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Les ContemplationsParte 10 de 16

Victor Hugo

Original em francês · tradução para inglês

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Comme si tu faisais un bouquet pour les cieux!

En te voyant si calme et toute lumineuse,

Les coeurs les plus saignants ne haïssaient plus rien.

Tu passais parmi nous comme Ruth la glaneuse,

Et, comme Ruth l'épi, tu ramassais le bien.

La nature, ô front pur, versait sur toi sa grâce,

L'aurore sa candeur, et les champs leur bonté;

Et nous retrouvions, nous sur qui la douleur passe,

Toute cette douceur dans toute ta beauté!

Chaste, elle paraissait ne pas être autre chose

Que la forme qui sort des deux éblouissants,

Et de tous les rosiers elle semblait la rose,

Et de tous les amours elle semblait l'encens.

Ceux qui n'ont pas connu cette charmante fille

Ne peuvent pas savoir ce qu'était ce regard

Transparent comme l'eau qui s'égaye et qui brille

Quand l'étoile surgit sur l'océan hagard.

Elle était simple, franche, humble, naïve et bonne;

Chantant à demi-voix son chant d'illusion,

Ayant je ne sais quoi dans toute sa personne

De vague et de lointain comme la vision.

On sentait qu'elle avait peu de temps sur la terre,

Qu'elle n'apparaissait que pour s'évanouir,

Et qu'elle acceptait peu sa vie involontaire;

Et la tombe semblait par moments l'éblouir.

Elle a passé dans l'ombre où l'homme se résigne;

Le vent sombre soufflait; elle a passé sans bruit,

Belle, candide, ainsi qu'une plume de cygne

Qui reste blanche, même en traversant la nuit!

Elle s'en est allée à l'aube qui se lève,

Lueur dans le matin, vertu dans le ciel bleu,

Bouche qui n'a connu que le baiser du rêve,

Âme qui n'a dormi que dans le lit de Dieu!

Nous voici maintenant en proie aux deuils sans bornes,

Mère, à genoux tous deux sur des cercueils sacrés,

Regardant à jamais dans les ténèbres mornes

La disparition des êtres adorés!

Croire qu'ils resteraient! quel songe! Dieu les presse.

Même quand leurs bras blancs sont autour de nos cous,

Un vent du ciel profond fait frissonner sans cesse

Ces fantômes charmants que nous croyons à nous.

Ils sont là, près de nous, jouant sur notre route;

Ils ne dédaignent pas notre soleil obscur,

Et derrière eux, et sans que leur candeur s'en doute,

Leurs ailes font parfois de l'ombre sur le mur.

Ils viennent sous nos toits; avec nous ils demeurent;

Nous leur disons: Ma fille! ou: Mon fils! ils sont doux,

Riants, joyeux, nous font une caresse, et meurent.--

O mère, ce sont là les anges, voyez-vous!

C'est une volonté du sort, pour nous sévère

Qu'ils rentrent vite au ciel resté pour eux ouvert;

Et qu'avant d'avoir mis leur lèvre à notre verre,

Avant d'avoir rien fait et d'avoir rien souffert,

Ils partent radieux; et qu'ignorant l'envie,

L'erreur, l'orgueil, le mal, la haine, la douleur,

Tous ces êtres bénis s'envolent de la vie

A l'âge où la prunelle innocente est en fleur!

Nous qui sommes démons ou qui sommes apôtres,

Nous devons travailler, attendre, préparer;

Pensifs, nous expions pour nous-même ou pour d'autres;

Notre chair doit saigner, nos yeux doivent pleurer.

Eux, ils sont l'air qui fuit, l'oiseau qui ne se pose

Qu'un instant, le soupir qui vole, avril vermeil

Qui brille et passe; ils sont le parfum de la rose

Qui va rejoindre, aux cieux le rayon du soleil!

Ils ont ce grand dégoût mystérieux de l'âme

Pour notre chair coupable et pour notre destin;

Ils ont, êtres rêveurs qu'un autre azur réclame,

Je ne sais quelle soif de mourir le matin!

Ils sont l'étoile d'or se couchant dans l'aurore,

Mourant pour nous, naissant pour l'autre firmament;

Car la mort, quand un astre en son sein vient éclore,

Continue, au delà, l'épanouissement!

Oui, mère, ce sont là les élus du mystère,

Les envoyés divins, les ailés, les vainqueurs,

A qui Dieu n'a permis que d'effleurer la terre

Pour faire un peu de joie à quelques pauvres coeurs.

Comme l'ange à Jacob, comme Jésus à Pierre,

Ils viennent jusqu'à nous qui loin d'eux étouffons,

Beaux, purs, et chacun d'eux portant sous sa paupière

La sereine clarté des paradis profonds.

Puis, quand ils ont, pieux, baisé toutes les plaies,

Pansé notre douleur, azuré nos raisons,

Et fait luire un moment l'aube à travers nos claies,

Et chanté la chanson du ciel dans nos maisons,

Ils retournent là-haut parler à Dieu des hommes,

Et, pour lui faire voir quel est notre chemin,

Tout ce que nous souffrons et tout ce que nous sommes,

S'en vont avec un peu de terre dans la main.

Ils s'en vont; c'est tantôt l'éclair qui les emporte,

Tantôt un mal plus fort que nos soins superflus.

Alors, nous, pâles, froids, l'oeil fixé sur la porte,

Nous ne savons plus rien, sinon qu'ils ne sont plus.

Nous disons:--A quoi bon l'âtre sans étincelles?

A quoi bon la maison où ne sont plus leurs pas?

A quoi bon la ramée où ne sont plus les ailes:

Qui donc attendons-nous s'ils ne reviendront pas?--

Ils sont partis, pareils au bruit qui sort des lyres.

Et nous restons là, seuls, près du gouffre où tout fuit,

Tristes; et la lueur de leurs charmants sourires

Parfois nous apparaît vaguement dans la nuit.

Car ils sont revenus, et c'est là le mystère;

Nous entendons quelqu'un flotter, un souffle errer,

Des robes effleurer notre seuil solitaire,

Et cela fait alors que nous pouvons pleurer.

Nous sentons frissonner leurs cheveux dans notre ombre;

Nous sentons, lorsqu'ayant la lassitude en nous,

Nous nous levons après quelque prière sombre,

Leurs blanches mains toucher doucement nos genoux.

Ils nous disent tout bas de leur voix la plus tendre:

«Mon père! encore un peu! ma mère! encore un jour!

M'entends-tu? Je suis là, je reste pour t'attendre

Sur l'échelon d'en bas de l'échelle d'amour.

«Je t'attends pour pouvoir nous en aller ensemble.

Cette vie est amère, et tu vas en sortir.

Pauvre coeur, ne crains rien, Dieu vit! la mort rassemble.

Tu redeviendras ange ayant été martyr.»

Oh! quand donc viendrez-vous? vous retrouver, c'est naître.

Quand verrons-nous, ainsi qu'un idéal flambeau,

La douce étoile mort, rayonnante, apparaître

A ce noir horizon qu'on nomme le tombeau?

Quand nous en irons-nous où vous êtes, colombes!

Où sont les enfants morts et les printemps enfuis,

Et tous les chers amours dont nous sommes les tombes,

Et toutes les clartés dont nous sommes les nuits?

Vers ce grand ciel clément où sont tous les dictames,

Les aimés, les absents, les êtres purs et doux,

Les baisers des esprits et les regards des âmes,

Quand nous en irons-nous? quand nous en irons-nous?

Quand nous en irons-nous où sont l'aube et la foudre?

Quand verrons-nous, déjà libres, hommes encor,

Notre chair ténébreuse en rayons se dissoudre,

Et nos pieds faits de nuit éclore en ailes d'or?

Quand nous enfuirons-nous dans la joie infinie

Où les hymnes vivants sont des anges voilés,

Où l'on voit, à travers l'azur de l'harmonie,

La strophe bleue errer sur les luths étoilés?

Quand viendrez-vous chercher notre humble coeur qui sombre,

Quand nous reprendrez-vous à ce monde charnel,

Pour nous bercer ensemble aux profondeurs de l'ombre,

Sous l'éblouissement du regard éternel?

Décembre 1846.

IX

À LA FENÊTRE PENDANT LA NUIT

I

Les étoiles, points d'or, percent les branches noires;

Le flot huileux et lourd décompose ses moires

Sur l'océan blêmi;

Les nuages ont l'air d'oiseaux prenant la fuite;

Par moments le vent parle, et dit des mots sans suite,

Comme un homme endormi.

Tout s'en va. La nature est l'urne mal fermée.

La tempête est écume et la flamme est fumée.

Rien n'est hors du moment,

L'homme n'a rien qu'il prenne, et qu'il tienne, et qu'il garde.

Il tombe heure par heure, et, ruine, il regarde

Le monde, écroulement.

L'astre est-il le point fixe en ce mouvant problème?

Ce ciel que nous voyons fut-il toujours le même?

Le sera-t-il toujours?

L'homme a-t-il sur son front des clartés éternelles?

Et verra-t-il toujours les mêmes sentinelles

Monter aux mêmes tours?

II

Nuits, serez-vous pour nous toujours ce que vous êtes?

Pour toute vision, aurons-nous sur nos têtes

Toujours les mêmes cieux?

Dis, larve Aldebaran, réponds, spectre Saturne,

Ne verrons-nous jamais sur le masque nocturne

S'ouvrir de nouveaux yeux?

Ne verrons-nous jamais briller de nouveaux astres?

Et des cintres nouveaux, et de nouveaux pilastres

Luire à notre oeil mortel,

Dans cette cathédrale aux formidables porches

Dont le septentrion éclaire avec sept torches,

L'effrayant maître-autel?

A-t-il cessé, le vent qui fit naître ces roses,

Sirius, Orion, toi, Vénus, qui reposes

Notre oeil dans le péril?

Ne verrons-nous jamais sous ces grandes haleines

D'autres fleurs de lumière éclore dans les plaines

De l'éternel avril?

Savons-nous où le monde en est de son mystère?

Qui nous dit, à nous, joncs du marais, vers de terre

Dont la bave reluit,

A nous qui n'avons pas nous-mêmes notre preuve,

Que Dieu ne va pas mettre une tiare neuve

Sur le front de la nuit?

III

Dieu n'a-t-il plus de flamme à ses lèvres profondes?

N'en fait-il plus jaillir des tourbillons de mondes?

Parlez, Nord et Midi!

N'emplit-il plus de lui sa création sainte?

Et ne souffle-t-il plus que d'une bouche éteinte

Sur l'être refroidi?

Quand les comètes vont et viennent, formidables,

Apportant la lueur des gouffres insondables,

A nos fronts soucieux,

Brûlant, volant, peut-être âmes, peut-être mondes,

Savons-nous ce que font toutes ces vagabondes

Qui courent dans nos cieux?

Qui donc a vu la source et connaît l'origine?

Qui donc, ayant sondé l'abîme, s'imagine

En être mage et roi?

Ah! fantômes humains, courbés sous les désastres!

Qui donc a dit:--C'est bien, Éternel. Assez d'astres.

N'en fais plus. Calme-toi!--

L'effet séditieux limiterait la cause?

Quelle bouche ici-bas peut dire à quelque chose:

Tu n'iras pas plus loin?

Sous l'élargissement sans fin, la borne plie;

La création vit, croît et se multiplie;

L'homme n'est qu'un témoin.

L'homme n'est qu'un témoin frémissant d'épouvante.

Les firmaments sont pleins de la sève vivante

Comme les animaux.

L'arbre prodigieux croise, agrandit, transforme,

Et mêle aux cieux profonds, comme une gerbe énorme,

Ses ténébreux rameaux.

Car la création est devant, Dieu derrière.

L'homme, du côté noir de l'obscure barrière,

Vit, rôdeur curieux;

Il suffit que son front se lève pour qu'il voie

A travers la sinistre et morne claire-voie

Cet oeil mystérieux.

IV

Donc ne nous disons pas:--Nous avons nos étoiles.--

Des flottes de soleils peut-être à pleines voiles

Viennent en ce moment;

Peut-être que demain le Créateur terrible,

Refaisant notre nuit, va contre un autre crible

Changer le firmament.

Qui sait? que savons-nous? sur notre horizon sombre,

Que la création impénétrable encombre

De ses taillis sacrés,

Muraille obscure où vient battre le flot de l'être,

Peut-être allons-nous voir brusquement apparaître

Des astres effarés;

Des astres éperdus arrivant des abîmes,

Venant des profondeurs ou descendant des cimes,

Et, sous nos noirs arceaux,

Entrant en foule, épars, ardents, pareils au rêve,

Comme dans un grand vent s'abat sur une grève

Une troupe d'oiseaux;

Surgissant, clairs flambeaux, feux purs, rouges fournaises,

Aigrettes de rubis ou tourbillons de braises,

Sur nos bords, sur nos monts,

Et nous pétrifiant de leurs aspects étranges,

Car dans le gouffre énorme il est des mondes anges

Et des soleils démons!

Peut-être en ce moment, du fond des nuits funèbres,

Montant vers nous, gonflant ses vagues de ténèbres

Et ses flots de rayons,

Le muet Infini, sombre mer ignorée,

Roule vers notre ciel une grande marée

De constellations!

Marine-Terrace, avril 1854.

X

ÉCLAIRCIE

L'Océan resplendit sous sa vaste nuée.

L'onde, de son combat sans fin exténuée,

S'assoupit, et, laissant l'écueil se reposer,

Fait de toute la rive un immense baiser.

On dirait qu'en tous lieux, en même temps, la vie

Dissout le mal, le deuil, l'hiver, la nuit, l'envie,

Et que le mort couché dit au vivant debout:

Aime! et qu'une âme obscure, épanouie en tout,

Avance doucement sa bouche vers nos lèvres.

L'être, éteignant dans l'ombre et l'extase ses fièvres,

Ouvrant ses flancs, ses seins, ses yeux, ses coeurs épars,

Dans ses pores profonds reçoit de toutes parts

La pénétration de la sève sacrée.

La grande paix d'en haut vient comme une marée.

Le brin d'herbe palpite aux fentes du pavé;

Et l'âme a chaud. On sent que le nid est couvé.

L'infini semble plein d'un frisson de feuillée.

On croit être à cette heure où la terre éveillée

Entend le bruit que fait l'ouverture du jour,

Le premier pas du vent, du travail, de l'amour,

De l'homme, et le verrou de la porte sonore,

Et le hennissement du blanc cheval aurore.

Le moineau d'un coup d'aile, ainsi qu'un fol esprit,

Vient taquiner le flot monstrueux qui sourit;

L'air joue avec la mouche et l'écume avec l'aigle;

Le grave laboureur fait ses sillons et règle

La page où s'écrira le poëme des blés;

Des pêcheurs sont là-bas sous un pampre attablés;

L'horizon semble un rêve éblouissant où nage

L'écaille de la mer, la plume du nuage,

Car l'Océan est hydre et le nuage oiseau.

Une lueur, rayon vague, part du berceau

Qu'une femme balance au seuil d'une chaumière,

Dore les champs, les fleurs, l'onde et devient lumière

En touchant un tombeau qui dort près du clocher.

Le jour plonge au plus noir du gouffre, et va chercher

L'ombre, et la baise au front sous l'eau sombre et hagarde.

Tout est doux, calme, heureux, apaisé; Dieu regarde.

Marine-Terrace, juillet 1855.

XI

Oh! par nos vils plaisirs, nos appétits, nos fanges,

Que de fois nous devons vous attrister, archanges!

C'est vraiment une chose amère de songer

Qu'en ce monde où l'esprit n'est qu'un morne étranger

Où la volupté rit, jeune, et si décrépite!

Où dans les lits profonds l'aile d'en bas palpite,

Quand, pâmé, dans un nimbe ou bien dans un éclair,

On tend sa bouche ardente aux coupes de la chair,

A l'heure ou l'on s'enivre aux lèvres d'une femme,

De ce qu'on croit l'amour, de ce qu'on prend pour l'âme,

Sang du coeur, vin des sens âcre et délicieux,

On fait rougir là-haut quelque passant des cieux!

Juin 1855.

XII

AUX ANGES QUI NOUS VOIENT

--Passant, qu'es-tu? je te connais.

Mais, étant spectre, ombre et nuage,

Tu n'as plus de sexe ni d'âge.

--Je suis ta mère, et je venais!

--Et toi dont l'aile hésite et brille,

Dont l'oeil est noyé de douceur,

Qu'es-tu, passant?--Je suis ta soeur

--Et toi, qu'es-tu?--Je suis ta fille.

--Et toi, qu'es-tu, passant?--Je suis

Celle à qui tu disais: «Je t'aime!»

--Et toi?--Je suis ton âme même.--

Oh! cachez-moi, profondes nuits!

Juin 1855.

XIII

CADAVER

O mort! heure splendide! ô rayons mortuaires!

Avez-vous quelquefois soulevé des suaires?

Et, pendant qu'on pleurait, et qu'au chevet du lit,

Frères, amis, enfants, la mère qui pâlit,

Éperdus, sanglotaient dans le deuil qui les navre,

Avez-vous regardé sourire le cadavre?

Tout à l'heure il râlait, se tordait, étouffait;

Maintenant il rayonne. Abîme! qui donc fait

Cette lueur qu'a l'homme en entrant dans les ombres?

Qu'est-ce que le sépulcre? et d'où vient, penseurs sombres,

Cette sérénité formidable des morts?

C'est que le secret s'ouvre et que l'être est dehors;

C'est que l'âme--qui voit, puis brille, puis flamboie,--

Rit, et que le corps même a sa terrible joie.

La chair se dit:--Je vais être terre, et germer,

Et fleurir comme sève, et, comme fleur, aimer!

Je vais me rajeunir dans la jeunesse énorme

Du buisson, de l'eau vive, et du chêne, et de l'orme,

Et me répandre aux lacs, aux flots, aux monts, aux prés,

Aux rochers, aux splendeurs des grands couchants pour prés,

Aux ravins, aux halliers, aux brises de la nue,

Aux murmures profonds de la vie inconnue!

Je vais être oiseau, vent, cri des eaux, bruit des cieux,

Et palpitation du tout prodigieux!--

Tous ces atomes las, dont l'homme était le maître,

Sont joyeux d'être mis en liberté dans l'être,

De vivre, et de rentrer au gouffre qui leur plaît.

L'haleine, que la fièvre aigrissait et brûlait,

Va devenir parfum, et la voix harmonie;

Le sang va retourner à la veine infinie,

Et couler, ruisseau clair, aux champs où le boeuf roux

Mugit le soir avec l'herbe jusqu'aux genoux;

Les os ont déjà pris la majesté des marbres;

La chevelure sent le grand frisson des arbres,

Et songe aux cerfs errants, au lierre, aux nids chantants

Qui vont l'emplir du souffle adoré du printemps.

Et voyez le regard, qu'une ombre étrange voile,

Et qui, mystérieux, semble un lever d'étoile!

Oui, Dieu le veut, la mort, c'est l'ineffable chant

De l'âme et de la bête à la fin se lâchant;

C'est une double issue ouverte à l'être double.

Dieu disperse, à cette heure inexprimable et trouble,

Le corps dans l'univers et l'âme dans l'amour.

Une espèce d'azur que dore un vague jour,

L'air de l'éternité, puissant, calme, salubre,

Frémit et resplendit sous le linceul lugubre;