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MaximesParte 32 de 35

La Rochefoucauld

Original em francês · tradução para inglês

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En voilà deux que je vous envoie pour vous reprocher votre ingratitude de me laisser partir sans m'avoir donné les vôtres. Je m'en vais […] d'être […]

En voici encore une:

«En vieillissant, on devient plus fou et plus sage»

16. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.

C'est à moi, à cette heure, à faire des façons pour mes maximes, et après avoir vu les vôtres, n'en espérez plus de moi. Je vous jure sur mon honneur que je ne les ai point fait copier, quoique je fusse fort en droit de le faire, et je vous assure de plus que je l'aurais fait si je n'espérais que vous consentirez à me les donner. Je vous mènerai, quand il vous plaira, M. de Corbinelli, qui meurt d'envie de vous montrer quelque chose. Vous nous avez fait un cruel tour à M. l'abbé de la Victoire et à moi: vous le réparerez quand il vous plaira.

Je pensais vous rendre moi-même hier vos maximes.

17. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.

Je vous envoie un billet que Mme de Puisieux m'écrit, où vous verrez que j'ai obéi à vos ordres, et qu'elle voudrait bien avoir de la poudre de vipère Si vous avez la bonté de lui en envoyer, vous l'obligerez extrêmement. Souvenez-vous, s'il vous plaît, de faire copier vos maximes, et de me les donner à mon retour. Je vous baise très humblement les mains, et je prends encore une fois congé de vous.

18. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.

Je vous envoie ce que j'ai pris chez vous en partie. Je vous supplie très humblement de me mander si je ne l'ai point gâté, et si vous trouvez le reste à votre gré. Souvenez-vous, s'il vous plaît, de la poudre de vipère et de la manière d'en user.

19. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.

Je sais qu'on dîne chez vous sans moi, et que vous faites voir des sentences que je n'ai pas faites, dont on ne me veut rien dire; tout cela est assez désobligeant pour vous demander permission de vous en aller faire mes plaintes demain. Tout de bon, que la honte de m'avoir tant offensé ne vous empêche pas de souffrir ma présence, car ce serait encore augmenter mon juste ressentiment. Prenez donc, s'il vous plaît, le parti de le faire finir, car je vous assure que je suis fort disposé à oublier le passé, pour peu que vous vouliez le réparer.

Ce lundi au soir

20. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.

Je pensais avoir l'honneur de vous voir aujourd'hui, et vous présenter moi-même mes ouvrages, comme tout auteur doit faire; mais j'ai mille affaires qui m'en empêchent; je vous envoie donc ce que vous m'avez ordonné de vous faire voir, et je vous supplie très humblement que personne ne le voie que vous. Je n'ose vous demander à dîner devant que d'aller à Liancourt, car je sais bien qu'il ne vous faut pas engager de si loin; mais j'espère pourtant que vous me manderez, vendredi au matin, que je puis aller dîner chez vous; j'y mènerai M. Esprit, si vous voulez. Enfin j'apporterai de mon côté toutes les facilités pour vous y faire consentir.

21. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.

Voilà encore une maxime que je vous envoie pour joindre aux autres. Je vous supplie de me mander votre sentiment des dernières que je vous ai envoyées. Vous ne les pouvez pas désapprouver toutes, car il y en a beaucoup de vous. Je ne partirai que lundi; j'essaierai d'aller prendre congé de vous.

Ce jeudi au soir.

22. Lettre de La Rochefoucauld à Mme Sablé. Date inconnue.

Vous ne pouvez faire une plus belle charité que de permettre que le porteur de ce billet puisse entrer dans les mystères de la marmelade et de vos véritables confitures, et je vous supplie très humblement de faire en sa faveur tout ce que vous pourrez. Je passerai après dîner chez vous pour avoir l'honneur de vous voir, si vous me le voulez permettre. Il me semble que nous avons bien de choses à dire. Songez, s'il vous plaît, à me donner vos maximes, car je m'en vais dans quatre jours.

Ce mardi matin.

23. Lettre de La Rochefoucauld à Mme Sablé. Date inconnue.

Je suis au désespoir de m'en retourner à Liancourt sans avoir l'honneur de vous voir et de vous rendre compte de nos prospérités; car enfin vous savez bien, Madame, que, quelque agréables qu'elles me puissent être d'elles-mêmes, elles me le sont encore davantage par le plaisir que j'ai de vous en entretenir. Je ferai tout ce que je pourrai pour aller prendre congé de vous, à Auteuil, avant que de commencer mon grand voyage. Cependant, s'il y a quelque sentence nouvelle, je vous supplie très humblement de me l'envoyer M. Esprit a admiré celle de la jalousie.

Ce mercredi au soir

24. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.

J'envoie savoir de vos nouvelles, et si vous vous êtes souvenue de ce que vous m'aviez promis. Je vous ai cherché un écrivain qui fera mieux que l'autre. Je vous renvoie l'écrit de M Esprit que j'emportai dernièrement avec ce que vous m'avez donné, et je vous envoie aussi ce qui est ajouté aux sentences que vous n'avez point vues. Comme c'est tout ce que j'ai, je vous supplie très humblement qu'il ne se perde pas, et de mander quand je pourrai avoir l'honneur de vous voir pour prendre congé de vous.

25. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. Date inconnue

Si vous eussiez demandé à venir ici une heure plus tôt, je vous eusse dit non. Il y a quelques jours que j'avais tellement perdu l'appétit que je croyais que c'en était fait de mon foie et de mon estomac; mais, Dieu merci, j'ai mangé deux vives aujourd'hui; c'est pourquoi, encore que j'aie renoncé à voir tous les gens faits comme vous, je ne saurais résister à la tentation, et vous serez le très bien venu. Pour les maximes, ne m'en parlez plus, elles sont supprimées. M. de Sens a mis les vôtres au-dessus de cent piques, et ainsi de me parler d'avoir les miennes, c'est me parler de mon déshonneur.

26. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. Date inconnue.

Cette sentence n'est que pour faire une sentence, car je suis assurée qu'elle n'a pas son effet en ce sujet ici; mais vous jugerez aisément que la maladie que vous m'avez donnée des sentences ne peut manquer de jouer son jeu en toute rencontre. Encore que je comprenne fort bien que vous avez beaucoup d'affaires, je ne laisse pas à être surprise que vous puissiez aller à Liancourt sans me voir, et en quelque façon ce pourrait être une marque de la vérité de la sentence, puisque vous n'avez pas autant de plaisir de me parler de vos joies que vous en aviez de me parler de vos désirs et de vos inquiétudes. Néanmoins je vous pardonne sincèrement, jugeant bien les terribles embarras que vous avez. Vous pouvez penser par beaucoup de raisons la part que je prends à votre satisfaction, quand il n'y aurait que l'amour-propre de voir que j'ai si bien deviné ce qui est si ponctuellement arrivé.

II. Jugements recueillis par Mme de Sablé

27. Lettre de Mme de Maure à Mme de Sablé. 3 mars 1661.

Il me semble, m'amour, que M. de La Rochefoucauld n'y est pas assez loué pour le lui envoyer, et du moins il y faudrait remettre quelque chose que j'ai oublié avant que de dire «Mais je trouve qu'il fait à l'homme une âme trop laide». Renvoyez-le moi, s'il vous plaît, m'amour, pour voir si je pourrai le rendre aussi propre pour lui qu'il peut l'être pour M Esprit Depuis que ceci fut écrit, M. le M[arquis] d'Antin étant ici avec M. le Comte de Maure, je leur montrai ce que vous et M. Esprit avez écrit; et en disant que j'avais bien de la peine à croire que vous vous fussiez méprise, parce que cela ne vous arrivait jamais, ils furent tous deux d'une même opinion, et je dis au philosophe d'écrire la sienne:

«Défense de Mme la M[arquise] de Sablé par M. le Marquis d'Antin, jadis M. l'abbé d'Antin.—Il y a un plus grand mécompte dans le mécompte prétendu parce qu'il est assuré que la possibilité suffit pour le fondement de la beauté, et principalement Mme la M[arquise] ayant restreint ce qui pouvait même convenir aux beautés en général à la beauté des productions de l'esprit, puisque les tragédies, et les romans, qui sont de ce nombre et d'une manière assez illustre et assez à la mode en tous les temps, n'ont pour l'ordinaire et peuvent même selon Aristote n'avoir que la possibilité et la vraisemblance pour fondement de leur beauté.»

28. Lettre de Mme de Maure à Mme de Sablé. Même époque.

Votre sentence, m'amour, est admirable et de ce tour court que j'aime aux sentences, et pour celle de M. Esprit, encore qu'il me semble qu'il y a de la témérité de croire qu'il puisse faillir, je ne saurais concevoir que, quand les passions font tant que de parler équitablement et raisonnablement, elles puissent offenser, si ce n'est Dieu qui voit les coeurs et qui voit par conséquent le principe de toutes les actions.

Je ne trouve pas non plus qu'il soit vrai que la charité ait le privilège de dire tout ce qui lui plaît; et j'eus une grande joie de ce que vous y ayez fait mettre le quasi que j'y ai trouvé; il faudrait, ce me semble, pour rendre cela véritable, que l'on vît le coeur aussi bien sur ce point-là que sur l'autre, car alors sans doute, comme on verrait que c'est la charité toute seule qui parle, toutes les personnes raisonnables recevraient bien les choses mêmes qui seraient les plus contraires à leurs sentiments; mais parce que le coeur ne se voit pas, nous voyons tous les jours que quand la repréhension est rude, elle blesse, encore qu'elle parte de la charité, et quand même elle est douce, elle ne laisse pas quelquefois de blesser, parce qu'il faut être merveilleusement raisonnable pour n'être pas blessée de tout ce qui donne de la confusion.

Je vous engage, ma chère m'amour, par la fidélité que nous avons l'une pour l'autre, de ne faire voir ceci qu'à Mlle de Chalais, car pour M. Esprit il n'y faut pas seulement songer. Je vous demande cela, m'amour, au pied de la lettre, c'est-à-dire qu'il ne sache jamais que je vous aie montré d'y trouver rien à redire. Je lui dis seulement quelque chose qui signifiait qu'il y fallait le quasi que vous y avez mis; mais vous, m'amour, vous m'apprendrez, s'il vous plaît, si je ne me suis point trompée dans le reste[…]

29. Lettre de Mlle de Vertus à Mme de Sablé. Printemps 1663.

[…] Que me dites-vous de ces maximes qu'on a montrées à M. le comte de Saint-Paul? Je ne sais ce que c'est, mais il me semble qu'il ne faudrait point trop le laisser entretenir par ce M. de Neuré; car c'est une personne qui apparemment n'est pas contente de Mme de Longueville, et qui a bien envie, à ce qu'on m'a dit, de rentrer dans cette maison. Si vous disiez à M. le comte de Saint-Paul qu'il ne faut pas qu'il s'amuse à les lire? Il a une grande déférence pour vous, et ainsi cela lui deviendrait suspect […]

30. Lettre de Mme de Schonberg à Mme de Sablé. 1663.

Je crus hier, tout le jour, vous pouvoir renvoyer vos maximes; mais il me fut impossible d'en trouver le temps. Je voulais vous écrire et m'étendre sur leur sujet. Je ne puis pas vous en dire mon sentiment en détail, tout ce qu'il m'en paraît, en général, c'est qu'il y a en cet ouvrage beaucoup d'esprit, peu de bonté, et forces vérités que j'aurais ignorées toute ma vie si l'on ne m'en avait fait apercevoir. Je ne suis pas encore parvenue à cette habileté d'esprit où l'on ne connaît dans le monde ni honneur ni bonté ni probité; je croyais qu'il y en pouvait avoir. Cependant, après la lecture de cet écrit, l'on demeure persuadé qu'il n'y a ni vice ni vertu à rien, et que l'on fait nécessairement toutes les actions de la vie. S'il est ainsi que nous ne nous puissions empêcher de faire tout ce que nous désirons, nous sommes excusables, et vous jugez de là combien ces maximes sont dangereuses. Je trouve encore que cela n'est pas bien écrit en français, c'est-à-dire que ce sont des phrases et des manières de parler qui sont plutôt d'un homme de la cour que d'un auteur. Cela ne me déplaît pas, et ce que je vous en puis dire de plus vrai est que je les entends toutes comme si je les avais faites, quoique bien des gens y trouvent de l'obscurité en certains endroits. Il y en a qui me charment, comme: «L'esprit est toujours la dupe du coeur». Je ne sais si vous l'entendez comme moi; mais je l'entends, ce me semble, bien joliment, et voici comment: c'est que l'esprit croit toujours, par son habileté et par ses raisonnements, faire faire au coeur ce qu'il veut, mais il se trompe, il en est la dupe, c'est toujours le coeur qui fait agir l'esprit; l'on suit tous ses mouvements, malgré que l'on en ait, et l'on les suit même sans croire les suivre. Cela se connaît mieux en galanterie qu'aux autres actions, et je me souviens de certains vers sur ce sujet qui ne seront pas mal à propos:

La raison sans cesse raisonne Et jamais n'a guéri personne, Et le dépit le plus souvent Rend plus amoureux que devant.

Il y en a encore une qui me paraît bien véritable, et à quoi le monde ne pense pas, parce qu'on ne voit autre chose que des gens qui blâment le goût des autres, c'est celle qui dit que «la félicité est dans le goût, et non pas dans les choses; c'est pour avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non pas ce que les autres trouvent aimable». Mais ce qui m'a été tout nouveau et que j'admire est que «la paresse, toute languissante qu'elle est, détruit toutes les passions». Il est vrai—et l'on a bien fouillé dans l'âme pour y trouver un sentiment si caché, mais si véritable—que je crois que nulle de ces maximes ne l'est davantage, et je suis ravie de savoir que c'est à la paresse à qui l'on a l'obligation de la destruction de toutes les passions. Je pense qu'à présent on doit l'estimer comme la seule vertu qu'il y a dans le monde, puisque c'est elle qui déracine tous les vices; comme j'ai toujours eu beaucoup de respect pour elle, je suis fort aise qu'elle ait un si grand mérite.

Que dites-vous aussi, Madame, de ce que «chacun se fait un extérieur et une mine qu'il met en la place de ce qu'on veut paraître, au lieu de ce que l'on est»? Il y a longtemps que je l'ai pensé, et que j'ai dit que tout le monde était en mascarade et mieux déguisé que l'on ne l'est à celle du Louvre, car l'on n'y reconnaît personne. Enfin que tout soit à se disposer honnête, et non pas l'être, cela est pourtant bien étrange.

Je ne sais si cela réussira imprimé comme en manuscrit; mais si j'étais du conseil de l'auteur, je ne mettrais point au jours ces mystères qui ôteront à tout jamais la confiance qu'on pourrait prendre en lui il en sait tant là-dessus, et il paraît si fin, qu'il ne peut plus mettre en usage cette souveraine habileté qui est de ne paraître point en avoir. Je vous dis à bâton rompu tout ce qui me reste dans l'esprit de cette lecture; je ne pense qu'à vous obéir ponctuellement, et en le faisant je crois ne pouvoir faillir, quelque sottise que je puisse dire. Je n'ai point pris de copie, je vous en donne ma parole, ni n'en ai parlé à personne.

31. Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Schonberg, transmise par elle à Mme de Sablé. 1663.