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NanaParte 29 de 48

Émile Zola

Original em francês · tradução para inglês

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Mais Simonne, qui causait avec le père Barillot, revint dire, essoufflée:

— A propos de Nana, elle est dans la salle.

— Où donc? demanda vivement Clarisse, en se levant pour voir. Le bruit courut tout de suite. Chacun se penchait. La répétition fut un instant comme interrompue. Mais Bordenave sortit de son immobilité, criant:

— Quoi? qu'arrive-t-il? Finissez donc l'acte… Et silence là-bas, c'est insupportable!

Dans la baignoire, Nana suivait toujours la pièce. Deux fois, Labordette avait voulu causer; mais elle s'était impatientée, en le poussant du coude pour le faire taire. On achevait le second acte, lorsque deux ombres parurent, au fond du théâtre. Comme elles descendaient sur la pointe des pieds, évitant le bruit, Nana reconnut Mignon et le comte Muffat, qui vinrent saluer silencieusement Bordenave.

— Ah! les voilà, murmura-t-elle, avec un soupir de soulagement.

Rose Mignon donna la dernière réplique. Alors, Bordenave dit qu'il fallait recommencer ce deuxième acte, avant de passer au troisième; et, lâchant la répétition, il accueillit le comte d'un air de politesse exagérée, pendant que Fauchery affectait d'être tout à ses acteurs, groupés autour de lui. Mignon sifflotait, les mains derrière le dos, couvrant des yeux sa femme, qui paraissait nerveuse.

— Eh bien! montons-nous? demanda Labordette à Nana. Je t'installe dans la loge, et je redescends le prendre.

Nana quitta tout de suite la baignoire. Elle dut suivre à tâtons le couloir des fauteuils d'orchestre. Mais Bordenave la devina, comme elle filait dans l'ombre, et il la rattrapa au bout du corridor qui passait derrière la scène, un étroit boyau où le gaz brûlait nuit et jour. Là, pour brusquer l'affaire, il s'emballa sur le rôle de la cocotte.

— Hein? quel rôle! quel chien! C'est fait pour toi… Viens répéter demain.

Nana restait froide. Elle voulait connaître le troisième acte.

— Oh! superbe, le troisième! … La duchesse fait la cocotte chez elle, ce qui dégoûte Beaurivage et le corrige. Avec ça, un quiproquo très drôle, Tardiveau arrivant et se croyant chez une danseuse…

— Et Géraldine là-dedans? interrompit Nana.

— Géraldine? répéta Bordenave un peu gêné. Elle a une scène, pas longue, mais très réussie… C'est fait pour toi, je te dis! Signes-tu?

Elle le regardait fixement. Enfin, elle répondit:

— Tout à l'heure, nous verrons ça.

Et elle rejoignit Labordette qui l'attendait dans l'escalier. Tout le théâtre l'avait reconnue. On chuchotait, Prullière scandalisé de cette rentrée, Clarisse très inquiète pour le rôle. Quant à Fontan, il jouait l'indifférence, l'air froid, car ce n'était pas à lui de taper sur une femme qu'il avait aimée; au fond, dans son ancienne toquade tournée à la haine, il lui gardait une rancune féroce de ses dévouements, de sa beauté, de cette vie à deux dont il n'avait plus voulu, par une perversion de ses goûts de monstre.

Cependant, lorsque Labordette reparut et qu'il s'approcha du comte, Rose Mignon, mise en éveil par la présence de Nana, comprit tout d'un coup. Muffat l'assommait, mais la pensée d'être lâchée ainsi la jeta hors d'elle. Elle sortit du silence qu'elle gardait d'ordinaire sur ces choses avec son mari, elle lui dit crûment:

— Tu vois ce qui se passe? … Ma parole, si elle recommence le tour de Steiner, je lui arrache les yeux!

Mignon, tranquille et superbe, haussa les épaules en homme qui voit tout.

— Tais-toi donc! murmura-t-il. Hein? fais-moi le plaisir de te taire!

Lui, savait à quoi s'en tenir. Il avait vidé son Muffat, il le sentait, sur un signe de Nana, prêt à s'allonger pour lui servir de tapis. On ne lutte pas contre des passions pareilles. Aussi, connaissant les hommes, ne songeait-il plus qu'à tirer le meilleur parti possible de la situation. Il fallait voir. Et il attendait.

— Rose, en scène! cria Bordenave, on recommence le deux.

— Allons, va! reprit Mignon. Laisse-moi faire.

Puis, goguenard quand même, il trouva drôle de complimenter Fauchery sur sa pièce. Très forte, cette pièce-là; seulement, pourquoi sa grande dame était-elle si honnête? Ce n'était pas nature. Et il ricanait, en demandant qui avait posé pour le duc de Beaurivage, le ramolli de Géraldine. Fauchery, loin de se fâcher, eut un sourire. Mais Bordenave, jetant un regard du côté de Muffat, parut contrarié, ce qui frappa Mignon, redevenu grave.

— Commençons-nous, nom de Dieu! gueulait le directeur. Allons donc, Barillot! … Hein? Bosc n'est pas là? Est-ce qu'il se fout de moi, à la fin!

Pourtant, Bosc arrivait paisiblement. La répétition recommença, au moment où Labordette emmenait le comte. Celui-ci était tremblant, à l'idée de revoir Nana. Après leur rupture, il avait éprouvé un grand vide, il s'était laissé conduire chez Rose, désoeuvré, croyant souffrir du dérangement de ses habitudes. D'ailleurs, dans l'étourdissement où il vivait, il voulut tout ignorer, se défendant de chercher Nana, fuyant une explication avec la comtesse. Il lui semblait devoir cet oubli à sa dignité. Mais un sourd travail s'opérait, et Nana le reconquérait lentement, par les souvenirs, par les lâchetés de sa chair, par des sentiments nouveaux, exclusifs, attendris, presque paternels. La scène abominable s'effaçait; il ne voyait plus Fontan, il n'entendait plus Nana le jeter dehors, en le souffletant de l'adultère de sa femme. Tout cela, c'étaient des mots qui s'envolaient; tandis qu'il lui restait au coeur une étreinte poignante, dont la douceur le serrait toujours plus fort, jusqu'à l'étouffer. Des naïvetés lui venaient, il s'accusait, s'imaginant qu'elle ne l'aurait pas trahi, s'il l'avait aimée réellement. Son angoisse devint intolérable, il fut très malheureux. C'était comme la cuisson d'une blessure ancienne, non plus ce désir aveugle et immédiat, s'accommodant de tout, mais une passion jalouse de cette femme, un besoin d'elle seule, de ses cheveux, de sa bouche, de son corps qui le hantait. Lorsqu'il se rappelait le son de sa voix, un frisson courait ses membres. Il la désirait avec des exigences d'avare et d'infinies délicatesses. Et cet amour l'avait envahi si douloureusement, que, dès les premiers mots de Labordette maquignonnant un rendez-vous, il s'était jeté dans ses bras, d'un mouvement irrésistible, honteux ensuite d'un abandon si ridicule chez un homme de son rang. Mais Labordette savait tout voir. Il donna encore une preuve de son tact, en quittant le comte devant l'escalier, avec ces simples paroles, coulées légèrement:

— Au deuxième, le corridor à droite, la porte n'est que poussée.

Muffat était seul, dans le silence de ce coin de maison. Comme il passait devant le foyer des artistes, il avait aperçu, par les portes ouvertes, le délabrement de la vaste pièce, honteuse de taches et d'usure au grand jour. Mais ce qui le surprenait, en sortant de l'obscurité et du tumulte de la scène, c'étaient la clarté blanche, le calme profond de cette cage d'escalier, qu'il avait vue, un soir, enfumée de gaz, sonore d'un galop de femmes lâchées à travers les étages. On sentait les loges désertes, les corridors vides, pas une âme, pas un bruit; tandis que, par les fenêtres carrées, au ras des marches, le pâle soleil de novembre entrait, jetant des nappes jaunes où dansaient des poussières, dans la paix morte qui tombait d'en haut. Il fut heureux de ce calme et de ce silence, il monta lentement, tâchant de reprendre haleine; son coeur battait à grands coups, une peur lui venait de se conduire comme un enfant, avec des soupirs et des larmes. Alors, sur le palier du premier étage, il s'adossa contre le mur, certain de n'être pas vu; et, son mouchoir aux lèvres, il regardait les marches déjetées, la rampe de fer polie par le frottement des mains, le badigeon éraflé, toute cette misère de maison de tolérance, étalée crûment à cette heure blafarde de l'après-midi, où les filles dorment. Pourtant, comme il arrivait au second, il dut enjamber un gros chat rouge, couché en rond sur une marche. Les yeux à demi clos, ce chat gardait seul la maison, pris de somnolence dans les odeurs enfermées et refroidies que les femmes laissaient là chaque soir.

Dans le corridor de droite, en effet, la porte de la loge se trouvait simplement poussée. Nana attendait. Cette petite Mathilde, un souillon d'ingénue, tenait sa loge très sale, avec une débandade de pots ébréchés, une toilette grasse, une chaise tachée de rouge, comme si on avait saigné sur la paille. Le papier, collé aux murs et au plafond, était éclaboussé jusqu'en haut de gouttes d'eau savonneuse. Cela sentait si mauvais, un parfum de lavande tourné à l'aigre, que Nana ouvrit la fenêtre. Et elle resta accoudée une minute, respirant, se penchant pour voir, au-dessous, madame Bron, dont elle entendait le balai s'acharner sur les dalles verdies de l'étroite cour, enfoncée dans l'ombre. Un serin, accroché contre une persienne, jetait des roulades perçantes. On n'entendait point les voitures du boulevard ni des rues voisines, il y avait là une paix de province, un large espace où le soleil dormait. En levant les yeux, elle apercevait les petits bâtiments et les vitrages luisants des galeries du passage, puis au-delà, en face d'elle, les hautes maisons de la rue Vivienne, dont les façades de derrière se dressaient, muettes et comme vides. Des terrasses s'étageaient, un photographe avait perché sur un toit une grande cage en verre bleu. C'était très gai. Nana s'oubliait, lorsqu'il lui sembla qu'on avait frappé. Elle se tourna, elle cria:

— Entrez!

En voyant le comte, elle referma la fenêtre. Il ne faisait pas chaud, et cette curieuse de madame Bron n'avait pas besoin d'entendre. Tous deux se regardèrent, sérieusement. Puis, comme il demeurait très raide, l'air étranglé, elle se mit à rire, elle dit:

— Eh bien! te voilà donc, grosse bête!

Son émotion était si forte, qu'il semblait glacé. Il l'appela madame; il s'estimait heureux de la revoir. Alors, pour brusquer les choses, elle se montra plus familière encore.

— Ne la fais pas à la dignité. Puisque tu as désiré me voir, hein? ce n'est pas pour nous regarder comme deux chiens de faïence… Nous avons eu des torts tous les deux. Oh! moi, je te pardonne!

Et il fut convenu qu'on ne parlerait plus de ça. Lui, approuvait de la tête. Il se calmait, ne trouvait encore rien à dire, dans le flot tumultueux qui lui montait aux lèvres. Surprise de cette froideur, elle joua le grand jeu.

— Allons, tu es raisonnable, reprit-elle avec un mince sourire. Maintenant que nous avons fait la paix, donnons-nous une poignée de main, et restons bons amis.

— Comment, bons amis? murmura-t-il, subitement inquiet.

— Oui, c'est peut-être idiot, mais je tenais à ton estime… A cette heure, nous nous sommes expliqués, et au moins, si l'on se rencontre, on n'aura pas l'air de deux cruches…

Il eut un geste pour l'interrompre.

— Laisse-moi finir… Pas un homme, entends-tu, n'a une cochonnerie à me reprocher. Eh bien! ça m'ennuyait de commencer par toi… Chacun son honneur, mon cher.

— Mais ce n'est pas ça! cria-t-il violemment. Assieds-toi, écoute-moi.

Et, comme s'il eût craint de la voir partir, il la poussa sur l'unique chaise. Lui, marchait, dans une agitation croissante. La petite loge, close et pleine de soleil, avait une douceur tiède, une paix moite, que nul bruit du dehors ne troublait. Dans les moments de silence, on entendait seulement les roulades aiguës du serin, pareilles aux trilles d'une flûte lointaine.

— Écoute, dit-il en se plantant devant elle, je suis venu pour te reprendre… Oui, je veux recommencer. Tu le sais bien, pourquoi me parles-tu comme tu le fais? … Réponds. Tu consens?

Elle avait baissé la tête, elle grattait de l'ongle la paille rouge, qui saignait sous elle. Et, le voyant anxieux, elle ne se pressait pas. Enfin, elle leva sa face devenue grave, ses beaux yeux où elle avait réussi à mettre de la tristesse.

— Oh! impossible, mon petit. Jamais je ne me recollerai avec toi.

— Pourquoi? bégaya-t-il, tandis qu'une contraction d'indicible souffrance passait sur son visage.

— Pourquoi? … dame! parce que… C'est impossible, voilà tout. Je ne veux pas.

Il la regarda quelques secondes encore, ardemment. Puis, les jambes coupées, il s'abattit sur le carreau. Elle, d'un air d'ennui, se contenta d'ajouter:

— Ah! ne fais pas l'enfant!

Mais il le faisait déjà. Tombé à ses pieds, il l'avait prise par la taille, il la serrait étroitement, la face entre ses genoux, qu'il s'enfonçait dans la chair. Quand il la sentit ainsi, quand il la retrouva avec le velours de ses membres, sous l'étoffe mince de sa robe, une convulsion le secoua; et il grelottait la fièvre, éperdu, se meurtrissant davantage contre ses jambes, comme s'il avait voulu entrer en elle. La vieille chaise craquait. Des sanglots de désir s'étouffaient sous le plafond bas, dans l'air aigri par d'anciens parfums.

— Eh bien! après? disait Nana, en le laissant faire. Tout ça ne t'avance à rien. Puisque ce n'est pas possible… Mon Dieu! que tu es jeune!

Il s'apaisa. Mais il restait par terre, il ne la lâchait pas, disant d'une voix entrecoupée:

— Écoute au moins ce que je venais t'offrir… Déjà, j'ai vu un hôtel, près du parc Monceau. Je réaliserais tous tes désirs. Pour t'avoir sans partage, je donnerais ma fortune… Oui! ce serait l'unique condition: sans partage, entends-tu! Et si tu consentais à n'être qu'à moi, oh! je te voudrais la plus belle, la plus riche, voitures, diamants, toilettes…

Nana, à chaque offre, disait non de la tête, superbement. Puis, comme il continuait, comme il parlait de placer de l'argent sur elle, ne sachant plus quoi mettre à ses pieds, elle parut perdre patience.

— Voyons, as-tu fini de me tripoter? … Je suis bonne fille, je veux bien un moment, puisque ça te rend si malade; mais en voilà assez, n'est-ce pas? … Laisse-moi me lever. Tu me fatigues.

Elle se dégagea. Quand elle fut debout:

— Non, non, non… Je ne veux pas.

Alors, il se ramassa, péniblement; et, sans force, il tomba sur la chaise, accoudé au dossier, le visage entre les mains. Nana marchait à son tour. Un moment, elle regarda le papier taché, la toilette grasse, ce trou sale qui baignait dans un soleil pâle. Puis, s'arrêtant devant le comte, elle parla avec une carrure tranquille.

— C'est drôle, les hommes riches s'imaginent qu'ils peuvent tout avoir pour leur argent… Eh bien! et si je ne veux pas? … Je me fiche de tes cadeaux. Tu me donnerais Paris, ce serait non, toujours non… Vois-tu, ce n'est guère propre, ici. Eh bien! je trouverais ça très gentil, si ça me plaisait d'y vivre avec toi; tandis qu'on crève dans tes palais, si le coeur n'y est pas… Ah! l'argent! mon pauvre chien, je l'ai quelque part! Vois-tu, je danse dessus, l'argent! je crache dessus!

Et elle prenait une mine de dégoût. Puis, elle tourna au sentiment, elle ajouta sur un ton mélancolique:

— Je sais quelque chose qui vaut mieux que l'argent… Ah! si l'on me donnait ce que je désire…

Il releva lentement la tête, ses yeux eurent une lueur d'espoir.

— Oh! tu ne peux pas me le donner, reprit-elle; ça ne dépend pas de toi, et c'est pour ça que je t'en parle… Enfin, nous causons… Je voudrais avoir le rôle de la femme honnête, dans leur machine.

— Quelle femme honnête? murmura-t-il étonné.

— Leur duchesse Hélène, donc! … S'ils croient que je vais jouer Géraldine, plus souvent! Un rôle de rien du tout, une scène, et encore! … D'ailleurs, ce n'est pas ça. J'ai assez des cocottes. Toujours des cocottes, on dirait vraiment que j'ai seulement des cocottes dans le ventre. A la fin, c'est vexant, car je vois clair, ils ont l'air de me croire mal élevée… Ah bien! mon petit, en voilà qui se fourrent le doigt dans l'oeil! Quand je veux être distinguée, je suis d'un chic! … Tiens! regarde un peu ça.

Et elle recula jusqu'à la fenêtre, puis revint en se rengorgeant, en mesurant ses enjambées, avec des airs circonspects de grosse poule hésitant à se salir les pattes. Lui, la suivait, les yeux encore pleins de larmes, hébété par cette brusque scène de comédie qui traversait sa douleur. Elle se promena un instant, pour bien se montrer dans tout son jeu, avec des sourires fins, des battements de paupière, des balancements de jupe; et, plantée de nouveau devant lui:

— Hein? ça y est, je crois!

— Oh! tout à fait, balbutia-t-il, étranglé encore, les regards troubles.

— Quand je te dis que je tiens la femme honnête! J'ai essayé chez moi, pas une n'a mon petit air de duchesse qui se fiche des hommes; as-tu remarqué, lorsque j'ai passé devant toi, en te lorgnant? On a cet air-là dans les veines… Et puis, je veux jouer une femme honnête; j'en rêve, j'en suis malheureuse, il me faut le rôle, tu entends!

Elle était devenue sérieuse, la voix dure, très émue, souffrant réellement de son bête de désir. Muffat, toujours sous le coup de ses refus, attendait, sans comprendre. Il y eut un silence. Pas un vol de mouche ne troublait la paix de la maison vide.

— Tu ne sais pas, reprit-elle carrément, tu vas me faire donner le rôle.

Il resta stupéfait. Puis, avec un geste désespéré:

— Mais c'est impossible! Tu disais toi-même que ça ne dépendait pas de moi.

Elle l'interrompit d'un haussement d'épaules.

— Tu vas descendre et tu diras à Bordenave que tu veux le rôle… Ne sois donc pas si naïf! Bordenave a besoin d'argent. Eh bien! tu lui en prêteras, puisque tu en as à jeter par les fenêtres.

Et, comme il se débattait encore, elle se fâcha.

— C'est bien, je comprends: tu crains de fâcher Rose… Je ne t'en ai pas parlé, de celle-là, lorsque tu pleurais par terre; j'aurais trop long à en dire… Oui, quand on a juré à une femme de l'aimer toujours, on ne prend pas le lendemain la première venue. Oh! la blessure est là, je me souviens! … D'ailleurs, mon cher, ça n'a rien de ragoûtant, le reste des Mignon! Est-ce qu'avant de faire la bête sur mes genoux, tu n'aurais pas dû rompre avec ce sale monde!

Il se récriait, il finit par pouvoir placer une phrase.

— Eh! je me moque de Rose, je vais la lâcher tout de suite.

Nana parut satisfaite sur ce point. Elle reprit:

— Alors, qu'est-ce qui te gêne? Bordenave est le maître… Tu me diras qu'il y a Fauchery, après Bordenave…