Romans et contesParte 16 de 35
Original em francês · tradução para inglês
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- O sentido de cada trecho
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Vicè, la fauve servante aux cheveux crépus, qui venait pour emporter la théière et les tasses, avait, en montant lentement l’escalier de la terrasse, entendu la fin de la conversation; elle nourrissait contre Paul d’Aspremont toute l’aversion qu’une paysanne des Abruzzes apprivoisée à peine par deux ou trois ans de domesticité, peut avoir à l’endroit d’un forestiere soupçonné de jettature; elle trouvait d’ailleurs le comte Altavilla superbe, et ne concevait pas que miss Ward pût lui préférer un jeune homme chétif et pâle dont elle, Vicè, n’eût pas voulu, quand même il n’aurait pas eu le fascino. Aussi, n’appréciant pas la délicatesse de procédé du comte, et désirant soustraire sa maîtresse, qu’elle aimait, à une nuisible influence, Vicè se pencha vers l’oreille de miss Ward et lui dit:
«Le nom que vous cache le comte Altavilla, je le sais, moi.
—Je vous défends de me le dire, Vicè, si vous tenez à mes bonnes grâces, répondit Alicia. Vraiment toutes ces superstitions sont honteuses, et je les braverai en fille chrétienne qui ne craint que Dieu.»
VII
«Jettatore! jettatore! Ces mots s’adressaient bien à moi, se disait Paul d’Aspremont en rentrant à l’hôtel; j’ignore ce qu’ils signifient, mais ils doivent assurément renfermer un sens injurieux ou moqueur. Qu’ai-je dans ma personne de singulier, d’insolite ou de ridicule pour attirer ainsi l’attention d’une manière défavorable? Il me semble, quoique l’on soit assez mauvais juge de soi-même, que je ne suis ni beau, ni laid, ni grand, ni petit, ni maigre, ni gros, et que je puis passer inaperçu dans la foule. Ma mise n’a rien d’excentrique; je ne suis pas coiffé d’un turban illuminé de bougies comme M. Jourdain dans la cérémonie du Bourgeois gentilhomme; je ne porte pas une veste brodée d’un soleil d’or dans le dos; un nègre ne me précède pas jouant des timbales; mon individualité parfaitement inconnue, du reste, à Naples, se dérobe sous le vêtement uniforme, domino de la civilisation moderne, et je suis dans tout pareil aux élégants qui se promènent rue de Tolède ou au largo du Palais, sauf un peu moins de cravate, un peu moins d’épingle, un peu moins de chemise brodée, un peu moins de gilet, un peu moins de chaînes d’or et beaucoup moins de frisure.
—Peut-être ne suis-je pas assez frisé!—Demain je me ferai donner un coup de fer par le coiffeur de l’hôtel. Cependant l’on a ici l’habitude de voir des étrangers, et quelques imperceptibles différences de toilette ne suffisent pas à justifier le mot mystérieux et le geste bizarre que ma présence provoque. J’ai remarqué, d’ailleurs, une expression d’antipathie et d’effroi dans les yeux des gens qui s’écartaient de mon chemin. Que puis-je avoir fait à ces gens que je rencontre pour la première fois? Un voyageur, ombre qui passe pour ne plus revenir, n’excite partout que l’indifférence, à moins qu’il n’arrive de quelque région éloignée et ne soit l’échantillon d’une race inconnue: mais les paquebots jettent toutes les semaines sur le môle des milliers de touristes dont je ne diffère en rien. Qui s’en inquiète, excepté les facchini, les hôteliers et les domestiques de place? Je n’ai pas tué mon frère, puisque je n’en avais pas, et je ne dois pas être marqué par Dieu du signe de Caïn, et pourtant les hommes se troublent et s’éloignent à mon aspect: à Paris, à Londres, à Vienne, dans toutes les villes que j’ai habitées, je ne me suis jamais aperçu que je produisisse un effet semblable; l’on m’a trouvé quelquefois fier, dédaigneux, sauvage; l’on m’a dit que j’affectais le sneer anglais, que j’imitais lord Byron, mais j’ai reçu partout l’accueil dû à un gentleman, et mes avances, quoique rares, n’en étaient que mieux appréciées. Une traversée de trois jours de Marseille à Naples ne peut pas m’avoir changé à ce point d’être devenu odieux ou grotesque, moi que plus d’une femme a distingué et qui ai su toucher le cœur de miss Alicia Ward, une délicieuse jeune fille, une créature céleste, un ange de Thomas Moore!
Ces réflexions, raisonnables assurément, calmèrent un peu Paul d’Aspremont, et il se persuada qu’il avait attaché à la mimique exagérée des Napolitains, le peuple le plus gesticulateur du monde, un sens dont elle était dénuée.
Il était tard.—Tous les voyageurs, à l’exception de Paul, avaient regagné leurs chambres respectives; Gelsomina, l’une des servantes dont nous avons esquissé la physionomie dans le conciliabule tenu à la cuisine sous la présidence de Virgilio Falsacappa, attendait que Paul fût rentré pour mettre les barres de clôture à la porte. Nanella, l’autre fille, dont c’était le tour de veiller, avait prié sa compagne plus hardie de tenir sa place, ne voulant pas se rencontrer avec le forestiere soupçonné de jettature; aussi Gelsomina était-elle sous les armes: un énorme paquet d’amulettes se hérissait sur sa poitrine, et cinq petites cornes de corail tremblaient au lieu de pampilles à la perle taillée de ses boucles d’oreilles; sa main, repliée d’avance, tendait l’index et le petit doigt avec une correction que le révérend curé Andréa de Jorio, auteur de la Mimica degli antichi investigata nel gestire napoletano eût assurément approuvée.
La brave Gelsomina, dissimulant sa main derrière un pli de sa jupe présenta le flambeau à M. d’Aspremont, et dirigea sur lui un regard aigu, persistant, presque provocateur, d’une expression si singulière, que le jeune homme en baissa les yeux; circonstance qui parut faire beaucoup de plaisir à cette belle fille.
A la voir immobile et droite, allongeant le flambeau avec un geste de statue, le profil découpé par une ligne lumineuse, l’œil fixe et flamboyant, on eût dit la Némésis antique cherchant à déconcerter un coupable.
Lorsque le voyageur eut monté l’escalier et que le bruit de ses pas se fut éteint dans le silence, Gelsomina releva la tête d’un air de triomphe, et dit: «Je lui ai joliment fait rentrer son regard dans la prunelle, à ce vilain monsieur, que saint Janvier confonde; je suis sûre qu’il ne m’arrivera rien de fâcheux.»
Paul dormit mal et d’un sommeil agité; il fut tourmenté par toutes sortes de rêves bizarres se rapportant aux idées qui avaient préoccupé sa veille: il se voyait entouré de figures grimaçantes et monstrueuses, exprimant la haine, la colère et la peur; puis les figures s’évanouissaient; des doigts longs, maigres, osseux, à phalanges noueuses, sortant de l’ombre et rougis d’une clarté infernale, le menaçaient en faisant des signes cabalistiques; les ongles de ces doigts, se recourbant en griffes de tigre, en serres de vautour, s’approchaient de plus en plus de son visage et semblaient chercher à lui vider l’orbite des yeux. Par un effort suprême, il parvint à écarter ces mains, voltigeant sur des ailes de chauve-souris; mais aux mains crochues succédèrent des massacres de bœufs, de buffles et de cerfs, crânes blanchis animés d’une vie morte, qui l’assaillaient de leurs cornes et de leurs ramures et le forçaient à se jeter à la mer, où il se déchirait le corps sur une forêt de corail aux branches pointues ou bifurquées;—une vague le rapportait à la côte, moulu, brisé, à demi mort; et, comme le don Juan de lord Byron, il entrevoyait à travers son évanouissement une tête charmante qui se penchait vers lui;—ce n’était pas Haydée, mais Alicia, plus belle encore que l’être imaginaire créé par le poëte. La jeune fille faisait de vains efforts pour tirer sur le sable le corps que la mer voulait reprendre, et demandait à Vicè, la fauve servante, une aide que celle-ci lui refusait en riant d’un rire féroce: les bras d’Alicia se fatiguaient, et Paul retombait au gouffre.
Ces fantasmagories confusément effrayantes, vaguement horribles, et d’autres plus insaisissables encore rappelant les fantômes informes ébauchés dans l’ombre opaque des aquatintes de Goya torturèrent le dormeur jusqu’aux premières lueurs du matin; son âme, affranchie par l’anéantissement du corps, semblait deviner ce que sa pensée éveillée ne pouvait comprendre, et tâchait de traduire ses pressentiments en image dans la chambre noire du rêve.
Paul se leva brisé, inquiet, comme mis sur la trace d’un malheur caché par ces cauchemars dont il craignait de sonder le mystère; il tournait autour du fatal secret, fermant les yeux pour ne pas voir et les oreilles pour ne pas entendre; jamais il n’avait été plus triste; il doutait même d’Alicia; l’air de fatuité heureuse du comte napolitain, la complaisance avec laquelle la jeune fille l’écoutait, la mine approbative du commodore, tout cela lui revenait en mémoire enjolivé de mille détails cruels, lui noyait le cœur d’amertume et ajoutait encore à sa mélancolie.
La lumière a ce privilége de dissiper le malaise causé par les visions nocturnes. Smarra, offusqué, s’enfuit en agitant ses ailes membraneuses, lorsque le jour tire ses flèches d’or dans la chambre par l’interstice des rideaux.—Le soleil brillait d’un éclat joyeux, le ciel était pur, et sur le bleu de la mer scintillaient des millions de paillettes: peu à peu Paul se rasséréna; il oublia ses rêves fâcheux et les impressions bizarres de la veille, ou, s’il y pensait, c’était pour s’accuser d’extravagance.
Il alla faire un tour à Chiaja pour s’amuser du spectacle de la pétulance napolitaine; les marchands criaient leurs denrées sur des mélopées bizarres en dialecte populaire, inintelligible pour lui qui ne savait que l’italien, avec des gestes désordonnés et une furie d’action inconnue dans le Nord; mais toutes les fois qu’il s’arrêtait près d’une boutique, le marchand prenait un air alarmé, murmurait quelque imprécation à mi-voix, et faisait le geste d’allonger les doigts comme s’il eût voulu le poignarder de l’auriculaire et de l’index; les commères, plus hardies, l’accablaient d’injures et lui montraient le poing.
VIII
M. d’Aspremont crut, en s’entendant injurier par la populace de Chiaja, qu’il était l’objet de ces litanies grossièrement burlesques dont les marchands de poisson régalent les gens bien mis qui traversent le marché; mais une répulsion si vive, un effroi si vrai se peignaient dans tous les yeux, qu’il fut bien forcé de renoncer à cette interprétation; le mot jettatore, qui avait déjà frappé ses oreilles au théâtre de San Carlino, fut encore prononcé, et avec une expression menaçante cette fois; il s’éloigna donc à pas lents, ne fixant plus sur rien ce regard, cause de tant de trouble. En longeant les maisons pour se soustraire à l’attention publique, Paul arriva à un étalage de bouquiniste; il s’y arrêta, remua et ouvrit quelques livres, en manière de contenance: il tournait ainsi le dos aux passants, et sa figure à demi cachée par les feuillets évitait toute occasion d’insulte. Il avait bien pensé un instant à charger cette canaille à coups de canne; la vague terreur superstitieuse qui commençait à s’emparer de lui l’en avait empêché. Il se souvint qu’ayant une fois frappé un cocher insolent d’une légère badine, il l’avait attrapé à la tempe et tué sur le coup, meurtre involontaire dont il ne s’était pas consolé. Après avoir pris et reposé plusieurs volumes dans leur case, il tomba sur le traité de la jettatura du signor Niccolo Valetta; ce titre rayonna à ses yeux en caractères de flamme, et le livre lui parut placé là par la main de la fatalité; il jeta au bouquiniste, qui le regardait d’un air narquois, en faisant brimbaler deux ou trois cornes noires mêlées aux breloques de sa montre, les six ou huit carlins, prix du volume, et courut à l’hôtel s’enfermer dans sa chambre pour commencer cette lecture qui devait éclaircir et fixer les doutes dont il était obsédé depuis son séjour à Naples.
Le bouquin du signor Valetta est aussi répandu à Naples que les Secrets du grand Albert, l’Etteila ou la Clef des songes peuvent l’être à Paris. Valetta définit la jettature, enseigne à quelles marques on peut la reconnaître, par quels moyens on s’en préserve; il divise les jettatori en plusieurs classes, d’après leur degré de malfaisance, et agite toutes les questions qui se rattachent à cette grave matière.
S’il eût trouvé ce livre à Paris, d’Aspremont l’eût feuilleté distraitement comme un vieil almanach farci d’histoires ridicules, et eût ri du sérieux avec lequel l’auteur traite ces billevesées; dans la disposition d’esprit où il était, hors de son milieu naturel, préparé à la crédulité par une foule de petits incidents, il le lut avec un secrète horreur, comme un profane épelant sur un grimoire des évocations d’esprits et des formules de cabale. Quoiqu’il n’eût pas cherché à les pénétrer, les secrets de l’enfer se révélaient à lui; il ne pouvait plus s’empêcher de les savoir, et il avait maintenant la conscience de son pouvoir fatal: il était jettatore! Il fallait bien en convenir vis-à-vis de lui-même: tous les signes distinctifs décrits par Valetta, il les possédait.
Quelquefois il arrive qu’un homme qui jusque-là s’était cru doué d’une santé parfaite, ouvre par hasard ou par distraction un livre de médecine, et, en lisant la description pathologique d’une maladie, s’en reconnaisse atteint; éclairé par une lueur fatale, il sent à chaque symptôme rapporté tressaillir douloureusement en lui quelque organe obscur, quelque fibre cachée dont le jeu lui échappait, et il pâlit en comprenant si prochaine une mort qu’il croyait bien éloignée.—Paul éprouva un effet analogue.
Il se mit devant une glace et se regarda avec une intensité effrayante: cette perfection disparate, composée de beautés qui ne se trouvent pas ordinairement ensemble, le faisait plus que jamais ressembler à l’archange déchu, et rayonnait sinistrement dans le fond noir du miroir; les fibrilles de ses prunelles se tordaient comme des vipères convulsives; ses sourcils vibraient pareils à l’arc d’où vient de s’échapper la flèche mortelle; la ride blanche de son front faisait penser à la cicatrice d’un coup de foudre, et dans ses cheveux rutilants paraissaient flamber des flammes infernales; la pâleur marmoréenne de la peau donnait encore plus de relief à chaque trait de cette physionomie vraiment terrible.
Paul se fit peur à lui-même: il lui semblait que les effluves de ses yeux, renvoyées par le miroir, lui revenaient en dards empoisonnés: figurez-vous Méduse regardant sa tête horrible et charmante dans le fauve reflet d’un bouclier d’airain.
L’on nous objectera peut-être qu’il est difficile de croire qu’un jeune homme du monde, imbu de la science moderne, ayant vécu au milieu du scepticisme de la civilisation, ait pu prendre au sérieux un préjugé populaire, et s’imaginer être doué fatalement d’une malfaisance mystérieuse. Mais nous répondrons qu’il y a un magnétisme irrésistible dans la pensée générale, qui vous pénètre malgré vous, et contre lequel une volonté unique ne lutte pas toujours efficacement: tel arrive à Naples se moquant de la jettature, qui finit par se hérisser de précautions cornues et fuir avec terreur tout individu à l’œil suspect. Paul d’Aspremont se trouvait dans une position encore plus grave:—il avait lui-même le fascino,—et chacun l’évitait, ou faisait en sa présence les signes préservatifs recommandés par le signor Valetta. Quoique sa raison se révoltât contre une pareille appréciation, il ne pouvait s’empêcher de reconnaître qu’il présentait tous les indices dénonciateurs de la jettature.—L’esprit humain, même le plus éclairé, garde toujours un coin sombre, où s’accroupissent les hideuses chimères de la crédulité, où s’accrochent les chauves-souris de la superstition. La vie ordinaire elle-même est si pleine de problèmes insolubles, que l’impossible y devient probable. On peut croire ou nier tout: à un certain point de vue, le rêve existe autant que la réalité.
Paul se sentit pénétré d’une immense tristesse.—Il était un monstre!—Bien que doué des instincts les plus affectueux et de la nature la plus bienveillante, il portait le malheur avec lui;—son regard, involontairement chargé de venin, nuisait à ceux sur qui il s’arrêtait, quoique dans une intention sympathique. Il avait l’affreux privilége de réunir, de concentrer, de distiller les miasmes morbides, les électricités dangereuses, les influences fatales de l’atmosphère, pour les darder autour de lui. Plusieurs circonstances de sa vie, qui jusque-là lui avaient semblé obscures et dont il avait vaguement accusé le hasard, s’éclairaient maintenant d’un jour livide: il se rappelait toutes sortes de mésaventures énigmatiques, de malheurs inexpliqués, de catastrophes sans motifs dont il tenait à présent le mot; des concordances bizarres s’établissaient dans son esprit et le confirmaient dans la triste opinion qu’il avait prise de lui-même.
Il remonta sa vie année par année; il se rappela sa mère morte en lui donnant le jour, la fin malheureuse de ses petits amis de collége, dont le plus cher s’était tué en tombant d’un arbre, sur lequel lui, Paul, le regardait grimper; cette partie de canot si joyeusement commencée avec deux camarades, et d’où il était revenu seul, après des efforts inouïs pour arracher des herbes les corps des pauvres enfants noyés par le chavirement de la barque; l’assaut d’armes où son fleuret, brisé près du bouton et transformé ainsi en épée, avait blessé si dangereusement son adversaire,—un jeune homme qu’il aimait beaucoup:—à coup sûr, tout cela pouvait s’expliquer rationnellement, et Paul l’avait fait ainsi jusqu’alors; pourtant, ce qu’il y avait d’accidentel et de fortuit dans ces événements lui paraissait dépendre d’une autre cause depuis qu’il connaissait le livre de Valetta:—l’influence fatale, le fascino, la jettatura—devaient réclamer leur part de ces catastrophes. Une telle continuité de malheurs autour du même personnage n’était pas naturelle.
Une autre circonstance plus récente lui revint en mémoire, avec tous ses détails horribles, et ne contribua pas peu à l’affermir dans sa désolante croyance.
A Londres, il allait souvent au théâtre de la Reine, où la grâce d’une jeune danseuse anglaise l’avait particulièrement frappé. Sans en être plus épris qu’on ne l’est d’une gracieuse figure de tableau ou de gravure, il la suivait du regard parmi ses compagnes du corps de ballet, à travers le tourbillon des manœuvres chorégraphiques; il aimait ce visage doux et mélancolique, cette pâleur délicate que ne rougissait jamais l’animation de la danse, ces beaux cheveux d’un blond soyeux et lustré, couronnés, suivant le rôle, d’étoiles ou de fleurs, ce long regard perdu dans l’espace, ces épaules d’une chasteté virginale frissonnant sous la lorgnette, ces jambes qui soulevaient à regret leurs nuages de gaze et luisaient sous la soie comme le marbre d’une statue antique; chaque fois qu’elle passait devant la rampe, il la saluait de quelque petit signe d’admiration furtif, ou s’armait de son lorgnon pour la mieux voir.