Les Mille et Une Nuits (contes choisis)Parte 15 de 48
Original em francês · tradução para inglês
A tradução continua com o Premium.
- O sentido de cada trecho
- Notas sobre expressões e gramática
- Todos os livros do catálogo
De plusieurs melons qui nous restaient je choisis le meilleur, et le mis dans un plat; et comme je ne trouvais pas de couteau pour le couper, je demandai au jeune homme s'il ne savait pas où il y en avait. Il y en a un, me répondit-il, sur cette corniche au-dessus de ma tête. Effectivement, j'y en aperçus un; mais je me pressai si fort pour le prendre, et dans le temps que je l'avais à la main mon pied s'embarrassa de telle sorte dans la couverture que je glissai, et je tombai si malheureusement sur le jeune homme, que je lui enfonçai le couteau dans le cœur. Il expira dans le moment.
A ce spectacle, je poussai des cris épouvantables. Je me frappai la tête, le visage et la poitrine. Je déchirai mon habit, et me jetai par terre avec une douleur et des regrets inexprimables. Hélas! m'écriai-je, il ne lui restait que quelques heures pour être hors du danger contre lequel il avait cherché un asile; et dans le temps que je compte moi-même que le péril est passé, c'est alors que je deviens son assassin, et que je rends la prédiction véritable. Mais, Seigneur, ajoutai-je en levant la tête et les mains au ciel, je vous en demande pardon; et si je suis coupable de sa mort, ne me laissez pas vivre plus longtemps.
XLVIIE NUIT
Madame, poursuivi le troisième Calender en s'adressant à Zobéide, après le malheur qui venait de m'arriver j'aurais reçu la mort sans frayeur, si elle s'était présentée à moi. Mais le mal, ainsi que le bien, ne nous arrive pas toujours lorsque nous le souhaitons.
Néanmoins, faisant réflexion que mes larmes et ma douleur ne feraient pas revivre le jeune homme, et que les quarante jours finissant, je pouvais être surpris par son père, je sortis de cette demeure souterraine, et montai au haut de l'escalier. J'abaissai la grosse pierre sur l'entrée, et la couvris de terre.
J'eus à peine achevé, que portant la vue sur la mer, du côté de la terre ferme, j'aperçus le bâtiment qui venait reprendre le jeune homme. Alors, me consultant sur ce que j'avais à faire, je dis en moi-même: Si je me fais voir, le vieillard ne manquera pas de me faire arrêter et massacrer peut-être par ses esclaves, quand il aura vu son fils dans l'état où je l'ai mis. Tout ce que je pourrai alléguer pour me justifier ne le persuadera point de mon innocence. Il vaut mieux, puisque j'en ai le moyen, me soustraire à son ressentiment, que de m'y exposer.
Il y avait près du lieu souterrain un gros arbre, dont l'épais feuillage me parut propre à me cacher. J'y montai, et je ne me fus pas plutôt placé de manière à ne pouvoir être aperçu, que je vis aborder le bâtiment au même endroit que la première fois.
Le vieillard et les esclaves débarquèrent bientôt, et s'avancèrent vers la demeure souterraine, d'un air qui marquait qu'ils avaient quelque espérance; mais lorsqu'ils virent la terre nouvellement remuée, ils changèrent de visage, et particulièrement le vieillard. Ils levèrent la pierre, et descendirent. Ils appellent le jeune homme par son nom, il ne répond point: leur crainte redouble: ils le cherchent, et le trouvent enfin étendu sur son lit, avec le couteau au milieu du cœur; car je n'avais pas eu le courage de l'ôter. A cette vue, ils poussèrent des cris de douleur qui renouvelèrent la mienne: le vieillard en tomba évanoui; ses esclaves, pour lui donner de l'air, l'apportèrent en haut entre leurs bras, et le posèrent au pied de l'arbre où j'étais. Mais, malgré tous leurs soins, ce malheureux père demeura longtemps en cet état, et leur fit plus d'une fois désespérer de sa vie.
Il revint toutefois de ce long évanouissement. Alors les esclaves apportèrent le corps de son fils, revêtu de ses plus beaux habillements; et dès que la fosse qu'on lui faisait fut achevée, on l'y descendit. Le vieillard, soutenu par deux esclaves, et le visage baigné de larmes, lui jeta le premier un peu de terre; après quoi les esclaves en comblèrent la fosse.
Cela étant fait, l'ameublement de la demeure souterraine fut enlevé et embarqué avec le reste des provisions. Ensuite le vieillard, accablé de douleur, ne pouvant se soutenir, fut mis sur une espèce de brancard, et transporté dans le vaisseau, qui remit à la voile. Il s'éloigna de l'île en peu de temps, et je le perdis de vue...
XLVIIIE NUIT
Le lendemain, Scheherazade, poursuivant les aventures du troisième Calender, dit: Ma sœur, vous saurez que ce prince continua de les raconter ainsi à Zobéide et à sa compagnie:
Après le départ, dit-il, du vieillard, de ses esclaves et du navire, je restai seul dans l'île: je passais la nuit dans la demeure souterraine, qui n'avait pas été rebouchée; et le jour, je me promenais autour de l'île, et m'arrêtais dans les endroits les plus propres à prendre du repos, quand j'en avais besoin.
Je menai cette vie ennuyeuse pendant onze mois. Au bout de ce temps-là, je m'aperçus que la mer diminuait considérablement, et que l'île devenait plus grande; il semblait que la terre ferme s'approchait. Effectivement, les eaux devinrent si basses, qu'il n'y avait plus qu'un petit trajet de mer entre moi et la terre ferme. Je le traversai, et n'eus de l'eau que jusqu'à mi-jambe. Je marchai si longtemps sur la plage et sur le sable, que j'en fus très-fatigué. A la fin, je gagnai un terrain plus ferme; et j'étais déjà assez éloigné de la mer, lorsque je vis fort loin au-devant de moi comme un grand feu; ce qui me donna quelque joie. Je trouverai quelqu'un, disais-je; et il n'est pas possible que ce feu se soit allumé de lui-même. Mais à mesure que je m'en approchais, mon erreur se dissipait, et je reconnus bientôt que ce que j'avais pris pour du feu était un château de cuivre rouge, que les rayons du soleil faisaient paraître de loin comme enflammé.
Je m'arrêtai près de ce château, et m'assis, autant pour en considérer la structure admirable, que pour me remettre un peu de ma lassitude. Je n'avais pas encore donné à cette maison magnifique toute l'attention qu'elle méritait, quand j'aperçus dix jeunes hommes fort bien faits, qui paraissaient venir de la promenade. Mais ce qui me parut surprenant, ils étaient tous borgnes de l'œil droit. Ils accompagnaient un vieillard d'une taille haute et d'un air vénérable.
J'étais étrangement étonné de rencontrer tant de borgnes à la fois, et tous privés du même œil. Dans le temps que je cherchais dans mon esprit par quelle aventure ils pouvaient être rassemblés, ils m'abordèrent et me témoignèrent de la joie de me voir. Après les premiers compliments, ils me demandèrent ce qui m'avait amené là.
Après que j'eus achevé mon histoire, ces jeunes seigneurs me prièrent d'entrer avec eux dans le château. J'acceptai leur offre; nous traversâmes une enfilade de salles, d'antichambres, de chambres et de cabinets fort proprement meublés, et nous arrivâmes dans un grand salon où il y avait en rond dix petits sofas bleus et séparés, tant pour s'asseoir et se reposer le jour que pour dormir la nuit. Au milieu de ce rond était un onzième sofa moins élevé et de la même couleur, sur lequel se plaça le vieillard dont on a parlé, et les jeunes seigneurs s'assirent sur les dix autres.
Comme chaque sofa ne pouvait tenir qu'une personne, un de ces jeunes gens me dit: Camarade, asseyez-vous sur le tapis au milieu de la place, et ne vous informez de quoi que ce soit qui nous regarde, non plus que du sujet pourquoi nous sommes tous borgnes de l'œil droit; contentez-vous de voir, et ne portez pas plus loin votre curiosité.
Le vieillard ne demeura pas longtemps assis; il se leva et sortit; mais il revint quelques moments après, apportant le souper des dix seigneurs, auxquels il distribua à chacun sa portion en particulier. Il me servit aussi la mienne, que je mangeai seul, à l'exemple des autres; et sur la fin du repas, le même vieillard nous présenta une tasse de vin à chacun.
Enfin, un des seigneurs, faisant réflexion qu'il était tard, dit au vieillard: Vous voyez qu'il est temps de dormir, et vous ne nous apportez pas de quoi nous acquitter de notre devoir. A ces mots, le vieillard se leva, et entra dans un cabinet, d'où il apporta sur sa tête dix bassins l'un après l'autre tous couverts d'une étoffe bleue. Il en posa un avec un flambeau devant chaque seigneur.
Ils découvrirent leurs bassins, dans lesquels il y avait de la cendre, du charbon en poudre et du noir à noircir. Ils mêlèrent toutes ces choses ensemble, et commencèrent à s'en frotter et barbouiller le visage, de manière qu'ils étaient affreux à voir. Après s'être noircis de la sorte, ils se mirent à pleurer, à se lamenter, et à se frapper la tête et la poitrine, en criant sans cesse: Voilà le fruit de notre oisiveté et de nos débauches!
Ils passèrent presque toute la nuit dans cette étrange préoccupation. Ils la cessèrent enfin; après quoi le vieillard leur apporta de l'eau dont ils se lavèrent le visage et les mains; ils quittèrent aussi leurs habits, qui étaient gâtés, et en prirent d'autres; de sorte qu'il ne paraissait pas qu'ils eussent rien fait des choses étonnantes dont je venais d'être spectateur.
Nous passâmes la journée du lendemain à nous entretenir de choses indifférentes; et quand la nuit fut venue, après avoir tous soupé séparément, le vieillard apporta encore les bassins bleus; les jeunes seigneurs se barbouillèrent, pleurèrent, se frappèrent, et crièrent: Voilà le fruit de notre oisiveté et de nos débauches! Ils firent, le lendemain et les nuits suivantes, la même action.
A la fin, je ne pus résister à ma curiosité, et les priai très-sérieusement de la contenter, ou de m'enseigner par quel chemin je pourrais retourner dans mon royaume, car je leur dis qu'il ne m'était pas possible de demeurer plus longtemps avec eux et d'avoir toutes les nuits un spectacle si extraordinaire, sans qu'il me fût permis d'en savoir les motifs.
Un des seigneurs me répondit pour tous les autres: Ne vous étonnez pas de notre conduite à votre égard; si jusqu'à présent nous n'avons pas cédé à vos prières, ce n'a été que par pure amitié pour vous, et que pour vous épargner le chagrin d'être réduit au même état où vous nous voyez. Si vous voulez bien éprouver notre malheureuse destinée, vous n'avez qu'à parler, nous allons vous donner la satisfaction que vous nous demandez. Mais il y va de la perte de votre œil droit. Il n'importe, repartis-je; je vous déclare que si ce malheur m'arrive, je ne vous en tiendrai pas coupables, et que je ne l'imputerai qu'à moi-même.
Les dix seigneurs, voyant que j'étais inébranlable dans ma résolution, prirent un mouton, qu'ils égorgèrent; et après lui avoir ôté la peau, ils me présentèrent le couteau dont ils s'étaient servis, et me dirent: Prenez ce couteau, il vous servira dans l'occasion que nous vous dirons bientôt. Nous allons vous coudre dans cette peau, dont il faut que vous vous enveloppiez; ensuite nous vous laisserons sur la place, et nous nous retirerons. Alors un oiseau d'une grosseur énorme, qu'on appelle roc, paraîtra dans l'air, et, vous prenant pour un mouton, fondra sur vous, et vous enlèvera jusqu'aux nues; mais que cela ne vous épouvante pas. Il reprendra son vol vers la terre, et vous posera sur la cime d'une montagne. D'abord que vous vous sentirez à terre, fendez la peau avec le couteau, et vous développez. Ne vous arrêtez point, marchez jusqu'à ce que vous arriviez à un château d'une grandeur prodigieuse, tout couvert de plaques d'or, de grosses émeraudes, et d'autres pierreries fines. Nous avons été dans ce château tous tant que nous sommes ici. Nous ne vous disons rien de ce que nous y avons vu, ni de ce qui nous est arrivé; vous l'apprendrez par vous-même...
XLIXE NUIT
La nuit suivante, Scheherazade poursuivit ainsi, en faisant toujours parler le Calender à Zobéide:
Madame, un des dix seigneurs borgnes m'ayant tenu le discours que je viens de vous rapporter, je m'enveloppai dans la peau de mouton, saisi du couteau qui m'avait été donné; et après que les jeunes seigneurs eurent pris la peine de me coudre dedans, ils me laissèrent sur la place, et se retirèrent dans leur salon. Le roc dont ils m'avaient parlé ne fut pas longtemps à se faire voir; il fondit sur moi, me prit entre ses griffes comme un mouton, et me transporta au haut d'une montagne.
Lorsque je me sentis à terre, je ne manquai pas de me servir du couteau; je fendis la peau, me développai, et parus devant le roc, qui s'envola dès qu'il m'aperçut.
Dans l'impatience que j'avais d'arriver au château, je ne perdis point de temps, et je pressai si bien le pas, qu'en moins d'une demi-journée je m'y rendis; et je puis dire que je le trouvai encore plus beau qu'on ne me l'avait dépeint.
La porte était ouverte. J'entrai dans une cour carrée, et si vaste qu'il y avait autour quatre-vingt-dix-neuf portes de bois de sandal et d'aloès, et une d'or, sans compter celles de plusieurs escaliers magnifiques qui conduisaient aux appartements d'en haut, et d'autres encore que je ne voyais pas. Ces cent portes donnaient entrée dans des jardins ou des magasins remplis de richesses, ou enfin dans des lieux qui renfermaient des choses surprenantes à voir.
Je vis en face une porte ouverte, par où j'entrai dans un grand salon, où étaient assises quarante jeunes dames d'une beauté si parfaite que l'imagination même ne saurait aller au delà. Elles étaient habillées très-magnifiquement. Elles se levèrent toutes ensemble, sitôt qu'elles m'aperçurent; et sans attendre mon compliment, elles me dirent, avec de grandes démonstrations de joie: Brave seigneur, soyez le bienvenu; et une d'entre elles prenant la parole pour les autres: Il y a longtemps, dit-elle, que nous attendions un cavalier comme vous. Votre air nous marque assez que vous avez toutes les bonnes qualités que nous pouvons souhaiter, et nous espérons que vous ne trouverez pas notre compagnie désagréable et indigne de vous.
Après beaucoup de résistance de ma part, elles me forcèrent de m'asseoir dans une place un peu élevée au-dessus des leurs. Comme je témoignais que cela me faisait de la peine: C'est votre place, me dirent-elles; vous êtes dès ce moment notre seigneur, notre maître et notre juge; et nous sommes vos esclaves, prêtes à recevoir vos commandements.
Rien au monde, madame, ne m'étonna tant que l'ardeur et l'empressement de ces dames à me rendre tous les services imaginables. L'une apporta de l'eau chaude, et me lava les pieds; une autre me versa de l'eau de senteur sur les mains; celles-ci apportèrent tout ce qui était nécessaire pour me faire changer d'habillement; celles-là servirent une collation magnifique; et d'autres enfin se présentèrent le verre à la main, prêtes à me verser d'un vin délicieux; et tout cela s'exécutait sans confusion, avec un ordre, une union admirable, et des manières dont j'étais charmé. Je bus et mangeai. Après quoi, toutes les dames s'étant placées autour de moi, me demandèrent une relation de mon voyage. Je leur fis un détail de mes aventures, qui dura jusqu'à l'entrée de la nuit.
LE NUIT
Sire, poursuivit la sultane, le prince Calender reprit sa narration en ces termes:
Lorsque j'eus achevé de raconter mon histoire aux quarante dames, quelques-unes de celles qui étaient assises le plus près de moi demeurèrent pour m'entretenir, pendant que d'autres, voyant qu'il était nuit, se levèrent, pour aller querir des bougies. Elles en apportèrent une prodigieuse quantité, qui répara merveilleusement la clarté du jour; mais elles les disposèrent avec tant de symétrie, qu'il semblait qu'on n'en pouvait moins souhaiter.
D'autres dames servirent une table de fruits secs, de confitures et d'autres mets propres à faire boire, et garnirent un buffet de plusieurs sortes de vins et de liqueurs; d'autres enfin parurent avec des instruments de musique. Quand tout fut près, elles m'invitèrent à me mettre à table. Les dames s'y assirent avec moi, et nous y demeurâmes assez longtemps. Celles qui devaient jouer des instruments et les accompagner de leur voix se levèrent, et firent un concert charmant. Les autres commencèrent une espèce de bal, et dansèrent deux à deux les unes après les autres, de la meilleure grâce du monde.
Il était plus de minuit lorsque tous ces divertissements finirent. Alors une des dames, prenant la parole, me dit: Vous êtes fatigué du chemin que vous avez fait aujourd'hui, il est temps que vous vous reposiez. Votre appartement est préparé; en effet, on me conduisit à un appartement magnifique, et je ne tardai pas à prendre le repos dont j'avais le plus grand besoin...
LIE NUIT
Le lendemain, la sultane, à son réveil, dit à Dinarzade: Voici de quelle manière le prince, troisième Calender, reprit le fil de sa merveilleuse histoire:
J'avais, dit-il, à peine achevé de m'habiller le lendemain, que les dames vinrent dans mon appartement, toutes parées autrement que le jour précédent. Elles me souhaitèrent le bonjour, et me demandèrent des nouvelles de ma santé. Ensuite elles me conduisirent au bain, et lorsque j'en sortis, elles me firent prendre un autre habit, qui était encore plus magnifique que le premier.
Nous passâmes la journée presque toujours à table, et le soir en divertissements de toutes sortes. Enfin, madame, pour ne vous point ennuyer en répétant toujours la même chose, je vous dirai que je passai une année entière avec les quarante dames, et que pendant tout ce temps-là cette vie charmante ne fut point interrompue par le moindre chagrin.