Au Bonheur des DamesParte 12 de 50
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V
Un moment encore, ils causèrent, ils se dirent ce qu'ils avaient fait la veille et ce qu'ils comptaient faire dans huit jours. Favier pariait aux courses, Hutin canotait et entretenait des chanteuses de café-concert. Mais un même besoin d'argent les fouettait, ils ne songeaient qu'à l'argent, ils se battaient pour l'argent du lundi au samedi, puis ils mangeaient tout le dimanche. Au magasin, c'était là leur préoccupation tyrannique, une lutte sans trêve ni pitié. Et ce malin de Bouthemont qui venait de prendre pour lui l'envoyée de Mme Sauveur, cette femme maigre avec laquelle il causait! une belle affaire, deux ou trois douzaines de pièces, car la grande couturière avait les bouchées grosses. À l'instant, Robineau s'était bien avisé, lui aussi, de souffler une cliente à Favier!
— Oh! celui-là, il faut lui régler son compte, reprit Hutin qui profitait des plus minces faits pour ameuter le comptoir contre l'homme dont il voulait la place. Est-ce que les premiers et les seconds devraient vendre! … Parole d'honneur! mon cher, si jamais je deviens second, vous verrez comme j'agirai gentiment avec vous autres.
Et toute sa petite personne normande, aimable et grasse, jouait la bonhomie, énergiquement. Favier ne put s'empêcher de lui jeter un regard oblique; mais il garda son flegme d'homme bilieux, il se contenta de répondre:
— Oui, je sais… Moi, je ne demande pas mieux.
Puis, voyant une dame s'approcher, il ajouta plus bas:
— Attention! voilà pour vous.
C'était une dame couperosée, avec un chapeau jaune et une robe rouge. Tout de suite Hutin devina la femme qui n'achèterait pas. Il se baissa vivement derrière le comptoir, en feignant de rattacher les cordons d'un de ses souliers; et, caché, il murmurait:
— Ah! non, par exemple! qu'un autre se la paie… Merci! pour perdre mon tour!
Cependant, Robineau l'appelait:
— À qui la ligne, messieurs? À M. Hutin? … Où est M. Hutin?
Et, comme celui-ci ne répondait décidément pas, ce fut le vendeur inscrit à la suite qui reçut la dame couperosée. En effet, elle voulait simplement des échantillons, avec les prix; et elle retint le vendeur plus de dix minutes, elle l'accabla de questions. Seulement, le second avait vu Hutin se relever, derrière le comptoir. Aussi, lorsqu'une nouvelle cliente se présenta, intervint-il d'un air sévère, en arrêtant le jeune homme qui se précipitait.
— Votre tour est passé… Je vous ai appelé, et comme vous étiez là derrière…
— Mais, monsieur, je n'ai pas entendu.
— Assez! … Inscrivez-vous à la queue… Allons, monsieur Favier, c'est à vous.
D'un regard, Favier, très amusé au fond de l'aventure, s'excusa auprès de son ami. Hutin, les lèvres pâles, avait détourné la tête. Ce qui l'enrageait, c'était qu'il connaissait bien la cliente, une adorable blonde qui venait souvent au rayon et que les vendeurs appelaient entre eux: «la jolie dame», ne sachant rien d'elle, pas même son nom. Elle achetait beaucoup, faisait porter dans sa voiture, puis disparaissait. Grande, élégante, mise avec un charme exquis, elle paraissait fort riche et du meilleur monde.
— Eh bien! et votre cocotte? demanda Hutin à Favier, lorsque celui-ci revint à la caisse, où il avait accompagné la dame.
— Oh! une cocotte, répondit celui-ci. Non, elle a l'air trop comme il faut. Ça doit être la femme d'un boursier ou d'un médecin, enfin je ne sais pas, quelque chose dans ce genre.
— Laissez donc! c'est une cocotte… Avec leurs airs de femmes distinguées, est-ce qu'on peut dire aujourd'hui!
Favier regardait son cahier de notes de débit.
— N'importe! reprit-il, je lui en ai collé pour deux cent quatre- vingt-treize francs. Ça me fait près de trois francs.
Hutin pinça les lèvres, et il soulagea sa rancune sur les cahiers de notes de débit: encore une drôle d'invention qui leur encombrait les poches! Il y avait entre eux une lutte sourde. Favier, d'habitude, affectait de s'effacer, de reconnaître la supériorité de Hutin, quitte à le manger par-derrière. Aussi ce dernier souffrait-il des trois francs emportés d'une façon si aisée, par un vendeur qu'il ne reconnaissait pas de sa force. Une belle journée, vraiment! Si ça continuait, il ne gagnerait pas de quoi payer de l'eau de seltz à ses invités. Et, dans la bataille qui s'échauffait, il se promenait devant les comptoirs, les dents longues, voulant sa part, jalousant jusqu'à son chef, en train de reconduire la jeune femme maigre, à laquelle il répétait:
— Eh bien! c'est entendu. Dites-lui que je ferai mon possible pour obtenir cette faveur de M. Mouret.
Depuis longtemps, Mouret n'était plus à l'entresol, debout près de la rampe du hall. Brusquement, il reparut en haut du grand escalier qui descendait au rez-de-chaussée; et, de là, il domina encore la maison entière. Son visage se colorait, la foi renaissait et le grandissait, devant le flot de monde qui, peu à peu, emplissait le magasin. C'était enfin la poussée attendue, l'écrasement de l'après-midi, dont il avait un instant désespéré, dans sa fièvre; tous les commis se trouvaient à leur poste, un dernier coup de cloche venait de sonner la fin de la troisième table; la désastreuse matinée, due sans doute à une averse tombée vers neuf heures, pouvait encore être réparée, car le ciel bleu du matin avait repris sa gaieté de victoire. Maintenant, les rayons de l'entresol s'animaient, il dut se ranger pour laisser passer les dames qui, par petits groupes, montaient à la lingerie et aux confections; tandis que, derrière lui, aux dentelles et aux châles, il entendait voler de gros chiffres. Mais la vue des galeries, au rez-de-chaussée, le rassurait surtout: on s'écrasait devant la mercerie, le blanc et les lainages eux-mêmes étaient envahis, le défilé des acheteuses se serrait, presque toutes en chapeau à présent, avec quelques bonnets de ménagères attardées. Dans le hall des soieries, sous la blonde lumière, des dames s'étaient dégantées, pour palper doucement des pièces de Paris- Bonheur, en causant à demi-voix. Et il ne se trompait plus aux bruits qui lui arrivaient du dehors, roulements de fiacres, claquement de portières, brouhaha grandissant de foule. Il sentait, à ses pieds, la machine se mettre en branle, s'échauffer et revivre, depuis les caisses où l'or sonnait, depuis les tables où les garçons de magasin se hâtaient d'empaqueter les marchandises, jusqu'aux profondeurs du sous-sol, au service du départ, qui s'emplissait de paquets descendus, et dont le grondement souterrain faisait vibrer la maison. Au milieu de la cohue, l'inspecteur Jouve se promenait gravement, guettant les voleuses.
— Tiens! c'est toi! dit Mouret tout à coup, en reconnaissant Paul de Vallagnosc, que lui amenait un garçon. Non, non, tu ne me déranges pas… Et, d'ailleurs, tu n'as qu'à me suivre, si tu veux tout voir, car aujourd'hui je reste sur la brèche.
Il gardait des inquiétudes. Sans doute le monde venait, mais la vente serait-elle le triomphe espéré? Pourtant, il riait avec Paul, il l'emmena gaiement.
— Ça paraît vouloir s'allumer un peu, dit Hutin à Favier. Seulement, je n'ai pas de chance, il y a des jours de guigne, ma parole! … Je viens encore de faire un Rouen, cette tuile ne m'a rien acheté.
Et il désignait du menton une dame qui s'en allait, en jetant des regards dégoûtés sur toutes les étoffes. Ce ne serait pas avec ses mille francs d'appointements qu'il s'engraisserait, s'il ne vendait rien; d'habitude, il se faisait sept ou huit francs de tant pour cent et de guelte, ce qui lui donnait, avec son fixe, une dizaine de francs par jour, en moyenne. Favier n'arrivait guère qu'à huit; et voilà que ce sabot lui enlevait les morceaux de la bouche, car il sortait de débiter une nouvelle robe. Un garçon froid qui n'avait jamais su égayer une cliente! C'était exaspérant.
— Les bonnetons et les bobinards ont l'air de battre monnaie, murmura Favier en parlant des vendeurs de la bonneterie et de la mercerie.
Mais Hutin, qui fouillait le magasin du regard, dit brusquement:
— Connaissez-vous Mme Desforges, la bonne amie du patron? … Tenez! cette brune à la ganterie, celle à qui Mignot essaie des gants.
Il se tut, puis il reprit tout bas, comme parlant à Mignot, qu'il ne quittait plus des yeux:
— Va, va, mon bonhomme, frotte-lui bien les doigts, pour ce que ça t'avance! On les connaît, tes conquêtes!
Il y avait, entre lui et le gantier, une rivalité de jolis hommes, qui tous deux affectaient de coqueter avec les clientes. D'ailleurs, ils n'auraient pu, ni l'un ni l'autre, se vanter d'aucune bonne fortune réelle; Mignot vivait sur la légende d'une femme de commissaire de police tombée amoureuse de lui, tandis que Hutin avait véritablement conquis à son rayon une passementière, lasse de traîner les hôtels louches du quartier; mais ils mentaient, ils laissaient volontiers croire à des aventures mystérieuses, à des rendez-vous donnés par des comtesses, entre deux achats.
— Vous devriez la faire, dit Favier de son air de pince sans- rire.
— C'est une idée! s'écria Hutin. Si elle vient ici, je l'entortille, il me faut cent sous!
À la ganterie, toute une rangée de dames étaient assises devant l'étroit comptoir, tendu de velours vert, à coins de métal nickelé; et les commis souriants amoncelaient devant elles les boîtes plates, d'un rose vif, qu'ils sortaient du comptoir même, pareilles aux tiroirs étiquetés d'un cartonnier. Mignot surtout penchait sa jolie figure poupine, donnait de tendres inflexions à sa voix grasseyante de Parisien. Déjà il avait vendu à Mme Desforges douze paires de gants de chevreau, des gants Bonheur, la spécialité de la maison. Elle avait ensuite demandé trois paires de gants de Suède. Et, maintenant, elle essayait des gants de Saxe, par crainte que la pointure ne fût pas exacte.
— Oh! à la perfection, madame! répétait Mignot. Le six trois quarts serait trop grand pour une main comme la vôtre.
À demi couché sur le comptoir, il lui tenait la main, prenait les doigts un à un, faisant glisser le gant d'une caresse longue, reprise et appuyée; et il la regardait comme s'il eût attendu, sur son visage, la défaillance d'une joie voluptueuse. Mais elle, le coude au bord du velours, le poignet levé, lui livrait ses doigts de l'air tranquille dont elle donnait son pied à sa femme de chambre, pour que celle-ci boutonnât ses bottines. Il n'était pas un homme, elle l'employait aux usages intimes avec son dédain familier des gens à son service, sans le regarder même.
— Je ne vous fais pas de mal, madame?
Elle répondit non, d'un signe de tête. L'odeur des gants de Saxe, cette odeur de fauve comme sucrée du musc, la troublait d'habitude; et elle en riait parfois, elle confessait son goût pour ce parfum équivoque, où il y a de la bête en folie, tombée dans la boîte à poudre de riz d'une fille. Mais, devant ce comptoir banal, elle ne sentait pas les gants, ils ne mettaient aucune chaleur sensuelle entre elle et ce vendeur quelconque faisant son métier.
— Et avec ça, madame?.
— Rien, merci… Veuillez porter ça à la caisse 10, pour Mme Desforges, n'est-ce pas?
En habituée de la maison, elle donnait son nom à une caisse et y envoyait chacune de ses emplettes, sans se faire suivre par un commis. Quand elle se fut éloignée, Mignot cligna les yeux, en se tournant vers son voisin, auquel il aurait bien voulu laisser croire que des choses extraordinaires venaient de se passer.
— Hein? murmura-t-il crûment, on la ganterait jusqu'au bout!
Cependant, Mme Desforges continuait ses achats. Elle revint à gauche, s'arrêta au blanc, pour prendre des torchons; puis, elle fit le tour, poussa jusqu'aux lainages, au fond de la galerie. Comme elle était contente de sa cuisinière, elle désirait lui donner une robe. Le rayon des lainages débordait d'une foule compacte, toutes les petites-bourgeoises s'y portaient, tâtaient les étoffes, s'absorbaient en muets calculs; et elle dut s'asseoir un instant. Dans les cases s'étageaient de grosses pièces, que les vendeurs descendaient, une à une, d'un brusque effort des bras. Aussi, commençaient-ils à ne plus se reconnaître sur les comptoirs envahis, où les tissus se mêlaient et s'écroulaient. C'était une mer montante de teintes neutres, de tons sourds de laine, les gris fer, les gris jaunes, les gris bleus, où éclataient çà et là des bariolures écossaises, un fond rouge sang de flanelle. Et les étiquettes blanches des pièces étaient comme une volée de rares flocons blancs, mouchetant un sol noir de décembre.
Derrière une pile de popeline, Liénard plaisantait avec une grande fille en cheveux, une ouvrière du quartier, envoyée par sa patronne pour réassortir du mérinos. Il abominait ces jours de grosse vente, qui lui cassaient les bras, et il tâchait d'esquiver la besogne, largement entretenu par son père, se moquant de vendre, en faisait tout juste assez pour ne pas être mis à la porte.
— Écoutez donc, mademoiselle Fanny, disait-il. Vous êtes toujours pressée… Est-ce que la vigogne croisée allait bien, l'autre jour? Vous savez que j'irai toucher ma guelte chez vous.
Mais l'ouvrière s'échappait en riant, et Liénard se trouva devant Mme Desforges, à laquelle il ne put s'empêcher de demander:
— Que désire madame?
Elle voulait une robe pas chère, solide pourtant. Liénard, dans le but d'épargner ses bras, ce qui était son unique souci, manoeuvra pour lui faire prendre une des étoffes déjà dépliées sur le comptoir. Il y avait là des cachemires, des serges, des vigognes, et il lui jurait qu'il n'existait rien de meilleur, on n'en voyait pas la fin. Mais aucun ne semblait la satisfaire. Elle avait avisé, dans une case, un escot bleuâtre. Alors, il finit par se décider, il descendit l'escot, qu'elle jugea trop rude. Ensuite, ce furent une cheviotte, des diagonales, des grisailles, toutes les variétés de la laine, qu'elle eut la curiosité de toucher, pour le plaisir, décidée au fond à prendre n'importe quoi. Le jeune homme dut ainsi déménager les cases les plus hautes; ses épaules craquaient, le comptoir avait disparu sous le grain soyeux des cachemires et des popelines, sous le poil rêche des cheviottes, sous le duvet pelucheux des vigognes. Tous les tissus et toutes les teintes y passaient. Même, sans avoir la moindre envie d'en acheter, elle se fit montrer de la grenadine et de la gaze de Chambéry. Puis, quand elle en eut assez:
— Oh! mon Dieu! la première est encore la meilleure. C'est pour ma cuisinière… Oui, la serge à petit pointillé, celle à deux francs.
Et lorsque Liénard eut métré, pâle d'une colère contenue:
— Veuillez porter ça à la caisse 10… Pour Mme Desforges.
Comme elle s'éloignait, elle reconnut près d'elle Mme Marty, accompagnée de sa fille Valentine, une grande demoiselle de quatorze ans, maigre et hardie, qui jetait déjà sur les marchandises des regards coupables de femme.
— Tiens! c'est vous, chère madame?
— Mais oui, chère madame… Hein? quelle foule!
— Oh! ne m'en parlez pas, on étouffe. Un succès! … Avez-vous vu le salon oriental?
— Superbe! inouï!
Et, au milieu des coups de coude, bousculées par le flot croissant des petites bourses qui se jetaient sur les lainages à bon marché, elles se pâmèrent au sujet de l'exposition des tapis. Puis, Mme Marty expliqua qu'elle cherchait une étoffe pour un manteau; mais elle n'était pas fixée, elle avait voulu se faire montrer du matelassé de laine.
— Regarde donc, maman, murmura Valentine, c'est trop commun.
— Venez à la soie, dit Mme Desforges. Il faut voir leur fameux Paris-Bonheur.
Un instant, Mme Marty hésita. Ce serait bien cher, elle avait si formellement juré à son mari d'être raisonnable! Depuis une heure, elle achetait, tout un lot d'articles la suivait déjà, un manchon et des ruches pour elle, des bas pour sa fille. Elle finit par dire au commis qui lui montrait le matelassé:
— Eh bien! non, je vais à la soie… Tout cela ne fait pas mon affaire.
Le commis prit les articles et marcha devant ces dames.
À la soie, la foule était aussi venue. On s'écrasait surtout devant l'étalage intérieur, dressé par Hutin, et où Mouret avait donné les touches du maître. C'était, au fond du hall, autour d'une des colonnettes de fonte qui soutenaient le vitrage, comme un ruissellement d'étoffe, une nappe bouillonnée tombant de haut et s'élargissant jusqu'au parquet. Des satins clairs et des soies tendres jaillissaient d'abord: les satins à la reine, les satins renaissance, aux tons nacrés d'eau de source; les soies légères aux transparences de cristal, vert Nil, ciel indien, rose de mai, bleu Danube. Puis, venaient des tissus plus forts, les satins merveilleux, les soies duchesse, teintes chaudes, roulant à flots grossis. Et, en bas, ainsi que dans une vasque, dormaient les étoffes, lourdes, les armures façonnées, les damas, les brocarts, les soies perlées et lamées, au milieu d'un lit profond de velours, tous les velours, noirs, blancs, de couleur, frappés à fond de soie ou de satin, creusant avec leurs taches mouvantes un lac immobile où semblaient danser des reflets de ciel et de paysage. Des femmes, pâles de désirs, se penchaient comme pour se voir. Toutes, en face de cette cataracte lâchée, restaient debout, avec la peur sourde d'être prises dans le débordement d'un pareil luxe et avec l'irrésistible envie de s'y jeter et de s'y perdre.
— Te voilà donc! dit Mme Desforges, en trouvant Mme Bourdelais installée devant un comptoir.
— Tiens! bonjour! répondit celle-ci, qui serra les mains à ces dames. Oui, je suis entrée donner un coup d'oeil.
— Hein? c'est prodigieux, cet étalage! On en rêve… Et le salon oriental, as-tu vu le salon oriental?
— Oui, oui, extraordinaire!
Mais, sous cet enthousiasme qui allait être décidément la note élégante du jour, Mme Bourdelais gardait son sang-froid de ménagère pratique. Elle examinait avec soin une pièce de Paris- Bonheur, car elle était uniquement venue pour profiter du bon marché exceptionnel de cette soie, si elle la jugeait réellement avantageuse. Sans doute elle en fut contente, elle en demanda vingt-cinq mètres, comptant bien couper là-dedans une robe pour elle et un paletot pour sa petite fille.
— Comment! tu pars déjà? reprit Mme Desforges. Fais donc un tour avec nous.