Cinq-Mars — Tome I Cap. 1/4 · 0%

Cinq-Mars — Tome IParte 12 de 21

Alfred de Vigny

Original em francês · tradução para inglês

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—J’espère, continua-t-il, qu’on ne nous persécutera plus comme l’on fit autrefois pour avoir fait une juste alliance avec l’un des plus grands hommes de notre temps; mais Gustave-Adolphe est mort, le roi catholique n’aura plus de prétexte pour solliciter l’excommunication du roi très chrétien. N’êtes-vous pas de mon avis, mon cher seigneur? dit-il en s’adressant au cardinal de La Valette qui s’approchait et n’avait heureusement rien entendu sur son compte. Monsieur d’Estrées, restez près de notre fauteuil: nous avons encore bien des choses à vous dire, et vous n’êtes pas de trop dans toutes nos conversations, car nous n’avons pas de secrets; notre politique est franche et au grand jour: l’intérêt de Sa Majesté et de l’Etat, voilà tout.

Le maréchal fit un profond salut, se rangea derrière le siège du ministre, et laissa sa place au cardinal de La Valette, qui, ne cessant de se prosterner, et de flatter et de jurer dévouement et totale obéissance au Cardinal, comme pour expier la roideur de son père le duc d’Epernon, n’eut aussi de lui que quelques mots vagues et une conversation distraite et sans intérêt, pendant laquelle il ne cessa de regarder à la porte quelle personne lui succédait. Il eut même le chagrin de se voir interrompu brusquement par le Cardinal-duc, qui s’écria, au moment le plus flatteur de son discours mielleux:

—Ah! c’est donc vous enfin, mon cher Fabert! Qu’il me tardait de vous voir pour vous parler du siège!

Le général salua d’un air brusque et assez gauchement le Cardinal généralissime, et lui présenta les officiers venus du camp avec lui. Il parla quelque temps des opérations du siège, et le Cardinal semblait lui faire, en quelque sorte, la cour pour le préparer à recevoir plus tard ses ordres sur le champ de bataille même; il parla aux officiers qui le suivaient, les appelant par leurs noms et leur faisant des questions sur le camp.

Ils se rangèrent tous pour laisser approcher le duc d’Angoulême; ce Valois, après avoir lutté contre Henri IV, se prosternait devant Richelieu. Il sollicitait un commandement qu’il n’avait eu qu’en troisième au siège de la Rochelle. A sa suite parut le jeune Mazarin, toujours souple et insinuant, mais déjà confiant dans sa fortune.

Le duc d’Halluin vint après eux: le Cardinal interrompit les compliments qu’il leur adressait pour lui dire à haute voix:

—Monsieur le duc, je vous annonce avec plaisir que le Roi a créé en votre faveur un office de maréchal de France; vous signerez Schomberg, n’est-il pas vrai? A Leucate, délivrée par vous, on le pense ainsi. Mais pardon, voici M. de Montauron qui a sans doute quelque chose d’important à me dire.

—Oh! mon Dieu, non, monseigneur, je voulais seulement vous dire que ce pauvre jeune homme, que vous avez daigné regarder comme à votre service, meurt de faim.

—Ah! comment, dans ce moment-ci, me parlez-vous de choses semblables? Votre petit Corneille ne veut rien faire de bon; nous n’avons vu que le Cid et les Horaces encore; qu’il travaille, qu’il travaille, on sait qu’il est à moi, c’est désagréable pour moi-même. Cependant, puisque vous vous y intéressez, je lui ferai une pension de cinq cents écus sur ma cassette.

Et le trésorier de l’épargne se retira, charmé de la libéralité du ministre, et fut chez lui recevoir, avec assez de bonté, la dédicace de Cinna, où le grand Corneille compare son âme à celle d’Auguste, et le remercie d’avoir fait l’aumône à quelques Muses.

Le Cardinal, troublé par cette importunité, se leva en disant que la matinée s’avançait et qu’il était temps de partir pour aller trouver le Roi.

En cet instant même, et comme les plus grands seigneurs s’approchaient pour l’aider à marcher, un homme en robe de maître des requêtes s’avança vers lui en saluant avec un sourire avantageux et confiant qui étonna tous les gens habitués au grand monde; il semblait dire: Nous avons des affaires secrètes ensemble; vous allez voir comme il sera bien pour moi; je suis chez moi dans son cabinet. Sa manière lourde et gauche trahissait pourtant un être très inférieur: c’était Laubardemont.

Richelieu fronça le sourcil en le voyant en face de lui, et lança un regard de feu à Joseph; puis, se tournant vers ceux qui l’entouraient, il dit avec un rire amer:

—Est-ce qu’il y a quelque criminel autour de nous?

Puis, lui tournant le dos, le Cardinal le laissa plus rouge que sa robe; et, précédé de la foule des personnages qui devaient l’escorter en voiture ou à cheval, il descendit le grand escalier de l’archevêché.

Tout le peuple de Narbonne et ses autorités regardèrent avec stupéfaction ce départ royal.

Le Cardinal seul entra dans une ample et spacieuse litière de forme carrée, dans laquelle il devait voyager jusqu’à Perpignan, ses infirmités ne lui permettant ni d’aller en voiture, ni de faire toute cette route à cheval. Cette sorte de chambre nomade renfermait un lit, une table, et une petite chaise pour un page qui devait écrire ou lui faire la lecture. Cette machine, couverte de damas couleur de pourpre, fut portée par dix-huit hommes qui, de lieue en lieue, se relevaient; ils étaient choisis dans ses gardes, et ne faisaient ce service d’honneur que la tête nue, quelle que fût la chaleur ou la pluie. Le duc d’Angoulême, les maréchaux de Schomberg et d’Estrées, Fabert et d’autres dignitaires étaient à cheval aux portières. On distinguait le cardinal de La Valette et Mazarin parmi les plus empressés, ainsi que Chavigny et le maréchal de Vitry, qui cherchait à éviter la Bastille, dont il était menacé, disait-on.

Deux carrosses suivaient pour les secrétaires du Cardinal, ses médecins et son confesseur; huit voitures et quatre chevaux pour ses gentilshommes, et vingt-quatre mulets pour ses bagages; deux cents mousquetaires à pied l’escortaient de très près; sa compagnie de gens d’armes de la garde et ses chevau-légers, tous gentilshommes, marchaient devant et derrière ce cortège, sur de magnifiques chevaux.

Ce fut dans cet équipage que le premier ministre se rendit en peu de jours à Perpignan. La dimension de la litière obligea plusieurs fois de faire élargir les chemins et abattre les murailles de quelques villes et villages où elle ne pouvait entrer; en sorte, disent les auteurs des manuscrits du temps, tous pleins d’une sincère admiration pour ce luxe, en sorte qu’il semblait un conquérant qui entre par la brèche. Nous avons cherché en vain avec beaucoup de soin quelque manuscrit des propriétaires ou habitants des maisons qui s’ouvraient à son passage où la même admiration fût témoignée, et nous avouons ne l’avoir pu trouver.

CHAPITRE VIII

L’ENTREVUE

Le pompeux cortège du Cardinal s’était arrêté à l’entrée du camp; toutes les troupes sous les armes étaient rangées dans le plus bel ordre, et ce fut au bruit du canon et de la musique successive de chaque régiment que la litière traversa une longue haie de cavalerie et d’infanterie, formée depuis la première tente jusqu’à celle du ministre, disposée à quelque distance du quartier royal, et que la pourpre dont elle était couverte faisait reconnaître de loin. Chaque chef de corps obtint un signe ou un mot du Cardinal, qui, enfin rendu sous sa tente, congédia sa suite, s’y enferma, attendant l’heure de se présenter chez le Roi. Mais, avant lui, chaque personnage de son escorte s’y était porté individuellement, et, sans entrer dans la demeure royale, tous attendaient dans de longues galeries couvertes de coutil rayé et disposées comme des avenues qui conduisaient chez le prince. Les courtisans s’y rencontraient et se promenaient par groupes, se saluaient et se présentaient la main, ou se regardaient avec hauteur, selon leurs intérêts ou les seigneurs auxquels ils appartenaient. D’autres chuchotaient longtemps et donnaient des signes d’étonnement, de plaisir ou de mauvaise humeur, qui montraient que quelque chose d’extraordinaire venait de se passer. Un singulier dialogue, entre mille autres, s’éleva dans un coin de la galerie principale.

—Puis-je savoir, monsieur l’abbé, pourquoi vous me regardez d’une manière si assurée?

—Parbleu! monsieur de Launay, c’est que je suis curieux de voir ce que vous allez faire. Tout le monde abandonne votre Cardinal-duc depuis votre voyage en Touraine; vous n’y pensez pas, allez donc causer un moment avec les gens de Monsieur ou de la Reine; vous êtes en retard de dix minutes sur la montre du cardinal de La Valette, qui vient de toucher la main à Rochepot et à tous les gentilshommes du feu comte de Soissons, que je pleurerai toute ma vie.

—Voilà qui est bien, monsieur de Gondi, je vous entends assez; c’est un appel que vous me faites l’honneur de m’adresser.

—Oui, monsieur le comte, reprit le jeune abbé en saluant avec toute la gravité du temps; je cherchais l’occasion de vous appeler au nom de M. d’Attichi, mon ami, avec qui vous eûtes quelque chose à Paris.

—Monsieur l’abbé, je suis à vos ordres; je vais chercher mes seconds, cherchez les vôtres.

—Ce sera à cheval, avec l’épée et le pistolet, n’est-il pas vrai? ajouta Gondi, avec le même air dont on arrangerait une partie de campagne, en époussetant la manche de sa soutane avec le doigt.

—Si tel est votre bon plaisir, reprit l’autre.

Et ils se séparèrent pour un instant en se saluant avec grande politesse et de profondes révérences.

Une foule brillante de jeunes gentilshommes passait et repassait autour d’eux dans la galerie. Ils s’y mêlèrent pour chercher leurs amis. Toute l’élégance des costumes du temps était déployée par la cour dans cette matinée: les petits manteaux de toutes les couleurs, en velours, en satin, brodés d’or ou d’argent, des croix de Saint-Michel et du Saint-Esprit, les fraises, les plumes nombreuses des chapeaux, les aiguillettes d’or, les chaînes qui suspendaient de longues épées, tout brillait, tout étincelait, moins encore que le feu des regards de cette jeunesse guerrière, que ses propos vifs, ses rires spirituels et éclatants. Au milieu de cette assemblée passaient lentement des personnages graves et de grands seigneurs suivis de leurs nombreux gentilshommes.

Le petit abbé de Gondi, qui avait la vue très basse, se promenait parmi la foule, fronçant les sourcils, fermant à demi les yeux pour mieux voir, et relevant sa moustache, car les ecclésiastiques en portaient alors. Il regardait chacun sous le nez pour reconnaître ses amis, et s’arrêta enfin à un jeune homme d’une fort grande taille, vêtu de noir de la tête aux pieds, et dont l’épée même était d’acier bronzé fort noir. Il causait avec un capitaine des gardes, lorsque l’abbé de Gondi le tira à part:

—Monsieur de Thou, lui dit-il, j’aurai besoin de vous pour second dans une heure, à cheval, avec l’épée et le pistolet, si vous voulez me faire cet honneur...

—Monsieur, vous savez que je suis des vôtres tout à fait et à tout venant. Où nous trouverons-nous?

—Devant le bastion espagnol, s’il vous plaît.

—Pardon si je retourne à une conversation qui m’intéressait beaucoup; je serai exact au rendez-vous.

Et de Thou le quitta pour retourner à son capitaine. Il avait dit tout ceci avec une voix fort douce, le plus inaltérable sang-froid, et même quelque chose de distrait.

Le petit abbé lui serra la main avec une vive satisfaction, et continua sa recherche.

Il ne lui fut pas si facile de conclure le marché avec les jeunes seigneurs auxquels il s’adressa, car ils le connaissaient mieux que M. de Thou, et, du plus loin qu’ils le voyaient venir, ils cherchaient à l’éviter, ou riaient de lui-même avec lui, et ne s’engageaient point à le servir.

—Eh! l’abbé, vous voilà encore à chercher; je gage que c’est un second qu’il vous faut? dit le duc de Beaufort.

—Et moi, je parie, ajouta M. de La Rochefoucauld, que c’est contre quelqu’un du Cardinal-duc.

—Vous avez raison tous deux, messieurs; mais depuis quand riez-vous des affaires d’honneur?

—Dieu m’en garde! reprit M. de Beaufort; des hommes d’épée comme nous sommes vénèrent toujours tierce, quarte et octave; mais, quant aux plis de la soutane, je n’y connais rien.

—Parbleu, monsieur, vous savez bien qu’elle ne m’embarrasse pas le poignet, et je le prouverai à qui voudra. Je ne cherche du reste qu’à jeter ce froc aux orties.

—C’est donc pour le déchirer que vous vous battez si souvent? dit La Rochefoucauld. Mais rappelez-vous, mon cher abbé, que vous êtes dessous.

Gondi tourna le dos en regardant à une pendule et ne voulant pas perdre plus de temps à de mauvaises plaisanteries; mais il n’eut pas plus de succès ailleurs, car, ayant abordé deux gentilshommes de la jeune Reine, qu’il supposait mécontents du Cardinal, et heureux par conséquent de se mesurer avec ses créatures, l’un lui dit fort gravement:

—Monsieur de Gondi, vous savez ce qui vient de se passer? Le Roi a dit tout haut: «Que notre impérieux Cardinal le veuille ou non, la veuve de Henri-le-Grand ne restera pas plus longtemps exilée.» Impérieux, monsieur l’abbé, sentez-vous cela? Le Roi n’avait encore rien dit d’aussi fort contre lui. Impérieux! c’est une disgrâce complète. Vraiment, personne n’osera plus lui parler; il va quitter la cour aujourd’hui certainement.

—On m’a dit cela, monsieur; mais j’ai une affaire...

—C’est heureux pour vous, qu’il arrêtait tout court dans votre carrière.

—Une affaire d’honneur...

—Au lieu que Mazarin est pour vous...

—Mais voulez-vous, ou non, m’écouter?

—Ah! s’il est pour vous, vos aventures ne peuvent lui sortir de la tête, votre beau duel avec M. de Coutenan et la jolie petite épinglière; il en a même parlé au Roi. Allons, adieu, cher abbé, nous sommes fort pressés; adieu, adieu...

Et, reprenant le bras de son ami, le jeune persifleur, sans écouter un mot de plus, marcha vite dans la galerie et se perdit dans la multitude des passants.

Le pauvre abbé restait donc fort mortifié de ne pouvoir trouver qu’un second, et regardait tristement s’écouler l’heure et la foule, lorsqu’il aperçut un jeune gentilhomme qui lui était inconnu, assis près d’une table et appuyé sur son coude d’un air mélancolique. Il portait des habits de deuil qui n’indiquaient aucun attachement particulier à une grande maison ou à un corps; et, paraissant attendre sans impatience le moment d’entrer chez le Roi, il regardait d’un air insouciant ceux qui l’entouraient et semblait ne les pas voir et n’en connaître aucun.

Gondi, jetant les yeux sur lui, l’aborda sans hésiter.

—Ma foi, monsieur, lui dit-il, je n’ai pas l’honneur de vous connaître; mais une partie d’escrime ne peut jamais déplaire à un homme comme il faut; et, si vous voulez être mon second, dans un quart d’heure nous serons sur le pré. Je suis Paul de Gondi, et j’ai appelé M. de Launay, qui est au Cardinal, fort galant homme d’ailleurs.

L’inconnu, sans être étonné de cette apostrophe, lui répondit sans changer d’attitude:

—Et quels sont ses seconds?

—Ma foi, je n’en sais rien; mais que vous importe qui le servira? On n’en est pas plus mal avec ses amis pour leur avoir donné un petit coup de pointe.

L’étranger sourit nonchalamment, resta un instant à passer sa main dans ses longs cheveux châtains, et lui dit enfin avec indolence et regardant à une grosse montre ronde suspendue à sa ceinture:

—Au fait, monsieur, comme je n’ai rien de mieux à faire et que je n’ai pas d’amis ici, je vous suis: j’aime autant faire cela qu’autre chose.

Et, prenant sur la table son large chapeau à plumes noires, il partit lentement, suivant le martial abbé, qui allait vite devant lui et revenait le hâter, comme un enfant qui court devant son père, ou un jeune carlin qui va et revient vingt fois avant d’arriver au bout d’une allée.

Cependant, deux huissiers, vêtus de livrées royales, ouvrirent les grands rideaux qui séparaient la galerie de la tente du roi, et le silence s’établit partout. On commença à entrer successivement et avec lenteur dans la demeure passagère du prince. Il reçut avec grâce toute sa cour, et c’était lui-même qui le premier s’offrait à la vue de chaque personne introduite.

Devant une très petite table entourée de fauteuils dorés, était debout le roi Louis XIII, environné des grands officiers de la couronne; son costume était fort élégant: une sorte de veste couleur chamois, avec les manches ouvertes et ornées d’aiguillettes et de rubans bleus, le couvrait jusqu’à la ceinture. Un haut-de-chausse large et flottant ne lui tombait qu’aux genoux, et son étoffe jaune et rayée de rouge était ornée en bas de rubans bleus. Ses bottes à l’écuyère, ne s’élevant guère à plus de trois pouces au-dessus de la cheville du pied, étaient doublées d’une profusion de dentelles, et si larges, qu’elles semblaient les porter comme un vase porte des fleurs. Un petit manteau de velours bleu, où la croix du Saint-Esprit était brodée, couvrait le bras gauche du roi, appuyé sur le pommeau de son épée.

Il avait la tête découverte, et l’on voyait parfaitement sa figure pâle et noble éclairée par le soleil que le haut de sa tente laissait pénétrer. La petite barbe pointue que l’on portait alors augmentait encore la maigreur de son visage, mais en accroissait aussi l’expression mélancolique; à son front élevé, à son profil antique, à son nez aquilin, on reconnaissait un prince de la grande race des Bourbons; il avait tout de ses ancêtres, hormis la force du regard; ses yeux semblaient rougis par les larmes et voilés par un sommeil perpétuel, et l’incertitude de sa vue lui donnait l’air un peu égaré.

Il affecta en ce moment d’appeler autour de lui et d’écouter avec attention les plus grands ennemis du Cardinal, qu’il attendait à chaque minute, en se balançant un peu d’un pied sur l’autre, habitude héréditaire de sa famille; il parlait avec assez de vitesse, mais s’interrompant pour faire un signe de tête gracieux ou un geste de la main à ceux qui passaient devant lui en le saluant profondément.

Il y avait deux heures pour ainsi dire que l’on passait devant le Roi sans que le Cardinal eût paru, toute la cour était accumulée et serrée derrière le prince et dans les galeries tendues qui se prolongeaient derrière sa tente; déjà un intervalle de temps plus long commençait à séparer les noms des courtisans que l’on annonçait.

—Ne verrons-nous pas notre cousin le Cardinal, dit le Roi en se retournant et regardant Montrésor, gentilhomme de Monsieur, comme pour l’encourager à répondre.

—Sire, on le croit fort malade en cet instant, répartit celui-ci.

—Et je ne vois pourtant que Votre Majesté qui le puisse guérir, dit le duc de Beaufort.

—Nous ne guérissons que les écrouelles, dit le Roi; et les maux du Cardinal sont toujours si mystérieux, que nous avouons n’y rien connaître.