La Guerre des boutonsParte 9 de 23
Original em francês · tradução para inglês
A tradução continua com o Premium.
- O sentido de cada trecho
- Notas sobre expressões e gramática
- Todos os livros do catálogo
—Je m’en doutais, n.. d.. D...! grogna Bédouin en grinçant ce qui lui restait de dents, car, on s’en souvient, Longeverne était rouge et Velrans blanc, oui, n.. de D...! je m’en doutais; les mal élevés! c’est ça leur religion, montrer son cul aux honnêtes gens! Race de curés, race de brigands! ah les salauds! que j’en attrape un!
Et ce disant, Zéphirin, après avoir souhaité aux gosses de bien s’amuser et d’être toujours sages, était entré boire sa petite «purée» chez Fricot.
—Il crevait de soif! continua La Crique; aussi elle n’a pas fait long feu, maintenant il sirote la seconde; j’ai laissé Chanchet et Pirouli là-bas pour le surveiller et venir nous prévenir au cas où il sortirait avant mon retour.
—Ça va très bien! conclut Lebrac, se déridant tout à fait. Maintenant quels sont ceusses qui peuvent rester encore un petit moment ici? Nous n’avons pas besoin d’être tous ensemble, au contraire!
Huit se décidèrent, les chefs naturellement.
Gambette, parmi eux, fut plus long à prendre une résolution, il habitait loin, lui! Mais Lebrac lui fit remarquer que les Gibus restaient bien et que, comme c’était lui le plus leste, on aurait sûrement besoin de son concours. Stoïque, il se rendit aux raisons de son chef, risquant la raclée paternelle si l’alibi ne prenait pas.
—Maintenant, vous autres, exposa Lebrac, c’est pas la peine de vous faire engueuler à la maison, allez-vous-en! on fera bien sans vous; demain on vous racontera comment que les choses se sont passées; ce soir, vous nous gêneriez plutôt, et dormez tranquilles, le vieux va nous payer ses dettes. Surtout, ajouta-t-il, écampillez-vous, ne restez pas en bande, on pourrait peut-être se douter de «quéque chose» et il ne faut pas de ça.
Quand la bande fut réduite à Lebrac, Camus, Tintin, La Crique, Boulot, les deux Gibus et Gambette, le chef exposa son plan.
Ils allaient tous, en silence, leurs cordes de véllie à la main traînant derrière eux, descendre la grande rue du village et les hommes désignés à cet effet se placeraient aux endroits voulus, entre deux fumiers se faisant face.
Deux groupes de deux gars suffiraient pour tendre, en travers de la route, au passage du garde, les rets traîtres qui le feraient trébucher, rouler à terre et passer pour plus saoul encore qu’il ne serait. Il y aurait quatre endroits où l’on tendrait les embuscades.
On descendit: au fumier de chez Jean-Baptiste on laissa un lien et un autre à celui de chez Groscoulas: Boulot et Tigibus devaient revenir au dernier, La Crique et Grangibus à l’avant-dernier. En attendant ils continuèrent tous à avancer et Boulot, chef d’embuscade, s’arrêta avec son camarade au fumier de chez Botot, tandis que La Crique, et son copain venaient se poster à celui de chez Doni.
Les autres allèrent relever de leur faction Chanchet et Pirouli qu’ils renvoyèrent d’abord et immédiatement dans leurs foyers. Ensuite de quoi, ils s’en furent, à travers les carreaux, reluquer ce que faisait le vieux.
Il en était à sa troisième absinthe et pérorait comme un député sur ses campagnes réelles ou imaginaires, imaginaires plutôt, car on l’entendait dire: «Oui, un jour que je m’en devais venir en permission depuis Alger à Marseille, j’arrive juste n.. d. D... que le bateau venait de partir.
«Qu’est-ce que je fais?—Y avait justement une bonne femme du pays qui lavait la buée au bord de la mer. Je ne fais ni une ni deusse, j’y fous le nez dans un baquet, je renverse son cuveau, je saute dedans et avec ma crosse de fusil je rame dans le «suillage» du bateau et je suis arrivé quasiment avant lui à Marseille.»
On avait le temps! Gambette fut laissé en embuscade derrière un tas de fagots. Il devait, le moment venu, prévenir les deux groupes ainsi que Lebrac et ses acolytes de la sortie de Zéphirin.
En attendant, il put entendre le récit de la dernière entrevue de Bédouin avec son vieux copain «l’emperreur» Napoléon III.
—Oui, comme je passais à Paris, près des Tuileries, je m’ demandais si j’entrerais lui donner le bonjour, quand j’ sens quelqu’un qui me tape sur l’épaule. Je me retourne...
C’était lui!—Oh! ce sacré Zéphirin, qu’il a fait, comme ça se trouve! Entrons, on va boire la goutte!
—Génie, cria-t-il à l’impératrice, c’est Zéphirin; on va trinquer, rince deux verres!
Les trois gaillards, pendant ce temps, remontaient le village et arrivaient à la maison du garde.
Par une lucarne de la remise, Lebrac se glissa à l’intérieur, ouvrit à ses camarades une petite porte dérobée et tous trois, de couloir en couloir, pénétrèrent dans l’appartement de Bédouin où, un quart d’heure durant, ils se livrèrent à un mystérieux travail parmi les arrosoirs, les marmites, les lampes, le bidon de pétrole, les buffets, le lit et le poêle.
Ensuite de quoi, le tirouit de Gambette annonçant le retour de leur victime, ils se retirèrent aussi discrètement qu’ils étaient entrés.
Vivement ils accoururent au deuxième poste de Boulot où ils arrivèrent bien avant la venue de ce dernier.
Le père Zéphirin, après avoir en effet une dernière fois encore raconté à Fricot des histoires sur les «Arbis» et les «chacails» et parlé des «raquins» qui infectaient la rade d’Alger, même qu’une de ces sales bêtes avait, un jour qu’ils se baignaient, coupé le «zobi» à un de ses camarades et que la mer s’était toute teinte de sang, partit en titubant et en traînant les semelles sous les regards amusés du bistro et de sa femme.
Quand il arriva vers chez Doni, pouf! il prit une première bûche en jurant des «tonnerre de Dieu!» contre ce sale chemin que le père Bréda, le cantonnier (un feignant qui n’avait fait que sept ans et la campagne d’Italie, quelle foutaise!) entretenait salement mal. Puis, après y avoir mis le temps, il se redressa et repartit.
—Je crois qu’il a sa malle, jugea Fricot en refermant sa porte.
Un peu plus loin, la liane de Boulot, traîtreusement tendue devant ses pas, le fit rouler dans le ruisseau de purin, tandis que filaient en silence, emportant leur lien, les deux ténébreux machinateurs.
Au fumier de chez Groscoulas, il ne manqua pas non plus de reprendre la bûche, en sacrant de tous ses poumons contre ce salaud de pays où l’on n’y voyait pas plus clair que dans le c.. d’une négresse.
Cependant les gens, attirés par son vacarme, sortaient sur le pas de leurs portes et disaient:
—Eh bien, je crois qu’il a sa paille, le vieux briscard, ce soir: pour une belle cuite, c’est une belle cuite!
Et quinze ou vingt paires d’yeux purent constater que, vingt pas plus loin, le vieux, méconnaissant encore les lois de l’équilibre, reprenait une de ces bûches qui comptent dans la vie d’un poivrot.
—J’ suis pourtant pas saoul! nom de Dieu! bégayait-il en portant la main à son front bossué et à son nez meurtri. J’ai presque rien bu. C’est la colère qui m’a monté à la tête! ah les salauds!
Il n’avait plus de genoux à son pantalon et il mit bien cinq minutes à trouver sa clef, ensevelie au fond de sa poche sous son ample mouchoir à carreaux, parmi son couteau, sa bourse, sa tabatière, sa pipe, sa blague et sa boîte d’allumettes.
Enfin il entra.
Les curieux qui le suivirent, au nombre desquels les huit moutards, constatèrent dès ses premiers pas un vacarme d’arrosoirs renversés. C’était prévu, ils les avaient disposés pour cela. Enfin, le vieux, s’étant frayé tout de même un passage, arriva au réduit creusé dans le mur où il logeait ses allumettes.
Il en frotta une sur son pantalon, sur la boîte, sur le tuyau du poêle, sur le mur: elle ne prit point; il en frotta une deuxième, puis une troisième, une quatrième, une cinquième, toujours sans résultat malgré les changements de frottoirs.
—Frotte, mon vieux! ricanait Camus qui les avait toutes trempées dans l’eau. Frotte! ça t’amusera.
Las de frotter en vain, Zéphirin en chercha une dans sa poche, la frotta, l’enflamma et voulut allumer sa lampe à pétrole; mais la mèche fut récalcitrante elle aussi et ne voulut jamais prendre.
Zéphirin par contre s’échauffait:
—Sacré nom de Dieu de nom de Dieu de saloperie de putasserie de vache! ah! nom de Dieu! tu ne veux pas prendre! ah! tu ne veux pas prendre, vraiment! ah oui, c’est comme ça, eh bien! tiens! nom de Dieu! prends celle-là, saleté, fit-il en la lançant de toutes ses forces contre son poêle, où elle se brisa avec fracas.
—Mais, il va foutre le feu à sa boîte, fit quelqu’un!
—Pas de danger, pensait Lebrac, qui avait remplacé le pétrole par un reste de vin blanc traînant au fond d’une bouteille.
Après cet exploit, le vieux, ambulant dans l’obscurité, heurta son poêle, renversa des chaises, donna du pied dans les arrosoirs, tituba parmi les marmites, beugla, jura, injuria tout le monde, tomba, se releva, sortit, rentra et finalement, fatigué et meurtri, se coucha tout habillé sur son lit où un voisin, le lendemain matin, alla le trouver, ronflant comme un tuyau d’orgue au milieu d’un magnifique désordre qui n’était pas pour autant un effet de l’art.
Peu de temps après, on entendait dire par le village, et Lebrac et les copains en riaient sous cape, que le père Bédouin était «si tellement» saoul la veille au soir, qu’il était tombé huit fois en sortant de chez Fricot, qu’il avait tout renversé en rentrant chez lui, cassé sa lampe, pissé au lit et ch.. dans sa marmite.
LIVRE II DE L’ARGENT!
CHAPITRE PREMIER LE TRÉSOR DE GUERRE
L’argent est le nerf de la guerre.
BISMARCK.
Les camarades, le lendemain, en se rendant à l’école, apprirent lambeau par lambeau l’histoire du père Zéphirin. Le village, tout entier en rumeur, commentait joyeusement les diverses phases de cette bachique équipée: seul le héros principal, ronflant d’un sommeil d’ivrogne, ignorait encore les dégâts commis dans son ménage et les coups de mine dont sa conduite de la veille avait sapé sa réputation.
Dans la cour de l’école, le groupe des grands, Lebrac au centre, se tordait de rire, chacun racontant très haut, pour que le maître entendît, tout ce qu’il savait des histoires scabreuses qui couraient les rues, et tous insistaient avec force sur les détails salaces et verts: la marmite et le lit. Ceux qui ne disaient rien riaient de toutes leurs dents et leurs yeux orgueilleux luisaient d’un feu vainqueur, car ils songeaient qu’ils avaient tous plus ou moins coopéré à ces équitables et dignes représailles.
Ah! il pouvait gueuler maintenant, Zéphirin! Quel respect voulez-vous qu’on porte à un type qui se saoule «si tellement» qu’on le ramasse plein comme une vache dans les fosses à purin de la commune et perd la tramontane à un tel point qu’il en vient à considérer son lit comme une pissotière et à prendre sa marmite pour un pot de chambre.
Seulement, en sourdine, les plus grands, les guerriers importants, sollicitaient des explications et réclamaient des détails. Bientôt tous connurent la part que chacun des huit avait eue dans l’œuvre de vengeance.
Ils surent ainsi que le coup des arrosoirs et celui des allumettes étaient de Camus, Tintin guettant l’arrivée et le signal de Gambette, et que les grosses opérations étaient les fruits de l’imagination de Lebrac.
Le vieux s’apercevrait encore plus tard que le vin restant dans sa bouteille avait un goût de pétrole; il se demanderait quel cochon de chat avait mis le nez dans son bol de cancoillotte et pourquoi ce reste de fricot d’oignons était si salé...
Oui, et ce n’était pas tout. Qu’il recommençât seulement, pour voir, à em... nuyer Lebrac et sa troupe! et on lui réserverait quéque chose de mieux encore et de plus soigné. Le chef ruminait, en effet, de lui boucher sa cheminée avec de la marne, de lui démonter sa charrette et d’en faire disparaître les roues, de venir lui «râper la tuile» tous les soirs pendant huit jours, sans compter le pillage des fruits de son verger et la mise à sac de son potager.
—Ce soir, conclut-il, on sera tranquille. Il n’osera pas sortir. D’abord il est tout «beugné» d’avoir piqué des têtes dans les rigoles et puis il a assez de travail chez lui. Quand on a de la besogne chez soi, on ne fourre pas le nez dans celle des autres!
—Est-ce qu’on va se remettre encore à poil? questionna Boulot.
—Mais, puisque nous ne serons pas embêtés, fit Lebrac, bien sûr!
—C’est que, hasardèrent plusieurs voix, mon vieux, tu sais, il ne faisait guère chaud hier au soir, on en était tout «rengremesillé» avant la charge.
—J’avais la peau comme une poule déplumée, moi, déclara Tintin, et le zizi qui fondait «si tellement» que y en avait pus.
—Et puis les Velrans ne veulent pas venir ce soir. Hier, ils ont trop eu le trac. Ils ne savaient pas ce qui leur arrivait dessus. Ils ont cru qu’on tombait de la lune.
—C’était pas ce qui manquait, les lunes, remarqua La Crique.
—Sûrement que ce soir ils vont muser à ce qu’ils pourraient bien trouver et on en serait pour se moisir là-bas, sur place!
—Si Bédouin ne vient pas ce soir, il peut venir quelqu’un d’autre (il a dû blaguer chez Fricot) et on risque bien plus encore de se faire piger; tout le monde n’est pas aussi décati que le garde!
—Et puis, nom de Dieu! non! je ne me bats plus à poil, articula Guerreuillas, levant carrément l’étendard de la révolte ou tout au moins de la protestation irréductible.
Chose grave! Il fut appuyé par de très nombreux camarades qui s’en étaient toujours remis docilement aux décisions de Lebrac. La raison de ce désaccord, c’est que la veille, au cours de la charge, en plus du froid ressenti, ils s’étaient en outre qui planté une épine dans le pied, qui écorché les orteils sur des chardons ou blessé les talons en marchant sur des cailloux.
Bientôt toute l’armée bancalerait! Ce serait du propre! Non vraiment, ça n’était pas un métier!
Lebrac, seul, ou presque, de son opinion, dut convenir que le moyen qu’il avait préconisé offrait en effet de notoires inconvénients et qu’il serait bon d’en trouver un autre.
—Mais lequel? Trouvez-en puisque vous êtes si malins! reprit-il, vexé au fond du peu de succès en durée qu’avait eu son entreprise.
On chercha.
—On pourrait peut-être se battre en manches de chemises, proposa La Crique; les blouses au moins n’auraient pas de mal et, avec des ficelles pour les souliers et des épingles pour le pantalon, on pourrait rentrer.
—Pour te faire punir le lendemain par le père Simon qui te dira que tu as une tenue débraillée et qui en préviendra tes vieux! hein! qui c’est qui te remettra des boutons à ta chemise et à ton tricot? Et tes bretelles?
—Non, c’est pas un moyen ça! Tout ou rien, trancha Lebrac! Vous ne voulez pas de rien, il faut tout garder.
—Ah! fit La Crique, si on avait quelqu’un pour nous recoudre des boutons et refaire les boutonnières!
—Et aussi pour te racheter des cordons, et des jarretières, et des bretelles, hein! Pourquoi pas pour te faire pisser pendant que tu y es et puis torcher le «jacquot» à «mocieu» quand il a fini de se vider le boyau gras; hein!
—Ce qu’il faut, je vous le dis encore, moi, na! «pisse que» vous ne trouvez rien, reprit Lebrac, ce qu’il nous faut, c’est des sous!
—Des sous?
—Oui, bien sûr! parfaitement! des sous! Avec des sous on peut acheter des boutons de toutes sortes, du fil, des aiguilles, des agrafes, des bretelles, des cordons de souliers, du «lastique», tout, que je vous dis, tout!
—C’est bien vrai ça, tout de même; mais pour acheter ce fourbi que tu dis, il faudrait qu’on nous en donne beaucoup de sous, p’t’être bien cent sous!
—Merde! une roue de brouette! jamais on n’aura ça.
—Pour qu’on nous les donne d’un seul coup, sûrement non; il n’y a pas à y compter, mais écoutez-moi bien, insista Lebrac, il y aurait un moyen tout de même d’avoir presque tout ce qu’il nous faut.
—Un moyen que tu...
—Ecoute donc! C’est pas tous les jours qu’on est fait prisonnier et puis nous en rechiperons des p’tits Migue la Lune et alors...
—Alors?...
—Alors nous les garderons, leurs boutons, leurs agrafes, leurs bretelles, aux peigne-culs de Velrans; au lieu de couper les cordons, on les mettra de côté pour avoir une petite réserve.
—Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir pris, interrompit La Crique, qui, bien que jeune, avait déjà des lettres. Si nous voulons être sûrs d’avoir des boutons, et nous pouvons en avoir besoin d’un jour à l’autre, le meilleur est d’en acheter.
—T’as des ronds? ironisa Boulot.
—J’en ai sept dans une tirelire en forme de «guernouille», mais il n’y a pas à compter dessus, la guernouille les dégobillera pas de sitôt; ma mère sait «combien qu’il y en a», elle garde le fourbi dans le buffet. Elle dit qu’elle veut m’acheter un chapeau à Pâques... ou à la Trinité, et si j’en faisais couler un je recevrais une belle dinguée.
—C’est toujours comme ça, bon Dieu! ragea Tintin. Quand on nous donne des sous, c’est jamais pour nous! Faut absolument que les vieux posent le grappin dessus. Ils disent qu’ils font de grands sacrifices pour nous élever, qu’ils en ont bien besoin pour nous acheter des chemises, des habits, des sabots, j’ sais ti quoi! moi; mais je m’en fous de leurs nippes, je voudrais qu’on me les donne, mes ronds, pour que je puisse acheter quelque chose d’utile, ce que je voudrais: du chocolat, des billes, du lastique pour une fronde, voilà! mais il n’y a vraiment que ceux qu’on accroche par ci par là qui sont bien à nous et encore faut pas qu’ils traînent longtemps dans nos poches!
Un coup de sifflet interrompit la discussion, et les écoliers se mirent en rang pour entrer en classe.
—Tu sais, confia Grangibus à Lebrac, moi, j’ai deux ronds qui sont à moi et que personne ne sait. C’est Théodule d’Ouvans qui est venu au moulin et qui me les a donnés passe que j’ai tenu son cheval. C’est un chic type, Théodule, il donne toujours quéque chose... tu sais bien Théodule, le républicain, celui qui pleure quand il est saoul!
—Taisez-vous, Adonis!—Grangibus était prénommé Adonis—fit le père Simon, ou je vous punis!
—Merde! fit Grangibus entre ses dents.
—Qu’est-ce que vous marmottez? reprit l’autre qui avait surpris le tremblement des lèvres; on verra comme vous bavarderez tout à l’heure quand je vous interrogerai sur les devoirs envers l’Etat?
—Dis rien, souffla Lebrac, j’ai une idée.
Et l’on entra.
Dès que Lebrac fut installé à sa place, ses cahiers et ses livres devant lui, il commença par arracher proprement une feuille double du milieu de son cahier de brouillons. Il la partagea ensuite, par pliages successifs, en trente-deux morceaux égaux sur lesquels il traça, il condensa cette capitale interrogation: