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Romans et contesParte 28 de 35

Théophile Gautier

Original em francês · tradução para inglês

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  • O sentido de cada trecho
  • Notas sobre expressões e gramática
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Son ami Abdul-Maleck, alarmé de son état, venait le visiter souvent et ne pouvait s’empêcher de remarquer les grâces et la beauté de Leila, qui égalaient pour le moins celles de la princesse Ayesha, si même elles ne les dépassaient, et s’étonnait de l’aveuglement de Mahmoud-Ben-Ahmed; et s’il n’eût craint de violer les saintes lois de l’amitié, il eût pris volontiers la jeune esclave pour femme. Cependant, sans rien perdre de sa beauté, Leila devenait chaque jour plus pâle; ses grands yeux s’alanguissaient; les rougeurs de l’aurore faisaient place sur ses joues aux pâleurs du clair de lune. Un jour Mahmoud-Ben-Ahmed s’aperçut qu’elle avait pleuré, et lui en demanda la cause:

«O mon cher seigneur, je n’oserais jamais vous la dire: moi, pauvre esclave recueillie par pitié, je vous aime; mais que suis-je à vos yeux? je sais que vous avez formé le vœu de n’aimer qu’une péri ou qu’une sultane: d’autres se contenteraient d’être aimés sincèrement par un cœur jeune et pur et ne s’inquiéteraient pas de la fille du calife ou de la reine des génies: regardez-moi, j’ai eu quinze ans hier, je suis peut-être aussi belle que cette Ayesha dont vous parlez tout haut en rêvant; il est vrai qu’on ne voit pas briller sur mon front l’escarboucle magique, ou l’aigrette de plume de héron; je ne marche pas accompagnée de soldats aux mousquets incrustés d’argent et de corail. Mais cependant je sais chanter, improviser sur la guzla, je danse comme Emineh elle-même, je suis pour vous comme une sœur dévouée; que faut-il donc pour toucher votre cœur?»

Mahmoud-Ben-Ahmed, en entendant ainsi parler Leila, sentait son cœur se troubler; cependant il ne disait rien et semblait en proie à une profonde méditation. Deux résolutions contraires se disputaient son âme: d’une part, il lui en coûtait de renoncer à son rêve favori; de l’autre, il se disait qu’il serait bien fou de s’attacher à une femme qui s’était jouée de lui et l’avait quitté avec des paroles railleuses, lorsqu’il avait dans sa maison, en jeunesse et en beauté, au moins l’équivalent de ce qu’il perdait.

Leila, comme attendant son arrêt, se tenait agenouillée, et deux larmes coulaient silencieusement sur la figure pâle de la pauvre enfant.

«Ah! pourquoi le sabre de Mesrour n’a-t-il pas achevé ce qu’il avait commencé! dit-elle en portant la main à son cou frêle et blanc.»

Touché de cet accent de douleur, Mahmoud-Ben-Ahmed releva la jeune esclave et déposa un baiser sur son front.

Leila redressa la tête comme une colombe caressée, et, se posant devant Mahmoud-Ben-Ahmed, lui prit les mains, et lui dit:

«Regardez-moi bien attentivement; ne trouvez-vous pas que je ressemble fort à quelqu’un de votre connaissance?»

Mahmoud-Ben-Ahmed ne put retenir un cri de surprise:

«C’est la même figure, les mêmes yeux, tous les traits en un mot de la princesse Ayesha. Comment se fait-il que je n’aie pas remarqué cette ressemblance plus tôt?

—Vous n’aviez jusqu’à présent laissé tomber sur votre pauvre esclave qu’un regard fort distrait, répondit Leila d’un ton de douce raillerie.

—La princesse Ayesha elle-même m’enverrait maintenant son noir à la robe de damas jaune, avec le sélam d’amour, que je refuserais de le suivre.

—Bien vrai? dit Leila d’une voix plus mélodieuse que celle de Bulbul faisant ses aveux à la rose bien-aimée. Cependant, il ne faudrait pas trop mépriser cette pauvre Ayesha, qui me ressemble tant.»

Pour toute réponse, Mahmoud-Ben-Ahmed pressa la jeune esclave sur son cœur. Mais quel fut son étonnement lorsqu’il vit la figure de Leila s’illuminer, l’escarboucle magique s’allumer sur son front, et des ailes, semées d’yeux de paon, se développer sur ses charmantes épaules! Leila était une péri!

«Je ne suis, mon cher Mahmoud-Ben-Ahmed, ni la princesse Ayesha, ni Leila l’esclave. Mon véritable nom est Boudroulboudour. Je suis péri du premier ordre, comme vous pouvez le voir par mon escarboucle et par mes ailes. Un soir, passant dans l’air à côté de votre terrasse, je vous entendis émettre le vœu d’être aimé d’une péri. Cette ambition me plut; les mortels ignorants, grossiers et perdus dans les plaisirs terrestres, ne songent pas à de si rares voluptés. J’ai voulu vous éprouver, et j’ai pris le déguisement d’Ayesha et de Leila pour voir si vous sauriez me reconnaître et m’aimer sous cette enveloppe humaine.—Votre cœur a été plus clairvoyant que votre esprit, et vous avez eu plus de bonté que d’orgueil. Le dévouement de l’esclave vous l’a fait préférer à la sultane; c’était là que je vous attendais. Un moment séduite par la beauté de vos vers, j’ai été sur le point de me trahir; mais j’avais peur que vous ne fussiez qu’un poëte amoureux seulement de votre imagination et de vos rimes, et je me suis retirée, affectant un dédain superbe. Vous avez voulu épouser Leila l’esclave, Boudroulboudour la péri se charge de la remplacer. Je serai Leila pour tous, et péri pour vous seul; car je veux votre bonheur, et le monde ne vous pardonnerait pas de jouir d’une félicité supérieure à la sienne. Toute fée que je sois, c’est tout au plus si je pourrais vous défendre contre l’envie et la méchanceté des hommes.»

Ces conditions furent acceptées avec transport par Mahmoud-Ben-Ahmed, et les noces furent faites comme s’il eût épousé réellement la petite Leila.

Telle est en substance l’histoire que je dictai à Scheherazade par l’entremise de Francesco.

«Comment a-t-il trouvé votre conte arabe, et qu’est devenue Scheherazade?

—Je ne l’ai plus vue depuis.»

Je pense que Schahriar, mécontent de cette histoire, aura fait définitivement couper la tête à la pauvre sultane.

Des amis, qui reviennent de Bagdad, m’ont dit avoir vu, assise sur les marches d’une mosquée, une femme dont la folie était de se croire Dinarzarde des Mille et une Nuits, et qui répétait sans cesse cette phrase:

«Ma sœur, contez-nous une de ces belles histoires que vous savez si bien conter.»

Elle attendait quelques minutes, prêtant l’oreille avec beaucoup d’attention, et comme personne ne lui répondait, elle se mettait à pleurer, puis essuyait ses larmes avec un mouchoir brodé d’or et tout constellé de taches de sang.


LE PAVILLON SUR L’EAU

Dans la province de Canton, à quelque li de la ville, demeuraient porte à porte deux riches Chinois retirés des affaires; à quelle époque, c’est ce qu’il importe peu de savoir, les contes n’ont pas besoin d’une chronologie bien précise. L’un de ces Chinois s’appelait Tou, et l’autre Kouan; Tou avait occupé de hautes fonctions scientifiques. Il était hanlin et lettré de la Chambre de jaspe; Kouan, dans des emplois moins relevés, avait su amasser de la fortune et de la considération.

Tou et Kouan, que reliait une parenté éloignée, s’étaient aimés autrefois. Plus jeunes, ils se plaisaient à se réunir avec quelques-uns de leurs anciens condisciples, et, pendant les soirées d’automne, ils faisaient voltiger le pinceau chargé de noir sur le treillis du papier à fleurs, et célébraient par des improvisations la beauté des reines-marguerites tout en buvant de petites tasses de vin; mais leurs deux caractères, qui ne présentaient d’abord que des différences presque insensibles, devinrent, avec le temps, tout à fait opposés. Telle une branche d’amandier qui se bifurque et dont les baguettes, rapprochées par le bas, s’écartent complétement au sommet, de sorte que l’une répand son parfum amer dans le jardin, tandis que l’autre secoue sa neige de fleurs en dehors de la muraille.

D’année en année, Tou prenait de la gravité; son ventre s’arrondissait majestueusement, son triple menton s’étageait d’un air solennel, il ne faisait plus que des distiques moraux bons à suspendre aux poteaux des pavillons.

Kouan, au contraire, semblait se regaillardir avec l’âge, il chantait plus joyeusement que jamais le vin, les fleurs et les hirondelles. Son esprit, débarrassé de soins vulgaires, était vif et alerte comme celui d’un jeune homme, et quand le mot qu’il fallait enchâsser dans un vers avait été donné, sa main n’hésitait pas un seul instant.

Peu à peu les deux amis s’étaient pris d’animosité l’un contre l’autre. Ils ne pouvaient plus se parler sans s’égratigner de paroles piquantes, et ils étaient, comme deux haies de ronces, hérissés d’épines et de griffes. Les choses en vinrent au point qu’ils n’eurent plus aucun rapport ensemble et firent pendre, chacun de son côté, à la façade de leurs maisons, une tablette portant la défense formelle qu’aucun des habitants du logis voisin, sous quelque prétexte que ce fût, en franchît jamais le seuil.

Ils auraient bien voulu pouvoir déraciner leurs maisons et les planter ailleurs; malheureusement cela n’était pas possible. Tou essaya même de vendre sa propriété; mais il n’en put trouver un prix raisonnable, et d’ailleurs il en coûte toujours de quitter les lambris sculptés, les tables polies, les fenêtres transparentes, les treillis dorés, les siéges de bambou, les vases de porcelaine, les cabinets de laque rouge ou noire, les cartouches d’anciens poëmes, qu’on a pris tant de peine à disposer; il est dur de céder à d’autres le jardin qu’on a planté soi-même de saules, de pêchers et de pruniers, où l’on a vu, chaque printemps, s’épanouir la jolie fleur de meï: chacun de ces objets attache le cœur de l’homme avec un fil plus ténu que la soie, mais aussi difficile à rompre qu’une chaîne de fer.

A l’époque où Tou et Kouan étaient amis, ils avaient fait élever dans leur jardin chacun un pavillon, sur le bord d’une pièce d’eau commune aux deux propriétés: c’était un plaisir pour eux de s’envoyer du haut du balcon des salutations familières et de fumer la goutte d’opium enflammé sur le champignon de porcelaine en échangeant des bouffées bienveillantes; mais, depuis leurs dissensions, ils avaient fait bâtir un mur qui séparait l’étang en deux portions égales; seulement, comme la profondeur du bassin était grande, le mur s’appuyait sur des pilotis formant des espèces d’arcades basses, dont les baies laissaient passer les eaux sur lesquelles s’allongeaient les reflets du pavillon opposé.

Ces pavillons comptaient trois étages avec des terrasses en retraite. Les toits, retroussés et courbés aux angles en pointes de sabot, étaient couverts de tuiles rondes et brillantes semblables aux écailles qui papelonnent le ventre des carpes; sur chaque arête se profilaient des dentelures en forme de feuillages et de dragons. Des piliers de vernis rouge, réunis par une frise découpée à jour, comme la feuille d’ivoire d’un éventail, soutenaient cette toiture élégante. Leurs fûts reposaient sur un petit mur bas, plaqué de carreaux de porcelaine disposés avec une agréable symétrie, et bordé d’un garde-fou d’un dessin bizarre, de manière à former devant le corps de logis une galerie ouverte.

Cette disposition se répétait à chaque étage, non sans quelques variantes: ici les carreaux de porcelaine étaient remplacés par des bas-reliefs représentant divers sujets de la vie champêtre; un lacis de branches curieusement difformes et faisant des coudes inattendus, se substituait au balcon; des poteaux, peints de couleurs vives, servaient de piédestaux à des chimères verruqueuses, à des monstres fantastiques, produit de toutes les impossibilités soudées ensemble. L’édifice se terminait par une corniche évidée et dorée, garnie d’une balustrade de bambous aux nœuds égaux, ornée à chaque compartiment d’une boule de métal. L’intérieur n’était pas moins somptueux: aux parois des murailles, des vers de Tou-chi et de Li-tai-pe étaient écrits d’une main agile par lignes perpendiculaires, en caractères d’or sur fond de laque. Des feuilles de talc laissaient filtrer à travers les fenêtres un jour laiteux et couleur d’opale, et sur leur rebord, des pots de pivoine, d’orchis, de primevères de la Chine, d’érythrine à fleurs blanches, placés avec art, réjouissaient les yeux par leurs nuances délicates. Des carreaux, d’une soie magnifiquement ramagée, étaient disposés dans les coins de chaque chambre; et sur les tables, qui renvoyaient des reflets comme un miroir, on trouvait toujours des cure-dents, des éventails, des pipes d’ébène, des pierres de porphyre, des pinceaux, et tout ce qui est nécessaire pour écrire.

Des rochers artificiels, dans l’interstice desquels des saules, des noyers plongeaient leurs racines, servaient du côté de la terre de base à ces jolies constructions; du côté de l’eau, elles portaient sur des poteaux de bois indestructible.

C’était en réalité un coup d’œil charmant de voir le saule précipiter du haut de ces roches vers la surface de l’eau ses filaments d’or et ses houppes de soie, et les couleurs brillantes des pavillons reluire dans un cadre de feuillages bigarrés.

Sous le cristal de l’onde folâtraient par bandes des poissons d’azur écaillés d’or; des flottes de jolis canards à cols d’émeraude manœuvraient en tous sens, et les larges feuilles du nymphœa-nélumbo s’étalaient paresseusement sous la transparence diamantée de ce petit lac alimenté par une source vive.

Excepté vers le milieu, où le fond était formé d’un sable argenté d’une finesse extraordinaire, et où les bouillons de la source qui sourdait n’eussent pas permis à la végétation aquatique d’implanter ses fibrilles, tout le reste de l’étang était tapissé du plus beau velours vert qu’on puisse imaginer, par des nappes de cresson vivace.

Sans cette vilaine muraille élevée par l’inimitié réciproque des deux voisins, il n’y eût pas eu assurément, dans toute l’étendue de l’Empire du milieu, qui, comme on le sait, occupe plus des trois quarts du monde, un jardin plus pittoresque et plus délicieux; chacun eût agrandi sa propriété de la vue de celle de l’autre; car l’homme ici-bas ne peut prendre des objets que l’apparence.

Telle qu’elle était cependant, un sage n’eût pas souhaité, pour terminer sa vie dans la contemplation de la nature et les amusements de la poésie, une retraite plus fraîche et plus propice.

Tou et Kouan avaient gagné à leur mésintelligence une muraille pour toute perspective, et s’étaient privés réciproquement de la vue des charmants pavillons; mais ils se consolaient par l’idée d’avoir fait tort chacun à son voisin.

Cet état de choses régnait déjà depuis quelques années: les orties et les mauvaises herbes avaient envahi les sentiers qui conduisaient d’une maison à l’autre. Les branches d’arbustes épineux s’entrecroisaient, comme si elles eussent voulu intercepter toute communication; on eût dit que les plantes comprenaient les dissensions qui divisaient les deux anciens amis, et y prenaient part en tâchant de les séparer encore davantage.

Pendant ce temps, les femmes de Tou et de Kouan avaient chacune donné le jour à un enfant. Madame Tou était mère d’une charmante fille, et madame Kouan, d’un garçon le plus joli du monde. Cet heureux événement, qui avait mis la joie dans les deux maisons, était ignoré de part et d’autre; car, bien que leurs propriétés se touchassent, les deux Chinois vivaient aussi étrangers l’un à l’autre que s’ils eussent été séparés par le fleuve Jaune ou la grande muraille; les connaissances communes évitaient toute allusion à la maison voisine, et les serviteurs, s’ils se rencontraient par hasard, avaient ordre de ne se point parler sous peine du fouet et de la cangue.

Le garçon s’appelait Tchin-Sing, et la fille, Ju-Kiouan, c’est-à-dire, la perle et le jaspe; leur parfaite beauté justifiait le choix de ces noms. Dès qu’ils furent un peu grandelets, la muraille, qui coupait l’étang en deux et bornait désagréablement la vue de ce côté, attira leur attention, et ils demandèrent à leurs parents ce qu’il y avait derrière cette clôture si singulièrement posée au milieu d’une pièce d’eau, et à qui appartenaient les grands arbres dont on apercevait la cime.

On leur répondait que c’était l’habitation de gens bizarres, quinteux, revêches et de tout point insociables, et que cette clôture avait été faite pour se défendre de si méchants voisins.

Cette explication avait suffi à ces enfants; ils s’étaient accoutumés à la muraille et n’y prenaient plus garde.

Ju-Kiouan croissait en grâces et en perfections, elle était habile à tous les travaux de son sexe, elle maniait l’aiguille avec une adresse incomparable.

Les papillons quelle brodait sur le satin semblaient vivre et battre des ailes, vous eussiez juré entendre le chant des oiseaux qu’elle fixait au canevas; plus d’un nez abusé se colla sur ses tapisseries pour respirer le parfum des fleurs qu’elle y semait. Les talents de Ju-Kiouan ne se bornaient pas là, elle savait par cœur le livre des Odes et les cinq règles de conduite; jamais main plus légère ne jeta sur le papier de soie des caractères plus hardis et plus nets. Les dragons ne sont pas plus rapides dans leur vol, que son poignet lorsqu’il fait pleuvoir la pluie noire du pinceau. Elle connaissait tous les modes de poésies, le Tardif, le Hâté, l’Élevé et le Rentrant, et composait des pièces pleines de mérite sur les sujets qui doivent naturellement frapper une jeune fille, sur le retour des hirondelles, les saules printaniers, les reines-marguerites et autres objets analogues. Plus d’un lettré qui se croit digne d’enfourcher le cheval d’or n’eût pas improvisé avec autant de facilité.

Tchin-Sing n’avait pas moins profité de ses études, son nom se trouvait être des premiers sur la liste des examens. Quoiqu’il fût bien jeune, il eût pu se coiffer du bonnet noir, et déjà toutes les mères pensaient qu’un garçon si avancé dans les sciences ferait un excellent gendre et parviendrait bientôt aux plus hautes dignités littéraires; mais Tchin-Sing répondait d’un air enjoué aux négociateurs qu’on lui envoyait, qu’il était trop tôt, et qu’il désirait jouir encore quelque temps de sa liberté. Il refusa successivement Hon-Giu, Lo-Men-Gli, Oma, Po-Fo et autres jeunes personnes fort distinguées. Jamais, sans excepter le beau Fan-Gan, dont les dames remplissaient la voiture d’oranges et de sucreries, lorsqu’il revenait de tirer de l’arc, jeune homme ne fut plus choyé et ne reçut plus d’avances; mais son cœur paraissait insensible à l’amour, non par froideur, car à mille détails on pouvait deviner que Tchin-Sing avait l’âme tendre; on eût dit qu’il se souvenait d’une image connue dans une existence antérieure, et qu’il espérait retrouver dans celle-ci. On avait beau lui vanter les sourcils de feuille de saule, les pieds imperceptibles, et la taille de libellule des beautés qu’on lui proposait, il écoutait d’un air distrait et comme pensant à tout autre chose.