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Romans et contesParte 9 de 35

Théophile Gautier

Original em francês · tradução para inglês

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  • O sentido de cada trecho
  • Notas sobre expressões e gramática
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Octave s’assimila tous ces détails d’un coup d’œil rapide pour n’être pas involontairement préoccupé par la nouveauté d’objets qui auraient dû lui être familiers.

Un glissement léger sur les dalles, un froufrou de taffetas lui fit retourner la tête. C’était la comtesse Prascovie Labinska qui approchait et qui s’assit après lui avoir fait un petit signe amical.

Elle portait un peignoir de soie quadrillée vert et blanc, garni d’une ruche de même étoffe découpée en dents de loup; ses cheveux massés en épais bandeaux sur les tempes, et roulés à la naissance de la nuque en une torsade d’or semblable à la volute d’un chapiteau ionien, lui composaient une coiffure aussi simple que noble, et à laquelle un statuaire grec n’eût rien voulu changer; son teint de rose carnée était un peu pâli par l’émotion de la veille et le sommeil agité de la nuit; une imperceptible auréole nacrée entourait ses yeux ordinairement si calmes et si purs; elle avait l’air fatigué et languissant; mais, ainsi attendrie, sa beauté n’en était que plus pénétrante, elle prenait quelque chose d’humain; la déesse se faisait femme; l’ange, reployant ses ailes, cessait de planer.

Plus prudent cette fois, Octave voila la flamme de ses yeux et masqua sa muette extase d’un air indifférent.

La comtesse allongea son petit pied chaussé d’une pantoufle en peau mordorée, dans la laine soyeuse du tapis-gazon placé sous la table pour neutraliser le froid contact de la mosaïque de marbre blanc et de brocatelle de Vérone qui pavait la salle à manger, fit un léger mouvement d’épaules comme glacée par un dernier frisson de fièvre, et, fixant ses beaux yeux d’un bleu polaire sur le convive qu’elle prenait pour son mari, car le jour avait fait évanouir les pressentiments, les terreurs et les fantômes nocturnes, elle lui dit d’une voix harmonieuse et tendre, pleine de chastes câlineries, une phrase en polonais!!! Avec le comte elle se servait souvent de la chère langue maternelle aux moments de douceur et d’intimité, surtout en présence des domestiques français, à qui cet idiome était inconnu.

Le Parisien Octave savait le latin, l’italien, l’espagnol, quelques mots d’anglais; mais, comme tous les Gallo-Romains, il ignorait entièrement les langues slaves.—Les chevaux de frise de consonnes qui défendent les rares voyelles du polonais lui en eussent interdit l’approche quand bien même il eût voulu s’y frotter.—A Florence, la comtesse lui avait toujours parlé français ou italien, et la pensée d’apprendre l’idiome dans lequel Mickiewicz a presque égalé Byron ne lui était pas venue. On ne songe jamais à tout!

A l’audition de cette phrase il se passa dans la cervelle du comte, habitée par le moi d’Octave, un très-singulier phénomène: les sons étrangers au Parisien suivant les replis d’une oreille slave, arrivèrent à l’endroit habituel où l’âme d’Olaf les accueillait pour les traduire en pensées, et y évoquèrent une sorte de mémoire physique; leur sens apparut confusément à Octave; des mots enfouis dans les circonvolutions cérébrales, au fond des tiroirs secrets du souvenir, se présentèrent en bourdonnant, tout prêts à la réplique; mais ces réminiscences vagues, n’étant pas mises en communication avec l’esprit, se dissipèrent bientôt, et tout redevint opaque. L’embarras du pauvre amant était affreux; il n’avait pas songé à ces complications en gantant la peau du comte Olaf Labinski, et il comprit qu’en volant la forme d’un autre on s’exposait à de rudes déconvenues.

Prascovie, étonnée du silence d’Octave, et croyant que, distrait par quelque rêverie, il ne l’avait pas entendue, répéta sa phrase lentement et d’une voix plus haute.

S’il entendait mieux le son des mots, le faux comte n’en comprenait pas davantage la signification; il faisait des efforts désespérés pour deviner de quoi il pouvait s’agir; mais pour qui ne les sait pas, les compactes langues du Nord n’ont aucune transparence, et si un Français peut soupçonner ce que dit une Italienne, il sera comme sourd en écoutant parler une Polonaise.—Malgré lui, une rougeur ardente couvrit ses joues; il se mordit les lèvres, et, pour se donner une contenance, découpa rageusement le morceau placé sur son assiette.

«On dirait en vérité, mon cher seigneur, dit la comtesse, cette fois, en français, que vous ne m’entendez pas, ou que vous ne me comprenez point...

—En effet, balbutia Octave-Labinski, ne sachant trop ce qu’il disait... cette diable de langue est si difficile!

—Difficile! oui, peut-être pour des étrangers, mais pour celui qui l’a bégayée sur les genoux de sa mère, elle jaillit des lèvres comme le souffle de la vie, comme l’effluve même de la pensée.

—Oui, sans doute, mais il y a des moments où il me semble que je ne la sais plus.

—Que contez-vous là, Olaf? quoi! vous l’auriez oubliée, la langue de vos aïeux, la langue de la sainte patrie, la langue qui vous fait reconnaître vos frères parmi les hommes, et, ajouta-t-elle plus bas, la langue dans laquelle vous m’avez dit la première fois que vous m’aimiez!

—L’habitude de me servir d’un autre idiome...» hasarda Octave-Labinski à bout de raisons.

«Olaf, répliqua la comtesse d’un ton de reproche, je vois que Paris vous a gâté; j’avais raison de ne pas vouloir y venir. Qui m’eût dit que lorsque le noble comte Labinski retournerait dans ses terres, il ne saurait plus répondre aux félicitations de ses vassaux?»

Le charmant visage de Prascovie prit une expression douloureuse; pour la première fois la tristesse jeta son ombre sur ce front pur comme celui d’un ange; ce singulier oubli la froissait au plus tendre de l’âme, et lui paraissait presque une trahison.

Le reste du déjeuner se passa silencieusement: Prascovie boudait celui qu’elle prenait pour le comte. Octave était au supplice, car il craignait d’autres questions qu’il eût été forcé de laisser sans réponse.

La comtesse se leva et rentra dans ses appartements.

Octave, resté seul, jouait avec le manche d’un couteau qu’il avait envie de se planter au cœur, car sa position était intolérable: il avait compté sur une surprise, et maintenant il se trouvait engagé dans les méandres sans issue pour lui d’une existence qu’il ne connaissait pas: en prenant son corps au comte Olaf Labinski, il eût fallu lui dérober aussi ses notions antérieures, les langues qu’il possédait, ses souvenirs d’enfance, les mille détails intimes qui composent le moi d’un homme, les rapports liant son existence aux autres existences: et pour cela tout le savoir du docteur Balthazar Cherbonneau n’eût pas suffi. Quelle rage! être dans ce paradis dont il osait à peine regarder le seuil de loin; habiter sous le même toit que Prascovie, la voir, lui parler, baiser sa belle main avec les lèvres mêmes de son mari, et ne pouvoir tromper sa pudeur céleste, et se trahir à chaque instant par quelque inexplicable stupidité! «Il était écrit là-haut que Prascovie ne m’aimerait jamais! Pourtant j’ai fait le plus grand sacrifice auquel puisse descendre l’orgueil humain: j’ai renoncé à mon moi et consenti à profiter sous une forme étrangère de caresses destinées à un autre!»

Il en était là de son monologue quand un groom s’inclina devant lui avec tous les signes du plus profond respect, en lui demandant quel cheval il monterait aujourd’hui...

Voyant qu’il ne répondait pas, le groom se hasarda, tout effrayé d’une telle hardiesse, à murmurer:

«Vultur ou Rustem? ils ne sont pas sortis depuis huit jours.

—Rustem,» répondit Octave-Labinski, comme il eût dit Vultur, mais le dernier nom s’était accroché à son esprit distrait.

Il s’habilla de cheval et partit pour le bois de Boulogne, voulant faire prendre un bain d’air à son exaltation nerveuse.

Rustem, bête magnifique de la race Nedji, qui portait sur son poitrail, dans un sachet oriental de velours brodé d’or, ses titres de noblesse remontant aux premières années de l’hégire, n’avait pas besoin d’être excité. Il semblait comprendre la pensée de celui qui le montait, et dès qu’il eut quitté le pavé et pris la terre, il partit comme une flèche sans qu’Octave lui fît sentir l’éperon. Après deux heures d’une course furieuse, le cavalier et la bête rentrèrent à l’hôtel, l’un calmé, l’autre fumant et les naseaux rouges.

Le comte supposé entra chez la comtesse, qu’il trouva dans son salon, vêtue d’une robe de taffetas blanc à volants étagés jusqu’à la ceinture, un nœud de rubans au coin de l’oreille, car c’était précisément le jeudi,—le jour où elle restait chez elle et recevait ses visites.

«Eh bien, lui dit-elle avec un gracieux sourire, car la bouderie ne pouvait rester longtemps sur ses belles lèvres, avez-vous rattrapé votre mémoire en courant dans les allées du bois?

—Mon Dieu, non, ma chère, répondit Octave Labinski; mais il faut que je vous fasse une confidence.

—Ne connais-je pas d’avance toutes vos pensées? ne sommes-nous plus transparents l’un pour l’autre?

—Hier, je suis allé chez ce médecin dont on parle tant.

—Oui, le docteur Balthazar Cherbonneau, qui a fait un long séjour aux Indes et a, dit-on, appris des brahmes une foule de secrets plus merveilleux les uns que les autres.—Vous vouliez même m’emmener; mais je ne suis pas curieuse,—car je sais que vous m’aimez, et cette science me suffit.

—Il a fait devant moi des expériences si étranges, opéré de tels prodiges, que j’en ai l’esprit troublé encore. Cet homme bizarre, qui dispose d’un pouvoir irrésistible, m’a plongé dans un sommeil magnétique si profond, qu’à mon réveil je ne me suis plus trouvé les mêmes facultés: j’avais perdu la mémoire de bien des choses; le passé flottait dans un brouillard confus: seul, mon amour pour vous était demeuré intact.

—Vous avez eu tort, Olaf, de vous soumettre à l’influence de ce docteur. Dieu, qui a créé l’âme, a le droit d’y toucher; mais l’homme, en l’essayant, commet une action impie, dit d’un ton grave la comtesse Prascovie Labinska.—J’espère que vous n’y retournerez plus, et que, lorsque je vous dirai quelque chose d’aimable—en polonais,—vous me comprendrez comme autrefois.»

Octave, pendant sa promenade à cheval, avait imaginé cette excuse de magnétisme pour pallier les bévues qu’il ne pouvait manquer d’entasser dans son existence nouvelle; mais il n’était pas au bout de ses peines.—Un domestique, ouvrant le battant de la porte, annonça un visiteur.

«M. Octave de Saville.»

Quoiqu’il dût s’attendre un jour ou l’autre à cette rencontre, le véritable Octave pâlit à ces simples mots comme si la trompette du jugement dernier lui eût brusquement éclaté à l’oreille. Il eut besoin de faire appel à tout son courage et de se dire qu’il avait l’avantage de la situation pour ne pas chanceler; instinctivement il enfonça ses doigts dans le dos d’une causeuse, et réussit ainsi à se maintenir debout avec une apparence ferme et tranquille.

Le comte Olaf, revêtu de l’apparence d’Octave, s’avança vers la comtesse qu’il salua profondément.

«M. le comte Labinski... M. Octave de Saville...» fit la comtesse Labinska en présentant les gentilshommes l’un à l’autre.

Les deux hommes se saluèrent froidement en se lançant des regards fauves à travers le masque de marbre de la politesse mondaine, qui recouvre parfois tant d’atroces passions.

«Vous m’avez tenu rigueur depuis Florence, monsieur Octave, dit la comtesse d’une voix amicale et familière, et j’avais peur de quitter Paris sans vous voir.—Vous étiez plus assidu à la villa Salviati, et vous comptiez alors parmi mes fidèles.

—Madame, répondit d’un ton contraint le faux Octave, j’ai voyagé, j’ai été souffrant, malade même, et, en recevant votre gracieuse invitation, je me suis demandé si j’en profiterais, car il ne faut pas être égoïste et abuser de l’indulgence qu’on veut bien avoir pour un ennuyeux.

—Ennuyé peut-être; ennuyeux, non, répliqua la comtesse; vous avez toujours été mélancolique,—mais un de vos poëtes ne dit-il pas de la mélancolie:

Après l’oisiveté, c’est le meilleur des maux.

—C’est un bruit que font courir les gens heureux pour se dispenser de plaindre ceux qui souffrent, dit Olaf-de Saville.»

La comtesse jeta un regard d’une ineffable douceur sur le comte, enfermé dans la forme d’Octave, comme pour lui demander pardon de l’amour qu’elle lui avait involontairement inspiré.

«Vous me croyez plus frivole que je ne suis; toute douleur vraie a ma pitié, et, si je ne puis la soulager, j’y sais compatir.—Je vous aurais voulu heureux, cher monsieur Octave; mais pourquoi vous êtes vous cloîtré dans votre tristesse, refusant obstinément la vie qui venait à vous avec ses bonheurs, ses enchantements et ses devoirs? Pourquoi avez-vous refusé l’amitié que je vous offrais?»

Ces phrases si simples et si franches impressionnaient diversement les deux auditeurs.—Octave y entendait la confirmation de la sentence prononcée au jardin Salviati, par cette belle bouche que jamais ne souilla le mensonge; Olaf y puisait une preuve de plus de l’inaltérable vertu de la femme, qui ne pouvait succomber que par un artifice diabolique. Aussi une rage subite s’empara de lui en voyant son spectre animé par une autre âme installé dans sa propre maison, et il s’élança à la gorge du faux comte.

«Voleur, brigand, scélérat, rends-moi ma peau!»

A cette action si extraordinaire, la comtesse se pendit à la sonnette, des laquais emportèrent le comte.

«Ce pauvre Octave est devenu fou!» dit Prascovie pendant qu’on emmenait Olaf, qui se débattait vainement.

«Oui, répondit le véritable Octave, fou d’amour! Comtesse, vous êtes décidément trop belle!»

XI

Deux heures après cette scène, le faux comte reçut du vrai une lettre fermée avec le cachet d’Octave de Saville,—le malheureux dépossédé n’en avait pas d’autres à sa disposition. Cela produisit un effet bizarre à l’usurpateur de l’entité d’Olaf Labinski de décacheter une missive scellée de ses armes, mais tout devait être singulier dans cette position anormale.

La lettre contenait les lignes suivantes, tracées d’une main contrainte et d’une écriture qui semblait contrefaite, car Olaf n’avait pas l’habitude d’écrire avec les doigts d’Octave:

«Lue par tout autre que par vous, cette lettre paraîtrait datée des Petites-Maisons, mais vous me comprendrez. Un concours inexplicable de circonstances fatales, qui ne se sont peut-être jamais produites depuis que la terre tourne autour du soleil, me force à une action que nul homme n’a faite. Je m’écris à moi-même et mets sur cette adresse un nom qui est le mien, un nom que vous m’avez volé avec ma personne. De quelles machinations ténébreuses suis-je victime, dans quel cercle d’illusions infernales ai-je mis le pied, je l’ignore;—vous le savez, sans doute. Ce secret, si vous n’êtes point un lâche, le canon de mon pistolet ou la pointe de mon épée vous le demandera sur un terrain où tout homme honorable ou infâme répond aux questions qu’on lui pose; il faut que demain l’un de nous ait cessé de voir la lumière du ciel. Ce large univers est maintenant trop étroit pour nous deux:—je tuerai mon corps habité par votre esprit imposteur ou vous tuerez le vôtre, où mon âme s’indigne d’être emprisonnée.—N’essayez pas de me faire passer pour fou,—j’aurai le courage d’être raisonnable, et, partout où je vous rencontrerai, je vous insulterai avec une politesse de gentilhomme, avec un sang-froid de diplomate; les moustaches de M. le comte Olaf Labinski peuvent déplaire à M. Octave de Saville, et tous les jours on se marche sur le pied à la sortie de l’Opéra, mais j’espère que mes phrases, bien qu’obscures, n’auront aucune ambiguïté pour vous, et que mes témoins s’entendront parfaitement avec les vôtres pour l’heure, le lieu et les conditions du combat.»

Cette lettre jeta Octave dans une grande perplexité. Il ne pouvait refuser le cartel du comte, et cependant il lui répugnait de se battre avec lui-même, car il avait gardé pour son ancienne enveloppe une certaine tendresse. L’idée d’être obligé à ce combat par quelque outrage éclatant le fit se décider pour l’acceptation, quoique, à la rigueur, il pût mettre à son adversaire la camisole de force de la folie et lui arrêter ainsi le bras, mais ce moyen violent répugnait à sa délicatesse. Si, entraîné par une passion inéluctable, il avait commis un acte répréhensible et caché l’amant sous le masque de l’époux pour triompher d’une vertu au-dessus de toutes les séductions, il n’était pas pourtant un homme sans honneur et sans courage; ce parti extrême, il ne l’avait d’ailleurs pris qu’après trois ans de luttes et de souffrances, au moment où sa vie, consumée par l’amour, allait lui échapper. Il ne connaissait pas le comte; il n’était pas son ami; il ne lui devait rien, et il avait profité du moyen hasardeux que lui offrait le docteur Balthazar Cherbonneau.

Où prendre des témoins? sans doute parmi les amis du comte; mais Octave, depuis un jour qu’il habitait l’hôtel, n’avait pu se lier avec eux.

Sur la cheminée s’arrondissaient deux coupes de céladon craquelé, dont les anses étaient formées par des dragons d’or. L’une contenait des bagues, des épingles, des cachets et autres menus bijoux;—l’autre des cartes de visite où, sous des couronnes de duc, de marquis, de comte, en gothique, en ronde, en anglaise, étaient inscrits par des graveurs habiles une foule de noms polonais, russes, hongrois, allemands, italiens, espagnols, attestant l’existence voyageuse du comte, qui avait des amis dans tous les pays.

Octave en prit deux au hasard: le comte Zamoieczki et le marquis de Sepulveda.—Il ordonna d’atteler et se fit conduire chez eux. Il les trouva l’un et l’autre. Ils ne parurent pas surpris de la requête de celui qu’ils prenaient pour le comte Olaf Labinski.—Totalement dénués de la sensibilité des témoins bourgeois, ils ne demandèrent pas si l’affaire pouvait s’arranger et gardèrent un silence de bon goût sur le motif de la querelle, en parfaits gentilshommes qu’ils étaient.

De son côté, le comte véritable, ou, si vous l’aimez mieux, le faux Octave, était en proie à un embarras pareil; il se souvint d’Alfred Humbert et de Gustave Raimbault, au déjeuner duquel il avait refusé d’assister, et il les décida à le servir en cette rencontre.—Les deux jeunes gens marquèrent quelque étonnement de voir engager dans un duel leur ami, qui depuis un an n’avait presque pas quitté sa chambre, et dont ils savaient l’humeur plus pacifique que batailleuse; mais, lorsqu’il leur eut dit qu’il s’agissait d’un combat à mort pour un motif qui ne devait pas être révélé, ils ne firent plus d’objections et se rendirent à l’hôtel Labinski.