Madame BovaryParte 2 de 38
Original em francês · tradução para inglês
Thanks to Grâce à these preparatory works, ces travaux préparatoires, he completely failed il échoua complètement échouer — to fail (an exam, a task)his health officer examination. à son examen d’officier de santé. officier de santé — A medical professional in 19th-century France who had less training than a doctor and was restricted to practicing in specific regions.He was expected On l’attendait that very evening le soir même at home à la maison to celebrate pour fêter his success. son succès.
He left Il partit on foot à pied and stopped et s’arrêta near the entrance of the village, vers l’entrée du village, where où he sent for il fit demander faire demander qn — to send for someone, to ask for someone to comehis mother, sa mère, told her lui conta everything. tout. She excused him, Elle l’excusa, blaming the failure rejetant l’échec on the injustice of the examiners, sur l’injustice des examinateurs, and et reassured him le raffermit raffermir — to strengthen or reassure (literally 'to firm up again')a little, un peu, taking charge se chargeant of arranging things. d’arranger les choses. Only five years later, Cinq ans plus tard seulement, M. Bovary M. Bovary knew the truth; connut la vérité; she was elle était old, vieille, he accepted it, il l’accepta, being unable ne pouvant besides d’ailleurs to suppose supposer that a man qu’un homme descended from him issu de lui issu de — coming from, descended fromcould be fût a fool. un sot. sot (m) — a fool, a simpleton
Charles Charles therefore returned se remit donc se remettre à qch — to get back to something, to resumeto work au travail and et continuously prepared prépara sans discontinuer the subjects les matières of his examination, de son examen, of which dont he learned all the questions by heart il apprit in advance. d’avance toutes les questions par cœur. He Il was received fut reçu with avec a rather good mark. une assez bonne note. What a Quel beautiful day beau jour for his mother! pour sa mère! A grand dinner was given. On donna un grand dîner.
Where Où would he go irait-il to practice exercer his art? son art? To Tostes. À Tostes. There was there Il n’y avait là only an qu’un old doctor. vieux médecin. For a long time Depuis longtemps Madame Bovary madame Bovary had been watching for his death, guettait sa mort, guetter — to watch for, to lie in wait forand et the old man le bonhomme had not yet n’avait point encore packed his bags, plié bagage, plier bagage — to pack up and leave (often used euphemistically here for dying)when Charles que Charles was installed était installé opposite, en face, as comme his successor. son successeur.
But Mais it was not all ce n’était pas tout to que have raised d’avoir élevé her son, son fils, to de have had him learn lui avoir fait apprendre medicine la médecine and discovered et découvert Tostes Tostes to practice it: pour l’exercer: he needed il lui fallait a wife. une femme. She Elle found him one: lui en trouva une: the widow la veuve of a bailiff d’un huissier huissier (m) — a bailiff or process serverfrom Dieppe, de Dieppe, who qui was avait forty-five years old quarante-cinq ans and had et twelve hundred pounds of income. douze cents livres de rente. livre de rente — an annual income derived from investments or property, measured in 'livres' (the currency before the franc).
Although she Quoiqu’elle was fût ugly, laide, dry as a faggot, sèche comme un cotret, sec comme un cotret — /colloq./ very thin, 'thin as a rake' (a 'cotret' is a bundle of firewood)and et pimpled bourgeonnée bourgeonné — pimply or blotchy (from 'bourgeon', meaning bud)like comme a spring, un printemps, certainly certes Madame Dubuc madame Dubuc did not lack ne manquait pas de suitors partis to choose from. à choisir. To achieve her ends, Pour arriver à ses fins, arriver à ses fins — to achieve one's goals/aimsMadame Bovary’s mother la mère Bovary was obliged fut obligée to oust them all, de les évincer tous, and et she elle even very skillfully foiled déjoua même fort habilement the intrigues les intrigues of a d’un pork butcher charcutier who qui was supported était soutenu by the priests. par les prêtres.
Charles Charles had glimpsed avait entrevu in marriage dans le mariage the advent l’avènement of a d’une better condition, condition meilleure, imagining imaginant that he qu’il would be serait freer plus libre and et could dispose pourrait disposer of de his person sa personne and et his money. de son argent. But Mais his wife sa femme was the master; fut le maître; he had to il devait before the world devant le monde say this, dire ceci, not say ne pas dire that, cela, fast faire maigre faire maigre — to abstain from eating meat (usually for religious reasons on Fridays)every Friday, tous les vendredis, dress s’habiller as comme she wished, elle l’entendait, entendre — (in this context) to intend, to want, or to meanharass harceler by her order par son ordre clients les clients who did not pay. qui ne payaient pas. She Elle unsealed décachetait décacheter — to unseal or open (a letter)his letters, ses lettres, spied on épiait épier — to spy on, to watch closelyhis movements, ses démarches, and et listened to him, l’écoutait, through the partition, à travers la cloison, give donner his consultations ses consultations in his office, dans son cabinet, when quand there were il y avait women. des femmes.
She needed Il lui fallait her chocolate son chocolat every morning, tous les matins, endless considerations. des égards à n’en plus finir. à n'en plus finir — endless, never-endingShe Elle complained se plaignait incessantly sans cesse of her nerves, de ses nerfs, of her chest, de sa poitrine, of her moods. de ses humeurs. The sound of footsteps Le bruit des pas hurt her; lui faisait mal; people on went away, s’en allait, solitude la solitude became odious to her; lui devenait odieuse; if one returned revenait-on near her, près d’elle, it was c’était to see her die, pour la voir mourir, no doubt. sans doute. In the evening, Le soir, when quand Charles returned, Charles rentrait, she elle drew sortait from beneath her sheets de dessous ses draps her long thin arms, ses longs bras maigres, passed them les lui passait around his neck, autour du cou, and, et, having made him sit l’ayant fait asseoir on the edge of the bed, au bord du lit, began to se mettait à speak to him lui parler of her sorrows: de ses chagrins: he il was forgetting her, l’oubliait, he il loved en aimait another! une autre! She On had indeed been told lui avait bien dit that she qu’elle would be serait unhappy; malheureuse; and she ended et elle finissait by asking him for en lui demandant some syrup quelque sirop for her health pour sa santé and et a little more un peu plus love. d’amour.
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II
Une nuit, vers onze heures, ils furent réveillés par le bruit d’un cheval qui s’arrêta juste à la porte. La bonne ouvrit la lucarne du grenier et parlementa quelque temps avec un homme resté en bas, dans la rue. Il venait chercher le médecin; il avait une lettre. Nastasie descendit les marches en grelottant, et alla ouvrir la serrure et les verrous, l’un après l’autre. L’homme laissa son cheval, et, suivant la bonne, entra tout à coup derrière elle. Il tira de dedans son bonnet de laine à houppes grises, une lettre enveloppée dans un chiffon, et la présenta délicatement à Charles, qui s’accouda sur l’oreiller pour la lire. Nastasie, près du lit, tenait la lumière. Madame, par pudeur, restait tournée vers la ruelle et montrait le dos.
Cette lettre, cachetée d’un petit cachet de cire bleue, suppliait M. Bovary de se rendre immédiatement à la ferme des Bertaux, pour remettre une jambe cassée. Or il y a, de Tostes aux Bertaux, six bonnes lieues de traverse, en passant par Longueville et Saint-Victor. La nuit était noire. Madame Bovary jeune redoutait les accidents pour son mari. Donc il fut décidé que le valet d’écurie prendrait les devants. Charles partirait trois heures plus tard, au lever de la lune. On enverrait un gamin à sa rencontre, afin de lui montrer le chemin de la ferme et d’ouvrir les clôtures devant lui.
Vers quatre heures du matin, Charles, bien enveloppé dans son manteau, se mit en route pour les Bertaux. Encore endormi par la chaleur du sommeil, il se laissait bercer au trot pacifique de sa bête. Quand elle s’arrêtait d’elle-même devant ces trous entourés d’épines que l’on creuse au bord des sillons, Charles se réveillant en sursaut, se rappelait vite la jambe cassée, et il tâchait de se remettre en mémoire toutes les fractures qu’il savait. La pluie ne tombait plus; le jour commençait à venir, et, sur les branches des pommiers sans feuilles, des oiseaux se tenaient immobiles, hérissant leurs petites plumes au vent froid du matin. La plate campagne s’étalait à perte de vue, et les bouquets d’arbres autour des fermes faisaient, à intervalles éloignés, des taches d’un violet noir sur cette grande surface grise, qui se perdait à l’horizon dans le ton morne du ciel. Charles, de temps à autre, ouvrait les yeux; puis, son esprit se fatiguant et le sommeil revenant de soi-même, bientôt il entrait dans une sorte d’assoupissement où, ses sensations récentes se confondant avec des souvenirs, lui-même se percevait double, à la fois étudiant et marié, couché dans son lit comme tout à l’heure, traversant une salle d’opérés comme autrefois. L’odeur chaude des cataplasmes se mêlait dans sa tête à la verte odeur de la rosée; il entendait rouler sur leur tringle les anneaux de fer des lits et sa femme dormir… Comme il passait par Vassonville, il aperçut, au bord d’un fossé, un jeune garçon assis sur l’herbe.
— Êtes-vous le médecin? demanda l’enfant.
Et, sur la réponse de Charles, il prit ses sabots à ses mains et se mit à courir devant lui.
L’officier de santé, chemin faisant, comprit aux discours de son guide que M. Rouault devait être un cultivateur des plus aisés. Il s’était cassé la jambe, la veille au soir, en revenant de faire les Rois, chez un voisin. Sa femme était morte depuis deux ans. Il n’avait avec lui que sa demoiselle, qui l’aidait à tenir la maison.
Les ornières devinrent plus profondes. On approchait des Bertaux. Le petit gars, se coulant alors par un trou de haie, disparut, puis, il revint au bout d’une cour en ouvrir la barrière. Le cheval glissait sur l’herbe mouillée; Charles se baissait pour passer sous les branches. Les chiens de garde à la niche aboyaient en tirant sur leur chaîne. Quand il entra dans les Bertaux, son cheval eut peur et fit un grand écart.
C’était une ferme de bonne apparence. On voyait dans les écuries, par le dessus des portes ouvertes, de gros chevaux de labour qui mangeaient tranquillement dans des râteliers neufs. Le long des bâtiments s’étendait un large fumier, de la buée s’en élevait, et, parmi les poules et les dindons, picoraient dessus cinq ou six paons, luxe des basses-cours cauchoises. La bergerie était longue, la grange était haute, à murs lisses comme la main. Il y avait sous le hangar deux grandes charrettes et quatre charrues, avec leurs fouets, leurs colliers, leurs équipages complets, dont les toisons de laine bleue se salissaient à la poussière fine qui tombait des greniers. La cour allait en montant; plantée d’arbres symétriquement espacés, et le bruit gai d’un troupeau d’oies retentissait près de la mare.
Une jeune femme, en robe de mérinos bleu garnie de trois volants, vint sur le seuil de la maison pour recevoir M. Bovary, qu’elle fit entrer dans la cuisine, où flambait un grand feu. Le déjeuner des gens bouillonnait alentour, dans des petits pots de taille inégale. Des vêtements humides séchaient dans l’intérieur de la cheminée. La pelle, les pincettes et le bec du soufflet, tous de proportion colossale, brillaient comme de l’acier poli, tandis que le long des murs s’étendait une abondante batterie de cuisine, où miroitait inégalement la flamme claire du foyer, jointe aux premières lueurs du soleil arrivant par les carreaux.
Charles monta, au premier, voir le malade. Il le trouva dans son lit, suant sous ses couvertures et ayant rejeté bien loin son bonnet de coton. C’était un gros petit homme de cinquante ans, à la peau blanche, à l’œil bleu, chauve sur le devant de la tête, et qui portait des boucles d’oreilles. Il avait à ses côtés, sur une chaise, une grande carafe d’eau-de-vie, dont il se versait de temps à autre pour se donner du cœur au ventre; mais, dès qu’il vit le médecin, son exaltation tomba, et, au lieu de sacrer comme il faisait depuis douze heures, il se prit à geindre faiblement.
La fracture était simple, sans complication d’aucune espèce. Charles n’eût osé en souhaiter de plus facile. Alors, se rappelant les allures de ses maîtres auprès du lit des blessés, il réconforta le patient avec toutes sortes de bons mots; caresses chirurgicales qui sont comme l’huile dont on graisse les bistouris. Afin d’avoir des attelles, on alla chercher, sous la charreterie, un paquet de lattes. Charles en choisit une, la coupa en morceaux et la polit avec un éclat de vitre, tandis que la servante déchirait des draps pour faire des bandes, et que mademoiselle Emma tâchait à coudre des coussinets. Comme elle fut longtemps avant de trouver son étui, son père s’impatienta; elle ne répondit rien; mais, tout en cousant, elle se piquait les doigts, qu’elle portait ensuite à sa bouche pour les sucer.
Charles fut surpris de la blancheur de ses ongles. Ils étaient brillants, fins du bout, plus nettoyés que les ivoires de Dieppe, et taillés en amande. Sa main pourtant n’était pas belle, point assez pâle peut-être, et un peu sèche aux phalanges; elle était trop longue aussi, et sans molles inflexions de lignes sur les contours. Ce qu’elle avait de beau, c’étaient les yeux; quoiqu’ils fussent bruns, ils semblaient noirs à cause des cils, et son regard arrivait franchement à vous avec une hardiesse candide.
Une fois le pansement fait, le médecin fut invité, par M. Rouault lui-même, à prendre un morceau avant de partir.
Charles descendit dans la salle, au rez-de-chaussée. Deux couverts, avec des timbales d’argent, y étaient mis sur une petite table, au pied d’un grand lit à baldaquin revêtu d’une indienne à personnages représentant des Turcs. On sentait une odeur d’iris et de draps humides, qui s’échappait de la haute armoire en bois de chêne, faisant face à la fenêtre. Par terre, dans les angles, étaient rangés, debout, des sacs de blé. C’était le trop-plein du grenier proche, où l’on montait par trois marches de pierre. Il y avait, pour décorer l’appartement, accrochée à un clou, au milieu du mur dont la peinture verte s’écaillait sous le salpêtre, une tête de Minerve au crayon noir, encadrée de dorure, et qui portait au bas, écrit en lettres gothiques: «À mon cher papa.»
On parla d’abord du malade, puis du temps qu’il faisait, des grands froids, des loups qui couraient les champs, la nuit. Mademoiselle Rouault ne s’amusait guère à la campagne, maintenant surtout qu’elle était chargée presque à elle seule des soins de la ferme. Comme la salle était fraîche, elle grelottait tout en mangeant, ce qui découvrait un peu ses lèvres charnues, qu’elle avait coutume de mordillonner à ses moments de silence.
Son cou sortait d’un col blanc, rabattu. Ses cheveux, dont les deux bandeaux noirs semblaient chacun d’un seul morceau, tant ils étaient lisses, étaient séparés sur le milieu de la tête par une raie fine, qui s’enfonçait légèrement selon la courbe du crâne; et, laissant voir à peine le bout de l’oreille, ils allaient se confondre par derrière en un chignon abondant, avec un mouvement ondé vers les tempes, que le médecin de campagne remarqua là pour la première fois de sa vie. Ses pommettes étaient roses. Elle portait, comme un homme, passé entre deux boutons de son corsage, un lorgnon d’écaille.
Quand Charles, après être monté dire adieu au père Rouault, rentra dans la salle avant de partir, il la trouva debout, le front contre la fenêtre, et qui regardait dans le jardin, où les échalas des haricots avaient été renversés par le vent. Elle se retourna.
— Cherchez-vous quelque chose? demanda-t-elle.
— Ma cravache, s’il vous plaît, répondit-il.
Et il se mit à fureter sur le lit, derrière les portes, sous les chaises; elle était tombée à terre, entre les sacs et la muraille. Mademoiselle Emma l’aperçut; elle se pencha sur les sacs de blé. Charles, par galanterie, se précipita et, comme il allongeait aussi son bras dans le même mouvement, il sentit sa poitrine effleurer le dos de la jeune fille, courbée sous lui. Elle se redressa toute rouge et le regarda par-dessus l’épaule, en lui tendant son nerf de bœuf.
Au lieu de revenir aux Bertaux trois jours après, comme il l’avait promis, c’est le lendemain même qu’il y retourna, puis deux fois la semaine régulièrement, sans compter les visites inattendues qu’il faisait de temps à autre, comme par mégarde.
Tout, du reste, alla bien; la guérison s’établit selon les règles, et quand, au bout de quarante-six jours, on vit le père Rouault qui s’essayait à marcher seul dans sa masure, on commença à considérer M. Bovary comme un homme de grande capacité. Le père Rouault disait qu’il n’aurait pas été mieux guéri par les premiers médecins d’Yvetot ou même de Rouen.
Quant à Charles, il ne chercha point à se demander pourquoi il venait aux Bertaux avec plaisir. Y eût-il songé, qu’il aurait sans doute attribué son zèle à la gravité du cas, ou peut-être au profit qu’il en espérait. Était-ce pour cela, cependant, que ses visites à la ferme faisaient, parmi les pauvres occupations de sa vie, une exception charmante? Ces jours-là il se levait de bonne heure, partait au galop, poussait sa bête, puis il descendait pour s’essuyer les pieds sur l’herbe, et passait ses gants noirs avant d’entrer. Il aimait à se voir arriver dans la cour, à sentir contre son épaule la barrière qui tournait, et le coq qui chantait sur le mur, les garçons qui venaient à sa rencontre. Il aimait la grange et les écuries; il aimait le père Rouault, qui lui tapait dans la main en l’appelant son sauveur; il aimait les petits sabots de mademoiselle Emma sur les dalles lavées de la cuisine; ses talons hauts la grandissaient un peu, et, quand elle marchait devant lui, les semelles de bois, se relevant vite, claquaient avec un bruit sec contre le cuir de la bottine.
Elle le reconduisait toujours jusqu’à la première marche du perron. Lorsqu’on n’avait pas encore amené son cheval, elle restait là. On s’était dit adieu, on ne parlait plus; le grand air l’entourait, levant pêle-mêle les petits cheveux follets de sa nuque, ou secouant sur sa hanche les cordons de son tablier, qui se tortillaient comme des banderoles. Une fois, par un temps de dégel, l’écorce des arbres suintait dans la cour, la neige sur les couvertures des bâtiments se fondait. Elle était sur le seuil; elle alla chercher son ombrelle, elle l’ouvrit. L’ombrelle, de soie gorge de pigeon, que traversait le soleil, éclairait de reflets mobiles la peau blanche de sa figure. Elle souriait là-dessous à la chaleur tiède; et on entendait les gouttes d’eau, une à une, tomber sur la moire tendue.
Dans les premiers temps que Charles fréquentait les Bertaux, madame Bovary jeune ne manquait pas de s’informer du malade, et même sur le livre qu’elle tenait en partie double, elle avait choisi pour M. Rouault une belle page blanche. Mais quand elle sut qu’il avait une fille, elle alla aux informations; et elle apprit que mademoiselle Rouault, élevée au couvent, chez les Ursulines, avait reçu, comme on dit, une belle éducation, qu’elle savait, en conséquence, la danse, la géographie, le dessin, faire de la tapisserie et toucher du piano. Ce fut le comble!
— C’est donc pour cela, se disait-elle, qu’il a la figure si épanouie quand il va la voir, et qu’il met son gilet neuf, au risque de l’abîmer à la pluie? Ah! cette femme! cette femme!…
Et elle la détesta, d’instinct. D’abord, elle se soulagea par des allusions, Charles ne les comprit pas; ensuite, par des réflexions incidentes qu’il laissait passer de peur de l’orage; enfin, par des apostrophes à brûle-pourpoint auxquelles il ne savait que répondre.
— D’où vient qu’il retournait aux Bertaux, puisque M. Rouault était guéri et que ces gens-là n’avaient pas encore payé? Ah! c’est qu’il y avait là-bas une personne, quelqu’un qui savait causer, une brodeuse, un bel esprit. C’était là ce qu’il aimait: il lui fallait des demoiselles de ville! — Et elle reprenait:
— La fille au père Rouault, une demoiselle de ville! Allons donc! leur grand-père était berger, et ils ont un cousin qui a failli passer par les assises pour un mauvais coup, dans une dispute. Ce n’est pas la peine de faire tant de fla-fla, ni de se montrer le dimanche à l’église avec une robe de soie, comme une comtesse. Pauvre bonhomme, d’ailleurs, qui sans les colzas de l’an passé, eût été bien embarrassé de payer ses arrérages!
Par lassitude, Charles cessa de retourner aux Bertaux. Héloïse lui avait fait jurer qu’il n’irait plus, la main sur son livre de messe, après beaucoup de sanglots et de baisers, dans une grande explosion d’amour. Il obéit donc; mais la hardiesse de son désir protesta contre la servilité de sa conduite, et, par une sorte d’hypocrisie naïve, il estima que cette défense de la voir était pour lui comme un droit de l’aimer. Et puis la veuve était maigre; elle avait les dents longues; elle portait en toute saison un petit châle noir dont la pointe lui descendait entre les omoplates; sa taille dure était engainée dans des robes en façon de fourreau, trop courtes, qui découvraient ses chevilles, avec les rubans de ses souliers larges s’entrecroisant sur des bas gris.