L'Île mystérieuseParte 36 de 66
Original em francês · tradução para inglês
A tradução continua com o Premium.
- O sentido de cada trecho
- Notas sobre expressões e gramática
- Todos os livros do catálogo
Pendant la première semaine du mois d'août, les rafales s'apaisèrent peu à peu, et l'atmosphère recouvra un calme qu'elle semblait avoir à jamais perdu. Avec le calme, la température s'abaissa, le froid redevint très vif, et la colonne thermométrique tomba à huit degrés fahrenheit au-dessous de zéro (22 degrés centigrades au-dessous de glace).
Le 3 août, une excursion, projetée depuis quelques jours, fut faite dans le sud-est de l'île, vers le marais des tadornes. Les chasseurs étaient tentés par tout le gibier aquatique, qui établissait là ses quartiers d'hiver. Canards sauvages, bécassines, pilets, sarcelles, grèbes, y abondaient, et il fut décidé qu'un jour serait consacré à une expédition contre ces volatiles.
Non seulement Gédéon Spilett et Harbert, mais aussi Pencroff et Nab prirent part à l'expédition. Seul, Cyrus Smith, prétextant quelque travail, ne se joignit point à eux et demeura à Granite-House.
Les chasseurs prirent donc la route de port ballon pour se rendre au marais, après avoir promis d'être revenus le soir. Top et Jup les accompagnaient. Dès qu'ils eurent passé le pont de la Mercy, l'ingénieur le releva et revint, avec la pensée de mettre à exécution un projet pour lequel il voulait être seul.
Or, ce projet, c'était d'explorer minutieusement ce puits intérieur dont l'orifice s'ouvrait au niveau du couloir de Granite-House, et qui communiquait avec la mer, puisqu'autrefois il servait de passage aux eaux du lac.
Pourquoi Top tournait-il si souvent autour de cet orifice? Pourquoi laissait-il échapper de si étranges aboiements, quand une sorte d'inquiétude le ramenait vers ce puits? Pourquoi Jup se joignait-il à Top dans une sorte d'anxiété commune? Ce puits avait-il d'autres branchements que la communication verticale avec la mer? Se ramifiait-il vers d'autres portions de l'île? Voilà ce que Cyrus Smith voulait savoir, et, d'abord, être seul à savoir. Il avait donc résolu de tenter l'exploration du puits pendant une absence de ses compagnons, et l'occasion se présentait de le faire.
Il était facile de descendre jusqu'au fond du puits, en employant l'échelle de corde qui ne servait plus depuis l'installation de l'ascenseur, et dont la longueur était suffisante. C'est ce que fit l'ingénieur. Il traîna l'échelle jusqu'à ce trou, dont le diamètre mesurait six pieds environ, et il la laissa se dérouler, après avoir solidement attaché son extrémité supérieure. Puis, ayant allumé une lanterne, pris un revolver et passé un coutelas à sa ceinture, il commença à descendre les premiers échelons.
Partout, la paroi était pleine; mais quelques saillies du roc se dressaient de distance en distance, et, au moyen de ces saillies, il eût été réellement possible à un être agile de s'élever jusqu'à l'orifice du puits.
C'est une remarque que fit l'ingénieur; mais, en promenant avec soin sa lanterne sur ces saillies, il ne trouva aucune empreinte, aucune cassure, qui pût donner à penser qu'elles eussent servi à une escalade ancienne ou récente.
Cyrus Smith descendit plus profondément, en éclairant tous les points de la paroi. Il n'y vit rien de suspect.
Lorsque l'ingénieur eut atteint les derniers échelons, il sentit la surface de l'eau, qui était alors parfaitement calme. Ni à son niveau, ni dans aucune autre partie du puits, ne s'ouvrait aucun couloir latéral qui pût se ramifier à l'intérieur du massif. La muraille, que Cyrus Smith frappa du manche de son coutelas, sonnait le plein. C'était un granit compact, à travers lequel nul être vivant ne pouvait se frayer un chemin. Pour arriver au fond du puits et s'élever ensuite jusqu'à son orifice, il fallait nécessairement passer par ce canal, toujours immergé, qui le mettait en communication avec la mer à travers le sous-sol rocheux de la grève, et cela n'était possible qu'à des animaux marins. Quant à la question de savoir où aboutissait ce canal, en quel point du littoral et à quelle profondeur sous les flots, on ne pouvait la résoudre.
Donc, Cyrus Smith, ayant terminé son exploration, remonta, retira l'échelle, recouvrit l'orifice du puits et revint, tout pensif, à la grande salle de Granite-House, en se disant: «Je n'ai rien vu, et pourtant il y a quelque chose!»
CHAPITRE XII
Le soir même, les chasseurs revinrent, ayant fait bonne chasse, et, littéralement chargés de gibier, ils portaient tout ce que pouvaient porter quatre hommes.
Top avait un chapelet de pilets autour du cou, et Jup, des ceintures de bécassines autour du corps.
«Voilà, mon maître, s'écria Nab, voilà de quoi employer notre temps! Conserves, pâtés, nous aurons là une réserve agréable! Mais il faut que quelqu'un m'aide. Je compte sur toi, Pencroff.
— Non, Nab, répondit le marin. Le gréement du bateau me réclame, et tu voudras bien te passer de moi.
— Et vous, Monsieur Harbert?
— Moi, Nab, il faut que j'aille demain au corral, répondit le jeune garçon.
— Ce sera donc vous, Monsieur Spilett, qui m'aiderez?
— Pour t'obliger, Nab, répondit le reporter, mais je te préviens que si tu me dévoiles tes recettes, je les publierai.
— À votre convenance, Monsieur Spilett, répondit Nab, à votre convenance!»
Et voilà comment, le lendemain, Gédéon Spilett, devenu l'aide de Nab, fut installé dans son laboratoire culinaire. Mais auparavant, l'ingénieur lui avait fait connaître le résultat de l'exploration qu'il avait faite la veille, et, à cet égard, le reporter partagea l'opinion de Cyrus Smith, que, bien qu'il n'eût rien trouvé, il restait toujours un secret à découvrir!
Les froids persévérèrent pendant une semaine encore, et les colons ne quittèrent pas Granite-House, si ce n'est pour les soins à donner à la basse-cour. La demeure était parfumée des bonnes odeurs qu'émettaient les manipulations savantes de Nab et du reporter; mais tout le produit de la chasse aux marais ne fut pas transformé en conserves, et comme le gibier, par ce froid intense, se gardait parfaitement, canards sauvages et autres furent mangés frais et déclarés supérieurs à toutes autres bêtes aquatiques du monde connu.
Pendant cette semaine, Pencroff, aidé par Harbert, qui maniait habilement l'aiguille du voilier, travailla avec tant d'ardeur, que les voiles de l'embarcation furent terminées. Le cordage de chanvre ne manquait pas, grâce au gréement qui avait été retrouvé avec l'enveloppe du ballon. Les câbles, les cordages du filet, tout cela était fait d'un filin excellent, dont le marin tira bon parti. Les voiles furent bordées de fortes ralingues, et il restait encore de quoi fabriquer les drisses, les haubans, les écoutes, etc. Quant au pouliage, sur les conseils de Pencroff et au moyen du tour qu'il avait installé, Cyrus Smith fabriqua les poulies nécessaires. Il arriva donc que le gréement était entièrement paré bien avant que le bateau fût fini. Pencroff dressa même un pavillon bleu, rouge et blanc, dont les couleurs avaient été fournies par certaines plantes tinctoriales, très abondantes dans l'île. Seulement, aux trente-sept étoiles représentant les trente-sept états de l'union qui resplendissent sur le yacht des pavillons américains, le marin en avait ajouté une trente-huitième, l'étoile de «l'état de Lincoln», car il considérait son île comme déjà rattachée à la grande république.
«Et, disait-il, elle l'est de cœur, si elle ne l'est pas encore de fait!» en attendant, ce pavillon fut arboré à la fenêtre centrale de Granite-House, et les colons le saluèrent de trois hurrahs.
Cependant on touchait au terme de la saison froide, et il semblait que ce second hiver allait se passer sans incident grave, quand, dans la nuit du 11 août, le plateau de Grande-vue fut menacé d'une dévastation complète.
Après une journée bien remplie, les colons dormaient profondément, lorsque, vers quatre heures du matin, ils furent subitement réveillés par les aboiements de Top.
Le chien n'aboyait pas, cette fois, près de l'orifice du puits, mais au seuil de la porte, et il se jetait dessus comme s'il eût voulu l'enfoncer. Jup, de son côté, poussait des cris aigus.
«Eh bien, Top!» cria Nab, qui fut le premier éveillé.
Mais le chien continua d'aboyer avec plus de fureur.
«Qu'est-ce donc?» demanda Cyrus Smith.
Et tous, vêtus à la hâte, se précipitèrent vers les fenêtres de la chambre, qu'ils ouvrirent.
Sous leurs yeux se développait une couche de neige qui paraissait à peine blanche dans cette nuit très obscure. Les colons ne virent rien, mais ils entendirent de singuliers aboiements qui éclataient dans l'ombre. Il était évident que la grève avait été envahie par un certain nombre d'animaux que l'on ne pouvait distinguer.
«Qu'est-ce? s'écria Pencroff.
— Des loups, des jaguars ou des singes! répondit Nab.
— Diable! Mais ils peuvent gagner le haut du plateau! dit le reporter.
— Et notre basse-cour, s'écria Harbert, et nos plantations?...
— Par où ont-ils donc passé? demanda Pencroff.
— Ils auront franchi le ponceau de la grève, répondit l'ingénieur, que l'un de nous aura oublié de refermer.
— En effet, dit Spilett, je me rappelle l'avoir laissé ouvert...
— Un beau coup que vous avez fait là, Monsieur Spilett! s'écria le marin.
— Ce qui est fait est fait, répondit Cyrus Smith. Avisons à ce qu'il faut faire!»
Telles furent les demandes et les réponses qui furent rapidement échangées entre Cyrus Smith et ses compagnons. Il était certain que le ponceau avait été franchi, que la grève était envahie par des animaux, et que ceux-ci, quels qu'ils fussent, pouvaient, en remontant la rive gauche de la Mercy, arriver au plateau de Grande-vue. Il fallait donc les gagner de vitesse et les combattre, au besoin.
«Mais quelles sont ces bêtes-là?» fut-il demandé une seconde fois, au moment où les aboiements retentissaient avec plus de force.
Ces aboiements firent tressaillir Harbert, et il se souvint de les avoir déjà entendus pendant sa première visite aux sources du creek-rouge.
«Ce sont des culpeux, ce sont des renards! dit-il.
— En avant!» s'écria le marin.
Et tous, s'armant de haches, de carabines et de revolvers, se précipitèrent dans la banne de l'ascenseur et prirent pied sur la grève.
Ce sont de dangereux animaux que ces culpeux, quand ils sont en grand nombre et que la faim les irrite.
Néanmoins, les colons n'hésitèrent pas à se jeter au milieu de la bande, et leurs premiers coups de revolver, lançant de rapides éclairs dans l'obscurité, firent reculer les premiers assaillants.
Ce qui importait avant tout, c'était d'empêcher ces pillards de s'élever jusqu'au plateau de Grande-vue, car les plantations, la basse-cour, eussent été à leur merci, et d'immenses dégâts, peut-être irréparables, surtout en ce qui concernait le champ de blé, se seraient inévitablement produits.
Mais comme l'envahissement du plateau ne pouvait se faire que par la rive gauche de la Mercy, il suffisait d'opposer aux culpeux une barrière insurmontable sur cette étroite portion de la berge comprise entre la rivière et la muraille de granit.
Ceci fut compris de tous, et, sur un ordre de Cyrus Smith, ils gagnèrent l'endroit désigné, pendant que la troupe des culpeux bondissait dans l'ombre.
Cyrus Smith, Gédéon Spilett, Harbert, Pencroff et Nab se disposèrent donc de manière à former une ligne infranchissable. Top, ses formidables mâchoires ouvertes, précédait les colons, et il était suivi de Jup, armé d'un gourdin noueux qu'il brandissait comme une massue.
La nuit était extrêmement obscure. Ce n'était qu'à la lueur des décharges, dont chacune devait porter, qu'on apercevait les assaillants, qui devaient être au moins une centaine, et dont les yeux brillaient comme des braises.
«Il ne faut pas qu'ils passent! s'écria Pencroff.
— Ils ne passeront pas!» répondit l'ingénieur.
Mais s'ils ne passèrent pas, ce ne fut pas faute de l'avoir tenté. Les derniers rangs poussaient les premiers, et ce fut une lutte incessante à coups de revolver et à coups de hache. Bien des cadavres de culpeux devaient déjà joncher le sol, mais la bande ne semblait pas diminuer, et on eût dit qu'elle se renouvelait sans cesse par le ponceau de la grève.
Bientôt, les colons durent lutter corps à corps, et ils n'étaient pas sans avoir reçu quelques blessures, légères fort heureusement. Harbert avait, d'un coup de revolver, débarrassé Nab, sur le dos duquel un culpeux venait de s'abattre comme un chat-tigre. Top se battait avec une fureur véritable, sautant à la gorge des renards et les étranglant net. Jup, armé de son bâton, tapait comme un sourd, et c'était en vain qu'on voulait le faire rester en arrière. Doué, sans doute, d'une vue qui lui permettait de percer cette obscurité, il était toujours au plus fort du combat et poussait de temps en temps un sifflement aigu, qui était chez lui la marque d'une extrême jubilation. À un certain moment, il s'avança même si loin, qu'à la lueur d'un coup de revolver, on put le voir entouré de cinq ou six grands culpeux, auxquels il tenait tête avec un rare sang-froid.
Cependant la lutte devait finir à l'avantage des colons, mais après qu'ils eurent résisté deux grandes heures! Les premières lueurs de l'aube, sans doute, déterminèrent la retraite des assaillants, qui détalèrent vers le nord, de manière à repasser le ponceau, que Nab courut relever immédiatement.
Quand le jour eut suffisamment éclairé le champ de bataille, les colons purent compter une cinquantaine de cadavres épars sur la grève.
«Et Jup! s'écria Pencroff. Où est donc Jup?»
Jup avait disparu. Son ami Nab l'appela, et, pour la première fois, Jup ne répondit pas à l'appel de son ami.
Chacun se mit en quête de Jup, tremblant de le compter parmi les morts. On déblaya la place des cadavres, qui tachaient la neige de leur sang, et Jup fut retrouvé au milieu d'un véritable monceau de culpeux dont les mâchoires fracassées, les reins brisés, témoignaient qu'ils avaient eu affaire au terrible gourdin de l'intrépide animal. Le pauvre Jup tenait encore à la main le tronçon de son bâton rompu; mais privé de son arme, il avait été accablé par le nombre, et de profondes blessures labouraient sa poitrine.
«Il est vivant! s'écria Nab, qui se pencha sur lui.
— Et nous le sauverons, répondit le marin, nous le soignerons comme l'un de nous!»
Il semblait que Jup comprît, car il inclina sa tête sur l'épaule de Pencroff, comme pour le remercier.
Le marin était blessé lui-même, mais ses blessures, ainsi que celles de ses compagnons, étaient insignifiantes, car, grâce à leurs armes à feu, presque toujours ils avaient pu tenir les assaillants à distance. Il n'y avait donc que l'orang dont l'état fût grave.
Jup, porté par Nab et Pencroff, fut amené jusqu'à l'ascenseur, et c'est à peine si un faible gémissement sortit de ses lèvres. On le remonta doucement à Granite-House. Là, il fut installé sur un des matelas empruntés à l'une des couchettes, et ses blessures furent lavées avec le plus grand soin.
Il ne paraissait pas qu'elles eussent atteint quelque organe essentiel, mais Jup avait été très affaibli par la perte de son sang, et la fièvre se déclara à un degré assez fort.
On le coucha donc, après son pansement, on lui imposa une diète sévère, «tout comme à une personne naturelle», dit Nab, et on lui fit boire quelques tasses de tisane rafraîchissante, dont la pharmacie végétale de Granite-House fournit les ingrédients.
Jup s'endormit d'un sommeil agité d'abord; mais peu à peu sa respiration devint plus régulière, et on le laissa reposer dans le plus grand calme. De temps en temps, Top, marchant, on peut dire «sur la pointe des pieds», venait visiter son ami et semblait approuver tous les soins que l'on prenait de lui. Une des mains de Jup pendait hors de la couche, et Top la léchait d'un air contrit.
Ce matin même, on procéda à l'ensevelissement des morts, qui furent traînés jusqu'à la forêt du Far-West et enterrés profondément.
Cette attaque, qui aurait pu avoir des conséquences si graves, fut une leçon pour les colons, et désormais ils ne se couchèrent plus sans que l'un d'eux se fût assuré que tous les ponts étaient relevés et qu'aucune invasion n'était possible.
Cependant Jup, après avoir donné des craintes sérieuses pendant quelques jours, réagit vigoureusement contre le mal. Sa constitution l'emporta, la fièvre diminua peu à peu, et Gédéon Spilett, qui était un peu médecin, le considéra bientôt comme tiré d'affaire. Le 16 août, Jup commença à manger. Nab lui faisait de bons petits plats sucrés que le malade dégustait avec sensualité, car, s'il avait un défaut mignon, c'était d'être un tantinet gourmand, et Nab n'avait jamais rien fait pour le corriger de ce défaut-là.
«Que voulez-vous? Disait-il à Gédéon Spilett, qui lui reprochait quelquefois de le gâter, il n'a pas d'autre plaisir que celui de la bouche, ce pauvre Jup, et je suis trop heureux de pouvoir reconnaître ainsi ses services!»
Dix jours après avoir pris le lit, le 21 août, maître Jup se leva. Ses blessures étaient cicatrisées, et on vit bien qu'il ne tarderait pas à recouvrer sa souplesse et sa vigueur habituelles. Comme tous les convalescents, il fut alors pris d'une faim dévorante, et le reporter le laissa manger à sa fantaisie, car il se fiait à cet instinct qui manque trop souvent aux êtres raisonnants et qui devait préserver l'orang de tout excès. Nab était ravi de voir revenir l'appétit de son élève.
«Mange, lui disait-il, mon Jup, et ne te fais faute de rien! Tu as versé ton sang pour nous, et c'est bien le moins que je t'aide à le refaire!»
Enfin, le 25 août, on entendit la voix de Nab qui appelait ses compagnons.
«Monsieur Cyrus, Monsieur Gédéon, Monsieur Harbert, Pencroff, venez! Venez!»
Les colons, réunis dans la grande salle, se levèrent à l'appel de Nab, qui était alors dans la chambre réservée à Jup.
«Qu'y a-t-il? demanda le reporter.
— Voyez!» répondit Nab en poussant un vaste éclat de rire.
Et que vit-on? Maître Jup, qui fumait, tranquillement et sérieusement, accroupi comme un turc sur la porte de Granite-House!
«Ma pipe! s'écria Pencroff. Il a pris ma pipe! Ah! Mon brave Jup, je t'en fais cadeau! Fume, mon ami, fume!»
Et Jup lançait gravement d'épaisses bouffées de tabac, ce qui semblait lui procurer des jouissances sans pareilles.
Cyrus Smith ne se montra pas autrement étonné de l'incident, et il cita plusieurs exemples de singes apprivoisés, auxquels l'usage du tabac était devenu familier.
Mais, à partir de ce jour, maître Jup eut sa pipe à lui, l'ex-pipe du marin, qui fut suspendue dans sa chambre, près de sa provision de tabac. Il la bourrait lui-même, il l'allumait à un charbon ardent et paraissait être le plus heureux des quadrumanes. On pense bien que cette communauté de goût ne fit que resserrer entre Jup et Pencroff ces étroits liens d'amitié qui unissaient déjà le digne singe et l'honnête marin.