La Guerre des boutons Cap. 1/28 · 0%

La Guerre des boutonsParte 8 de 23

Louis Pergaud

Original em francês · tradução para inglês

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  • O sentido de cada trecho
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Mais la fuite des Velrans ne s’arrêta point pour si peu. Le mur d’enceinte était là avec le taillis derrière, clairsemé à la lisière pour s’épaissir après par degrés. La troupe en déroute de l’Aztec des Gués ne perdit pas son temps à chercher à passer à la queue leu leu dans la grande tranchée. Les premiers la prirent, mais les derniers n’hésitèrent point à bondir en plein taillis et à se frayer, des pieds et des mains et coûte que coûte, un chemin de retraite.

La tenue simplifiée des Longevernes ne leur permettait malheureusement pas de continuer la poursuite dans les ronces et les épines et, du mur de la forêt, ils virent leurs ennemis fuyant, lâchant leurs bâtons, perdant leurs casquettes, semant leurs cailloux, qui s’enfonçaient meurtris, fouettés, égratignés, déchirés parmi les épines et les fourrés de ronces comme des sangliers forcés ou des cerfs aux abois.

Lebrac, lui, avait enfilé la Grande Tranchée avec Tintin et Grangibus. Il allait poser la griffe sur l’épaule frémissante de peur de Migue la Lune, dont il venait déjà de tanner les reins avec son sabre, quand deux stridents coups de sifflet venant de son camp, en achevant la déroute ennemie, les arrêtèrent net eux aussi, lui et ses soldats.

Migue la Lune, laissant derrière lui un sillage odorant caractéristique qui témoignait de sa frousse intense, put s’échapper comme les autres et disparut dans le sous-bois.

Qu’y avait-il?

Lebrac et ses guerriers s’étaient retournés, inquiets du signal de Boulot et soucieux quand même de ne pas se laisser surprendre dans cette tenue équivoque par un des gardiens laïque ou ecclésiastique, naturel ou autre, de la morale publique de Longeverne ou d’ailleurs.

Jetant un regard de regret sur la silhouette de Migue la Lune, Lebrac remonta la tranchée pour regagner la lisière où ses soldats, écarquillant les prunelles, cherchaient, en attendant son retour, à se rendre compte de ce qui avait bien pu motiver le signal d’alarme de Boulot.

Camus qui, au moment de l’assaut, était redescendu de l’arbre, et avait, on s’en souvient, gardé ses vêtements, s’avança prudemment jusqu’au contour du chemin pour explorer les alentours.

Ah, ce ne fut pas long! Il vit qui?

Parbleu, cette vadrouille de vieille brute de père Bédouin, lequel, ahuri lui aussi de ces deux coups de sifflet qui l’avaient fait tressauter, bourrait ses mauvais quinquets de tous les côtés, afin de saisir la cause mystérieuse de ce signal insolite et vaguement sinistre.


CHAPITRE VIII JUSTES REPRÉSAILLES

Donec ponam inimicos tuos, scabellum pedum tuorum. (Vêpres du Dimanche). [Psalmo... nescio quo]

JANOTUS DE BRAGMARDO.

Le père Bédouin vit Camus en même temps que l’aperçut celui-ci, mais si le gosse avait parfaitement reconnu le vieux du premier coup, la réciproque n’était heureusement pas vraie.

Seulement, le garde champêtre sentant, avec son flair de vieux briscard, que le galapiat qu’il avait devant lui devait être pour quelque chose dans cette nouvelle affaire ou tout au moins pourrait lui donner quelques renseignements ou explications, il lui fit signe de l’attendre et marcha droit à lui.

Cela faisait bien l’affaire de Boulot qui appréhendait fort que ce vieux sagouin ne vînt de son côté et ne découvrît le garde-meuble des camarades de Longeverne. Boulot, pour l’empêcher de parvenir à cet endroit, était résolu à tout employer et le meilleur moyen était encore l’injure à courte distance, pourvu toutefois qu’on eût, comme c’était le cas, des arbres et des buissons afin de se dissimuler et de n’être point reconnu. De cette façon, en jouant habilement des jambes, on pouvait entraîner le vieux très loin du terrain de combat:

Boulot avait appris la fable; cette ruse d’oiseau lui avait plu et, comme il n’était pas plus bête qu’une perdrix dont il imitait à s’y méprendre le «tirouit», il saurait bien, lui aussi, entraîner au loin et semer Zéphirin.

Ce petit jeu cependant n’allait pas sans quelques risques et complications, dont les plus graves étaient la présence ou la venue en ces lieux d’un habitant du village ayant bon pied et bon œil qui le dénoncerait au garde, ou même (ça s’était vu), s’il était parent, allié ou ami, s’autoriserait de cette familiarité pour venir attraper par l’oreille le délinquant et le conduire en cette posture au représentant de la force publique, situation fâcheuse comme on peut croire.

Et comme Boulot était prudent, il préférait ne pas se mettre dans le cas d’encourir ce risque. Il n’avait, d’autre part, pas de notions exactes sur l’issue de la bataille et la façon dont Lebrac avait dirigé ses troupes. Les cris entendus lui avaient seulement appris qu’un sérieux assaut avait été donné. Oui, mais où en étaient maintenant les camarades?

Graves questions!

Camus, lui, comme bien on pense, ne perdit pas son temps à attendre le garde champêtre. Dès qu’il eut vu que l’autre voulait le rejoindre et se dirigeait de son côté, il fit prestement demi-tour, se baissa en sautant dans le ravin et fila vers les camarades en leur criant, pas trop fort du reste, de fuir par en haut, puisque le Charognard, ainsi désignait-il le trouble-guerre, venait du côté du bas.

Zéphirin, voyant s’enfuir Camus, ne douta pas un seul instant que ces sales morveux étaient encore en train «de lui en jouer une»; il se souvint du coup de l’avant-veille où l’autre lui avait montré son derrière sans voiles et, comme il se sentait d’attaque ce soir-là, il piqua un pas de gymnastique pour rattraper le galopin.

Suant et soufflant, il arriva juste à point pour voir la nichée des gaillards, nus comme des vers, fuir et disparaître entre les buissons du haut de la Saute, tout en hurlant à son adresse des injures sur le sens desquelles il n’y avait pas à se méprendre.

—Vieux salaud! putassier! vérolard! vieux bac! hé! on t’emm....!

—Petits cochons, ah! dégoûtants, polissons, mal élevés, ripostait le vieux, reprenant sa course. Ah! que j’en attrape un seulement; je lui coupe les oreilles, je lui coupe le nez, je lui coupe la langue, je lui coupe...

Bédouin voulait tout couper.

Mais pour en attraper un, il aurait fallu avoir des jambes plus agiles que ses vieilles guibolles; il battit bien les buissons de tous côtés, mais ne trouva rien et suivit de loin, à la voix, une trace qu’il crut bonne, mais qui devait bientôt lui faire faux bond elle aussi.

Camus, Grangibus et La Crique, tous trois vêtus, pour protéger le retour et la mise en tenue de leurs camarades, avaient réalisé ce que Boulot avait eu un instant l’intention de faire et attiré Zéphirin par les pâtures de Chasalans, loin, loin, du côté de Velrans, afin aussi de lui donner le change et lui laisser croire, sa faible vue aidant, que c’étaient les gamins du village ennemi qui étaient les seuls coupables de cet attentat à sa dignité de vieux défenseur de la «Pâtrie» et de représentant de la «loâ».

Tous les signaux de méfiance et de ralliement étant convenus d’avance, le bois ennemi étant désert, Camus et ses deux acolytes, quand ils jugèrent le moment venu, cessèrent de crier des injures à Bédouin, firent un brusque crochet dans les champs, longèrent en rampant le mur de la pâture à Fricot, rentrèrent dans le bois et, par la tranchée du haut, vinrent déboucher dans les buissons du communal, à une centaine de mètres au-dessus du coude du chemin, c’est-à-dire du champ de bataille.

Il était bien désert à ce moment-là, le champ de bataille, et rien n’y rappelait la lutte épique de l’heure précédente; mais, dans les buissons du bas, ils entendirent le tirouit des Longevernes qui, régulièrement, les rappelait.

Grâce à leur habile diversion, en effet, la troupe surprise avait pu regagner le camp que gardait Boulot et, à la hâte, dare-dare, remettre chemises, culottes et blousons et souliers. Boulot, affairé, allait de l’un à l’autre, aidant de toutes ses mains, n’ayant pas assez de ses dix doigts pour rentrer les pans de chemises, ajuster les bretelles, boutonner les pantalons, ramasser les casquettes, lacer des cordons de souliers et veiller à ce que personne ne perdît ni n’oubliât rien.

En moins de cinq minutes, jurant et grognant contre cette sacrée vieille fripouille de garde qui se trouvait toujours où on ne le demandait pas, les soldats de l’armée ayant, avec une juste satisfaction, réintégré leurs pelures, et demi-satisfaits d’une demi-victoire dans laquelle on n’avait pas fait de prisonniers, s’échelonnaient du haut en bas en quatre ou cinq groupes pour rappeler les trois éclaireurs aux prises avec Bédouin.

—Il me le paiera celui-là! faisait Lebrac, oui, il me le paiera. C’est pas la première fois que ça lui arrive de chercher à me faire des misères. Ça ne peut pas se passer comme ça, ou ben y aurait pus de bon Dieu, pus de justice, pus rien! Ah! non! nom de Dieu, non! ça ne se passera pas comme ça!

Et le cerveau de Lebrac ruminait une vengeance compliquée et terrible, et ses camarades, eux aussi, réfléchissaient profondément.

—Dis donc, Lebrac, proposa Tintin, il y a ses pommes au vieux, si on allait un peu lui caresser ses arbres à coups «d’avarchots», pendant qu’il nous cherche à Chasalans, hein! qu’en dis-tu?

—Et lui faire sauter son carré de choux, compléta Tigibus.

—Lui casser ses carreaux! fit Guerreuillas.

—Ça, c’est des idées! convint Lebrac qui, lui aussi, avait la sienne; mais attendons les autres. Et puis, on ne peut guère faire ça de jour. Des fois que si on était vu, il pourrait bien nous faire aller en prison avec des témoins... un vieux cochon comme ça, que ça n’a ni cœur ni entrailles, faut pas s’y fier, vous savez. Enfin, on verra bien.

—Tirouit! interrogea-t-on dans les buissons du couchant.

—Les voici! fit Lebrac, et il imita à trois reprises le rappel de la perdrix grise.

Une forte sabotée, frappant le sol à coups redoublés, lui apprit la venue des trois éclaireurs et le rassemblement à son poste des divers groupes disséminés par le coteau. Quand tout le monde fut réuni, les coureurs s’expliquèrent:

Zéphirin, assurèrent-ils, jurait les tonnerre et les bordel de Dieu contre ces sales petits morpions de Velrans qui venaient emmerder les honnêtes gens jusque sur leur territoire, et le pauvre bougre suait et s’épongeait et soufflait, tel un carcan poussif qui tire une voiture de deux mille, en montant une levée de grange rapide comme un toit.

—Ça va bien! affirma Lebrac. Il veut repasser par ici, faudra que quelqu’un reste pour le guetter.

La Crique, qui était déjà psychologue et logicien, émit une opinion:

—Il a eu chaud, par conséquent il a soif; donc il va s’en retourner tout droit au pays pour aller prendre sa purée chez Fricot l’aubergiste. Faudrait peut-être bien que quelqu’un aille aussi par là-bas!

—Oui! approuva le chef, c’est vrai: trois ici, trois là-bas; les autres vont tous venir avec moi dans le bois du Teuré; maintenant, j’ sais ce qu’il faut faire.

—Il en faudra un malin près de chez Fricot, continua-t-il; La Crique va y partir avec Chanchet et Pirouli: vous jouerez aux billes sans avoir l’air de rien.

Boulot, lui, restera ici, calé dans la carrière avec deux autres: faudra bien regarder et bien écouter ce qu’il dira; quand le vieux sera loin et qu’on saura ce qu’il va faire, vous viendrez tous nous retrouver au bout de la vie à Donzé, près de la Croix du Jubilé. Alors on verra et je vous dirai de quoi il retourne.

La Crique fit remarquer que ni lui ni ses camarades n’avaient de billes et Lebrac, généreusement, lui en donna une douzaine (pour un sou mon vieux) afin qu’ils pussent, devant le garde, soutenir convenablement leur rôle.

Et, sur une dernière recommandation du chef, La Crique, plein de confiance en soi, ricana:

—T’embête pas, ma vieille! Je me charge bien de lui monter le coup proprement à ce vieux trou du c... là!

La dislocation s’opéra sans tarder.

Lebrac avec le gros de la troupe gagna le bois du Teuré et, sitôt qu’on y fut, ordonna à ses hommes d’arracher des grands arbres les plus longues chaînes de véllie ou véliere (clématite) qu’ils pourraient trouver.

—Pourquoi faire? demandèrent-ils. Pour fumer? Ah ah! on va faire des cigares, chouette!

—Ne la cassez pas, surtout, reprit Lebrac, et trouvez-en autant que vous pourrez: vous verrez bien plus tard.

Toi, Camus, tu grimperas aux arbres pour la détacher, tu monteras haut, il en faut de longs bouts.

—Pour ça, je m’en charge, fit le lieutenant.

—Auparavant, y en a-t-il qui auraient de la ficelle, par hasard? questionna le chef.

Tous en avaient des morceaux d’une longueur variant de un à trois pieds. Ils les présentèrent.

—Gardez-les!—Oui! conclut-il en réponse à une question intérieure qu’il s’était posée, gardez-les et trouvons de la véllie.

Dans la vieille coupe, ce n’était pas difficile à découvrir, c’était ça qui manquait le moins. Le long des grands chênes, des foyards, des charmes, des bouleaux, des poiriers sauvages, de presque tous les arbres, les souples et durs lacets montaient, grimpaient, s’accrochaient par leurs feuilles en vrilles aux fûts noueux, s’enroulaient, serpents végétaux et vivaces, pour escalader l’azur, conquérir la lumière et boire, avec chaque aurore, leur lampée de soleil. Il y avait en bas et presque partout sur le sol des vieilles souches grises, dures et raides, s’écaillant en filaments comme du bœuf bouilli trop cuit, pour s’effiler au sommet en fouets souples et résistants.

Camus grimpait; Tétas et Guignard aussi; ils formaient trois chantiers qui opéraient simultanément sous l’œil vigilant de Lebrac.

Ah! c’était bientôt fait, l’escalade.

Quelque gros que fût l’arbre, Camus, comme un lutteur antique, l’attaquait à bras le corps, franchement; souvent même ses bras trop courts n’arrivaient pas à en étreindre complètement le tronc.

Qu’importe! Ses mains aplaties s’accrochaient comme des ventouses à tous les nœuds d’écorce, ses jambes se croisaient enlaçantes comme des ceps de vigne tortus et une détente solide de jarrets vous le projetait d’un seul coup à trente ou cinquante centimètres plus haut; là, nouvel agrippement de mains, nouvel arrimage de jarrets et, en quinze ou vingt secondes, il accrochait la première branche.

Alors ça ne traînait plus: un rétablissement sur les avant-bras et la poitrine d’abord, puis les genoux arrivaient à hauteur de cette barre fixe naturelle et s’y installaient, et puis les pieds ne tardaient pas à remplacer les genoux, et la montée jusqu’au sommet s’opérait ensuite aussi naturellement et facilement que par le plus commode des escaliers.

La liane végétale tombait vite entre leurs mains, car, au pied de l’arbre, un camarade à l’eustache tranchant rasait la tige au niveau du sol tandis que trois ou quatre autres gars, tirant dessus avec toutes les précautions d’usage, l’amenaient à eux par degrés.

Que de fois les petits bergers avaient fait cela en été, à la Saint Jean, et enguirlandé de verdure et de fleurs des champs les cornes de leurs bêtes! La clématite, le lierre, les bleuets, les coquelicots, les marguerites, les scabieuses mariaient leurs couleurs parmi la verdure sombre des couronnes tressées, pour lesquelles on rivalisait d’ingéniosité et de goût et c’était une joie, le soir, de voir revenir à pas pesants et faisant tinter leurs clochettes, les bonnes vaches aux grands yeux limpides, fleuries et couronnées comme des mariées de mai.

En rentrant, on accrochait le bouquet au-dessus de la porte de la cuisine, parmi les grands clous de «baudrions» où la panoplie luisante et rustique des faux jette ses feux sombres, et on l’y laissait, sous l’abri de l’auvent, se dessécher jusqu’à l’année suivante et plus longtemps quelquefois.

Mais il ne s’agissait pas de cela aujourd’hui.

—Dépêchons-nous, pressa Lebrac, qui voyait tomber la nuit et les brouillards du couchant se lever sur le moulin de Velrans.

Et, ayant fait rassembler le butin, après s’être livré mentalement à des opérations mathématiques compliquées et avoir avec soin auné de ses bras étendus les liens dont on disposait, il décida le départ pour le carrefour de la croix du Jubilé en passant entre les haies de la vie à Donzé.

Lebrac avait quatre morceaux de résistance, longs chacun d’environ dix mètres, et huit autres plus petits.

Chemin faisant, après avoir soigneusement recommandé de ne pas casser les grands bouts, il ordonna de nouer autant que possible les petits deux à deux et cependant que seize soldats portaient ces engins de combats et que les autres les regardaient, lui, le chef, se mit à réfléchir profondément jusqu’à l’arrivée au point de concentration.

—Qu’est-ce qu’on va faire Lebrac? interrogeaient tour à tour les gars.

La nuit tombait peu à peu.

—Ça dépend! répondit évasivement le chef.

—Il va bientôt être temps de rentrer, constata un des petits.

—Les autres ne viennent pas, ni Boulot, ni La Crique!

—Qu’est-ce qu’ils font? Qu’est-ce qu’a pu devenir le vieux?

On s’impatientait enfin, et l’air mystérieux du chef n’était pas pour calmer l’énervement général:

—Ah! voici Boulot avec ses hommes! s’esjouit Camus.

—Eh bien! Boulot?

—Eh bien! reprit l’autre, il a passé par la grand’ route, tout en bas et on aurait pu l’attendre longtemps si j’avais pas eu l’œil! Il a dû redescendre le bois et regagner la route par le petit sentier qui part de la sommière.

Nous l’avons vu de la Carrière. Il faisait des grands moulinets avec ses bras, tout comme Kinkin quand il est saoul. Il doit être salement en colère.

—Tigibus, commanda Lebrac, va voir ce que fait La Crique et tu z’y diras de venir me dire tout de suite ce qui se passe.

Tigibus, docile, partit au triple galop, mais à trente sauts du groupe, un «tirouit» discret l’arrêta.

—C’est toi, La Crique! Viens vite, mon vieux, viens vite dire où que ça en est!

Ils arrivèrent en quelques secondes.

La Crique fut entouré et parla.

—Un quart d’heure avant, rouge comme un coq, Bédouin s’était amené alors qu’ils jouaient tous trois bien tranquillement aux billes devant chez Fricot.

Tous en chœur lui avaient souhaité le bonsoir et le vieux leur avait dit:

—A la bonne heure! au moins, vous, vous êtes de bons petits garçons; c’est pas comme vos camarades, un tas de salauds, de grossiers, je les foutrai dedans!

La Crique avait regardé le garde avec des quinquets comme des portes de grange qui disaient sa stupéfaction, puis il avait répondu à M. Zéphirin qu’il devait sûrement se tromper, qu’à cette heure tous leurs camarades devaient être rentrés chez eux où ils aidaient la maman à faire les provisions d’eau et de bois pour le lendemain, ou bien secondaient à l’écurie le papa en train d’arranger les bêtes.

—Ah! qu’avait fait Zéphirin. Alorsse, qui c’est donc qu’était à la Saute tout à l’heure?

—Ça, m’sieu le garde, j’ sais pas, mais ça m’étonnerait pas que ça «soye» les Velrans. Hier encore, tenez, ils ont «acaillené» les deux Gibus quand ils retournaient au Vernois.

C’est des gosses mal élevés, on voit bien que c’est des cafards, allez! avait-il ajouté hypocritement, flagornant l’anticléricalisme du vieux soldat.