Thomas l'imposteurParte 3 de 7
Original em francês · tradução para inglês
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Venez, dit-il sèchement au jeûne prêtre. Puis, laissant la princesse, il traversa le vestibule et ouvrit la porte sur la rue.
Hélas, une apothéose l'attendait.
Pendant le chemin du retour, Madame Valiche et Gentil avaient vidé le fond des caisses. La voiture empilait un désordre et une saleté de wagon-restaurant. Ils étaient ivres de Cordial-Médoc. Leur tendresse ne se dissimulait plus. L'évêque, de son perron, vit ce couple vautré, les bouteilles, le séminariste. Il eut un haut-le-corps. Madame Valiche ouvrait un œil de folle.
—Vite, mon chéri, vite, cria-t-elle au docteur, donne ta bouche, voilà les curés!
Madame de Bormes, sortie à son tour, n'aperçut que le dos de l'évêque. Il s'éloignait vers la cathédrale sous une petite pluie fine. Il se retroussait, comme la veille, à pleines mains.
SCRUPULES
Ni madame Valiche, ni Gentil n'étaient en état de comprendre ce que leur conduite avait d'infâme.
Pendue au cou de son amant, madame Valiche chantait Manon. Le séminariste sanglotait. Il y avait dans ce spectacle pluvieux quelque chose d'irréparable.
Guillaume sauva tout. Il était allé chez le maire, avait nommé Fontenoy. Le maire, ravi qu'on reconnut son pouvoir et qu'on négligeât l'évêque, avait donné bidons sur bidons.
On enleva le couple orgiaque. Il dormait. On remplit les réservoirs, et le cortège de plaintes se remit en marche.
Souvent, dans la suite, madame de Bormes, sur les routes noires, en entendant ces plaintes, était prise de scrupules. Elle se demandait si, pour se dépenser, elle n'achevait pas des moribonds. Les routes, de plus en plus longues entre les lignes et la capitale, étaient défoncées par les tracteurs. Chaque secousse représentait pour ces hommes un enfer. Ne valait-il pas mieux les abandonner sur place malgré le manque de soins? Ils mourraient tranquilles.
Mais, lorsque ayant rempli l'ambulance de la rue Jacob, elle leur rendait visite soit à l'hôpital Buffon, soit aux Peupliers, soit au Val-de-Grâce, elle comprenait que son plaisir n'était pas criminel.
Cette femme admirable, indiquant à elle seule aux chefs civils et militaires le sens d'une organisation qui ne se fit que longtemps après, se cherchait des excuses.
Sa fille sur pied, Madame de Bormes réintégra son appartement, avenue Montaigne. Elle faisait la navette entre l'avenue et l'hôpital, quelquefois même partant directement de chez elle pour rejoindre le cortège aux portes de Paris.
Guillaume était l'enfant gâté de la maison. Il y avait une chambre, ce qui lui évitait de retourner chez sa tante, à Montmartre, après les randonnées trop lourdes. Du reste, sa tante était loin de son esprit. Guillaume lui apparaissait dix minutes par semaine, prétextant un poste d'agent de liaison.
Il disait: «J'ai une liaison, ma liaison», comme jadis les mauvais sujets. Il remplissait sa chambre de pointes de casques et de morceaux d'obus.
REIMS
Ce fut à Reims que Clémence de Bormes et Guillaume eurent le baptême du feu. En y arrivant, des collines, on la voyait en bas, comme le bûcher de Jeanne d'Arc. Sa fumée sombre s'étalait, plate, aussi loin que celle des paquebots sur la mer.
Dans la ville l'herbe poussait, des arbres sortaient par les fenêtres. Les immeubles ouverts en deux montraient le papier à fleurs des chambres. L'une avait encore sa commode, un cadre sur un mur. Le lit pendait au bord d'une autre.
La cathédrale était une montagne de vieilles dentelles.
Les médecins militaires, que le bombardement intense mettait dans l'incapacité d'agir, attendaient une accalmie dans la cave du LION D'OR. Trois cents blessés remplissaient l'hospice et l'hôpital. Reims se trouvant, en cas de guerre, sous la protection d'une ville qui ne s'en souciait pas, ne pouvait ni évacuer, ni nourrir personne. Les blessés mouraient de leurs blessures, de la faim, de la soif, du tétanos, du tir. La veille, à l'hôpital, on venait d'apprendre à un artilleur qu'il fallait lui couper la jambe sans chloroforme, que c'était la seule chance de le sauver, et il fumait, blême, une dernière cigarette avant le supplice, lorsqu'un obus réduisit le matériel chirurgical en poudre, et tua deux aides-majors. Personne n'osa reparaître devant l'artilleur. On dut laisser la gangrène l'envahir comme le lierre une statue.
Ces scènes se répétaient dix fois par jour. Chez les Sœurs, on avait, pour cent cinquante blessés, une tasse de lait rance et une moitié de saucisson. Un prêtre, dans une longue salle trouée, administrait de paillasse en paillasse et, pour mettre l'hostie dans les bouches, desserrait les dents avec une lame de couteau.
Les services que pouvait rendre le convoi étaient minces, mais les majors chargeaient Gentil de fiches appelant au secours. On vivait sous la tonnelle de nos projectiles qui passaient avec un bruit d'express et des obus allemands ponctuant la fin de leur paraphe soyeux d'un pâté noir de foudre et de mort.
Le désarroi de cette ville était à son comble, ses nerfs à bout. On ne voyait qu'espionnage et on fusillait vite. La Princesse, Madame Valiche et Guillaume, rencontrèrent une patrouille qui menait bel et bien le peintre russe au mur. On l'avait trouvé, dessinant la cathédrale. Le nom magique le sauva et empêcha de lui adjoindre d'autres membres du cortège.
Cette atmosphère intenable vivifiait Clémence et Guillaume. Ils secondaient Madame Valiche dont le zèle ne connaissait plus de bornes et qui émerveillait les deux ambulances.
Elle proposa d'emplir les voitures de blessés. On la laisserait à Reims avec le docteur et on viendrait le lendemain prendre une nouvelle charge. La princesse et Guillaume voulurent rester aussi.
—Ma voiture vide, dit Clémence, peut contenir deux hommes. Il m'est impossible de prendre leur place.
Ils couchèrent sous des couvertures, dans la cave du LION D'OR. La ville recevait les obus comme un navire les vagues d'une tempête. Ils l'ébranlaient chaque fois jusqu'à l'âme.
Les pièces ennemies visaient le gazomètre. Elles tournaient autour, tâtonnaient avec l'hésitation d'un aveugle qui cherche un bouton de porte. Ce danger achevait de mettre les nerfs à vif.
Guillaume admirait la bravoure de Clémence de Bormes, laquelle admirait la sienne. Or, la bravoure de Guillaume était de l'enfantillage et celle de la princesse de l'inconscience. Ils en eurent la preuve. La princesse avait supporté le pire. Elle avait vu un cheval tourner l'angle d'une rue en boitant dans ses tripes. Elle avait vu un groupe d'artilleurs foudroyés à leur pièce. Mais elle se croyait invulnérable.
Seule femme, ou presque, dans cette ville, elle imaginait on ne sait quelle galanterie de la mort. Elle la coudoyait, sans la craindre.
Mais, lorsqu'allant de l'hôpital à l'hospice, elle vit, à cinquante mètres, une pauvre Rémoise et sa petite fille atteintes par le feu du ciel, comprenant soudain que les obus n'épargnent point les femmes, elle fut prise d'une de ces peurs qui s'abattent sur les natures riches. Elle se mit à crier, à courir en tous sens, à appeler Guillaume.
Guillaume qui, en furetant dans les décombres, venait d'être soufflé roulé, et s'en tirait indemne avec un coup de poutre au genou, arrivait en boitant. Il était vert.
Clémence se tordait les mains. Elle parlait de sa fille, s'accusait d'être une mère indigne, suppliait Guillaume de l'emmener à la minute.
C'était moins commode à réaliser qu'à dire. Les automobiles ne seraient de retour que le soir.
Le reste de la journée fut infernal. Madame Valiche soignait Clémence qui tremblait de tous ses membres.
Les voitures revinrent, sauf une. Celle de l'oisif. La bande le surnommait: le parasite. Les Allemands avaient pointé leur tir sur le convoi, fourmilière suspecte qui déambulait au flanc de la colline. Les obus cherchaient à prendre les voitures comme des pions. Enfin, un d'eux avait fait dame sur celle de l'oisif, et il n'en restait pas trace.
Il fallut attendre que l'obscurité cachât le départ.
La princesse refusait d'attendre. Comme le peintre russe tournait la mise en marche, une marmite, visant le gazomètre, tomba dans la maison derrière laquelle stationnait l'automobile. Ils furent couverts de plâtre et les vitres volèrent en éclats.
C'est donc dans une voiture glorieuse mais inconfortable que Clémence et Guillaume s'éloignaient de Reims, sans craindre les zigzags du Russe.
L'air vif les fouettait et ranimait la princesse.
Alors Guillaume entendit cette femme incorrigible murmurer:—Retournons, retournons; c'est ridicule d'avoir eu peur.
Il y a des gens oui possèdent tout et ne peuvent le faire croire, des riches si pauvres et des nobles si vulgaires, que l'incrédulité qu'ils suscitent finit par les rendre timides et leur donne une attitude suspecte. Sur certaines femmes les plus belles perles deviennent fausses. Par contre, sur d'autres, les perles fausses paraissent véritables. De même, il existe des hommes qui inspirent une confiance aveugle et jouissent de privilèges auxquels ils ne peuvent prétendre. Guillaume Thomas était de cette race bienheureuse.
On le croyait. Il n'avait aucune précaution à prendre, aucun calcul à faire. Une étoile de mensonge le menait droit au but. Aussi n'avait-il jamais le visage préoccupé, traqué, du fourbe. Ne sachant ni nager, ni patiner, il pouvait dire: Je patine et je nage. Chacun l'avait vu sur la glace et dans l'eau.
Une fée spéciale jette ce sort à la naissance. Certains réussissent, au berceau desquels aucune fée n'était venue, sauf celle-là.
Il n'arrivait jamais à Guillaume de faire son examen, de penser: «Comment en sortirai-je?» ou: «Je triche», ou: «Je suis un misérable,» ou «Je suis un habile homme». Il allait, mêlé à sa fable, étroitement.
Plus il vivait son rôle, plus il s'y incorporait, plus il y apportait de feu et cette franchise qui persuade.
Depuis quelque temps, il possédait Un jouet nouveau: raconter la mort de ses cousins sous les yeux de leur père. Son récit absurde était dessiné naïvement et colorié comme une image d'Épinal.
À l'exemple de ces images, sa synthèse frappait et semblait plus réelle que la réalité. Il touchait en ses auditeurs ce qui reste en chacun de nous d'enfantin. Parfois, il rehaussait l'image d'un peu d'or. Il s'y prenait lui-même. Ses yeux se remplissaient de larmes. On ne pouvait l'entendre sans s'émouvoir.
N'ayant jamais à observer la prudence qui perd les coquins, il racontait cet épisode héroïque, chez la princesse, à table, devant des hommes rompus à l'exercice. Il roulait civils et militaires, tant il est vrai que, même fausse, la vérité sort de la bouche des enfants.
L'IMAGE D'ÉPINAL
Paris se repeuplait. Un à un revenaient ceux qui l'avaient déserté à toutes jambes. Chacun s'excusait de ce départ auprès de ceux, fort rares, qui n'étaient pas partis. Les uns prétextaient leur service, d'autres leur petite fille, d'autres leur vieille mère, d'autres leur importante personne que les Allemands eussent prise comme otage, d'autres le devoir national.
Pesquel-Duport, directeur du Jour, que ses intimes appelaient Le directeur, un des dix du cercle de la princesse de Bormes, essayait de lui prouver qu'elle avait eu tort, bien que les circonstances lui donnassent raison, que la destinée avait, pour une fois, été aussi folle et aussi aimable qu'elle, et que Klück avait beau n'être point entré à Paris, il y était entré tout de même, en principe.
En principe. C'est justement parce que Clémence manquait de principes qu'elle était extra-lucide, et c'est aussi par son manque de principes que la construction de notre succès échappait au bon sens.
D'habitude, les intimes qui reviennent dans une demeure détestent y trouver une figure neuve. Mais Guillaume fit exception à la règle.
—J'ai beaucoup connu monsieur votre père à la Chambre, lui dit Pesquel-Duport.
Enfant gâté il était, enfant gâté il resta. Gâté d'un plus grand nombre.
Il avait dit à Clémence qu'il souffrait de son genou à cause d'un éclat de l'obus qui avait tracassé la cuisse du général d'Ancourt. Cet éclat devint une action d'éclat. Son héroïsme lui valait place d'homme et et son image d'Épinal lui ouvrait les cœurs.
Car, non par ruse, mais par amour-propre, il n'avait jamais laissé voir la surprise de ses premiers voyages aux lignes.
D'ailleurs, Reims était un récit de la princesse. Il le lui laissait. La vérité lui donnait les malaises du mensonge. Reims ne l'intéressait pas, le dérangeait plutôt.
HENRIETTE
Le meilleur public de Guillaume était la fille de Madame de Bormes, Henriette. N'avons-nous pas dit qu'elle était de race spectatrice. Jusqu'alors un seul personnage, sa mère, brûlait les planches. Maintenant, elle en contemplait deux.
Élevée sans la moindre superstition des castes, des titres, des richesses, Henriette avait toujours, vu sa mère juger les hommes d'après leur mérite, et mettre des artistes sur le même rang que des souverains. Mais elle était fort jeune, sortait peu, et avait rarement l'occasion de rencontrer des hommes exceptionnels.
Grâce à la guerre qui favorise les rencontres d'accident de chemin de fer, non seulement elle voyait un de ces hommes, mais il avait son âge et ils vivaient côte à côte.
Inutile de consigner l'effet, sur cette âme naïve, des récits qui amollissaient la vieille classe.
Elle aimait Guillaume. Elle le confondait avec sa mère dans ses pensées, et, comme sa mère le traitait en fils, elle ne voyait à cette confusion rien de coupable.
La princesse, nous l'avons dit, perçait les murailles; elle ne lisait pas dessus. Elle ne s'apercevait aucunement de ce merveilleux mécanisme: une rose qui s'ouvre. Guillaume non plus. Mais la jeunesse a ses maladies contagieuses. Guillaume, l'artificiel, était sans artifice. Son cœur intact comprenait, lui, à des profondeurs où son esprit enfantin ne pouvait descendre.
Guillaume apprenait gloutonnement la vie, depuis qu'il avait mis le pied dans la cour de l'hôpital. Il datait de cette cour. Sans se féliciter le moins du monde de sa chance, il s'enrichissait, se développait, profitait chaque jour davantage.
Tout homme porte sur l'épaule gauche un singe et, sur l'épaule droite, un perroquet. Sans que Guillaume s'y employât, son perroquet répétait le langage d'un monde privilégié, son singe en imitait les gestes. Aussi ne courait-il pas le risque des gens excentriques, une semaine adoptés et rejetés par le monde. Il y creusait sa place et paraissait son nom l'accréditant, y avoir gran toujours.
Un seul intime voyait Guillaume d'un assez mauvais œil. C'était le directeur.
Il était amoureux fou, depuis cinq ans, de la princesse de Bormes. Le génie de ce journaliste n'était qu'une longue patience. Il avait voulu Le Jour; il l'avait. Il avait voulu devenir riche; il l'était. Il voulait épouser cette veuve, encore jeune, et dont les lumières éclatantes, éteintes par le milieu mondain, aideraient son œuvre et scintilleraient dans le monde intellectuel.
PESQUEL-DUPORT
Pesquel-Duport croyait au monde intellectuel. Il était de l'époque des salons. Il en souhaitait un. Il ignorait que le palmarès officiel ne porte que les comédiens et les fantoches de l'art, et que ses ouvriers restent dans l'ombre. Il se rêvait une table chargée de fleurs, de cristaux; les femmes les plus élégantes, les hommes les plus illustres autour, et Clémence au milieu, en face de lui.
La princesse répondait à ses prières:—Mon cher directeur, attendez. Attendons. Je mentirais en disant que je vous aime d'amour. Du reste, ni vous ni personne. Mais vous êtes, certainement, de tous mes hommes, celui qui me déplaît le moins.
Elle était sincère. Elle ne trouvait pas laide cette figure. Pesquel-Duport avait cinquante-trois ans et une chevelure toute blanche.
Il se jugeait de première force. Il l'était dans le monde de la lutte, mais il était naïf pour l'esprit de finesse profonde, si rare dans les hautes places parce que cet esprit empêche choisir.
Un homme vraiment profond s'enfonce, il ne monte pas. Longtemps après sa mort, on découvre sa colonne enfouie, d'un seul bloc ou, peu à peu, par morceaux. Tandis que ces grandes intelligences médiocres, faites de coup d'œil et d'ironie, montent sans encombre jusqu'à la petite corniche du pouvoir.
C'est la naïveté de cet ambitieux que goûtait Clémence. Car si elle n'était pas un cerveau profond, du moins possédait-elle, comme certains insectes, une trompe qu'elle envoyait, sans méthode, mais profondément, au cœur des choses.
Ainsi cette folle portait-elle les verdicts de Tirésias.
Pesquel-Duport constatait cette faculté sans la comprendre et se trouvait fort aise de suivre ses conseils. Mais où il tombait juste, ce que son coup d'œil lui permettait de saisir, c'est que les femmes très intelligentes possèdent d'habitude une intelligence masculine qui les désaxe et perturbe leur individu, tandis que la princesse restait la femme-type, et ne devait ses ressources qu'à son propre sexe.
Il la voyait nue et primitive, une Eve mangeant la pomme qui lui plaît et quittant, contente, le Paradis, maison tout arrangée.
Pesquel-Duport savait la princesse de mœurs irréprochables. Cette certitude ne l'empêchait pas d'être jaloux.
Le commerce de Chérubin avec la Comtesse, de Jean-Jacques avec Madame de Warens, de Fabrice avec la Sansévérina, lui gâtaient les rapports entre Clémence et Guillaume. Il croyait Guillaume amoureux de sa protectrice et la protectrice flattée.
Là, son coup d'œil le trompait. Guillaume, éveillé par Madame de Bormes, sorti par elle de l'enfance, reportait ces trésors sur Henriette. La princesse l'étourdissait un peu. Chez Henriette, il la retrouvait, mais de plain-pied.
De temps en temps, cet acteur exquis descendait dans l'ombre de la salle s'asseoir auprès d'Henriette et applaudir sa mère. Aussi Henriette ressemblait-elle à ces épouses qui reçoivent, après le spectacle, des marques de tendresse que leur mari destine à la danseuse étoile.
Guillaume embellissait cette petite fille des séductions de la princesse, et comme elle était séduisante, il n'avait aucun effort.
La princesse de Bormes rouvrait et redécorait son appartement, laissé en friche à cause de la guerre. Elle ne dosait pas ses plaisirs. Celui de maîtresse de maison nuisait à ceux de l'héroïsme. Elle ne suivait plus régulièrement le convoi, se contentant de prêter l'automobile. Elle peignait, trottait, vernissait et achetait. Guillaume dînait presque chaque jour avenue Montaigne, en dehors des voyages.
Ces voyages devenaient beaucoup moins simples. Les services s'organisaient, et rien ne semble, en France, plus louche que de n'être sur aucun registre.
Au troisième bureau, il arrivait qu'on accueillît fort mal les quelques officiers évadés après d'affreux périls. Ils n'étaient plus sur les registres.
Ce convoi fantôme agaçait, mais expérimentait gratuitement. On ne le supprimait donc pas; on mettait des bâtons dans ses roues.
Guillaume continuait d'ôter ces bâtons. L'hôpital s'accrochait à lui comme à une bouée.
On suivait les phases de la lente agonie du général d'Ancourt. On redoutait une fin qui, sans nul doute, rendrait son pseudo-secrétaire aux cadres.
LE MOT
Un soir, à six heures, on attendait Guillaume auquel, maintenant, la Place confiait le mot d'ordre.