La Tulipe noire Cap. 1/3 · 0%

La Tulipe noireParte 18 de 23

Alexandre Dumas

Original em francês · tradução para inglês

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—Hélas! dit Rosa en éclatant en sanglots, puis-je vous ouvrir? Ai-je les clefs sur moi? Si je les avais, ne seriez-vous pas libre depuis longtemps?

—Votre père les a; votre infâme père, le bourreau qui m'a déjà écrasé le premier caïeu de ma tulipe. Oh, le misérable, le misérable! il est complice de Jacob.

—Plus bas, plus bas, au nom du Ciel!

—Oh! si vous ne m'ouvrez pas, Rosa, s'écria Cornélius au paroxysme de la rage, j'enfonce ce grillage et je massacre tout ce que je trouve dans la prison.

—Mon ami, par pitié.

—Je vous dis, Rosa, que je vais démolir le cachot pierre à pierre.

Et l'infortuné, de ses deux mains, dont la colère décuplait les forces, ébranlait la porte à grand bruit, peu soucieux des éclats de sa voix qui s'en allait tonner au fond de la spirale sonore de l'escalier.

Rosa, épouvantée, essayait bien inutilement de calmer cette furieuse tempête.

—Je vous dis que je tuerai l'infâme Gryphus, hurlait van Baërle; je vous dis que je verserai son sang, comme il a versé celui de ma tulipe noire.

Le malheureux commençait à devenir fou.

—Eh bien, oui, disait Rosa palpitante, oui, oui, mais calmez-vous, oui, je lui prendrai ses clefs, oui, je vous ouvrirai; oui, mais calmez-vous, mon Cornélius.

Elle n'acheva point, un hurlement poussé devant elle interrompit sa phrase.

—Mon père! s'écria Rosa.

—Gryphus! rugit van Baërle, ah! scélérat!

Le vieux Gryphus, au milieu de tout ce bruit, était monté sans qu'on pût l'entendre. Il saisit rudement sa fille par le poignet.

—Ah! vous me prendrez mes clefs, dit-il d'une voix étouffée par la colère. Ah! cet infâme, ce monstre, ce conspirateur à pendre est votre Cornélius! Ah! l'on a des connivences avec les prisonniers d'État. C'est bon!

Rosa frappa dans ses deux mains avec désespoir.

—Oh! continua Gryphus, passant de l'accent fiévreux de la colère à la froide ironie du vainqueur, ah! monsieur l'innocent tulipier, ah! monsieur le doux savant, ah! vous me massacrerez, ah! vous boirez mon sang! Très bien! rien que cela! Et de complicité avec ma fille! Jésus! mais je suis donc dans un antre de brigands, je suis donc dans une caverne de voleurs! Ah! M. le gouverneur saura tout ce matin, et Son Altesse le stathouder saura tout demain. Nous connaissons la loi: «Quiconque se rebellera dans la prison (article 6).» Nous allons vous donner une seconde édition du Buitenhof, monsieur le savant, et la bonne édition celle-là. Oui, oui, rongez vos poings comme un ours en cage, et vous, la belle, mangez des yeux votre Cornélius. Je vous avertis, mes agneaux, que vous n'aurez plus cette félicité de conspirer ensemble. Çà, qu'on descende, fille dénaturée. Et vous, monsieur le savant, au revoir; soyez tranquille, au revoir!

Rosa, folle de terreur et de désespoir, envoya un baiser à son ami; puis, sans doute illuminée d'une pensée soudaine, elle se lança dans l'escalier en disant:—Tout n'est pas perdu encore, compte sur moi, mon Cornélius.

Son père la suivit en hurlant.

Quant au pauvre tulipier, il lâcha peu à peu les grilles que retenaient ses doigts convulsifs: sa tête s'alourdit, ses yeux oscillèrent dans leurs orbites, et il tomba lourdement sur le carreau de sa chambre en murmurant:—Volée! on me l'a volée!

Pendant ce temps, Boxtel sortit du château par la porte qu'avait ouverte Rosa elle-même. Boxtel, la tulipe noire enveloppée dans un large manteau, Boxtel s'était jeté dans une carriole qui l'attendait à Gorcum, et disparaissait, sans avoir, on le pense bien, averti l'ami Gryphus de son départ précipité.

Et maintenant que nous l'avons vu monter dans sa carriole, nous le suivrons, si le lecteur y consent, jusqu'au terme de son voyage.

Il marchait doucement; on ne fait pas impunément courir la poste à une tulipe noire.

Mais Boxtel, craignant de ne pas arriver assez tôt, fit fabriquer à Delft une boîte garnie tout autour de belle mousse fraîche, dans laquelle il encaissa sa tulipe; la fleur s'y trouvait si mollement accoudée de tous les côtés avec de l'air par en haut, que la carriole put prendre le galop, sans préjudice possible.

Il arriva le lendemain matin à Harlem, harassé mais triomphant, changea sa tulipe de pot, afin de faire disparaître toute trace de vol, brisa le pot de faïence dont il jeta les tessons dans un canal, écrivit au président de la société horticole une lettre dans laquelle il lui annonçait qu'il venait d'arriver à Harlem avec une tulipe parfaitement noire, s'installa dans une bonne hôtellerie avec sa fleur intacte.

Et là attendit.

XXV

LE PRÉSIDENT VAN HERYSEN

Rosa, en quittant Cornélius, avait pris son parti.

C'était de lui rendre la tulipe que venait de lui voler Jacob, ou de ne jamais le revoir.

Elle avait vu le désespoir du pauvre prisonnier, double et incurable désespoir.

En effet, d'un côté, c'était une séparation inévitable, Gryphus ayant à la fois surpris le secret de leur amour et de leurs rendez-vous.

De l'autre, c'était le renversement de toutes les espérances d'ambition de Cornélius van Baërle, et ces espérances, il les nourrissait depuis sept ans.

Rosa était une de ces femmes qui s'abattent d'un rien, mais qui, pleines de force contre un malheur suprême, trouvent dans le malheur même l'énergie qui peut le combattre, ou la ressource qui peut le réparer.

La jeune fille rentra chez elle, jeta un dernier regard dans sa chambre, pour voir si elle ne s'était pas trompée, et si la tulipe n'était point dans quelque coin où elle eût échappé à ses regards. Mais Rosa chercha vainement, la tulipe était toujours absente, la tulipe était toujours volée.

Rosa fit un petit paquet des hardes qui lui étaient nécessaires, elle prit ses trois cents florins d'épargne, c'est-à-dire toute sa fortune, fouilla sous ses dentelles où était enfoui le troisième caïeu, le cacha précieusement dans sa poitrine, ferma sa porte à double tour pour retarder de tout le temps qu'il faudrait pour l'ouvrir le moment où sa fuite serait connue, descendit l'escalier, sortit de la prison par la porte qui, une heure auparavant, avait donné passage à Boxtel, se rendit chez un loueur de chevaux et demanda à louer une carriole.

Le loueur de chevaux n'avait qu'une carriole, c'était justement celle que Boxtel lui avait louée depuis la veille et avec laquelle il courait sur la route de Delft.

Nous disons sur la route de Delft, car il fallait faire un énorme détour pour aller de Loewestein à Harlem; à vol d'oiseau la distance n'eût pas été de moitié.

Mais il n'y a que les oiseaux qui puissent voyager à vol d'oiseau en Hollande, le pays le plus coupé de fleuves, de ruisseaux, de rivières, de canaux et de lacs qu'il y ait au monde.

Force fut donc à Rosa de prendre un cheval, qui lui fut confié facilement: le loueur de chevaux connaissant Rosa pour la fille du concierge de la forteresse.

Rosa avait un espoir, c'était de rejoindre son messager, bon et brave garçon qu'elle emmènerait avec elle et qui lui servirait à la fois de guide et de soutien.

En effet, elle n'avait point fait une lieue qu'elle l'aperçut allongeant le pas sur l'un des bas-côtés d'une charmante route qui côtoyait la rivière.

Elle mit son cheval au trot et le rejoignit.

Le brave garçon ignorait l'importance de son message, et cependant allait aussi bon train que s'il l'eût connue. En moins d'une heure il avait déjà fait une lieue et demie.

Rosa lui reprit le billet devenu inutile et lui exposa le besoin qu'elle avait de lui. Le batelier se mit à sa disposition, promettant d'aller aussi vite que le cheval, pourvu que Rosa lui permît d'appuyer la main soit sur la croupe de l'animal, soit sur son garrot.

La jeune fille lui permit d'appuyer la main partout où il voudrait, pourvu qu'il ne la retardât point.

Les deux voyageurs étaient déjà partis depuis cinq heures et avaient déjà fait plus de huit lieues, que le père Gryphus ne se doutait point encore que la jeune fille eût quitté la forteresse.

Le geôlier d'ailleurs, fort méchant homme au fond, jouissait du plaisir d'avoir inspiré à sa fille une profonde terreur.

Mais tandis qu'il se félicitait d'avoir à conter une si belle histoire au compagnon Jacob, Jacob était aussi sur la route de Delft.

Seulement, grâce à sa carriole, il avait déjà quatre lieues d'avance sur Rosa et sur le batelier.

Tandis qu'il se figurait Rosa tremblant ou boudant dans sa chambre, Rosa gagnait du terrain.

Personne, excepté le prisonnier, n'était donc où Gryphus croyait que chacun était.

Rosa paraissait si peu chez son père depuis qu'elle soignait sa tulipe, que ce ne fut qu'à l'heure du dîner, c'est-à-dire à midi, que Gryphus s'aperçut qu'au compte de son appétit, sa fille boudait depuis trop longtemps.

Il la fit appeler par un de ses porte-clefs; puis comme celui-ci descendit en annonçant qu'il l'avait cherchée et appelée en vain, il résolut de la chercher et de l'appeler lui-même.

Il commença par aller droit à sa chambre; mais il eut beau frapper, Rosa ne répondit point.

On fit venir le serrurier de la forteresse; le serrurier ouvrit la porte, mais Gryphus ne trouva pas plus Rosa que Rosa n'avait trouvé la tulipe.

Rosa, en ce moment, venait d'entrer à Rotterdam.

Ce qui fait que Gryphus ne la trouva pas plus à la cuisine que dans sa chambre, pas plus au jardin que dans la cuisine.

Qu'on juge de la colère du geôlier, lorsqu'ayant battu les environs, il apprit que sa fille avait loué un cheval, et, comme Bradamante ou Clorinde, était partie en véritable chercheuse d'aventures, sans dire où elle allait.

Gryphus remonta furieux chez van Baërle, l'injuria, le menaça, secoua tout son pauvre mobilier, lui promit le cachot, lui promit le cul de basse-fosse, lui promit la faim et les verges.

Cornélius, sans même écouter ce que disait le geôlier, se laissa maltraiter, injurier, menacer, demeurant morne, immobile, anéanti, insensible à toute émotion, mort à toute crainte.

Après avoir cherché Rosa de tous les côtés, Gryphus chercha Jacob, et comme il ne le trouva pas plus qu'il n'avait retrouvé sa fille, il soupçonna dès ce moment Jacob de l'avoir enlevée.

Cependant, la jeune fille, après avoir fait une halte de deux heures à Rotterdam, s'était remise en route. Le soir même elle couchait à Delft, et le lendemain elle arrivait à Harlem, quatre heures après que Boxtel y était arrivé lui-même.

Rosa se fit conduire tout d'abord chez le président de la société horticole, maître van Herysen.

Elle trouva le digne citoyen dans une situation que nous ne saurions omettre de dépeindre, sans manquer à tous nos devoirs de peintre et d'historien.

Le président rédigeait un rapport au comité de la société.

Ce rapport était sur grand papier et de la plus belle écriture du président.

Rosa se fit annoncer sous son simple nom de Rosa Gryphus; mais ce nom, si sonore qu'il fût, était inconnu du président, car Rosa fut refusée. Il est difficile de forcer les consignes en Hollande, pays des digues et des écluses.

Mais Rosa ne se rebuta point, elle s'était imposé une mission et s'était juré à elle-même de ne se laisser abattre ni par les rebuffades, ni par les brutalités, ni par les injures.

—Annoncez à M. le président, dit-elle, que je viens lui parler pour la tulipe noire.

Ces mots, non moins magiques que le fameux: Sésame, ouvre-toi, des Mille et une Nuits, lui servirent de passe-porte. Grâce à ces mots, elle pénétra jusque dans le bureau du président van Herysen, qu'elle trouva galamment en chemin pour venir à sa rencontre.

C'était un bon petit homme au corps grêle, représentant assez exactement la tige d'une fleur dont la tête formait le calice, deux bras vagues et pendants simulaient la double feuille oblongue de la tulipe, un certain balancement qui lui était habituel complétait sa ressemblance avec cette fleur lorsqu'elle s'incline sous le souffle du vent.

Nous avons dit qu'il s'appelait M. van Herysen.

—Mademoiselle, s'écria-t-il, vous venez, dites-vous, de la part de la tulipe noire?

Pour M. le président de la société horticole, la tulipa nigra était une puissance de premier ordre, qui pouvait bien, en sa qualité de reine des tulipes, envoyer des ambassadeurs.

—Oui, monsieur, répondit Rosa, je viens du moins pour vous parler d'elle.

—Elle se porte bien? fit van Herysen avec un sourire de tendre vénération.

—Hélas! monsieur, je ne sais, dit Rosa.

—Comment! lui serait-il donc arrivé quelque malheur?

—Un bien grand, oui, monsieur, non pas à elle, mais à moi.

—Lequel?

—On me l'a volée.

—On vous a volé la tulipe noire?

—Oui, monsieur.

—Savez-vous qui?

—Oh! je m'en doute, mais je n'ose encore accuser.

—Mais la chose sera facile à vérifier.

—Comment cela?

—Depuis qu'on vous l'a volée, le voleur ne saurait être loin.

—Pourquoi ne peut-il être loin?

—Mais parce que je l'ai vue il n'y a pas deux heures.

—Vous avez vu la tulipe noire? s'écria Rosa en se précipitant vers M. van Herysen.

—Comme je vous vois, mademoiselle.

—Mais où cela?

—Chez votre maître, apparemment.

—Chez mon maître?

—Oui. N'êtes-vous pas au service de M. Isaac Boxtel?

—Moi?

—Sans doute, vous.

—Mais pour qui donc me prenez-vous, monsieur?

—Mais pour qui me prenez-vous, vous-même?

—Monsieur, je vous prends, je l'espère, pour ce que vous êtes, c'est-à-dire pour l'honorable M. van Herysen, bourgmestre de Harlem et président de la société horticole.

—Et vous venez me dire?

—Je viens vous dire, monsieur, que l'on m'a volé ma tulipe.

—Votre tulipe alors est celle de M. Boxtel. Alors, vous vous expliquez mal mon enfant; ce n'est pas à vous, mais à M. Boxtel qu'on a volé la tulipe.

—Je vous répète, monsieur, que je ne sais pas ce que c'est que M. Boxtel et que voilà la première fois que j'entends prononcer ce nom.

—Vous ne savez pas ce que c'est que M. Boxtel, et vous aviez aussi une tulipe noire?

—Mais il y en a donc une autre? demanda Rosa toute frissonnante.

—Il y a celle de M. Boxtel, oui.

—Comment est-elle?

—Noire, pardieu!

—Sans tache?

—Sans une seule tache, sans le moindre point.

—Et vous avez cette tulipe? Elle est déposée ici?

—Non, mais elle y sera déposée, car je dois en faire l'exhibition au comité avant que le prix ne soit décerné.

—Monsieur, s'écria Rosa, ce Boxtel, cet Isaac Boxtel, qui se dit propriétaire de la tulipe noire...

—Et qui l'est en effet.

—Monsieur, n'est-ce point un homme maigre?

—Oui.

—Chauve?

—Oui.

—Ayant l'œil hagard?

—Je crois que oui.

—Inquiet, voûté, jambes torses?

—En vérité, vous faites le portrait, trait pour trait de M. Boxtel.

—Monsieur, la tulipe est-elle dans un pot de faïence bleue et blanche à fleurs jaunâtres qui représente une corbeille sur trois faces du pot?

—Ah! quant à cela, j'en suis moins sûr, j'ai plus regardé la fleur que le pot.

—Monsieur, c'est ma tulipe, c'est celle qui m'a été volée; monsieur, c'est mon bien; monsieur, je viens le réclamer ici devant vous, à vous.

—Oh! oh! fit M. van Herysen en regardant Rosa. Quoi! vous venez réclamer ici la tulipe de M. Boxtel? Tudieu, vous êtes une hardie commère.

—Monsieur, dit Rosa un peu troublée de cette apostrophe, je ne dis pas que je viens réclamer la tulipe de M. Boxtel, je dis que je viens réclamer la mienne.

—La vôtre?

—Oui: celle que j'ai plantée, élevée moi-même.

—Eh bien, allez trouver M. Boxtel à l'hôtellerie du Cygne blanc, vous vous arrangerez avec lui; quant à moi, comme le procès me paraît aussi difficile à juger que celui qui fût porté devant le feu roi Salomon, et que je n'ai pas la prétention d'avoir sa sagesse, je me contenterai de faire mon rapport, de constater l'existence de la tulipe noire et d'ordonnancer les cent mille florins à son inventeur. Adieu, mon enfant.

—Oh! monsieur! monsieur! insista Rosa.

—Seulement, mon enfant, continua van Herysen, comme vous êtes jolie, comme vous êtes jeune, comme vous n'êtes pas encore pervertie, recevez mon conseil. Soyez prudente en cette affaire, car nous avons un tribunal et une prison à Harlem; de plus, nous sommes extrêmement chatouilleux sur l'honneur des tulipes. Allez, mon enfant, allez. M. Isaac Boxtel, hôtel du Cygne blanc.

Et M. van Herysen, reprenant sa belle plume, continua son rapport interrompu.

XXVI

UN MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ HORTICOLE

Rosa éperdue, presque folle de joie et de crainte à l'idée que la tulipe noire était retrouvée, prit le chemin de l'hôtellerie du Cygne blanc, suivie toujours de son batelier, robuste enfant de la Frise, capable de dévorer à lui seul dix Boxtels.

Pendant la route, le batelier avait été mis au courant; il ne reculait pas devant la lutte, au cas où une lutte s'engagerait; seulement, ce cas échéant, il avait ordre de ménager la tulipe.

Mais arrivée dans le Groote Markt, Rosa s'arrêta tout à coup; une pensée subite venait de la saisir, semblable à cette Minerve d'Homère, qui saisit Achille par les cheveux, au moment où la colère va l'emporter.

—Mon Dieu! murmura-t-elle, j'ai fait une faute énorme, j'ai perdu peut-être et Cornélius, et la tulipe et moi!... J'ai donné l'éveil, j'ai donné des soupçons. Je ne suis qu'une femme, ces hommes peuvent se liguer contre moi, et alors je suis perdue... Oh! moi perdue, ce ne serait rien, mais Cornélius, mais la tulipe!

Elle se recueillit un moment.

—Si je vais chez ce Boxtel et que je ne le connaisse pas, si ce Boxtel n'est pas mon Jacob, si c'est un autre amateur qui, lui aussi, a découvert la tulipe noire, ou bien si ma tulipe a été volée par un autre que celui que je soupçonne, ou a déjà passé dans d'autres mains, si je ne reconnais pas l'homme, mais seulement ma tulipe, comment prouver que la tulipe est à moi? D'un autre côté, si je reconnais ce Boxtel pour le faux Jacob, qui sait ce qu'il adviendra? Tandis que nous contesterons ensemble, la tulipe mourra! Oh! inspirez-moi, sainte Vierge! il s'agit du sort de ma vie, il s'agit du pauvre prisonnier qui expire peut-être en ce moment.