Les Petites Filles modèles Cap. 1/2 · 0%

Les Petites Filles modèlesParte 7 de 17

Comtesse de Ségur

Original em francês · tradução para inglês

A tradução continua com o Premium.

  • O sentido de cada trecho
  • Notas sobre expressões e gramática
  • Todos os livros do catálogo

JEANNETTE, _avec vivacité.—_Suzanne est une menteuse; elle n'a point vu de poupée; je ne lui ai rien dit; je n'ai parlé de rien, c'est des menteries qu'elle vous a faites.

MADAME DE FLEURVILLE.—Comment sais-tu que c'est Suzanne qui me l'a dit?

JEANNETTE, _très vivement.—_Parce qu'elle me fait toujours de méchantes choses; elle vous a conté des sottises.

MADAME DE FLEURVILLE.—Mais, encore une fois, pourquoi accuses-tu Suzanne, puisque je ne te l'ai pas nommée?

JEANNETTE.—Faut pas croire Suzanne ni les autres; je n'ai point dit qu'on m'avait donné la poupée; je n'en ai point, de poupée; c'est tout des menteries.

MADAME DE FLEURVILLE.—Plus tu parles et plus je vois que c'est toi qui mens; tu as peur que je ne te reprenne la poupée que tu as trouvée dans le bois le jour de l'orage.

JEANNETTE.—Je n'ai peur de rien; je n'ai rien trouvé sous le chêne, et je n'ai point la poupée de Mlle Marguerite.

MADAME DE FLEURVILLE.—Comment sais-tu que c'est de la poupée de Mlle Marguerite que je te parle et qu'elle était sous le chêne?

Jeannette, voyant qu'elle se trahissait de plus en plus, se mit à crier et à se débattre. Mme de Fleurville la laissa aller et commença la recherche de la poupée; elle ouvrit l'armoire et le coffre, mais n'y trouva rien; enfin, voyant que Jeannette s'était réfugiée près du lit, comme pour empêcher qu'on ne cherchât de ce côté, elle se baissa et aperçut la poupée sous le lit, tout au fond; elle se retourna vers la mère Léonard et lui ordonna d'un air sévère de retirer la poupée. La mère Léonard obéit en tremblant et remit la poupée à Mme de Fleurville.

«Saviez-vous, dit Mme de Fleurville, que votre fille avait cette poupée?

—Pour ça non, ma bonne chère dame, répondit la mère Léonard; si j'avais su, je la lui aurais fait reporter au château, car elle sait bien que cette poupée est à Mlle Marguerite; nous l'avions trouvée bien jolie, la dernière fois que Mlle Marguerite l'a apportée. _(Se retournant vers Jeannette). _Ah! mauvaise créature, vilaine petite voleuse, tu vas voir comme je te corrigerai. Je t'apprendrai à faire des voleries et puis des menteries encore, que j'en suis toute tremblante. Je voyais bien que tu mentais à Madame, dès que tu as ouvert ta bouche pleine de menteries. Tu vas avoir le fouet tout à l'heure: tu ne perdras rien pour attendre.»

Jeannette pleurait, criait, suppliait, protestait qu'elle ne le ferait plus jamais. La mère Léonard, loin de se laisser attendrir, la repoussait de temps en temps avec un soufflet ou un bon coup de poing. Mme de Fleurville, craignant que la correction ne fût trop forte, chercha à calmer la mère Léonard, et réussit à lui faire promettre qu'elle ne fouetterait pas Jeannette et qu'elle se contenterait de l'enfermer dans sa chambre pour le reste de la journée. Les enfants étaient consternées de cette scène; les mensonges répétés de Jeannette, sa confusion devant la poupée retrouvée, la colère et les menaces de la mère Léonard les avaient fait trembler. Mme de Fleurville remit à Marguerite sa poupée sans mot dire, dit adieu à la mère Léonard, et sortit avec Mme de Rosbourg, suivie des trois enfants. Elles marchaient depuis quelques instants en silence, lorsqu'un cri perçant les fit toutes s'arrêter; il fut suivi d'autres cris plus perçants, plus aigus encore, c'était Jeannette qui recevait le fouet de la mère Léonard. Elle la fouetta longtemps: car, à une grande distance, les enfants, qui s'étaient remises en marche, entendaient encore les hurlements, les supplications de la petite voleuse. Cette fin tragique de l'histoire de la poupée perdue les laissa pour toute la journée sous l'impression d'une grande tristesse, d'une vraie terreur.

XII. Visite chez Sophie.

«Mais chairs amie, veuné dinné chés moi demin; mamman demand ça à votr mamman; nous dinron a sainq eure pour joué avan é allé promené aprais. Je pari que j'ai fé de fôtes; ne vous moké pas de moi, je vous pri!

» Sofie, votre ami.»

Camille reçut ce billet quelques jours après l'histoire de la poupée; elle ne put s'empêcher de rire en voyant ces énormes fautes d'orthographe; comme elle était très bonne, elle ne les montra pas à Madeleine et à Marguerite; elle alla chez sa maman.

CAMILLE.—Maman, Sophie m'écrit que Mme Fichini nous engage toutes à dîner chez elle demain.

MADAME DE FLEURVILLE.—Aïe, aïe! quel ennui! Est-ce que ce dîner t'amusera, Camille?

CAMILLE.—Beaucoup, maman. J'aime assez cette pauvre Sophie, qui est si malheureuse.

MADAME DE FLEURVILLE.—C'est bien généreux à toi, ma pauvre Camille, car elle t'a fait punir et gronder deux fois.

CAMILLE.—Oh! maman, elle a été si fâchée après.

MADAME DE FLEURVILLE, _embrassant Camille.—_C'est bien, très bien, ma bonne petite Camille; réponds-lui donc que nous irons demain bien certainement.

Camille remercia sa maman, courut prévenir Madeleine et Marguerite, et répondit à Sophie:

«Ma chère Sophie,» Maman et Mme de Rosbourg iront dîner demain chez ta belle-mère; elles nous emmèneront, Madeleine, Marguerite et moi. Nous sommes très contentes; nous ne mettrons pas de belles robes pour pouvoir jouer à notre aise. Adieu, ma chère Sophie, je t'embrasse.» Camille de Fleurville.»

Toute la journée, les petites filles furent occupées de la visite du lendemain. Marguerite voulait mettre une robe de mousseline blanche; Madeleine et Camille voulaient de simples robes en toile. Mme de Rosbourg trancha la question en conseillant les robes de toile.

Marguerite voulait emporter sa belle poupée; Camille et Madeleine lui dirent:

«Prends garde, Marguerite: souviens-toi du gros chêne et de Jeannette.»

MARGUERITE.—Mais demain il n'y aura pas d'orage, ni de forêt, ni de Jeannette.

MADELEINE.—Non, mais tu pourrais l'oublier quelque part, ou la laisser tomber et la casser.

MARGUERITE.—C'est ennuyeux de toujours laisser ma pauvre poupée à la maison. Pauvre petite! elle s'ennuie! Jamais elle ne sort! jamais elle ne voit personne!

Camille et Madeleine se mirent à rire; Marguerite, après un instant d'hésitation, rit avec elles et avoua qu'il était plus raisonnable de laisser la poupée à la maison.

Le lendemain matin, les petites filles travaillèrent comme de coutume; à deux heures elles allèrent s'habiller, et à deux heures et demie elles montèrent en calèche découverte; Mmes de Rosbourg et de Fleurville s'assirent au fond; les trois petites prirent place sur le devant. Il faisait un temps magnifique, et, comme le château de Mme Fichini n'était qu'à une lieue, le voyage dura à peine vingt minutes. La grosse Mme Fichini les attendait sur le perron; Sophie se tenait en arrière, n'osant pas se montrer, de crainte des soufflets.

«Bonjour, chères dames, s'écria Mme Fichini; bonjour, chères demoiselles; comme c'est aimable d'arriver de bonne heure! Les enfants auront le temps de jouer, et nous autres, mamans, nous causerons. J'ai une grâce à vous demander, chères dames; je vous expliquerai cela; c'est pour ma vaurienne de Sophie; je veux vous en faire cadeau pour quelques semaines, si vous voulez bien l'accepter et la garder pendant un voyage que je dois faire.»

Mme de Fleurville, surprise, ne répondit rien; elle attendit que Mme Fichini lui expliquât le cadeau incommode qu'elle désirait lui faire. Ces dames entrèrent dans le salon, les enfants restèrent dans le vestibule.

«Qu'est-ce qu'a dit ta belle-mère, Sophie? demanda Marguerite, qu'elle voulait te donner à maman? Où veut-elle donc aller sans toi?

—Je n'en sais rien, répondit Sophie en soupirant; je sais seulement que depuis deux jours elle me bat souvent et qu'elle veut me laisser seule ici pendant qu'elle fera un voyage en Italie.

—En seras-tu fâchée? dit Camille.

—Oh! pour cela non, surtout si je vais demeurer chez vous: je serai si heureuse avec vous! Jamais battue, jamais injustement grondée, je ne serai plus seule, abandonnée pendant des journées entières, n'apprenant rien, ne sachant que faire, m'ennuyant. Il m'arrive bien souvent de pleurer plusieurs heures de suite, sans que personne y fasse attention, sans que personne cherche à me consoler.»

Et la pauvre Sophie versa quelques larmes; les trois petites l'entourèrent, l'embrassèrent, et réussirent à la consoler; dix minutes après, elles couraient dans le jardin et jouaient à cache-cache; Sophie riait et s'amusait autant que les autres.

Après deux heures de courses et de jeux, comme elles avaient très chaud, elles rentrèrent à la maison.

«Dieu! que j'ai soif!» dit Sophie.

MADELEINE.—Pourquoi ne bois-tu pas?

SOPHIE.—Parce que ma belle-mère me le défend.

MARGUERITE.—Comment! Tu ne peux même pas boire un verre d'eau?

SOPHIE.—Rien absolument, jusqu'au dîner, et à dîner un verre seulement.

MARGUERITE.—Pauvre Sophie, mais c'est affreux cela.

«Sophie, Sophie! criait en ce moment la voix furieuse de Mme Fichini. Venez ici, mademoiselle, tout de suite.»

Sophie, pâle et tremblante, se dépêcha d'entrer au salon où était Mme Fichini. Camille, Madeleine et Marguerite avaient peur pour la pauvre Sophie; elles restèrent dans le petit salon, tremblant aussi et écoutant de toutes leurs oreilles.

MADAME FICHINI, _avec colère.—_Approchez, petite voleuse; pourquoi avez-vous bu le vin?

SOPHIE, _tremblante.—_Quel vin, maman? Je n'ai pas bu de vin.

MADAME FICHINI, _la poussant rudement.—_Quel vin, menteuse? Celui du carafon qui est dans mon cabinet de toilette.

SOPHIE, _pleurant.—_Je vous assure, maman, que je n'ai pas bu votre vin, que je ne suis pas entrée dans votre cabinet.

MADAME FICHINI.—Ah! vous n'êtes pas entrée dans mon cabinet! et vous n'êtes pas entrée par la fenêtre! et qu'est-ce donc que ces marques que vos pieds ont laissées sur le sable, devant la fenêtre du cabinet?

SOPHIE.—Je vous assure, maman…

Mme Fichini ne lui permit pas d'achever: elle se précipita sur elle, la saisit par l'oreille, l'entraîna dans la chambre à côté, et malgré les protestations et les pleurs de Sophie elle se mit à la fouetter, à la battre jusqu'à ce que ses bras fussent fatigués. Mme Fichini sortit du cabinet toute rouge de colère. La malheureuse Sophie la suivait en sanglotant; au moment où elle s'apprêtait à quitter le salon pour aller retrouver ses amies, Mme Fichini se retourna vers elle et lui donna un dernier soufflet, qui la fit trébucher; après quoi, essoufflée, furieuse, elle revint s'asseoir sur le canapé. L'indignation empêchait ces dames de parler; elles craignaient, si elles laissaient voir ce qu'elles éprouvaient, que l'irritation de cette méchante femme ne s'en accrût encore, et qu'elle ne renonçât à l'idée de laisser Sophie à Fleurville pendant le voyage qu'elle devait bientôt commencer. Toutes trois gardaient le silence; Mme Fichini s'éventait. Mmes de Fleurville et de Rosbourg travaillaient à leur tapisserie sans mot dire.

MADAME FICHINI.—Ce qui vient de se passer, mesdames, me donne plus que jamais le désir de me séparer de Sophie; je crains seulement que vous ne vouliez pas recevoir chez vous une fille si méchante et si insupportable.

MADAME DE FLEURVILLE, _froidement.—_Je ne redoute pas, madame, la méchanceté de Sophie; je suis bien sûre que je me ferai obéir d'elle sans difficulté.

MADAME FICHINI.—Ainsi donc, vous voulez bien consentir à m'en débarrasser? Je vous préviens que mon absence sera longue; je ne reviendrai pas avant deux ou trois mois.

MADAME DE FLEURVILLE, _toujours avec froideur.—_Ne vous inquiétez pas du temps que durera votre absence, madame, je suis enchantée de vous rendre ce service.

MADAME FICHINI.—Dieu! que vous êtes bonne, chère dame! que je vous remercie! Ainsi je puis faire mes préparatifs de voyage?

MADAME DE FLEURVILLE, _sèchement.—_Quand vous voudrez, madame.

MADAME FICHINI.—Comment! je pourrais partir dans trois jours?

MADAME DE FLEURVILLE.—Demain, si vous voulez.

MADAME FICHINI.—Quel bonheur! que vous êtes donc aimable! Ainsi, je vous enverrai Sophie après-demain.

MADAME DE FLEURVILLE.—Très bien, madame; je l'attendrai.

MADAME FICHINI.—Surtout, chère dame, ne la gâtez pas, corrigez-la sans pitié: vous voyez comment il faut s'y prendre avec elle.

Cependant Sophie allait rejoindre ses amies, pâles d'effroi et d'inquiétude; elles avaient tout entendu; elles croyaient que Sophie, tourmentée par la soif, avait réellement bu le vin du cabinet de toilette, et qu'elle n'avait pas osé l'avouer, dans la crainte d'être battue.

«Ma pauvre Sophie, dit Camille en serrant la main de Sophie qui pleurait, que je te plains! comme je suis peinée que tu n'aies pas avoué à ta belle-mère que tu avais bu ce vin parce que tu mourais de soif! Elle ne t'aurait pas fouettée plus fort: c'eût été le contraire peut-être.

—Je n'ai pas bu ce vin, répondit Sophie en sanglotant; je t'assure que je ne l'ai pas bu.

—Mais qu'est-ce donc que ces pas sur le sable dont parlait ta belle-mère? Ce n'est pas toi qui as sauté par la fenêtre? demanda Madeleine.

—Non, non, ce n'est pas moi; je ne mentirais pas avec toi, et je t'assure que je n'ai pas passé par la fenêtre et que je n'ai pas touché à ce vin.»

Après quelques explications qui ne leur apprirent pas quel pouvait être le vrai coupable, les enfants réparèrent de leur mieux le désordre de la toilette de la pauvre Sophie; Camille lui rattacha sa robe, Madeleine lui peigna les cheveux, Marguerite lui lava les mains et la figure; ses yeux restèrent pourtant gonflés. Elles allèrent ensuite au jardin pour voir les fleurs, cueillir des bouquets et faire une visite à la jardinière.

XIII. Visite au potager.

Sophie, qui avait toujours le coeur bien gros et la démarche gênée par les coups qu'elle avait reçus, laissa ses amies admirer les fleurs et cueillir des bouquets, et alla s'asseoir chez la jardinière.

MÈRE LOUCHET.—Bonjour, mam'selle; je vous voyais venir boitinant, vous avez l'air tout chose. Seriez-vous malade comme Palmyre, qui s'est donné une entorse et qui ne peut quasi pas marcher?

SOPHIE.—Non, mère Louchet, je ne suis pas malade.

MÈRE LOUCHET.—Ah bien! c'est que votre maman a encore fait des siennes; elle frappe dur quand elle tape sur vous. C'est qu'elle n'y regarde pas: la tête, le cou, les bras, tout lui est bon.

Sophie ne répondit pas; elle pleurait.

MÈRE LOUCHET.—Voyons, mam'selle, faut pas pleurer comme ça; faut pas être honteuse; ça fait de la peine, voyez-vous; nous savons bien que ce n'est pas tout roses pour vous. Je disais bien à ma Palmyre: «Ah! si je te corrigeais comme madame corrige mam'selle Sophie, tu ne serais pas si désobéissante.» Si vous aviez vu, tantôt, comme elle m'est revenue, sa robe pleine de taches, sa main et sa figure couvertes de sable! c'est qu'elle est tombée rudement, allez!

SOPHIE.—Comment est-elle tombée?

MÈRE LOUCHET.—Ah! je n'en sais rien! elle ne veut pas le dire, tout de même. Sans doute qu'elle jouait au château, puisque nous n'avons point de sable ici; puis sa robe a des taches rouges comme du vin; nous n'avons que du cidre; nous ne connaissons pas le vin, nous.

SOPHIE, _étonnée.—_Du vin! où a-t-elle eu du vin?

MÈRE LOUCHET.—Ah! je n'en sais rien; elle ne veut pas le dire.

SOPHIE.—Est-ce qu'elle a pris le vin du cabinet de ma belle-mère?

MÈRE LOUCHET.—Ah! peut-être bien; elle y va souvent porter des herbes pour les bains de votre maman; ça se pourrait bien qu'elle eût bu un coup et qu'elle n'osât pas le dire. Ah! c'est que, si je le savais, je la fouetterais ferme tout comme votre maman vous fouette.

SOPHIE.—Ma belle-mère m'a fouettée parce qu'elle a cru que j'avais bu son vin, et ce n'est pas moi pourtant.

La mère Louchet changea de visage; elle prit un air indigné:

«Serait-il possible, s'écria-t-elle, pauvre petite mam'selle, que ma Palmyre ait fait ce mauvais coup et que vous ayez souffert pour elle? Ah! mais… elle ne l'emportera pas en paradis, bien sûr… Palmyre, viens donc un peu que je te parle.»

PALMYRE, _dans la chambre à côté.—_Je ne peux pas, maman; mon pied me fait trop mal.

MÈRE LOUCHET.—Eh bien! je vais aller près de toi, et mam'selle Sophie aussi.

Toutes deux entrent chez Palmyre, qui est étendue sur son lit, le pied nu et enflé.

MÈRE LOUCHET.—Dis donc, la Malice, où t'es-tu foulé la jambe comme ça?

Palmyre rougit et ne répond pas.

MÈRE LOUCHET.—Je te vas dire, moi: t'es entrée dans le cabinet de madame pour les herbes du bain; t'as vu la bouteille, t'as voulu goûter, t'as répandu sur ta robe tout en goûtant, t'as voulu descendre par la fenêtre, t'as tombé et t'as pas osé me le dire, parce que tu savais bien que je te régalerais d'une bonne volée. Eh?…

PALMYRE, _pleurant.—_Oui, maman, c'est vrai, c'est bien cela; mais le bon Dieu m'a punie, car je souffre bien de ma jambe et de mon bras.

MÈRE LOUCHET.—Et sais-tu bien que la pauvre mam'selle a été fouettée par madame, qu'elle en est toute souffreteuse et toute éclopée? Et tu crois que je te vas passer cela sans dire quoi et que je ne vas pas te donner une raclée?

SOPHIE, _avec effroi.—_Oh! ma bonne mère Louchet, si vous avez de l'amitié pour moi, je vous en prie, ne la punissez pas; voyez comme elle souffre de son pied. Maudit vin! il a déjà causé bien du mal chez nous; n'y pensez plus, ma bonne mère Louchet, et pardonnez à Palmyre comme je lui pardonne.

PALMYRE, _joignant les mains.—_Oh! mam'selle, que vous êtes bonne! que j'ai de regret que vous ayez été battue pour moi! Ah! si j'avais su, jamais je n'aurais touché à ce vin de malheur. Oh! mam'selle! pardonnez-moi! le bon Dieu vous le revaudra.

Sophie s'approcha du lit de Palmyre, lui prit les mains et l'embrassa. La mère Louchet essuya une larme et dit: «Tu vois, Palmyre, ce que c'est que d'avoir de la malice; voilà mam'selle Sophie qu'est toute comme si elle s'était battue avec une armée de chats; c'est toi qu'es cause de tout cela; eh bien! est-ce qu'elle t'en tient de la rancune? Pas la moindre, et encore elle demande ta grâce. Et que tu peux lui brûler une fière chandelle, car je t'aurais châtiée de la bonne manière. Mais, par égard pour cette bonne mam'selle, je te pardonne; prie le bon Dieu qu'il te pardonne bien aussi; t'as fait une sottise pommée vois-tu, ne recommence pas.»