Un bon petit diableParte 12 de 16
Original em francês · tradução para inglês
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Marianne:—Ni toi ni moi, nous n'avons le droit de faire des générosités avec ta fortune, Charlot; toi, tu es un enfant, et moi, je vais être ta tutrice: je dois donc faire pour le mieux pour toi et non pour moi.»
Charles ne dit plus rien. Il s'assit près de Juliette: et arrangea avec elle l'emploi de leurs journées.
Juliette:—D'abord tu me mèneras à la messe à huit heures...
Charles:—Tous les jours! Je crains que ce ne soit un peu ennuyeux.
Juliette, souriant:—Oui, tous les jours. Et la messe ne t'ennuiera pas, j'en suis sûre, quand tu penseras que tu me procures ainsi un bonheur et une consolation; et puis ce n'est pas bien long, une petite demi-heure.
Charles:—Bon. Après?
Juliette:—Après, nous irons faire une promenade, nous visiterons quelques pauvres gens; nous leur ferons du bien selon nos moyens; puis nous entrerons, tu t'occuperas pendant que je tricoterai. Après dîner nous ferons encore une promenade, et puis nous travaillerons.
Charles:—Et j'aiderai Marianne à faire le ménage; et puis je jouerai un peu avec le chat. J'aime beaucoup les chats.
Juliette:—Tu ne le tourmenteras pas?
Charles:—Oh non! Je m'amuserai en l'amusant.
Juliette:—C'est arrangé alors. Commençons de suite. Donne-moi mon tricot, je t'en prie. Je ne sais ce qu'il est devenu avec ces histoires de la cousine Mac'Miche.
—A propos de cousine Mac'Miche, dit Charles en donnant à Juliette son tricot, il faudra que j'aille souvent aider la pauvre Betty à la soigner. Et il y en a pour longtemps! Betty n'y tiendrait pas si elle n'avait quelqu'un qui vînt l'aider... Tiens! voici le chat!... Minet, Minet, viens, mon Minet, viens faire connaissance avec ton nouvel ami.» Minet approcha sans méfiance et fit le gros dos et ron-ron en se frottant aux jambes de Charles qui le caressa, le prit sur ses genoux et l'embrassa. Le chat se sentit tout à fait à l'aise et frotta sa tête contre la joue de Charles.
Charles:—Bien, mon ami, tu es un bon Minet; je serai ton ami et je t'apprendrai à faire de jolies choses... D'abord, sais-tu scier?... Tu vas voir comme c'est joli et amusant.»
Charles plaça entre ses jambes les pattes de derrière du chat, prit de chaque main une des pattes de devant et une des oreilles, et le fit ployer comme les scieurs de long quand ils scient à deux une pièce de bois. Puis il le releva, puis il le fit ployer encore; le chat, ne trouvant pas le jeu fort à son gré, se débattit, mais en vain; Charles serrait davantage les jambes pour maintenir celles du chat et tenait plus fortement les pattes de devant et les oreilles; à chaque révérence qu'il lui faisait exécuter, le chat faisait un demi-miaulement furieux.
«Bravo! s'écria Charles; très bien! Il imite le bruit de la scie; entends-tu, Juliette?»
Et il faisait scier le pauvre chat avec un redoublement de vigueur.
Juliette:—Que fais-tu donc, Charles? Je parie que tu le tourmentes. Il miaule comme s'il n'était pas content.
Charles:—Pas du tout! Il imite le bruit de la scie; il est enchanté; s'il était ouvrier scieur, tu l'entendrais rire... ou jurer peut-être, car ils jurent tous... Aie! aïe! vilaine bête! Quel coup de griffe il m'a donné! Le voilà qui se sauve. Attends, imbécile! tu vas en recevoir pour ta peine!»
Avant que Juliette eût eu le temps d'arrêter Charles dans ses projets de vengeance, il avait disparu; elle l'entendit courir, crier des sottises au chat; puis elle entendit plusieurs miaulements désespérés, deux ou trois cris poussés par Charles et puis plus rien. Deux minutes après, Charles revenait près de Juliette.
Juliette, agitée:—Charles, qu'as-tu fait du pauvre chat? Pourquoi a-t-il miaulé, et pourquoi as-tu crié?
Charles, ému:—Parce que ton chat est une méchante bête qui m'a mordu, griffé, qui m'aurait mis en pièces si je ne l'avais maintenu de toutes mes forces. Aussi l'ai-je fouetté d'importance!
Juliette:-Pauvre bête! Ce chat a toujours été très bon; c'est toi qui l'as mis en colère en le tourmentant. Et je suis très fâchée contre toi!
Charles:—Oh! Juliette! tu es fâchée contre moi pour un méchant chat qui m'a fait mal, qui a un caractère détestable, qui ne comprend pas le jeu!
Juliette:—Et comment veux-tu qu'il s'amuse à un jeu qui lui fait mal ou tout au moins qui l'ennuie?
Charles:—Et c'est ce qui prouve qu'il est bête.
Juliette:—Et parce qu'il est bête, tu le bats, tu le fouettes comme s'il avait de la raison, comme s'il pouvait comprendre? Tu fais pour lui pis que ne faisait ta cousine Mac'Miche pour toi.
Charles:—Voyons, Juliette, ne sois pas fâchée; pardonne-moi. J'étais en colère, vois-tu! Il m'avait déjà griffé avant que je l'eusse battu. Juliette:—Je te pardonnerai si tu me promets de ne plus recommencer et de ne jamais battre mon chat.
Charles:—Je te le promets; je jouerai avec lui sans le battre et sans le tourmenter.
—Bon; alors je te pardonne, dit Juliette en souriant et en lui tendant la main.
Charles, l'embrassant:—Merci, ma bonne, ma chère Juliette! Comme tu es différente de la vieille cousine! Comme je serai heureux près de toi! Et comme je t'obéirai! Tu vois déjà comme je suis doux! Au lieu de me mettre en colère, je t'ai demandé de suite pardon.
Juliette, riant:—Tu appelles cela être doux! Et ta colère contre le pauvre chat?
Charles, riant aussi:—Ah! c'est vrai! Mais tu sais que j'ai promis de ne pas recommencer... Dis donc, Juliette, si je courais jusque chez la cousine pour savoir comment elle est et si Betty n'a pas besoin de moi?
Juliette:—Je veux bien; seulement, je te ferai observer qu'il est tard, et que tu n'as ni rangé ni balayé la salle.
Charles:—Alors je vais commencer par là.»
Et Charles, enchanté de lui-même, presque surpris de sa docilité, se mit à l'ouvrage avec une telle ardeur, qu'un quart d'heure après, tout était nettoyé, rangé, mis en ordre.
«J'ai fini, dit-il; et si tu voyais comme c'est bien, comme c'est propre, comme tout est bien en place, tu serais joliment contente de moi!
Juliette, souriant:—Sois modeste dans la prospérité, mon bon Charlot! Tu as un air triomphant qui ressemble un peu à de l'orgueil.
Charles:—C'est qu'il y a de quoi!... Ce balai est excellent! Je n'en avais jamais eu de si bon! Il a balayé! Cela allait tout seul! Aussi je suis content, et je pars. Au revoir, Juliette! Tu n'as besoin de rien? Juliette:—De rien du tout; je te remercie. Ne reste pas trop longtemps absent.
Charles:—Non, non, sois tranquille; dans une demi-heure je serai de retour.»
Et d'un bond il fut dans la rue. Il courut (c'était son allure accoutumée, il ne marchait que lorsqu'il ne pouvait faire autrement), il courut donc jusque chez sa cousine Mac'Miche; Betty n'était pas dans la cuisine: il monta dans la chambre; il y trouva Mme Mac'Miche seule, se débattant dans son lit, gémissant, disant des phrases incohérentes, dans un véritable délire. Betty était absente. Charles approcha et chercha à la calmer. Elle ouvrit des yeux effarés, le regarda, eut l'air de le reconnaître et lui fit voir ses mains vides.
«On vous a ôté votre or? demanda Charles.
Madame Mac'Miche:—Tout, tout. Plus rien! Ils ont tout volé. L'or, la clef, tout.
Charles:—Mais qui vous a volé l'or et la clef?
Madame Mac'Miche:—Charles! Ce Charles maudit, qui est l'ami des fées; ils ont tout pris! Deux grands génies noirs! Les amis de Charles! Oh! mon or! mon pauvre or!»
Elle retomba sur son oreiller, recommença ses cris et ses hurlements.
Charles était fort embarrassé, ne sachant que faire, ignorant qui avait enlevé les rouleaux d'or. Faute de mieux il essaya de lui donner à boire comme il l'avait déjà fait; après lui avoir préparé un verre d'eau de groseilles il le lui présenta; elle le saisit, le regarda et le lança au milieu de la chambre, en disant:
«Ce n'est pas mon or! Je veux mon or!»
XVIII
JULIETTE LE CONSOLE, REPENTIR DE CHARLES
Charles s'assit en face du lit de la malheureuse folle et réfléchit. Il se souvint des nombreuses vengeances qu'il avait exercées contre elle, de la joie qu'il avait éprouvée en lui parlant de ses cinquante mille francs; et en observant le bouleversement que cette révélation avait opéré dans l'esprit de Mme Mac'Miche, il se souvint des représailles auxquelles il s'était livré à chaque injustice ou violence dont il avait été victime. Il se souvint des conseils sages et modérés de la bonne Juliette, et il regretta de les avoir repoussés. Le délire, l'agonie de cette méchante femme, éveillèrent des remords dans cette âme naturellement droite et bonne. Il s'accusa d'avoir provoqué ce délire en lui faisant croire à ses relations avec les fées.
Il se repentit et il pleura. Après avoir pleuré, il pria; agenouillé près du lit de cette femme dont la bouche vociférait des imprécations, il pria pour elle, pour lui-même; il implora le pardon du bon Dieu pour elle et pour lui.
Quand Marianne vint savoir des nouvelles de sa cousine Mac'Miche, elle trouva Charles priant et pleurant encore. Surprise et effrayée, elle le releva.
«Qu'as-tu, mon Charlot? Est-elle morte? Où est Betty? (Mme Mac'Miche était étendue pâle et sans mouvement; son délire avait cessé.)
Charles:—Elle vit encore mais elle dit des choses horribles! Elle demande son or, elle crie au voleur, elle blasphème contre le bon Dieu. Et je priais pour elle... et pour moi qui ai contribué à la mettre dans ce terrible état. Je ne sais où est Betty. Quand je suis entré, ma pauvre cousine était seule et en délire.
Marianne:—Pauvre Charlot! Tu as bon coeur! C'est bien d'avoir prié pour elle! Tu avais été si malheureux chez elle!
Charles:-Mais je l'ai tant fait enrager de moitié avec Betty! Je crains d'avoir contribué à sa maladie.
Marianne:—Si tu as contribué à sa maladie, tu vas contribuer à sa guérison par les soins que tu lui donneras. Où comptais-tu aller en sortant d'ici?
Charles:—Chez Juliette, qui est seule depuis longtemps, et que je devais rejoindre dans une demi-heure.
Marianne:—Eh bien, mon ami, pour commencer ton expiation, avant de rentrer, va chercher le médecin; tu lui diras que je l'attends ici; et tu lui expliqueras l'état dans lequel tu as trouvé ta cousine.
Charles:—Oui, Marianne, j'y cours... Pauvre femme, dit-il en jetant un dernier regard sur Mme Mac'Miche, comme elle est affreuse! Quel rire méchant elle a! Tenez, elle ouvre les yeux! Voyez comme elle les roule!
Marianne:—Il est certain qu'elle a le regard... d'un diable, pour dire les choses telles qu'elles sont... Oui, tu as raison... Pauvre femme!... Que Dieu daigne la prendre en pitié! Je la crois bien malade; et peut-être après le médecin faudra-t-il le prêtre.»
Charles courut sans reprendre haleine jusque chez le médecin, auquel il expliqua la position alarmée de Mme Mac'Miche et l'attente de sa cousine Marianne.
Le médecin hocha la tête, et dit qu'il la considérait comme perdue par suite de l'exaltation où la mettait la restitution des cinquante mille francs opérée par le juge de paix; il promit d'y retourner dès que son souper serait fini.
Charles se retira fort triste et se reprochant amèrement d'avoir provoqué cette restitution par sa lettre à M. Blackday. En rentrant, il ouvrit lentement la porte, et vint prendre place près de Juliette.
«C'est toi enfin, mon bon Charles! dit Juliette dès qu'il eut ouvert la porte. Comme tu as été longtemps absent! Que s'est-il donc passé? Tu es triste, tu ne me dis rien.
Charles:—Je suis triste, il est vrai, Juliette; ma pauvre cousine est bien mal, et j'ai des remords d'avoir contribué à sa maladie par les peurs que je lui ai faites, les contrariétés que je lui ai fait supporter, et par-dessus tout par la part que j'ai prise dans la démarche du juge, il lui a enlevé ce qu'elle avait à moi. Le médecin dit que c'est ça qui lui a donné le délire, la fièvre, ce qui la tuera peut-être! Et c'est moi qui aurai causé sa mort. J'ai bien prié le bon Dieu pour elle et pour moi, Juliette!
Juliette:—Oh! Charles, que je suis heureuse de t'entendre parler ainsi! Quel bien me fait ce retour sérieux à de bons sentiments! Je l'avais tant demandé pour toi au bon Dieu!... Tu pleures, mon bon Charles? Que Dieu bénisse ces larmes et celui qui les répand.»
Charles pleurait en effet; il se jeta au cou de Juliette, qui mêla ses larmes aux siennes; et il pleura quelque temps encore pendant que son coeur priait et se repentait.
Juliette:—Charles, prends mon Imitation de Jésus-Christ, et lis-en un chapitre; cela nous fera du bien à tous les deux.»
Charles obéit et lut avec un accent ému un chapitre de ce livre admirable. Quand il eut fini, il se sentit remis de son trouble. Juliette était calme.
«Sais-tu, lui dit-elle, que lors même que tu n'aurais rien dit, rien demandé de la fortune que t'a laissée ton père, Marianne en avait déjà parlé au juge; et pendant que tu étais dans ton affreux Fairy's Hall, ils en avaient parlé sérieusement: Marianne avait remis au juge le reçu de Mme Mac'Miche, et M. Blackday s'était croisé avec une lettre du juge qui lui demandait des renseignements sur les sommes qui t'appartenaient et que retenait injustement ta cousine. Ainsi, tu vois que tu ne lui as fait aucun mal, et que tu ne dois avoir aucun remords.
Charles:—Dieu soit loué! Merci, Juliette, de ce que tu m'apprends! Quel poids tu enlèves de dessus mon coeur!»
Charles baisa la main de Juliette qu'il tenait dans les siennes.
Juliette:—Elle est donc plus malade, cette pauvre femme?
Charles:—Marianne la trouve très mal puisqu'elle a parlé du prêtre après le médecin. Elle a un affreux délire; et la pauvre malheureuse ne parle que de son or; c'est pénible à entendre!
Juliette:—Voilà les avares! ils aiment tant leur or qu'ils n'ont plus de coeur pour aimer le bon Dieu ni les hommes.»
Quelqu'un frappa à la porte; Charles alla ouvrir. C'était Betty et le charretier Donald.
Charles:—Te voilà donc enfin, Betty! Où étais-tu? Marianne est près de ma cousine Maè'Miche, qui est très mal.
Betty:—Je le crois bien, qu'elle est mal, après ce qui est arrivé! M. le juge est venu reprendre la clef de la caisse, pour que personne ne pût y toucher pendant la maladie de Mme Mac'Miche. Ne voilà-t-il pas qu'il aperçoit les rouleaux d'or qu'elle tenait dans ses mains? Vu son état, M. le juge craint qu'elle ne les perde, que quelqu'un ne les lui prenne; quand elle voit que M. le juge et l'autre monsieur vont ouvrir la caisse, elle crie comme une possédée; le juge, qui ne se trouble pas si facilement, revient près d'elle pour lui enlever ses rouleaux et les remettre dans la caisse; elle se débat et crie de toute la force de ses poumons. L'autre monsieur venant en aide à M. le juge, ils parviennent à lui arracher son or, qu'ils enferment dans la caisse et en emportent la clef. A partir de ce moment elle est devenue folle furieuse. Elle me faisait peur, savez-vous? Je me suis dit que jamais je ne passerais la nuit seule près de cette forcenée qui appelait les fées à son secours, et qu'il me fallait une société, un quelqu'un. J'ai couru de droite et de gauche sans trouver personne qui voulût bien me rendre ce service. Je me désolais, j'en pleurais, lorsque j'ai rencontré ce bon M. Donald, qui veut bien, lui; seulement, nous venions voir Mlle Marianne pour qu'elle fasse prix avec M. Donald pour le temps qu'il passera près de la cousine Mac'Miche.
Juliette:—Vous trouverez Marianne près de ma cousine; elle y est depuis que Charles est allé chercher le médecin.
Betty:-Tiens! elle est donc plus mal, qu'on a été au médecin?
Juliette:—Charles dit que Marianne la trouve très mal.
Betty:—Allons-y tout de suite, Monsieur Donald. Ces dames vous payeront bien, soyez tranquille.
Donald:—Oui, si ce n'est pas votre bourgeoise qui paye.
Betty:—Non, non, ça s'arrangera. Au revoir, la compagnie.
Betty et Donald furent bientôt remplacés près de Charles et de Juliette par Marianne, qui leur dit que le médecin était fort inquiet, qu'il avait fait un forte saignée, laquelle n'avait encore amené aucun soulagement; il trouvait que l'idée de Charles, de lui faire tenir de l'or dans ses mains, avait été excellente et avait déjà ramené du calme; mais il craignait beaucoup que l'enlèvement violent de cet or n'amenât les plus funestes résultats.
«Betty vient d'arriver, ajouta Marianne, avec un charretier de ses amis pour veiller la cousine cette nuit, la soulever, la faire changer de position et surtout pour rassurer Betty elle-même, qui a une peur affreuse de tout ce que dit la cousine et des cris qu'elle pousse sans cesse. Et maintenant, continua Marianne, Charles va m'aider à préparer le souper; notre, journée a été toute dérangée depuis onze heures... Tu es pale, ma pauvre Juliette. Veux-tu faire une petite promenade avec Charles pendant que je mettrai le couvert?»
Juliette ayant accepté l'offre de sa soeur, Charles l'emmena.