Le Parfum de la dame en noirPart 35 of 35
French original · English translation
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Et Rouletabille avait bien tout deviné. À la porte de la maison de santé, il se heurta à Brignolles. Alors, sans ménagement, il lui sauta à la gorge et le menaça de son revolver. Brignolles était lâche. Il cria à Rouletabille de l’épargner, que Darzac était vivant! Un quart d’heure après, Rouletabille savait tout. Mais le revolver n’avait point suffi, car Brignolles, qui détestait la mort, aimait la vie et tout ce qui rendait la vie aimable, en particulier l’argent. Rouletabille n’eut point de peine à le convaincre qu’il était perdu s’il ne trahissait Larsan, mais qu’il aurait beaucoup à gagner s’il aidait la famille Darzac à sortir de ce drame, sans scandale. Ils s’entendirent et tous deux rentrèrent dans la maison de santé où le directeur les reçut et écouta leurs discours avec une certaine stupeur qui se transforma bientôt en effroi, puis en une immense amabilité, laquelle se traduisait par la mise en liberté immédiate de Robert Darzac. Darzac, par une chance miraculeuse que j’ai déjà expliquée, souffrait à peine d’une blessure qui aurait pu être mortelle. Rouletabille, dans une joie folle, s’en empara et le ramena sur-le-champ à Menton. Je passe sur les effusions. On avait «semé» le Brignolles en lui donnant rendez-vous à Paris pour le règlement des comptes. En route, Rouletabille apprenait de la bouche de Darzac que celui-ci, dans sa prison, était tombé quelques jours auparavant sur un journal du pays qui relatait le passage au fort d’Hercule de M. et de Mme Darzac, dont on venait de célébrer le mariage à Paris! Il ne lui en avait pas fallu davantage pour comprendre d’où venaient tous ses malheurs et pour deviner qui avait eu l’audace fantastique de prendre sa place auprès d’une malheureuse femme dont l’esprit encore chancelant faisait possible la plus folle entreprise. Cette découverte lui avait donné des forces inconnues. Après avoir volé le pardessus du directeur pour cacher son uniforme d’aliéné et s’être emparé dans la bourse de celui-ci d’une centaine de francs, il était parvenu, au risque de se casser le cou, à escalader un mur qui, en toute autre circonstance, lui eût paru infranchissable. Et il était descendu à Menton; et il avait couru au fort d’Hercule; et il avait vu, de ses yeux vu, Darzac! Il s’était vu lui-même! … Il s’était donné quelques heures pour ressembler si bien à lui-même que l’autre Darzac lui-même s’y serait trompé! … Son plan était simple. Pénétrer dans le fort d’Hercule comme chez lui, entrer dans l’appartement de Mathilde et se montrer à l’autre, pour le confondre, devant Mathilde! … Il avait interrogé des gens de la côte et appris où le ménage logeait: au fond de la Tour Carrée… Le ménage! … Tout ce que Darzac avait souffert jusqu’alors n’était rien à côté de ce que ces deux mots: leur ménage… Le faisait souffrir! … Cette souffrance-là ne devait cesser que de la minute où il avait revu, lors de la démonstration corporelle de la possibilité de corps de trop, la Dame en noir! … Alors il avait compris! … jamais elle n’eût osé le regarder ainsi… Jamais elle n’eût poussé un pareil cri de joie, jamais elle ne l’eût si victorieusement reconnu, si, une seconde, en corps et en esprit, elle avait, victime des maléfices de l’autre, été la femme de l’autre! … Ils avaient été séparés… mais jamais ils ne s’étaient perdus!
Avant de mettre son projet à exécution, il était allé acheter un revolver à Menton, s’était débarrassé ensuite de son pardessus qui eût pu le perdre, pour peu que l’on fût à sa recherche, avait fait l’acquisition d’un veston qui, par la couleur et par la coupe, pouvait rappeler le costume de l’autre Darzac, et avait attendu jusqu’à cinq heures le moment d’agir. Il s’était dissimulé derrière la villa Lucie, tout en haut du boulevard de Garavan, au sommet d’un petit tertre d’où il apercevait tout ce qui se passait dans le château. À cinq heures, il s’était risqué, sachant que Darzac était dans la Tour du Téméraire, et étant sûr par conséquent qu’il ne le trouverait point, dans le moment, au fond de la Tour Carrée qui était son but. Quand il était passé auprès de nous et qu’il nous avait aperçus tous deux, il avait eu une forte envie de nous crier qui il était, mais il était parvenu tout de même à se retenir, voulant être uniquement reconnu par la Dame en noir! Cette espérance seulement soutenait ses pas. Cela seulement valait la peine de vivre, et, une heure plus tard, quand il avait eu à sa disposition la vie de Larsan qui, dans la même chambre, lui tournant le dos, faisait sa correspondance, il n’avait même pas été tenté par la vengeance. Après tant d’épreuves, il n’y avait pas encore place dans son coeur pour la haine de Larsan, tant il était plein pour toujours de l’amour de la Dame en noir! Pauvre cher pitoyable M. Darzac!…
On sait le reste de l’aventure. Ce que je ne savais pas, c’était la façon dont le vrai M. Darzac avait pénétré une seconde fois dans le fort d’Hercule, et était parvenu une seconde fois jusque dans le placard. Et c’est alors que j’appris que la nuit même qu’il ramena M. Darzac à Menton, Rouletabille qui avait appris par la fuite du vieux Bob qu’il existait une issue au château par le puits, avait, à l’aide d’une barque, fait rentrer dans le château M. Darzac, par le chemin qui avait vu sortir le vieux Bob! Rouletabille voulait être le maître de l’heure à laquelle il allait confondre et frapper Larsan. Cette nuit-là, il était trop tard pour agir, mais il comptait bien en terminer avec Larsan la nuit suivante. Le tout était de cacher, un jour, M. Darzac dans la presqu’île. Aidé de Bernier, il lui avait trouvé un petit coin abandonné et tranquille dans le Château Neuf.
À ce passage, je ne pus m’empêcher d’interrompre Rouletabille par un cri qui eut le don de le faire partir d’un franc éclat de rire.
«C’était donc cela! m’écriai-je.
— Mais oui, fit-il… c’était cela.
— Voilà donc pourquoi j’ai découvert ce soir-là l’Australie! Ce soir-là, c’était le vrai Darzac que j’avais en face de moi! … Et moi qui ne comprenais rien à cela! … Car enfin, il n’y avait pas que l’Australie! … Il y avait encore la barbe! Et elle tenait! … elle tenait! … Oh! je comprends tout, maintenant!
— Vous y avez mis le temps… répliqua, placide, Rouletabille… Cette nuit-là, mon ami, vous nous avez bien gênés. Quand vous apparûtes dans la Cour du Téméraire, M. Darzac venait de me reconduire à mon puits. Je n’ai eu que le temps de faire retomber sur moi le plateau de bois pendant que M. Darzac se sauvait dans le Château Neuf… Mais quand vous fûtes couché, après votre expérience de la barbe, il revint me voir et nous étions assez embarrassés. Si, par hasard, vous parliez de cette aventure, le lendemain matin, à l’autre M. Darzac, croyant avoir affaire au Darzac du Château Neuf, c’était une catastrophe. Et, cependant, je ne voulus point céder aux prières de M. Darzac qui voulait aller vous dire toute la vérité. J’avais peur que, la sachant, vous ne pussiez assez la dissimuler pendant le jour suivant. Vous avez une nature un peu impulsive, Sainclair, et la vue d’un méchant vous cause, à l’ordinaire, une louable irritation qui, dans le moment, eût pu nous nuire. Et puis, l’autre Darzac était si malin! … Je résolus donc de risquer le coup sans rien vous dire. Je devais rentrer le lendemain ostensiblement au château dans la matinée… Il fallait s’arranger, d’ici là, pour que vous ne rencontriez pas Darzac. C’est pourquoi, dès la première heure, je vous envoyai pêcher des palourdes!
— Oh! je comprends!…
— Vous finissez toujours par comprendre, Sainclair! J’espère que vous ne m’en voulez point de cette pêche-là qui vous a valu une heure charmante de Mrs. Edith…
— À propos de Mrs. Edith, pourquoi prîtes-vous le malin plaisir de me mettre dans une sotte colère? … demandai-je.
— Pour avoir le droit de déchaîner la mienne et de vous défendre de nous adresser, désormais, la parole, à moi et à M. Darzac! … Je vous répète que je ne voulais point qu’après votre aventure de la nuit, vous parlassiez à M. Darzac! … Il faudrait pourtant continuer à comprendre, Sainclair.
— Je continue, mon ami…
— Mes compliments…
— Et cependant, m’écriai-je, il y a encore une chose que je ne comprends pas! … La mort du père Bernier! … Qui est-ce qui a tué Bernier?
— C’est la canne! dit Rouletabille d’un air sombre… C’est cette maudite canne…
— Je croyais que c’était le plus vieux grattoir…
— Ils étaient deux: la canne et le plus vieux grattoir… Mais c’est la canne qui a décidé la mort… Le plus vieux grattoir n’a fait qu’exécuter…»
Je regardai Rouletabille, me demandant si, cette fois, je n’assistai point à la fin de cette belle intelligence.
«Vous n’avez jamais compris, Sainclair — entre autres choses — pourquoi, le lendemain du jour où j’avais tout compris, moi, je laissais tomber la canne à bec de corbin d’Arthur Rance devant M. et Mme Darzac. C’est que j’espérais que M. Darzac la ramasserait. Vous rappelez-vous, Sainclair, la canne à bec de corbin de Larsan, et le geste que faisait Larsan avec sa canne, au Glandier! … Il avait une façon de tenir sa canne bien à lui… je voulais voir… voir ce Darzac-là tenir une canne à bec de corbin comme Larsan! … Mon raisonnement était sûr! … Mais je voulais voir, de mes yeux, Darzac avec le geste de Larsan… Et cette idée fixe me poursuivit jusqu’au lendemain, même après ma visite à la maison des fous! … même quand j’eus serré dans mes bras le vrai Darzac, j’ai encore voulu voir le faux avec les gestes de Larsan! … Ah! le voir tout à coup brandir sa canne comme le bandit… oublier le déguisement de sa taille, une seconde! … redresser ses épaules faussement courbées… Tapez donc! Tapez donc sur le blason des Mortola! … à grands coups de canne, cher, cher Monsieur Darzac! … Et il a tapé! … et j’ai vu toute sa taille! … toute! … Et un autre aussi l’a vue qui en est mort… C’est ce pauvre Bernier, qui en fut tellement saisi qu’il en chancela et tomba si malheureusement sur le plus vieux grattoir, qu’il en est mort! … Il est mort d’avoir ramassé le grattoir tombé sans doute de la redingote du vieux Bob et qu’il devait porter alors dans le bureau du professeur, à la Tour Ronde… Il est mort d’avoir revu, dans le même moment, la canne de Larsan! … il est mort d’avoir revu, avec toute sa taille et tout son geste, Larsan! … Toutes les batailles, Sainclair, ont leurs victimes innocentes…»
Nous nous tûmes un instant. Et puis je ne pus m’empêcher de lui dire la rancoeur que je lui gardais qu’il ait eu si peu de confiance en moi. Je ne lui pardonnais pas d’avoir voulu me tromper avec tout le monde sur le compte de son vieux Bob.
Il sourit.
«En voilà un qui ne m’occupait pas! … J’étais bien sûr que ce n’était pas lui qui était dans le sac… Cependant, la nuit qui a précédé son repêchage, dès que j’eus casé le vrai Darzac, sous l’égide de Bernier, dans le Château Neuf, et que j’eus quitté la galerie du puits après y avoir laissé pour mes projets du lendemain, ma barque à moi… une barque que j’avais eue de Paolo le pêcheur, un ami du Bourreau de la mer, je regagnai le rivage à la nage. Je m’étais naturellement dévêtu et je portais mes vêtements en paquet sur ma tête. Comme j’accostais, je tombai dans l’ombre sur le Paolo, qui s’étonna de me voir prendre un bain à cette heure, et qui m’invita à venir pêcher la pieuvre avec lui. L’événement me permettait de tourner toute la nuit autour du château d’Hercule et de le surveiller. J’acceptai. Et alors j’appris que la barque qui m’avait servi était celle de Tullio. Le Bourreau de la mer était devenu soudainement riche et avait annoncé à tout le monde qu’il se retirait dans son pays natal. Il avait vendu très cher, racontait-il, de précieux coquillages au vieux savant, et, de fait, depuis plusieurs jours, on l’avait vu avec le vieux savant tous les jours. Paolo savait qu’avant d’aller à Venise Tullio s’arrêterait à San Remo. Pour moi, l’aventure du vieux Bob se précisait: il lui avait fallu une barque pour quitter le château, et cette barque était justement celle du Bourreau de la mer. Je demandai l’adresse de Tullio à San Remo et y envoyai, par le truchement d’une lettre anonyme, Arthur Rance, persuadé que Tullio pouvait nous renseigner sur le sort du vieux Bob. En effet, le vieux Bob avait payé Tullio pour qu’il l’accompagnât cette nuit-là à la grotte et qu’il disparût ensuite… C’est par pitié pour le vieux professeur que je me décidai à avertir ainsi Arthur Rance; il pouvait, en effet, être arrivé quelque accident à son parent. Quant à moi, je ne demandais au contraire qu’une chose, c’est que cet exquis vieillard ne revînt pas avant que j’en eusse fini avec Larsan, désirant toujours faire croire au faux Darzac que le vieux Bob me préoccupait par-dessus tout. Aussi, quand j’appris qu’on venait de le retrouver, je n’en fus qu’à moitié réjoui, mais j’avouerai que la nouvelle de sa blessure à la poitrine, à cause de la blessure à la poitrine de l’homme au sac, ne me causa aucune peine. Grâce à elle, je pouvais espérer, encore quelques heures, continuer mon jeu.
— Et pourquoi ne le cessiez-vous pas tout de suite?
— Ne comprenez-vous donc point qu’il m’était impossible de faire disparaître le corps de trop de Larsan en plein jour? Il me fallait tout le jour pour préparer sa disparition dans la nuit! Mais quel jour nous avons eu là avec la mort de Bernier! L’arrivée des gendarmes n’était point faite pour simplifier les choses. J’ai attendu pour agir qu’ils eussent disparu! Le premier coup de fusil que vous avez entendu quand nous étions dans la Tour Carrée fut pour m’avertir que le dernier gendarme venait de quitter l’auberge des Albo, à la pointe de Garibaldi, le second que les douaniers, rentrés dans leurs cabanes, soupaient et que la mer était libre!…
— Dites donc, Rouletabille, fis-je en le regardant bien dans ses yeux clairs, quand vous avez laissé, pour vos projets, la barque de Tullio au bout de la galerie du puits, vous saviez déjà ce que cette barque remporterait le lendemain?»
Rouletabille baissa la tête:
«Non… fit-il sourdement… et lentement… non… ne croyez pas cela, Sainclair… Je ne croyais pas qu’elle remporterait un cadavre… après tout, c’était mon père! … Je croyais qu’elle remporterait un corps de trop pour la maison des fous! … Voyez-vous, Sainclair, je ne l’avais condamné qu’à la prison… pour toujours… Mais il s’est tué… C’est Dieu qui l’a voulu! … que Dieu lui pardonne!…»
Nous ne dîmes plus un mot de la nuit.
À Laroche, je voulus lui faire prendre quelque chose de chaud, mais il me refusa ce déjeuner avec fièvre. Il acheta tous les journaux du matin et se précipita, tête baissée, dans les événements du jour. Les feuilles étaient pleines des nouvelles de Russie. On venait de découvrir, à Pétersbourg, une vaste conspiration contre le tsar. Les faits relatés étaient si stupéfiants qu’on avait peine à y ajouter foi.
Je déployai L’Époque et je lus en grosses lettres majuscules en première colonne de la première page:
Départ de Joseph Rouletabille pour la Russie
et, au-dessous:
Le tsar le réclame!
Je passai le journal à Rouletabille qui haussa les épaules, et fit:
«Bah! … Sans me demander mon avis! … Qu’est-ce que monsieur mon directeur veut que j’aille faire là-bas? … Il ne m’intéresse pas, moi, le tsar… avec les révolutionnaires… c’est son affaire! … ce n’est pas la mienne! … En Russie? … je vais demander un congé, oui! … j’ai besoin de me reposer, moi! … Sainclair, mon ami, voulez-vous? … Nous irons nous reposer ensemble quelque part!…
— Non! Non! m’écriai-je avec une certaine précipitation, je vous remercie! … j’en ai assez de me reposer avec vous! … j’ai une envie folle de travailler…
— Comme vous voudrez, mon ami! Moi, je ne force pas les gens…»
Et, comme nous approchions de Paris, il fit un brin de toilette, vida ses poches et fut surpris tout à coup de trouver dans l’une d’elles une enveloppe toute rouge qui était venue là sans qu’il pût s’expliquer comment.
«Ah! bah!» fit-il, et il la décacheta.
Et il partit d’un vaste éclat de rire. Je retrouvais mon gai Rouletabille, je voulus connaître la cause de cette merveilleuse hilarité.
«Mais je pars! mon vieux! me fit-il. Mais je pars! … Ah! du moment que c’est comme ça! … Je pars! … Je prends le train, ce soir…
— Pour où?…
— Pour Saint-Pétersbourg!…»
Et il me tendit la lettre où je lus:
«Nous savons, monsieur, que votre journal a décidé de vous envoyer en Russie, à la suite des incidents qui bouleversent en ce moment la cour de Tsarkoïé-Selo… Nous sommes obligés de vous avertir que vous n’arriverez pas à Pétersbourg vivant.
«Signé: LE COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE.»
Je regardais Rouletabille dont la joie débordait de plus en plus: «Le prince Galitch était à la gare,» fis-je simplement.
Il me comprit, haussa les épaules avec indifférence, et repartit:
«Ah! bien, mon vieux! on va s’amuser!»
Et c’est tout ce que je pus en tirer malgré mes protestations. Le soir, quand, à la gare du Nord, je le serrai dans mes bras en le suppliant de ne point nous quitter et en pleurant mes larmes désespérées d’ami… Il riait encore, il répétait encore: «Ah! bien, on va s’amuser!…»
Et ce fut son dernier salut.
Le lendemain, je repris le cours de mes affaires au Palais. Les premiers confrères que je rencontrai furent maîtres Henri Robert et André Hesse.
«Tu as pris de bonnes vacances? me demandèrent-ils.
— Ah! excellentes!» répondis-je.
Mais j’avais si mauvaise mine qu’ils m’entraînèrent tous deux à la buvette.
FIN