La Tulipe noireParte 19 de 23
Original em francês · tradução para inglês
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Cette prière faite, Rosa attendit pieusement l'inspiration qu'elle demandait au ciel.
Cependant un grand bruit bourdonnait à l'extrémité du Groote Markt. Les gens couraient, les portes s'ouvraient; Rosa, seule, était insensible à tout ce mouvement de la population.
—Il faut, murmura-t-elle, retourner chez le président.
—Retournons, dit le batelier.
Ils prirent la petite rue de la Paille qui les mena droit au logis de M. van Herysen, lequel, de sa plus belle écriture et avec sa meilleure plume, continuait à travailler à son rapport. Partout, sur son passage, Rosa n'entendait parler que de la tulipe noire et du prix de cent mille florins; la nouvelle courait déjà la ville. Rosa n'eut pas peu de peine à pénétrer de nouveau chez M. van Herysen, qui cependant se sentit ému, comme la première fois, au mot magique de la tulipe noire. Mais quand il reconnut Rosa, dont il avait dans son esprit, fait une folle, ou pis que cela, la colère le prit et il voulut la renvoyer.
Mais Rosa joignit les mains, et avec cet accent d'honnête vérité qui pénètre les cœurs:
—Monsieur, dit-elle, au nom du ciel! ne me repoussez pas: écoutez, au contraire, ce que je vais vous dire, et si vous ne pouvez me faire rendre justice, du moins vous n'aurez pas à vous reprocher un jour, en face de Dieu, d'avoir été complice d'une mauvaise action.
Van Herysen trépignait d'impatience; c'était la seconde fois que Rosa le dérangeait au milieu d'une rédaction à laquelle il mettait son double amour-propre de bourgmestre et de président de la société horticole.
—Mais mon rapport! s'écria-t-il, mon rapport sur la tulipe noire!
—Monsieur, continua Rosa avec la fermeté de l'innocence et de la vérité, monsieur, votre rapport sur la tulipe noire reposera, si vous ne m'écoutez, sur des faits criminels ou sur des faits faux. Je vous en supplie, monsieur, faites venir ici, devant vous et devant moi, ce M. Boxtel, que je soutiens, moi, être M. Jacob, et je jure Dieu de lui laisser la propriété de sa tulipe si je ne reconnais pas et la tulipe et son propriétaire.
—Pardieu! la belle avance, dit van Herysen.
—Que voulez-vous dire?
—Je vous demande ce que cela prouvera quand vous les aurez reconnus?
—Mais enfin, dit Rosa désespérée, vous êtes honnête homme, monsieur. Eh bien, si non seulement vous alliez donner le prix à un homme pour une œuvre qu'il n'a pas faite, mais encore pour une œuvre volée.
Peut-être l'accent de Rosa avait-il amené une certaine conviction dans le cœur de van Herysen et allait-il répondre plus doucement à la pauvre fille, quand un grand bruit se fit entendre dans la rue, qui paraissait purement et simplement être une augmentation du bruit que Rosa avait déjà entendu, mais sans y attacher d'importance, au Groote Markt, et qui n'avait pas eu le pouvoir de la réveiller de sa fervente prière.
Des acclamations bruyantes ébranlèrent la maison.
M. van Herysen prêta l'oreille à ces acclamations, qui pour Rosa n'avaient point été un bruit d'abord, et maintenant n'étaient qu'un bruit ordinaire.
—Qu'est-ce que cela? s'écria le bourgmestre, qu'est-ce cela? Serait-il possible et ai-je bien entendu?
Et il se précipita vers son antichambre, sans plus se préoccuper de Rosa qu'il laissa dans son cabinet.
À peine arrivé dans son antichambre, M. van Herysen poussa un grand cri en apercevant le spectacle de son escalier envahi jusqu'au vestibule.
Accompagné, ou plutôt suivi de la multitude, un jeune homme vêtu simplement d'un habit de petit velours violet brodé d'argent montait avec une noble lenteur les degrés de pierre, éclatants de blancheur et de propreté.
Derrière lui marchaient deux officiers, l'un de la marine, l'autre de la cavalerie.
Van Herysen, se faisant faire place au milieu des domestiques effarés, vint s'incliner, se prosterner presque devant le nouvel arrivant, qui causait toute cette rumeur.
—Monseigneur, s'écria-t-il, monseigneur, Votre Altesse chez moi! honneur éclatant à jamais pour mon humble maison.
—Cher M. van Herysen, dit Guillaume d'Orange avec une sérénité qui, chez lui, remplaçait le sourire, je suis un vrai Hollandais, moi, j'aime l'eau, la bière et les fleurs, quelquefois même ce fromage dont les Français estiment le goût; parmi les fleurs, celles que je préfère sont naturellement les tulipes. J'ai ouï dire à Leyde que la ville de Harlem possédait enfin la tulipe noire, et, après m'être assuré que la chose était vraie, quoique incroyable, je viens en demander des nouvelles au président de la société d'horticulture.
—Oh! monseigneur, monseigneur, dit van Herysen ravi, quelle gloire pour la société si ses travaux agréent à Votre Altesse.
—Vous avez la fleur ici? dit le prince qui sans doute se repentait déjà d'avoir trop parlé.
—Hélas, non, monseigneur, je ne l'ai pas ici.
—Et où est-elle?
—Chez son propriétaire.
—Quel est ce propriétaire?
—Un brave tulipier de Dordrecht.
—De Dordrecht?
—Oui.
—Et il s'appelle?...
—Boxtel.
—Il loge?
—Au Cygne blanc; je vais le mander, et si, en attendant, Votre Altesse veut me faire l'honneur d'entrer au salon, il s'empressera, sachant que monseigneur est ici, d'apporter sa tulipe à monseigneur.
—C'est bien, mandez-le.
—Oui, Votre Altesse. Seulement...
—Quoi?
—Oh! rien d'important, monseigneur.
—Tout est important dans ce monde, M. van Herysen.
—Eh bien, monseigneur, une difficulté s'élevait.
—Laquelle?
—Cette tulipe est déjà revendiquée par des usurpateurs. Il est vrai qu'elle vaut cent mille florins.
—En vérité!
—Oui, monseigneur, par des usurpateurs, par des faussaires.
—C'est un crime cela, M. van Herysen.
—Oui, Votre Altesse.
—Et, avez-vous les preuves de ce crime?
—Non, monseigneur, la coupable...
—La coupable, monsieur?...
—Je veux dire, celle qui réclame la tulipe, monseigneur, est là, dans la chambre à côté.
—Là! Qu'en pensez-vous, M. van Herysen?
—Je pense, monseigneur, que l'appât des cent mille florins l'aura tentée.
—Et elle réclame la tulipe?
—Oui, monseigneur.
—Et que dit-elle, de son côté, comme preuve?
—J'allais l'interroger, quand Votre Altesse est entrée.
—Écoutons-la, M. van Herysen, écoutons-la; je suis le premier magistrat du pays, j'entendrai la cause et ferai justice.
—Voilà mon roi Salomon trouvé, dit van Herysen en s'inclinant et en montrant le chemin au prince.
Celui-ci allait prendre le pas sur son interlocuteur, quand s'arrêtant soudain:
—Passez devant, dit-il, et appelez-moi monsieur.
Ils entrèrent dans le cabinet.
Rosa était toujours à la même place, appuyée à la fenêtre et regardant par les vitres dans le jardin.
—Ah! ah! une Frisonne, dit le prince en apercevant le casque d'or et les jupes rouges de Rosa.
Celle-ci se retourna au bruit, mais à peine vit-elle le prince, qui s'asseyait à l'angle le plus obscur de l'appartement.
Toute son attention, on le comprend, était pour cet important personnage que l'on appelait van Herysen, et non pour cet humble étranger qui suivait le maître de la maison, et qui probablement ne s'appelait pas Monsieur.
L'humble étranger prit un livre dans la bibliothèque et fit signe à van Herysen de commencer l'interrogatoire.
Van Herysen, toujours à l'invitation du jeune homme à l'habit violet, s'assit à son tour, et tout heureux et tout fier de l'importance qui lui était accordée:
—Ma fille, dit-il, vous me promettez la vérité, toute la vérité sur cette tulipe?
—Je vous la promets.
—Eh bien! parlez donc devant monsieur; monsieur est un des membres de la société horticole.
—Monsieur, dit Rosa, que vous dirai-je que je ne vous ai point dit déjà?
—Eh bien alors?
—Alors, j'en reviendrai à la prière que je vous ai adressée.
—Laquelle?
—De faire venir ici M. Boxtel avec sa tulipe; si je ne la reconnais pas pour la mienne, je le dirai franchement; mais si je la reconnais, je la réclamerai, dussé-je aller devant Son Altesse le stathouder lui-même, mes preuves à la main!
—Vous avez donc des preuves, la belle enfant?
—Dieu, qui sait mon bon droit, m'en fournira.
Van Herysen échangea un regard avec le prince, qui, depuis les premiers mots de Rosa, semblait essayer de rappeler ses souvenirs, comme si ce n'était point la première fois que cette voix douce frappât ses oreilles. Un officier partit pour aller chercher Boxtel. Van Herysen continua l'interrogatoire.
—Et sur quoi, dit-il, basez-vous cette assertion, que vous êtes la propriétaire de la tulipe noire?
—Mais sur une chose bien simple, c'est que c'est moi qui l'ai plantée et cultivée dans ma propre chambre.
—Dans votre chambre, et où était votre chambre?
—À Loewestein.
—Vous êtes à Loewestein?
—Je suis la fille du geôlier de la forteresse.
Le prince fit un petit mouvement qui voulait dire:—Ah! c'est cela, je me rappelle maintenant.
Et tout en faisant semblant de lire, il regarda Rosa avec plus d'attention encore qu'auparavant.
—Et vous aimez les fleurs? continua van Herysen.
—Oui, monsieur.
—Alors, vous êtes une savante fleuriste?
Rosa hésita un instant, puis avec un accent tiré du plus profond de son cœur:
—Messieurs, je parle à des gens d'honneur? dit-elle.
L'accent était si vrai, que van Herysen et le prince répondirent tous deux en même temps par un mouvement de tête affirmatif.
—Eh bien, non, ce n'est pas moi qui suis une savante fleuriste, non! moi je ne suis qu'une pauvre fille du peuple, une pauvre paysanne de la Frise, qui, il y a trois mois encore, ne savait ni lire ni écrire. Non! la tulipe n'a pas été trouvée par moi-même.
—Et par qui a-t-elle été trouvée?
—Par un pauvre prisonnier de Loewestein.
—Par un prisonnier de Loewestein? dit le prince.
Au son de cette voix, ce fut Rosa qui tressaillit à son tour.
—Par un prisonnier d'État alors, continua le prince, car à Loewestein, il n'y a que des prisonniers d'État?
Et il se remit à lire, ou du moins fit semblant de se remettre à lire.
—Oui, murmura Rosa tremblante, oui, par un prisonnier d'État.
Van Herysen pâlit en entendant prononcer un pareil aveu devant un pareil témoin.
—Continuez, dit froidement Guillaume au président de la société horticole.
—Oh! monsieur, dit Rosa en s'adressant à celui qu'elle croyait son véritable juge, c'est que je vais m'accuser bien gravement.
—En effet, dit van Herysen, les prisonniers d'État doivent être au secret à Loewestein.
—Hélas! monsieur.
—Et, d'après ce que vous dites, il semblerait que vous auriez profité de votre position comme fille du geôlier et que vous auriez communiqué avec lui pour cultiver des fleurs?
—Oui, monsieur, murmura Rosa éperdue; oui, je suis forcée de l'avouer, je le voyais tous les jours.
—Malheureuse! s'écria M. van Herysen.
Le prince leva la tête en observant l'effroi de Rosa et la pâleur du président.
—Cela, dit-il de sa voix nette et fermement accentuée, cela ne regarde pas les membres de la société horticole; ils ont à juger de la tulipe noire et ne connaissent pas les délits politiques. Continuez, jeune fille, continuez.
Van Herysen, par un éloquent regard, remercia au nom des tulipes le nouveau membre de la société horticole.
Rosa, rassurée par cette espèce d'encouragement que lui avait donné l'inconnu, raconta tout ce qui s'était passé depuis trois mois, tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle avait souffert. Elle parla des duretés de Gryphus, de la destruction du premier caïeu, de la douleur du prisonnier, des précautions prises pour que le second caïeu arrivât bien, de la patience du prisonnier, de ses angoisses pendant leur séparation; comment il avait voulu mourir de faim parce qu'il n'avait plus de nouvelles de sa tulipe; de la joie qu'il avait éprouvée à leur réunion, enfin de leur désespoir à tous deux lorsqu'ils avaient su que la tulipe qui venait de fleurir leur avait été volée une heure après sa floraison.
Tout cela était dit avec un accent de vérité qui laissait le prince impassible, en apparence du moins, mais qui ne laissait pas de faire son effet sur M. van Herysen.
—Mais, dit le prince, il n'y a pas longtemps que vous connaissiez ce prisonnier.
Rosa ouvrit ses grands yeux et regarda l'inconnu, qui s'enfonça dans l'ombre, comme s'il eût voulu fuir ce regard.
—Pourquoi cela, monsieur? demanda-t-elle.
—Parce qu'il n'y a que quatre mois que le geôlier Gryphus et sa fille sont à Loewestein.
—C'est vrai, monsieur.
—Et à moins que vous n'ayez sollicité le changement de votre père pour suivre quelque prisonnier qui aurait été transporté de la Haye à Loewestein...
—Monsieur! fit Rosa en rougissant.
—Achevez, dit Guillaume.
—Je l'avoue, j'avais connu le prisonnier à la Haye.
—Heureux prisonnier! dit en souriant Guillaume.
En ce moment l'officier qui avait été envoyé près de Boxtel rentra et annonça au prince que celui qu'il était allé quérir le suivait avec sa tulipe.
XXVII
LE TROISIÈME CAÏEU
L'annonce du retour de Boxtel était à peine faite, que Boxtel entra en personne dans le salon de M. van Herysen, suivi de deux hommes portant dans une caisse le précieux fardeau, qui fut déposé sur une table.
Le prince, prévenu, quitta le cabinet, passa dans le salon, admira et se tut, et revint silencieusement prendre sa place dans l'angle obscur où lui-même avait placé son fauteuil.
Rosa, palpitante, pâle, pleine de terreur, attendait qu'on l'invitât à aller voir à son tour.
Elle entendit la voix de Boxtel.
—C'est lui! s'écria-t-elle.
Le prince lui fit signe d'aller regarder dans le salon par la porte entr'ouverte.
—C'est ma tulipe, s'écria Rosa, c'est elle, je la reconnais. Ô mon pauvre Cornélius.
Et elle fondit en larmes. Le prince se leva, alla jusqu'à la porte, où il demeura un instant dans la lumière.
Les yeux de Rosa s'arrêtèrent sur lui. Plus que jamais elle était certaine que ce n'était pas la première fois qu'elle voyait cet étranger.
—M. Boxtel, dit le prince, entrez donc ici.
Boxtel accourut avec empressement et se trouva face à face avec Guillaume d'Orange.
—Son Altesse! s'écria-t-il en reculant.
—Son Altesse! répéta Rosa tout étourdie.
À cette exclamation partie à sa gauche, Boxtel se retourna et aperçut Rosa.
À cette vue, tout le corps de l'envieux frissonna comme au contact d'une pile de Volta.
—Ah! murmura le prince se parlant à lui-même, il est troublé.
Mais Boxtel, par un puissant effort sur lui-même, s'était déjà remis.
—M. Boxtel, dit Guillaume, il paraît que vous avez trouvé le secret de la tulipe noire?
—Oui, monseigneur, répondit Boxtel d'une voix où perçait un peu de trouble.
Il est vrai que ce trouble pouvait venir de l'émotion que le tulipier avait éprouvée en reconnaissant Guillaume.
—Mais, reprit le prince, voici une jeune fille qui prétend l'avoir trouvé aussi.
Boxtel sourit de dédain et haussa les épaules.
Guillaume suivait tous ses mouvements avec un intérêt de curiosité remarquable.
—Ainsi, vous ne connaissez pas cette jeune fille? dit le prince.
—Non, monseigneur.
—Et vous, jeune fille, connaissez-vous M. Boxtel?
—Non, je ne connais pas M. Boxtel, mais je connais M. Jacob.
—Que voulez-vous dire?
—Je veux dire qu'à Loewestein, celui qui se fait appeler Isaac Boxtel se faisait appeler M. Jacob.
—Que dites-vous à cela, M. Boxtel?
—Je dis que cette jeune fille ment, monseigneur.
—Vous niez avoir jamais été à Loewestein?
Boxtel hésita; l'œil fixe et impérieusement scrutateur, le prince l'empêchait de mentir.
—Je ne puis nier avoir été à Loewestein, monseigneur, mais je nie avoir volé la tulipe.
—Vous me l'avez volée et dans ma chambre! s'écria Rosa indignée.
—Je le nie.
—Écoutez, niez-vous m'avoir suivie dans le jardin, le jour où je préparai la plate-bande où je devais l'enfouir? Niez-vous m'avoir suivie dans le jardin où j'ai fait semblant de la planter? Niez-vous ce soir-là vous être précipité, après ma sortie, sur l'endroit où vous espériez trouver le caïeu? Niez-vous avoir fouillé la terre avec vos mains, mais inutilement, Dieu merci! car ce n'était qu'une ruse pour reconnaître vos intentions? Dites, niez-vous tout cela?
Boxtel ne jugea point à propos de répondre à ces diverses interrogations. Mais laissant la polémique entamée avec Rosa et se retournant vers le prince:
—Il y a vingt ans, monseigneur, dit-il que je cultive les tulipes à Dordrecht; j'ai même acquis dans cet art une certaine réputation: une de mes hybrides porte au catalogue un nom illustre. Je l'ai dédiée au roi de Portugal. Maintenant voici la vérité. Cette jeune fille savait que j'avais trouvé la tulipe noire, et de concert avec un certain amant qu'elle a dans la forteresse de Loewestein, cette jeune fille a formé le projet de me ruiner en s'appropriant le prix de cent mille florins que je gagnerai, j'espère, grâce à votre justice.
—Oh! s'écria Rosa outrée de colère.
—Silence, dit le prince.
Puis se tournant vers Boxtel:
—Et quel est, dit-il, ce prisonnier que vous dites être l'amant de cette jeune fille?
Rosa faillit s'évanouir, car le prisonnier était recommandé par le prince comme un grand coupable.
Rien ne pouvait être plus agréable à Boxtel que cette question.
—Quel est ce prisonnier? répéta-t-il.
—Ce prisonnier, monseigneur, est un homme dont le nom seul prouvera à Votre Altesse combien elle peut avoir foi en sa probité. Ce prisonnier est un criminel d'État, condamné une fois à mort.
—Et qui s'appelle...?
Rosa cacha sa tête dans ses deux mains avec un mouvement désespéré.
—Qui s'appelle Cornélius van Baërle, dit Boxtel et qui est le propre filleul de ce scélérat de Corneille de Witt.
Le prince tressaillit. Son œil calme jeta une flamme, et le froid de la mort s'étendit de nouveau sur son visage immobile.
Il alla à Rosa et lui fit du doigt signe d'écarter ses mains de son visage.
Rosa obéit, comme eût fait sans voir une femme soumise à un pouvoir magnétique.
—C'est donc pour suivre cet homme que vous êtes venue me demander à Leyde le changement de votre père?
Rosa baissa la tête et s'affaissa écrasée en murmurant:
—Oui, monseigneur.
—Poursuivez, dit le prince à Boxtel.