Les Malheurs de Sophie Cap. 1/2 · 0%

Les Malheurs de SophieParte 6 de 11

Comtesse de Ségur

Original em francês · tradução para inglês

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Sophie se jeta au cou de Paul et l'embrassa dix fois en lui disant: «Merci, mon bon Paul, mon cher Paul, je t'aimerai toujours de tout mon coeur.»

Quand ils arrivèrent à la maison, tout le monde s'étonna de leurs visages pâles et de la robe de Sophie déchirée par les dents du loup.

Mme de Réan raconta leur terrible aventure; chacun loua beaucoup Paul de son obéissance et de son courage, chacun blâma Sophie de sa désobéissance et de sa gourmandise, et chacun admira la vaillance des chiens, qui furent caressés et qui eurent un excellent dîner d'os et de restes de viande.

Le lendemain, Mme de Réan donna à Paul un uniforme complet de zouave; Paul, fou de joie, le mit tout de suite et entra chez Sophie; elle poussa un cri de frayeur en voyant entrer un Turc coiffé d'un turban, un sabre à la main, des pistolets à la ceinture. Mais, Paul s'étant mis à rire et à sauter, Sophie le reconnut et le trouva charmant avec son uniforme.

Sophie ne fut pas punie de sa désobéissance. Sa maman pensa quelle l'avait été assez par la frayeur quelle avait eue, et quelle ne recommencerait pas.

XIV—La joue écorchée.

Sophie était colère; c'est un nouveau défaut dont nous n'avons pas encore parlé.

Un jour elle s'amusait à peindre un de ses petits cahiers d'images, pendant que son cousin Paul découpait des cartes pour en faire des paniers à salade, des tables et des bancs. Ils étaient tous deux assis à une petite table en face l'un de l'autre; Paul, en remuant les jambes, faisait remuer la table.

«Fais donc attention, lui dit Sophie d'un air impatienté; tu pousses la table, je ne peux pas peindre.»

Paul prit garde pendant quelques minutes, puis il oublia et recommença à faire trembler la table.

«Tu es insupportable, Paul! s'écria Sophie; je t'ai déjà dit que tu m'empêchais de peindre.»

PAUL.—Ah bah! pour les belles choses que tu fais, ce n'est pas la peine de se gêner.

SOPHIE.—Je sais très bien que tu ne te gênes jamais; mais, comme tu me gênes, je te prie de laisser tes jambes tranquilles.

PAUL, d'un air moqueur. —Mes jambes n'aiment pas à rester tranquilles, elles bougent malgré moi.

SOPHIE, fâchée. —Je les attacherai avec une ficelle, tes ennuyeuses jambes; et, si tu continues à les remuer, je te chasserai.

PAUL.—Essaie donc un peu; tu verras ce que savent faire les pieds qui sont au bout de mes jambes.

SOPHIE.—Vas-tu me donner des coups de pied, méchant?

PAUL.—Certainement, si tu me donnes des coups de poing.

Sophie, tout à fait en colère, lance de l'eau à la figure de Paul, qui, se fâchant à son tour, donne un coup de pied à la table et renverse tout ce qui était dessus. Sophie s'élance sur Paul et lui griffe si fort la figure, que le sang coule de sa joue. Paul crie; Sophie, hors d'elle-même, continue à lui donner des tapes et des coups de poing. Paul, qui n'aimait pas à battre Sophie, finit par se sauver dans un cabinet, où il s'enferme. Sophie a beau frapper à la porte, Paul n'ouvre pas. Sophie finit par se calmer. Quand sa colère est passée, elle commence à se repentir de ce qu'elle a fait; elle se souvient que Paul a risqué sa vie pour la défendre contre les loups.

«Pauvre Paul, pensa-t-elle, comme j'ai été méchante pour lui! Comment faire pour qu'il ne soit plus fâché? Je ne voudrais pas demander pardon; c'est ennuyeux de dire: «Pardonne-moi…» Pourtant, ajouta-t-elle après avoir un peu réfléchi, c'est bien plus honteux d'être méchant! Et comment Paul me pardonnera-t-il, si je ne lui demande pas pardon?»

Après avoir un peu réfléchi, Sophie se leva, alla frapper à la porte du cabinet où s'était enfermé Paul, mais cette fois pas avec colère, ni en donnant de grands coups de poing, mais doucement; elle appela d'une voix bien humble: «Paul, Paul!» Mais Paul ne répondit pas. «Paul, ajouta-t-elle, toujours d'une voix douce, mon cher Paul, pardonne-moi, je suis bien fâchée d'avoir été méchante. Paul, je t'assure que je ne recommencerai pas.»

La porte s'entr'ouvrit tout doucement, et la tête de Paul parut. Il regarda Sophie avec méfiance:

«Tu n'es plus en colère? Bien vrai? lui dit-il.

—Oh non! non, bien sûr, cher Paul, répondit Sophie; je suis bien triste d'avoir été si méchante.»

Paul ouvrit tout à fait la porte, et Sophie, levant les yeux, vit son visage tout écorché; elle poussa un cri et se jeta au cou de Paul.

«Oh! mon pauvre Paul, comme je t'ai fait mal! comme je t'ai griffé! que faire pour te guérir?

—Ce ne sera rien, répondit Paul, cela passera tout seul. Cherchons une cuvette et de l'eau pour me laver. Quand le sang sera parti, il n'y aura plus rien du tout.»

Sophie courut avec Paul chercher une cuvette pleine d'eau; mais il eut beau tremper son visage dans la cuvette, frotter et essuyer, les marques des griffes restaient toujours sur la joue. Sophie était désolée.

«Que va dire maman? dit-elle. Elle sera en colère contre moi et elle me punira.»

Paul, qui était très bon, se désolait aussi; il ne savait qu'imaginer pour ne pas faire gronder Sophie.

«Je ne peux pas dire que je suis tombé dans les épines, dit-il, parce que ce ne serait pas vrai… Mais si, … attends donc; tu vas voir.»

Et voilà Paul qui part en courant; Sophie le suit; ils entrent dans le petit bois près de la maison; Paul se dirige vers un buisson de houx, se jette dedans et se roule de manière à avoir le visage piqué et écorché par les pointes des feuilles. Il se relève plus écorché qu'auparavant.

Lorsque Sophie voit ce pauvre visage tout saignant, elle se désole, elle pleure.

«C'est moi, dit-elle, qui suis cause de tout ce que tu souffres, mon pauvre Paul! C'est pour que je ne sois pas punie que tu t'écorches plus encore que je ne l'avais fait dans ma colère. Oh! cher Paul! comme tu es bon! Comme je t'aime!

Allons vite à la maison pour me laver encore le visage, dit Paul. N'aie pas l'air triste, ma pauvre Sophie. Je t'assure que je souffre très peu; demain ce sera passé. Ce que je te demande seulement, c'est de ne pas dire que tu m'as griffé; si tu le faisais, j'en serais fort triste et je n'aurais pas la récompense de mes piqûres de houx. Me le promets-tu?

Oui, dit Sophie en l'embrassant; je ferai tout ce que tu voudras.»

Ils rentrèrent dans leur chambre, et Paul retrempa son visage dans l'eau.

Quand ils allèrent au salon, les mamans qui y étaient poussèrent un cri de surprise en voyant le visage écorché et bouffi du pauvre Paul.

«Où t'es-tu arrangé comme cela? demanda Mme d'Aubert. Mon pauvre Paul, on dirait que tu t'es roulé dans les épines.»

PAUL.—C'est précisément ce qui m'est arrivé, maman. Je suis tombé, en courant, dans un buisson de houx, et, en me débattant pour me relever, je me suis écorché le visage et les mains.

MADAME D'AUBERT.—Tu es bien maladroit d'être tombé dans ce houx, tu n'aurais pas dû te débattre, mais te relever bien doucement.

MADAME DE RÉAN.—Où donc étais-tu, Sophie? Tu aurais dû l'aider à se relever.

PAUL.—Elle courait après moi, ma tante; elle n'a pas eu le temps de m'aider; quand elle est arrivée, je m'étais déjà relevé.

Mme d'Aubert emmena Paul pour mettre sur ses écorchures de la pommade de concombre.

Sophie resta avec sa maman, qui l'examinait avec attention.

MADAME DE RÉAN.—Pourquoi es-tu triste, Sophie?

SOPHIE, rougissant. —Je ne suis pas triste, maman.

MADAME DE RÉAN.—Si fait, tu es triste et inquiète comme si quelque chose te tourmentait.

SOPHIE, les larmes aux yeux et la voix tremblante. —Je n'ai rien, maman; je n'ai rien.

MADAME DE RÉAN.—Tu vois bien que, même en me disant que tu n'as rien, tu es prête à pleurer.

SOPHIE, éclatant en sanglots. —Je ne peux… pas… vous dire… J'ai… promis… à Paul.

MADAME DE RÉAN, _attirant Sophie.—_Écoute, Sophie, si Paul a fait quelque chose de mal, tu ne dois pas tenir ta promesse de ne pas me le dire. Je te promets, moi, que je ne gronderai pas Paul, et que je ne le dirai pas à sa maman; mais je veux savoir ce qui te rend si triste, ce qui te fait pleurer si fort, et tu dois me le dire.

Sophie cache sa figure dans les genoux de Mme de Réan, et sanglote si fort quelle ne peut pas parler.

Mme de Réan cherche à la rassurer, à l'encourager, et enfin Sophie lui dit:

«Paul n'a rien fait de mal, maman; au contraire, il est très bon, et il a fait une très belle chose; c'est moi seule qui ai été méchante, et c'est pour m'empêcher d'être grondée et punie qu'il s'est roulé dans le houx.»

Mme de Réan, de plus en plus surprise, questionna Sophie, qui lui raconta tout ce qui s'était passé entre elle et Paul.

«Excellent petit Paul! s'écria Mme de Réan; quel bon coeur il a! Quel courage et quelle bonté! Et toi, ma pauvre Sophie, quelle différence entre toi et ton cousin! Vois comme tu te laisses aller à tes colères et comme tu es ingrate envers cet excellent Paul, qui te pardonne toujours, qui oublie toujours tes injustices, et qui, aujourd'hui encore, a été si généreux pour toi.»

SOPHIE.—Oh oui! maman, je vois bien tout cela, et à l'avenir jamais je ne me fâcherai contre Paul.

MADAME DE RÉAN.—Je n'ajouterai aucune réprimande ni aucune punition à celle que te fait subir ton coeur. Tu souffres du mal de Paul, et c'est ta punition: elle te profitera plus que toutes celles que je pourrais t'infliger. D'ailleurs tu as été sincère, tu as tout avoué quand tu pouvais tout cacher: c'est très bien, je te pardonne à cause de ta franchise.

XV—Élisabeth.

Sophie était assise un jour dans son petit fauteuil; elle ne faisait rien et elle pensait.

«À quoi penses-tu?» lui demanda sa maman.

SOPHIE.—Je pense à Élisabeth Chéneau, maman.

MADAME DE RÉAN.—Et à propos de quoi penses-tu à elle?

SOPHIE.—C'est que j'ai remarqué hier qu'elle avait une grande écorchure au bras, et, quand je lui ai demandé comment elle s'était écorchée, elle a rougi, elle a caché son bras, elle m'a dit tout bas: «Tais-toi; c'est pour me punir.» Je cherche à comprendre ce qu'elle a voulu me dire.

MADAME DE RÉAN.—Je vais te l'expliquer, si tu veux, car, moi aussi, j'ai remarqué cette écorchure, et sa maman m'a raconté comment elle se l'était faite. Écoute bien; c'est un beau trait d'Élisabeth.»

Sophie, enchantée d'avoir une histoire à entendre, rapprocha son petit fauteuil de sa maman pour mieux écouter.

MADAME DE RÉAN.—Tu sais qu'Élisabeth est très bonne, mais qu'elle est malheureusement un peu colère (Sophie baisse les yeux); il lui arrive même de taper sa bonne dans ses accès de colère. Elle en est désolée après, mais elle ne réfléchit qu'après, au lieu de réfléchir avant. Avant-hier elle repassait les robes et le linge de sa poupée; sa bonne mettait les fers au feu, de peur qu'Élisabeth ne se brûlât. Élisabeth était ennuyée de ne pas les faire chauffer elle-même; sa bonne le lui défendait, et l'arrêtait toutes les fois qu'elle voulait mettre son fer au feu sans lui en rien dire. Enfin elle trouva moyen d'arriver à la cheminée, et elle allait placer son fer, lorsque la bonne la vit, retira le fer et lui dit: «Puisque vous ne m'écoutez pas, Élisabeth, vous ne repasserez plus; je prends les fers et je les remets dans l'armoire.—Je veux mes fers, cria Élisabeth; je veux mes fers!—Non, mademoiselle, vous ne les aurez pas.— Méchante Louise, rendez-moi mes fers, dit Élisabeth en colère.— Vous ne les aurez pas; les voici enfermés», ajouta Louise en retirant la clef de l'armoire. Élisabeth, furieuse, voulut arracher la clef des mains de sa bonne, mais elle ne put y parvenir. Alors dans sa colère elle la griffa si fortement que le bras de Louise fut écorché et saigna. Quand Élisabeth vit le sang, elle fut désolée; elle demanda pardon à Louise, elle lui baisait le bras, elle le bassinait avec de l'eau. Louise, qui est une très bonne femme, la voyant si affligée, l'assurait que son bras ne lui faisait pas mal. «Non, non, disait Élisabeth en pleurant, je mérite de souffrir comme je vous ai fait souffrir; écorchez-moi le bras comme j'ai écorché le vôtre, ma bonne; que je souffre ce que vous souffrez.» Tu penses bien que la bonne ne voulut pas faire ce qu'Élisabeth lui demandait, et celle-ci ne dit plus rien. Elle fut très douce le reste du jour, et alla se coucher très sagement. Le lendemain, quand sa bonne la leva, elle vit du sang à son drap, et, regardant son bras, elle le vit horriblement écorché. «Qui est-ce qui vous a blessée ainsi, ma pauvre enfant? s'écria-t-elle. —C'est moi-même, ma bonne, répondit Élisabeth, pour me punir de vous avoir griffée hier. Quand je me suis couchée, j'ai pensé qu'il était juste que je me fisse souffrir ce que vous souffriez, et je me suis griffé le bras jusqu'au sang.» La bonne, attendrie, embrassa Élisabeth, qui lui promit d'être sage à l'avenir. Tu comprends maintenant ce que t'a dit Élisabeth et pourquoi elle a rougi?

SOPHIE.—Oui, maman, je comprends très bien. C'est très beau ce qu'Élisabeth a fait. Je pense qu'elle ne se mettra plus jamais en colère, puisqu'elle sait COMME C'EST MAL.

MADAME DE RÉAN, _souriant.—_Est-ce que tu ne fais jamais ce que tu sais être mal?

SOPHIE, embarrassée. —Mais moi, maman, je suis plus jeune: j'ai quatre ans, et Élisabeth en a cinq.

MADAME DE RÉAN.—Cela ne fait pas une grande différence; souviens-toi de ta colère il y a huit jours, contre ce pauvre Paul qui est si gentil.

SOPHIE.—C'est vrai, maman; mais je crois tout de même que je ne recommencerai pas et que je ne ferai plus ce que je sais être une chose mauvaise.

MADAME DE RÉAN.—Je l'espère pour toi, Sophie, mais prends garde de te croire meilleure que tu n'es. Cela s'appelle orgueil, et tu sais que l'orgueil est un bien vilain défaut.

Sophie ne répondit pas, mais elle sourit d'un air satisfait qui voulait dire qu'elle serait certainement toujours sage.

La pauvre Sophie fut bientôt humiliée, car voici ce qui arriva deux jours après.

XVI—Les fruits confits.

Sophie rentrait de la promenade avec son cousin Paul. Dans le vestibule attendait un homme qui semblait être un conducteur de diligence et qui tenait un paquet sous le bras.

«Qui attendez-vous, monsieur?» lui dit Paul très poliment.

L'HOMME.—J'attends Mme de Réan, monsieur; j'ai un paquet à lui remettre.

SOPHIE.—De la part de qui?

L'HOMME.—Je ne sais pas, mademoiselle, j'arrive de la diligence; le paquet vient de Paris.

SOPHIE.—Mais qu'est-ce qu'il y a dans le paquet?

L'HOMME.—Je pense que ce sont des fruits confits et des pâtes d'abricots. Du moins c'est comme cela qu'ils sont inscrits sur le livre de la diligence.

Les yeux de Sophie brillèrent; elle passa sa langue sur ses lèvres.

«Allons vite prévenir maman», dit-elle à Paul; et elle partit en courant. Quelques instants après, la maman arriva, paya le port du paquet et l'emporta au salon, où la suivirent Sophie et Paul. Ils furent très attrapés quand ils virent Mme de Réan poser le paquet sur la table et retourner à son bureau pour lire et écrire.

Sophie et Paul se regardèrent d'un air malheureux.

«Demande à maman de l'ouvrir», dit tout bas Sophie à Paul.

PAUL, tout bas. —Je n'ose pas; ma tante n'aime pas qu'on soit impatient et curieux.

SOPHIE, tout bas. —Demande-lui si elle veut que nous lui épargnions la peine d'ouvrir le paquet en l'ouvrant nous-mêmes.

LA MAMAN.—J'entends très bien ce que vous dites, Sophie; c'est très mal de faire la fausse, de faire semblant d'être obligeante et de vouloir m'épargner un ennui, quand c'est tout bonnement par curiosité et par gourmandise que tu veux ouvrir ce paquet. Si tu m'avais dit franchement: «Maman, j'ai envie de voir les fruits confits, permettez-moi de défaire le paquet», je te l'aurais permis. Maintenant je te défends d'y toucher.

Sophie, confuse et mécontente, s'en alla dans sa chambre, suivie de Paul.

«Voilà ce que c'est que d'avoir voulu faire des finesses, lui dit Paul. Tu fais toujours comme cela, et tu sais que ma tante déteste les faussetés.»

SOPHIE.—Pourquoi aussi n'as-tu pas demandé tout de suite quand je te l'ai dit? Tu veux toujours faire le sage et tu ne fais que des bêtises.

PAUL.—D'abord je ne fais pas de bêtises; ensuite je ne fais pas le sage. Tu dis cela parce que tu es furieuse de ne pas avoir les fruits confits.

SOPHIE.—Pas du tout, monsieur, je ne suis furieuse que contre vous, parce que vous me faites toujours gronder.

PAUL.—Même le jour où tu m'as si bien griffé?

Sophie, honteuse, rougit et se tut. Ils restèrent quelque temps sans se parler; Sophie aurait bien voulu demander pardon à Paul, mais l'amour-propre l'empêchait de parler la première. Paul, qui était très bon, n'en voulait plus à Sophie; mais il ne savait comment faire pour commencer la conversation. Enfin, il trouva un moyen très habile: il se balança sur sa chaise, et il se pencha tellement en arrière, qu'il tomba. Sophie accourut pour l'aider à se relever.

«Tu t'es fait mal, pauvre Paul?» lui dit-elle.

PAUL.—Non, AU CONTRAIRE.

SOPHIE, _riant.—_Ah! au contraire. C'est assez drôle, cela.

PAUL.—Oui! puisqu'en tombant j'ai fait finir notre querelle.

SOPHIE, l'embrassant. —Mon bon Paul, comme tu es bon! C'est donc exprès que tu es tombé? tu aurais pu te faire mal.

PAUL.—Non; comment veux-tu qu'on se fasse mal en tombant d'une chaise si basse? À présent que nous sommes amis, allons jouer.

Et ils partirent en courant. En traversant le salon, ils virent le paquet toujours ficelé. Paul entraîna Sophie, qui avait bien envie de s'arrêter, et ils n'y pensèrent plus.

Après le dîner, Mme de Réan appela les enfants.

«Nous allons enfin ouvrir le fameux paquet, dit-elle, et goûter à nos fruits confits. Paul, va me chercher un couteau pour couper la ficelle.» Paul partit comme un éclair et rentra presque au même instant, tenant un couteau, qu'il présenta à sa tante.

Mme de Réan coupa la ficelle, défit les papiers qui enveloppaient les fruits, et découvrit douze boîtes de fruits confits et de pâtes d'abricots.