portant surcotz et justes cottes;

A cuyderaulx d'amours transis,

Chaussans sans meshaing fauves bottes,

Je crye à toutes gens merciz!

A fillettes monstrans tetins,

Pour avoir plus largement hostes;

A ribleurs meneurs de butins,

A basteleurs traynans marmottes,

A folz et folles, sotz et sottes,

Qui s'en vont sifflant cinq et six;

A veufves et à mariottes,

Je crye à toutes gens merciz!

Sinon aux trahistres chiens mastins,

Qui m'ont fait ronger dures crostes

Et boire eau maintz soirs et matins,

Qu'ores je ne crains pas trois crottes.

Je feisse pour eulx petz et rottes;

Je ne puis, car je suis assis.

Bien fort, pour éviter riottes,

Je crye à toutes gens, merciz!

ENVOI.

Qu'on leur froisse les quinze costes

De gros mailletz, fortz et massis,

De plombée et de telz pelottes.

Je crye à toutes gens merciz!

BALLADE

POUR SERVIR DE CONCLUSION.

Icy se clost le Testament

Et finist du pouvre Villon.

Venez à son enterrement,

Quant vous orrez le carillon,

Vestuz rouges com vermillon,

Car en amours mourut martir;

Ce jura-il sur son coullon

Quand de ce monde voult partir.

Et je croy bien que pas n'en ment,

Car chassié fut comme un soullon

De ses amours hayneusement,

Tant que, d'icy à Roussillon,

Brosses n'y a ne brossillon,

Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,

Ung lambeau de son cotillon,

Quand de ce monde voult partir.

Il est ainsi, et tellement,

Quand mourut n'avoit qu'un haillon.

Qui plus? En mourant, mallement

L'espoignoit d'amours l'esguillon;

Plus agu que le ranguillon

D'un baudrier luy faisoit sentir,

C'est de quoy nous esmerveillon,

Quand de ce monde voult partir.

ENVOI.

Prince, gent comme esmerillon,

Saichiez qu'il fist, au departir:

Ung traict but de vin morillon,

Quand de ce monde voult partir.

FIN DU GRAND TESTAMENT.

POÉSIES DIVERSES

LE QUATRAIN

Que feit Villon quand il fut jugé à mourir.

JE SUIS François, dont ce me poise,

Né de Paris emprès Ponthoise.

Or d'une corde d'une toise

Saura mon col que mon cul poise.

L'EPITAPHE

EN FORME DE BALLADE

Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant

estre pendu avec eulx.

Frères humains, qui après nous vivez,

N'ayez les cueurs contre nous endurciz,

Car, si pitié de nous pouvres avez,

Dieu en aura plustost de vous merciz.

Vous nous voyez cy attachez cinq, six:

Quant de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est pieça devorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.

De nostre mal personne ne s'en rie,

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Se vous clamons, frères, pas n'en devez

Avoir desdaing, quoique fusmes occis

Par justice. Toutesfois, vous sçavez

Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;

Intercedez doncques, de cueur rassis,

Envers le Filz de la Vierge Marie,

Que sa grace ne soit pour nous tarie,

Nous preservant de l'infernale fouldre.

Nous sommes mors, ame ne nous harie;

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

La pluye nous a debuez et lavez,

Et le soleil dessechez et noirciz;

Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,

Et arrachez la barbe et les sourcilz.

Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;

Puis cà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charie,

Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre.

Ne soyez donc de nostre confrairie,

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

ENVOI.

Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,

Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:

A luy n'ayons que faire ne que souldre.

Hommes, icy n'usez de mocquerie

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

LA REQUESTE DE VILLON

Présentée à la Cour de Parlement, en forme de ballade.

Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,

Le nez, et vous, le sensitif, aussi;

Tous mes membres où il y a reprouche,

En son endroit ung chascun die ainsi:

«Court souverain, par qui sommes icy,

Vous nous avez gardé de desconfire;

Or, la langue ne peut assez suffire

A vous rendre suffisantes louenges:

Si prions tous, fille au souverain Sire,

Mère des bons, et soeur des benoistz anges!»

Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,

Et ne soyez, au moins, plus endurcy

Qu'au desert fut la forte bise roche

Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;

Fondez larmes, et venez à mercy,

Comme humble cueur qui tendrement souspire:

Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,

L'heur des Françoys, le confort des estranges,

Procreée la sus au ciel empire,

Mère des bons, et soeur des benoistz anges!

Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;

Saillez avant, rendez toutes mercy,

Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,

Et de mascher n'ayez ores soulcy;

Considerez que je fusse transy,

Foye, pommon, et rate qui respire;

Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire

Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,

Louez la Court, avant qu'il vous empire,

Mère des bons, et soeur des benoistz anges!

ENVOI.

Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,

Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;

Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.

Court triumphant, fiat, sans me desdire;

Mère des bons, et soeur des benoistz anges!

BALLADE

DE L'APPEL DE VILLON.

Que dites-vous de mon appel,

Garnier? Feis-je sens ou follie?

Toute beste garde sa pel;

Qui la contrainct, efforce ou lye,

S'elle peult, elle se deslie.

Quand à ceste peine arbitraire

On me jugea par tricherie,

Estoit-il lors temps de me taire?

Se fusse des hoirs Hue Capel,

Qui fut extraict de boucherie,

On ne m'eust, parmy ce drapel,

Faict boyre à celle escorcherie:

Vous entendez bien joncherie?

Ce fut son plaisir voluntaire

De me juger par fausserie.

Etoit-il lors temps de me taire?

Cuydez-vous que soubz mon cappel

N'y eust tant de philosophie

Comme de dire: «J'en appel?»

Si avoit, je vous certifie,

Combien que point trop ne m'y fie.

Quand on me dit, présent notaire:

«Pendu serez!» je vous affie,

Estoit-il lors temps de me taire?

ENVOI.

Prince, si j'eusse eu la pepie,

Pieça je fusse où est Clotaire,

Aux champs debout comme ung espie.

Estoit-il lors temps de me taire?

LE DIT

DE LA NAISSANCE MARIE.

Jam nova progenies celo demittitur alto.

Virg., (ecl. 4, v.7.)

O louée Conception,

Envoiée sà jus des cieulx;

Du noble Lys digne syon;

Don de Jhésus très précieux,

MARIE, nom très gracieux,

Font de pitié, source de grace,

La joye confort de mes yeulx,

Qui nostre paix batist et brasse!

La paix, c'est assavoir, des riches,

Des povres le substantement,

Le rebours des felons et chiches,

Très necessaire enfantement,

Conceu, porté honnestement,

Hors le pechié originel,

Que dire je puis sainctement

Souverain bien, Dieu éternel!

Nom recouvré, joye de peuple,

Confort des bons, de maulx retraicte;

Du doux Seigneur première et seule

Fille, de son cler sang extraicte,

Du dextre costé Clovis traicte,

Glorieuse ymage en tous fais,

Ou hault ciel créée et pourtraicte,

Pour esjouyr et donner paix!

En l'amour et crainte de Dieu,

Es nobles flans Cesar conceue;

Des petis et grans, en tout lieu,

A très grande joye receue;

De l'amour Dieu traicte, tissue,

Pour les discordez ralier,