Michel Strogoff Cap. 1/4 · 0%

Michel StrogoffParte 13 de 34

Jules Verne

Original em francês · tradução para inglês

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Ce n'était ni un tarentass, ni une télègue, mais une berline de poste, toute poudreuse, et qui devait avoir déjà fait un long voyage. Le postillon frappait son attelage a tour de bras et ne le maintenait au galop qu'à force d'injures et de coups. Cette berline n'était certainement pas passée par Novo-Saimsk, et elle n'avait dû rejoindre la route d'Irkoutsk que par quelque route perdue de la steppe.

Michel Strogoff et ses compagnons, en voyant cette berline qui courait sur Ichim, n'eurent qu'une même pensée, la devancer et arriver avant elle au relais, afin de s'assurer avant tout des chevaux disponibles. Ils dirent donc un mot a leurs iemschiks, qui se trouvèrent bientôt en ligne avec l'attelage surmené de la berline.

Ce fut Michel Strogoff qui arriva le premier.

A ce moment, une tête parut a la portière de la berline.

Michel Strogoff eut à peine le temps de l'observer. Cependant, si vite qu'il passât, il entendit très-distinctement ce mot, prononcé d'une voix impérieuse, qui lui fut adressé:

«Arrêtez!»

On ne s'arrêta pas. Au contraire, et la berline fut bientôt devancée par les deux tarentass.

Ce fut alors une course de vitesse, car l'attelage de la berline, excité sans doute par la présence et l'allure des chevaux qui le dépassaient, retrouva des forces pour se maintenir pendant quelques minutes. Les trois voitures avaient disparu dans un nuage du poussière. De ces nuages blanchâtres s'échappaient, comme une pétarade, des claquements de fouet, mêlés de cris d'excitation et d'interjections de colère.

Néanmoins, l'avantage resta à Michel Strogoff et à ses compagnons,—avantage qui pouvait être très-important, si le relais était peu fourni de chevaux. Deux voitures à atteler, c'était peut-être plus que ne pourrait faire le maître de poste, du moins dans un court délai.

Une demi-heure après, la berline, restée en arrière, n'était plus qu'un point à peine visible à l'horizon de la steppe.

Il était huit heures du soir, lorsque les deux tarentass arrivèrent au relais de poste, à l'entrée d'Ichim.

Les nouvelles de l'invasion étaient de plus en plus mauvaises. La ville était directement menacée par l'avant-garde des colonnes tartares, et, depuis deux jours, les autorités avaient dû se replier sur Tobolsk. Ichim n'avait plus ni un fonctionnaire ni un soldat.

Michel Strogoff, arrivé au relais, demanda immédiatement, des chevaux pour lui.

Il avait été bien avisé de devancer la berline. Trois chevaux seulement étaient en état d'être immédiatement attelés. Les autres rentraient fatigués de quelque longue étape.

Le maître de poste donna l'ordre d'atteler.

Quant aux deux correspondants, auxquels il parut bon de s'arrêter à Ichim, ils n'avaient pas à se préoccuper d'un moyen de transport immédiat, et ils firent remiser leur voiture.

Dix minutes après son arrivée au relais, Michel Strogoff fut prévenu que son tarentass était prêt à partir.

«Bien,» répondit-il.

Puis, allant aux deux journalistes:

«Maintenant, messieurs, puisque vous restez à Ichim, le moment est venu de nous séparer.

—Quoi, monsieur Korpanoff, dit Alcide Jolivet, ne resterez-vous pas même une heure à Ichim?

—Non, monsieur, et je désire même avoir quitté la maison de poste avant l'arrivée de cette berline que nous avons devancée.

—Craignez-vous donc que ce voyageur ne cherche à vous disputer les chevaux du relais?

—Je tiens surtout à éviter toute difficulté.

—Alors, monsieur Korpanoff, dit Alcide Jolivet, il ne nous reste plus qu'à vous remercier encore une fois du service que vous nous avez rendu et du plaisir que nous avons eu à voyager en votre compagnie.

—Il est possible, d'ailleurs, que nous nous retrouvions dans quelques jours à Omsk, ajouta Harry Blount.

—C'est possible, en effet, répondit Michel Strogoff, puisque j'y vais directement.

—Eh bien! bon voyage, monsieur Korpanoff, dit alors Alcide Jolivet, et Dieu vous garde des télègues.»

Les deux correspondants tendaient la main à Michel Strogoff avec l'intention de la lui serrer le plus cordialement possible, lorsque le bruit d'une voiture se fit entendre au dehors.

Presque aussitôt, la porte de la maison de poste s'ouvrit brusquement, et un homme parut.

C'était le voyageur de la berline, un individu à tournure militaire, âgé d'une quarantaine d'années, grand, robuste, tête forte, épaules larges, épaisses moustaches se raccordant avec ses favoris roux. Il portait un uniforme sans insignes. Un sabre de cavalerie traînait à sa ceinture, et il tenait à la main un fouet à manche court.

«Des chevaux, demanda-t-il avec l'air impérieux d'un homme habitué à commander.

—Je n'ai plus de chevaux disponibles, répondit le maître de poste, en s'inclinant.

—Il m'en faut à l'instant.

—C'est impossible.

—Quels sont donc ces chevaux qui viennent d'être attelés au tarentass que j'ai vu à la porte du relais?

—Ils appartiennent à ce voyageur, répondit le maître de poste en montrant Michel Strogoff.

—Qu'on les dételle!...» dit le voyageur d'un ton qui n'admettait pas de réplique.

Michel Strogoff s'avança alors.

«Ces chevaux sont retenus par moi, dit-il.

—Peu m'importe! Il me les faut. Allons! Vivement! Je n'ai pas de temps à perdre!

—Je n'ai pas de temps à perdre non plus,» répondit Michel Strogoff, qui voulait être calme et se contenait non sans peine.

Nadia était près de lui, calme aussi, mais secrètement inquiète d'une scène qu'il eût mieux valu éviter.

«Assez!» répéta le voyageur.

Puis, allant au maître de poste:

«Qu'on dételle ce tarentass, s'écria-t-il avec un geste de menace, et que les chevaux soient mis à ma berline!»

Le maître de poste, très-embarrassé, ne savait à qui obéir, et il regardait Michel Strogoff, dont c'était évidemment le droit de résister aux injustes exigences du voyageur.

Michel Strogoff hésita un instant. Il ne voulait pas faire usage de son podaroshna, qui eût attiré l'attention sur lui, il ne voulait pas non plus, en cédant les chevaux, retarder son voyage, et, cependant, il ne voulait pas engager une lutte qui eût pu compromettre sa mission.

Les deux journalistes le regardaient, prêts d'ailleurs à le soutenir, s'il faisait appel à eux.

«Mes chevaux resteront à ma voiture,» dit Michel Strogoff, mais sans élever le ton plus qu'il ne convenait à un simple marchand d'Irkoutsk.

Le voyageur s'avança alors vers Michel Strogoff, et lui posant rudement la main sur l'épaule:

«C'est comme cela! dit-il d'une voix éclatante. Tu ne veux pas me céder tes chevaux?

—Non, répondit Michel Strogoff.

—Eh bien, ils seront à celui de nous deux qui va pouvoir repartir! Défends-toi, car je ne te ménagerai pas!»

Et, en parlant ainsi, le voyageur tira vivement son sabre du fourreau et se mit en garde.

Nadia s'était jetée devant Michel Strogoff.

Harry Blount et Alcide Jolivet s'avancèrent vers lui.

«Je ne me battrai pas, dit simplement Michel Strogoff, qui, pour mieux se contenir, croisa ses bras sur sa poitrine.

—Tu ne te battras pas?

—Non.

—Même après ceci?» s'écria le voyageur.

Et, avant qu'on eût pu le retenir, le manche de son fouet frappa l'épaule de Michel Strogoff.

A cette insulte, Michel Strogoff pâlit affreusement, Ses mains se levèrent toutes ouvertes, comme si elles allaient broyer ce brutal personnage. Mais, par un suprême effort, il parvint à se maîtriser. Un duel, c'était plus qu'un retard, c'était peut-être sa mission manquée!... Mieux valait perdre quelques heures!... Oui! mais dévorer cet affront!

«Te battras-tu, maintenant, lâche? répéta le voyageur, en ajoutant la grossièreté à la brutalité.

—Non! répondit Michel Strogoff, qui ne bougea pas, mais qui regarda le voyageur les yeux dans les yeux.

—Les chevaux, et à l'instant!» dit alors celui-ci. Et il sortit de la salle.

Le maître de poste le suivit aussitôt, non sans avoir haussé les épaules, après avoir examiné Michel Strogoff d'un air peu approbateur.

L'effet produit sur les journalistes par cet incident ne pouvait pas être à l'avantage de Michel Strogoff. Leur déconvenue était visible. Ce robuste jeune homme se laisser frapper ainsi et ne pas demander raison d'une pareille insulte! Ils se contentèrent donc de le saluer et se retirèrent, Alcide Jolivet disant à Harry Blount:

«Je n'aurais pas cru cela d'un homme qui découd si proprement les ours de l'Oural! Serait-il donc vrai que le courage a ses heures et ses formes? C'est à n'y rien comprendre! Après cela, il nous manque peut-être, à nous autres, d'avoir jamais été serfs!»

Un instant après, un bruit de roues et le claquement d'un fouet indiquaient que la berline, attelée des chevaux du tarentass, quittait rapidement la maison de poste.

Nadia, impassible, Michel Strogoff, encore frémissant, restèrent seuls dans la salle du relais.

Le courrier du czar, les bras toujours croisés sur sa poitrine, s'était assis. On eût dit une statue. Toutefois, une rougeur, qui ne devait pas être la rougeur de la honte, avait remplacé la pâleur sur son mâle visage.

Nadia ne doutait pas que de formidables raisons eussent pu seules faire dévorer à un tel homme une telle humiliation.

Donc, allant à lui, comme il était venu à elle à la maison de police de Nijni-Novgorod:

«Ta main, frère!» dit-elle.

Et, en même temps, son doigt, par un geste quasi-maternel, essuya une larme qui allait jaillir de l'œil de son compagnon.

CHAPITRE XIII AU-DESSUS DE TOUT, LE DEVOIR.

Nadia avait deviné qu'un mobile secret dirigeait tous les actes de Michel Strogoff, que celui-ci, pour quelque raison inconnue d'elle, ne s'appartenait pas, qu'il n'avait pas le droit de disposer de sa personne, et que, dans cette circonstance, il venait d'immoler héroïquement au devoir jusqu'au ressentiment d'une mortelle injure.

Nadia ne demanda, d'ailleurs, aucune explication à Michel Strogoff. La main qu'elle lui avait tendue ne répondait-elle pas d'avance à tout ce qu'il eût pu lui dire?

Michel Strogoff demeura muet pendant toute cette soirée. Le maître de poste ne pouvant plus fournir de chevaux frais que le lendemain matin, c'était une nuit entière à passer au relais. Nadia dut donc en profiter pour prendre quelque repos, et une chambre fut préparée pour elle.

La jeune fille eût préféré, sans doute, ne pas quitter son compagnon, mais elle sentait qu'il avait besoin d'être seul, et elle se disposa à gagner la chambre qui lui était destinée.

Cependant, au moment où elle allait se retirer, elle ne put s'empêcher de lui dire adieu.

«Frère,...» murmura-t-elle.

Mais Michel Strogoff, d'un geste, l'arrêta. Un soupir gonfla la poitrine de la jeune fille, et elle quitta la salle.

Michel Strogoff ne se coucha pas. Il n'aurait pu dormir, même une heure. À cette place que le fouet du brutal voyageur avait touchée, il ressentait comme une brûlure.

«Pour la patrie et pour le Père!» murmura-t-il enfin en terminant sa prière du soir.

Toutefois, il éprouva alors un insurmontable besoin de savoir quel était cet homme qui l'avait frappé, d'où il venait, où il allait. Quant à sa figure, les traits en étaient si bien gravés dans sa mémoire, qu'il ne pouvait craindre de les oublier jamais.

Michel Strogoff fit demander le maître de poste.

Celui-ci, un Sibérien de vieille roche, vint aussitôt, et, regardant le jeune homme d'un peu haut, il attendit d'être interrogé.

«Tu es du pays? lui demanda Michel Strogoff.

—Oui.

—Connais-tu cet homme qui a pris mes chevaux?

—Non.

—Tu ne l'as jamais vu?

—Jamais!

—Qui crois-tu que soit cet homme?

—Un seigneur qui sait se faire obéir!»

Le regard de Michel Strogoff entra comme un poignard dans le cœur du Sibérien, mais la paupière du maître de poste ne se baissa pas.

«Tu te permets de me juger! s'écria Michel Strogoff.

—Oui, répondit le Sibérien, car il est des choses qu'un simple marchand lui-même ne reçoit pas sans les rendre!

—Les coups de fouet?

—Les coups de fouet, jeune homme! Je suis d'âge et de force à te le dire!»

Michel Strogoff s'approcha du maître de poste et lui posa ses deux puissantes mains sur les épaules.

Puis, d'une voix singulièrement calme:

«Va-t'en, mon ami, lui dit-il, va-t'en! Je te tuerais!»

Le maître de poste, cette fois, avait compris.

«Je l'aime mieux comme ça,» murmura-t-il.

Et il se retira sans ajouter un mot.

Le lendemain, 24 juillet, à huit heures du matin, le tarentass était attelé de trois vigoureux chevaux. Michel Strogoff et Nadia y prirent place, et Ichim, dont tous les deux devaient garder un si terrible souvenir, eut bientôt disparu derrière un coude de la route.

Aux divers relais où il s'arrêta pendant cette journée, Michel Strogoff put constater que la berline le précédait toujours sur la route d'Irkoutsk, et que le voyageur, aussi pressé que lui, ne perdait pas un instant en traversant la steppe.

À quatre heures du soir, soixante-quinze verstes plus loin, à la station d'Abatskaia, la rivière d'Ichim, l'un des principaux affluents de l'Irtyche, dut être franchie.

Ce passage fut un peu plus difficile que celui du Tobol. En effet, le courant de l'Ichim était assez rapide en cet endroit. Pendant l'hiver sibérien, tous ces cours d'eau de la steppe, gelés sur une épaisseur de plusieurs pieds, sont aisément praticables, et le voyageur les traverse même sans s'en apercevoir, car leur lit a disparu sous l'immense nappe blanche qui recouvre uniformément la steppe, mais, en été, les difficultés peuvent être grandes à les franchir.

En effet, deux heures furent employées au passage de l'Ichim,—ce qui exaspéra Michel Strogoff, d'autant plus que les bateliers lui donnèrent d'inquiétantes nouvelles de l'invasion tartare.

Voici ce qui se disait:

Quelques éclaireurs de Féofar-Khan auraient déjà paru sur les deux rives de l'Ichim inférieur, dans les contrées méridionales du gouvernement de Tobolsk. Omsk était très-menacé. On parlait d'un engagement qui avait eu lieu entre les troupes sibériennes et tartares sur la frontière des grandes hordes kirghises,—engagement qui n'avait pas été à l'avantage des Russes, trop faibles sur ce point. De là, repliement de ces troupes, et, par suite, émigration générale des paysans de la province. On racontait d'horribles atrocités commises par les envahisseurs, pillage, vol, incendie, meurtres. C'était le système de la guerre à la tartare. On fuyait donc de tous côtés l'avant-garde de Féofar-Khan. Aussi, devant ce dépeuplement des bourgs et des hameaux, la plus grande crainte de Michel Strogoff était-elle que les moyens de transport ne vinssent à lui manquer. Il avait donc une hâte extrême d'arriver à Omsk. Peut-être, au sortir de cette ville, pourrait-il prendre l'avance sur les délateurs tartares qui descendaient la vallée de l'Irtyche, et retrouver la route libre jusqu'à Irkoutsk.

C'est à cet endroit même, où le tarentass venait de franchir le fleuve, que se termine ce qu'on appelle en langage militaire la «chaîne d'Ichim», chaîne de tours ou de fortins en bois, qui s'étend depuis la frontière sud de la Sibérie sur un espace de quatre cents verstes environ (427 kilomètres). Autrefois, ces fortins étaient occupés par des détachements de Cosaques, et ils protégeaient la contrée aussi bien contre les Kirghis que contre les Tartares. Mais, abandonnés, depuis que le gouvernement moscovite croyait ces hordes réduites à une soumission absolue, ils ne pouvaient plus servir, précisément alors qu'ils auraient été si utiles. La plupart de ces fortins venaient d'être réduits en cendres, et quelques fumées que les bateliers montrèrent à Michel Strogoff, tourbillonnant au-dessus de l'horizon méridional, témoignaient de l'approche de l'avant-garde tartare.

Dès que le bac eut déposé le tarentass et son attelage sur la rive droite de l'Ichim, la route de la steppe fut reprise à toute vitesse.

Il était sept heures du soir. Le temps était très-couvert. Aussi, à plusieurs reprises, tomba-t-il une pluie d'orage, qui eut pour résultat d'abattre la poussière et de rendre les chemins meilleurs.

Michel Strogoff, depuis le relais d'Ichim, était demeuré taciturne. Cependant il était toujours attentif à préserver Nadia des fatigues de cette course sans trêve ni repos, mais la jeune fille ne se plaignait pas. Elle eût voulu donner des ailes aux chevaux du tarentass. Quelque chose lui criait que son compagnon avait plus de hâte encore qu'elle-même d'arriver à Irkoutsk, et combien de verstes les en séparaient encore!

Il lui vint aussi à la pensée que si Omsk était envahie par les Tartares, la mère de Michel Strogoff, qui habitait cette ville, courrait des dangers dont son fils devait extrêmement s'inquiéter, et que cela suffisait à expliquer son impatience d'arriver près d'elle.

Nadia crut donc, à un certain moment, devoir lui parler de la vieille Marfa, de l'isolement où elle pourrait se trouver au milieu de ces graves événements.

«Tu n'as reçu aucune nouvelle de ta mère depuis le début de l'invasion? lui demanda-t-elle.

—Aucune, Nadia. La dernière lettre que ma mère m'a écrite date déjà de deux mois, mais elle m'apportait de bonnes nouvelles. Marfa est une femme énergique, une vaillante Sibérienne. Malgré son âge, elle a conservé toute sa force morale. Elle sait souffrir.

—J'irai la voir, frère, dit Nadia vivement. Puisque tu me donnes ce nom de sœur, je suis la fille de Marfa!»

Et, comme Michel Strogoff ne répondait pas: «Peut-être, ajouta-t-elle, ta mère a-t-elle pu quitter Omsk?

—Cela est possible, Nadia, répondit Michel Strogoff, et même j'espère qu'elle aura gagné Tobolsk. La vieille Marfa a la haine du Tartare. Elle connaît la steppe, elle n'a pas peur, et je souhaite qu'elle ait pris son bâton et redescendu les rives de l'Irtyche. Il n'y a pas un endroit de la province qui ne soit connu d'elle. Combien de fois a-t-elle parcouru tout le pays avec le vieux père, et combien de fois, moi-même enfant, les ai-je suivis dans leurs courses à travers le désert sibérien! Oui, Nadia, j'espère que ma mère aura quitté Omsk!

—Et quand la verras-tu?

—Je la verrai... au retour.

—Cependant, si ta mère est à Omsk, tu prendras bien une heure pour aller l'embrasser?

—Je n'irai pas l'embrasser!

—Tu ne la verras pas?

—Non, Nadia...! répondit Michel Strogoff, dont la poitrine se gonflait et qui comprenait qu'il ne pourrait continuer de répondre aux questions de la jeune fille.

—Tu dis: non! Ah! frère, pour quelles raisons, si ta mère est à Omsk, peux-tu refuser de la voir?