Le Barbier de Séville Cap. 1/3 · 0%

Le Barbier de SévilleParte 7 de 14

Beaumarchais

Original em francês · tradução para inglês

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SCENE III.

LE COMTE, seul.

Me voilà sauvé. Ouf! Que ce diable d'homme est rude à manier! Figaro le connoit bien. Je me voyois mentir; cela me donnoit un air plat et gauche; et il a des yeux?... Ma foi, sans l'inspiration subite de la lettre, il faut l'avouer, j'étois éconduit comme un sot. O ciel! on dispute là-dedans. Si elle allait s'obstiner à ne pas venir! Écoutons..... Elle refuse de sortir de chez elle, et j'ai perdu le fruit de ma ruse. (Il retourne écouter.) La voici; ne nous montrons pas d'abord. (Il entre dans le cabinet.)


SCENE IV.

LE COMTE, ROSINE, BARTHOLO.

ROSINE, avec une colere simulée.

Tout ce que vous direz est inutile, Monsieur, j'ai pris mon parti, je ne veux plus entendre parler de Musique.

BARTOLO.

Écoute-donc, mon enfant; c'est le Seigneur Alonzo, l'élève et l'ami de Don Bazile, choisi par lui pour être un de nos témoins.—La Musique te calmera, je t'assure.

ROSINE.

Oh! pour cela, vous pouvez vous en détacher; si je chante ce soir!... Où donc est-il ce Maître que vous craignez de renvoyer? Je vais, en deux mots, lui donner son compte et celui de Bazile. (Elle apperçoit son Amant. Elle fait un cri.) Ah!...

BARTOLO.

Qu'avez-vous?

ROSINE, les deux mains sur son cœur, avec un grand trouble.

Ah! mon Dieu, Monsieur... Ah! mon Dieu, Monsieur.

BARTOLO.

Elle se trouve encore mal... Seigneur Alonzo?

ROSINE.

Non, je ne me trouve pas mal... mais c'est qu'en me tournant... Ah!...

LE COMTE.

Le pied vous a tourné, Madame?

ROSINE.

Ah! oui, le pied m'a tourné. Je me suis fait un mal horrible.

LE COMTE.

Je m'en suis bien apperçu.

ROSINE, regardant le Comte.

Le coup m'a porté au cœur.

BARTOLO.

Un siége, un siége. Et pas un fauteuil ici?

(Il va le chercher.)

LE COMTE.

Ah Rosine!

ROSINE.

Quelle imprudence!

LE COMTE.

J'ai mille choses essentielles à vous dire.

ROSINE.

Il ne nous quittera pas.

LE COMTE.

Figaro va venir nous aider.

BARTOLO apporte un fauteuil.

Tiens, mignonne, assieds-toi.—Il n'y a pas d'apparence, Bâchelier, qu'elle prenne de leçon ce soir; ce sera pour un autre jour. Adieu.

ROSINE, au Comte.

Non, attendez, ma douleur est un peu apaisée. (A Bartholo.) Je sens que j'ai eu tort avec vous, Monsieur. Je veux vous imiter en réparant sur le champ...

BARTOLO.

Oh! le bon petit naturel de femme! Mais après une pareille émotion, mon enfant, je ne souffrirai pas que tu fasses le moindre effort. Adieu, adieu, Bâchelier.

ROSINE, au Comte.

Un moment, de grâce! (A Bartholo.) Je croirai, Monsieur, que vous n'aimez pas à m'obliger si vous m'empêchez de vous prouver mes regrets en prenant ma leçon.

LE COMTE, à part, à Bartholo.

Ne la contrarions pas, si vous m'en croyez.

BARTOLO.

Voilà qui est fini, mon amoureuse. Je suis si loin de chercher à te déplaire, que je veux rester là tout le tems que tu vas étudier.

ROSINE.

Non, Monsieur: je sais que la musique n'a nul attrait pour vous.

BARTOLO.

Je t'assure que ce soir elle m'enchantera.

ROSINE, au Comte, à part.

Je suis au supplice.

LE COMTE, prenant un papier de musique sur le pupitre.

Est-ce là ce que vous voulez chanter, Madame?

ROSINE.

Oui, c'est un morceau très-agréable de la Précaution inutile.

BARTOLO.

Toujours la Précaution inutile?

LE COMTE.

C'est ce qu'il y a de plus nouveau aujourd'hui. C'est une image du Printems, d'un genre assez vif. Si Madame veut l'essayer...

ROSINE, regardant le Comte.

Avec grand plaisir: un tableau du printems me ravit; c'est la jeunesse de la nature. Au sortir de l'Hiver, il semble que le cœur acquière un plus haut degré de sensibilité: comme un esclave enfermé depuis long-tems goûte avec plus de plaisir le charme de la liberté qui vient de lui être offerte.

BARTOLO, bas, au Comte.

Toujours des idées romanesques en tête.

LE COMTE, bas.

Et sentez-vous l'application?

BARTOLO.

Parbleu! (Il va s'asseoir dans le fauteuil qu'a occupé Rosine.)

ROSINE chante.

Quand, dans la plaine, L'amour ramène Le Printemps, Si chéri des amans; Tout reprend l'être, Son feu pénètre Dans les fleurs, Et dans les jeunes cœurs. On voit les troupeaux Sortir des hameaux; Dans tous les côteaux, Les cris des agneaux Retentissent; Ils bondissent; Tout fermente, Tout augmente; Les brebis paissent Les fleurs qui naissent; Les chiens fidèles Veillent sur elles; Mais Lindor, enflammé, Ne songe guère Qu'au bonheur d'être aimé De sa Bergère.

MÊME AIR

Loin de sa mère, Cette Bergère Va chantant, Où son Amant l'attend; Par cette ruse L'amour l'abuse; Mais chanter, Sauve-t-il du danger? Les doux chalumeaux, Les chants des oiseaux, Ses charmes naissans, Ses quinze ou seize ans, Tout l'excite, Tout l'agite; La pauvrette S'inquiette; De sa retraite, Lindor la guette; Elle s'avance; Lindor s'élance; Il vient de l'embrasser: Elle, bien aise, Feint de se courroucer, Pour qu'on l'appaise.

PETITE REPRISE.

Les soupirs, Les soins, les promesses, Les vives tendresses, Les plaisirs, Le fin badinage, Sont mis en usage; Et bientôt la Bergère Ne sent plus de colère. Si quelque jaloux Trouble un bien si doux, Nos Amans, d'accord, Ont un soin extrême... ... De voiler leur transport; Mais quand on s'aime, La gêne ajoute encor Au plaisir même.

(En l'écoutant, Bartholo s'est assoupi. Le Comte, pendant la petite reprise, se hasarde à prendre une main qu'il couvre de baisers. L'émotion ralentit le chant de Rosine, l'affoiblit, et finit même par lui couper la voix au milieu de la cadence, au mot extrême. L'orchestre suit le mouvement de la Chanteuse, affoiblit son jeu et se tait avec elle. L'absence du bruit qui avoit endormi Bartholo le réveille. Le Comte se relève, Rosine et l'Orchestre reprennent subitement la suite de l'air. Si la petite reprise se répete, le même jeu recommence, etc.)

LE COMTE.

En vérité, c'est un morceau charmant, et Madame l'exécute avec une intelligence...

ROSINE.

Vous me flattez, Seigneur; la gloire est toute entière au Maître.

BARTOLO, bâillant.

Moi, je crois que j'ai un peu dormi pendant le morceau charmant. J'ai mes malades. Je vas, je viens, je toupille, et sitôt que je m'assieds, mes pauvres jambes...

(Il se lève et pousse le fauteuil.)

ROSINE, bas, au Comte.

Figaro ne vient point.

LE COMTE.

Filons le temps.

BARTOLO.

Mais, Bâchelier, je l'ai déjà dit à ce vieux Bazile: est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de lui faire étudier des choses plus gaies que toutes ces grandes aria, qui vont en haut, en bas, en roulant, hi, ho, a, a, a, a, et qui me semblent autant d'enterremens? Là, de ces petits airs qu'on chantoit dans ma jeunesse, et que chacun retenoit facilement. J'en savois autrefois... Par exemple... (Pendant la ritournelle, il cherche en se grattant la tête et chante en faisant claquer ses pouces et dansant des genoux comme les vieillards.)

Veux-tu, ma Rosinette, Faire emplette, Du Roi des Maris?.....

(Au Comte, en riant.) Il y a Fanchonnette dans la chanson; mais j'y ai substitué Rosinette, pour la lui rendre plus agréable et la faire cadrer aux circonstances. Ah, ah, ah, ah! Fort bien! pas vrai?

LE COMTE, riant.

Ah, ah, ah! Oui, tout au mieux.


SCENE V.

FIGARO, dans le fond; ROSINE, BARTHOLO, LE COMTE.

BARTOLO chante.

Veux-tu, ma Rosinette, Faire emplette Du Roi des Maris? Je ne suis point Tircis; Mais la nuit, dans l'ombre, Je vaux encor mon prix; Et, quand il fait sombre, Les plus beaux chats sont gris.

(Il répète la reprise en dansant. Figaro, derriere lui, imite ses mouvemens.)

Je ne suis point Tircis, etc.

(Appercevant Figaro.) Ah! Entrez, Monsieur le Barbier; avancez, vous êtes charmant!

FIGARO salue.

Monsieur, il est vrai que ma mère me l'a dit autrefois; mais je suis un peu déformé depuis ce temps-là. (A part, au Comte.) Bravo, Monseigneur.

(Pendant toute cette Scène, le Comte fait ce qu'il peut pour parler à Rosine, mais l'œil inquiet et vigilant du Tuteur l'en empêche toujours, ce qui forme un jeu muet de tous les Acteurs, étranger au débat du Docteur et de Figaro.)

BARTOLO.

Venez-vous purger encore, saigner, droguer, mettre sur le grabat toute ma maison?

FIGARO.

Monsieur, il n'est pas tous les jours fête; mais, sans compter les soins quotidiens, Monsieur a pu voir que, lorsqu'ils en ont besoin, mon zèle n'attend pas qu'on lui commande...

BARTOLO.

Votre zèle n'attend pas! Que direz-vous, Monsieur le zèlé, à ce malheureux qui bâille et dort tout éveillé? Et l'autre qui, depuis trois heures, éternue à se faire sauter le crâne et jaillir la cervelle! que leur direz-vous?

FIGARO.

Ce que je leur dirai?

BARTOLO.

Oui!

FIGARO.

Je leur dirai... Eh parbleu! je dirai à celui qui éternue, Dieu vous bénisse, et va te coucher à celui qui bâille. Ce n'est pas cela, Monsieur, qui grossira le mémoire.

BARTOLO.

Vraiment non, mais c'est la saignée et les médicamens qui le grossiroient, si je voulois y entendre. Est-ce par zèle aussi que vous avez empaqueté les yeux de ma mule, et votre cataplasme lui rendra-t-il la vue?

FIGARO.

S'il ne lui rend pas la vue, ce n'est pas cela non plus qui l'empêchera d'y voir.

BARTOLO.

Que je le trouve sur le mémoire!... On n'est pas de cette extravagance-là!

FIGARO.

Ma foi, Monsieur, les hommes n'ayant gueres à choisir qu'entre la sottise et la folie, où je ne vois pas de profit, je veux au moins du plaisir; et vive la joie! Qui sait si le monde durera encore trois semaines!

BARTOLO.

Vous feriez bien mieux, Monsieur le raisonneur, de me payer mes cent écus et les intérêts sans lanterner, je vous en avertis.

FIGARO.

Doutez-vous de ma probité, Monsieur? Vos cent écus! j'aimerois mieux vous les devoir toute ma vie que de les nier un seul instant.

BARTOLO.

Et dites-moi un peu comment la petite Figaro a trouvé les bonbons que vous lui avez portés?

FIGARO.

Quels bonbons? que voulez-vous dire?

BARTOLO.

Oui, ces bonbons, dans ce cornet fait avec cette feuille de papier à lettre, ce matin.

FIGARO.

Diable emporte si...

ROSINE, l'interrompant.

Avez-vous eu soin au moins de les lui donner de ma part, Monsieur Figaro? Je vous l'avois recommandé.

FIGARO.

Ah, ah! Les bonbons de ce matin? Que je suis bête, moi! j'avois perdu tout cela de vue... Oh! excellens, Madame, admirables.

BARTOLO.

Excellens! Admirables! Oui sans doute, Monsieur le Barbier, revenez sur vos pas! Vous faites-là un joli métier, Monsieur!

FIGARO.

Qu'est-ce qu'il a donc, Monsieur?

BARTOLO.

Et qui vous fera une belle réputation, Monsieur!

FIGARO.

Je la soutiendrai, Monsieur!

BARTOLO.

Dites que vous la supporterez, Monsieur!

FIGARO.

Comme il vous plaira, Monsieur!

BARTOLO.

Vous le prenez bien haut, Monsieur! Sachez que quand je dispute avec un fat, je ne lui cède jamais.

FIGARO lui tourne le dos.

Nous différons en cela, Monsieur! moi je lui cède toujours.

BARTOLO.

Hein? qu'est-ce qu'il dit donc, Bâchelier?

FIGARO.

C'est que vous croyez avoir affaire à quelque Barbier de Village, et qui ne sait manier que le rasoir? Apprenez, Monsieur, que j'ai travaillé de la plume à Madrid, et que sans les envieux...

BARTOLO.

Eh! que n'y restiez-vous, sans venir ici changer de profession?

FIGARO.

On fait comme on peut; mettez-vous à ma place.

BARTOLO.

Me mettre à votre place! Ah! parbleu, je dirois de belles sottises!

FIGARO.

Monsieur, vous ne commencez pas trop mal; je m'en rapporte à votre confrère qui est là rêvassant...

LE COMTE, revenant à lui.

Je... je ne suis pas le confrère de Monsieur.

FIGARO.

Non? Vous voyant ici à consulter, j'ai pensé que vous poursuiviez le même objet.

BARTOLO, en colère.

Enfin, quel sujet vous amène? Y a-t-il quelque lettre à remettre encore ce soir à Madame? Parlez, faut-il que je me retire?

FIGARO.

Comme vous rudoyez le pauvre monde! Eh! parbleu, Monsieur, je viens vous raser, voilà tout: n'est-ce pas aujourd'hui votre jour?

BARTOLO.

Vous reviendrez tantôt.

FIGARO.

Ah! oui, revenir! toute la Garnison prend médecine demain matin; j'en ai obtenu l'entreprise par mes protections. Jugez donc comme j'ai du tems à perdre! Monsieur passe-t-il chez lui?

BARTOLO.

Non, Monsieur ne passe point chez lui. Et mais..... qui empêche qu'on ne me rase ici?

ROSINE, avec dédain.

Vous êtes honnête! Et pourquoi pas dans mon appartement?

BARTOLO.

Tu te fâches? Pardon, mon enfant, tu vas achever de prendre ta leçon! c'est pour ne pas perdre un instant le plaisir de t'entendre.

FIGARO, bas, au Comte.

On ne le tirera pas d'ici! (Haut.) Allons, l'Éveillé, la Jeunesse; le bassin, de l'eau, tout ce qu'il faut à Monsieur.

BARTOLO.

Sans doute, appellez-les! Fatigués, harassés, moulus de votre façon, n'a-t-il pas fallu les faire coucher!

FIGARO.

Eh bien! j'irai tout chercher, n'est-ce pas, dans votre chambre? (Bas au Comte.) Je vais l'attirer dehors.

BARTOLO détache son trousseau de clés, et dit par réflexion:

Non, non, j'y vais moi-même. (Bas, au Comte, en s'en allant.) Ayez les yeux sur eux, je vous prie.


SCENE VI.

FIGARO, LE COMTE, ROSINE.

FIGARO.

Ah! que nous l'avons manqué belle! il alloit me donner le trousseau. La clé de la jalousie n'y est-elle pas?

ROSINE.

C'est la plus neuve de toutes.


SCENE VII.

BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE, ROSINE.

BARTOLO, revenant.

(A part.) Bon! je ne sais ce que je fais de laisser ici ce maudit Barbier. (A Figaro.) Tenez. (Il lui donne le trousseau.) Dans mon cabinet, sous mon bureau; mais ne touchez à rien.

FIGARO.

La peste! il y feroit bon, méfiant comme vous êtes! (A part, en s'en allant.) Voyez comme le Ciel protège l'innocence!


SCENE VIII.

BARTHOLO, LE COMTE, ROSINE.

BARTOLO, bas, au Comte.

C'est le drôle qui a porté la lettre au Comte.

LE COMTE, bas.

Il m'a l'air d'un fripon.

BARTOLO.

Il ne m'attrapera plus.

LE COMTE.

Je crois qu'à cet égard le plus fort est fait.

BARTOLO.

Tout considéré, j'ai pensé qu'il étoit plus prudent de l'envoyer dans ma chambre que de le laisser avec elle.

LE COMTE.

Ils n'auroient pas dit un mot que je n'eusse été en tiers.

ROSINE.

Il est bien poli, Messieurs, de parler bas sans cesse! Et ma leçon?

(Ici l'on entend un bruit, comme de la vaisselle renversée.)

BARTOLO, criant.

Qu'est-ce que j'entends donc! Le cruel Barbier aura tout laissé tomber par l'escalier, et les plus belles pièces de mon nécessaire!... (Il court dehors.)


SCENE IX.

LE COMTE, ROSINE.

LE COMTE.

Profitons du moment que l'intelligence de Figaro nous ménage. Accordez-moi, ce soir, je vous en conjure, Madame, un moment d'entretien indispensable pour vous soustraire à l'esclavage où vous allez tomber.

ROSINE.

Ah, Lindor!

LE COMTE.

Je puis monter à votre jalousie; et quant à la lettre que j'ai reçue de vous ce matin, je me suis vu forcé......


SCENE X.

ROSINE, BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE.

BARTOLO.

Je ne m'étois pas trompé; tout est brisé, fracassé.

FIGARO.

Voyez le grand malheur pour tant de train! On ne voit goutte sur l'escalier. (Il montre la clé au Comte.) Moi, en montant, j'ai accroché une clé....

BARTOLO.

On prend garde à ce qu'on fait. Accrocher une clé! L'habile homme!

FIGARO.

Ma foi, Monsieur, cherchez-en un plus subtil.


SCENE XI.

LES ACTEURS PRÉCÉDENS, DON BAZILE.

ROSINE, effrayée, à part.

Don Bazile!...

LE COMTE, à part.

Juste Ciel!

FIGARO, à part.

C'est le Diable!

BARTOLO va au devant de lui.

Ah! Bazile, mon ami, soyez le bien rétabli. Votre accident n'a donc point eu de suites? En vérité, le Seigneur Alonzo m'avoit fort effrayé sur votre état; demandez-lui, je partois pour vous aller voir; et s'il ne m'avoit point retenu...

BAZILE, étonné.

Le Seigneur Alonzo?...

FIGARO frappe du pied.

Eh quoi! toujours des accrocs? Deux heures pour une méchante barbe... Chienne de pratique!

BAZILE, regardant tout le monde.

Me ferez-vous bien le plaisir de me dire, Messieurs?...

FIGARO.

Vous lui parlerez quand je serai parti.

BAZILE.

Mais encore faudroit-il...

LE COMTE.

Il faudroit vous taire, Bazile. Croyez-vous apprendre à Monsieur quelque chose qu'il ignore? Je lui ai raconté que vous m'aviez chargé de venir donner une leçon de musique à votre place.

BAZILE, plus étonné.

La leçon de musique!... Alonzo!...

ROSINE, à part, à Bazile.

Eh! taisez-vous.

BAZILE.

Elle aussi!

LE COMTE, bas, à Bartholo.

Dites-lui donc tout bas que nous en sommes convenus.

BARTOLO, à Bazile, à part.

N'allez pas nous démentir, Bazile, en disant qu'il n'est pas votre Élève; vous gâteriez tout.

BAZILE.

Ah! ah!

BARTOLO, haut.

En vérité, Bazile, on n'a pas plus de talent que votre Élève.

BAZILE, stupéfait.

Que mon Élève!... (bas.) Je venois pour vous dire que le Comte est déménagé.

BARTOLO, bas.

Je le sais, taisez-vous.

BAZILE, bas.

Qui vous l'a dit?

BARTOLO, bas.

Lui, apparemment?

LE COMTE, bas.

Moi, sans doute: écoutez seulement.

ROSINE, bas, à Bazile.

Est-il si difficile de vous taire?

FIGARO, bas, à Bazile.

Hum! Grand escogrif! Il est sourd!

BAZILE, à part.

Qui diable est-ce donc qu'on trompe ici? Tout le monde est dans le secret!

BARTOLO, haut.

Eh bien, Bazile, votre homme de Loi?...

FIGARO.

Vous avez toute la soirée pour parler de l'homme de Loi.

BARTOLO, à Bazile.

Un mot; dites-moi seulement si vous êtes content de l'homme de Loi?

BAZILE, effaré.

De l'homme de Loi?

LE COMTE, souriant.

Vous ne l'avez pas vu, l'homme de Loi?

BAZILE, impatienté.

Eh! non, je ne l'ai pas vu, l'homme de Loi.

LE COMTE, à Bartholo, à part.

Voulez-vous donc qu'il s'explique ici devant elle? Renvoyez-le.

BARTOLO, bas, au Comte.

Vous avez raison. (A Bazile.) Mais quel mal vous a donc pris si subitement?

BAZILE, en colère.

Je ne vous entends pas.

LE COMTE lui met, à part, une bourse dans la main.

Oui: Monsieur vous demande ce que vous venez faire ici, dans l'état d'indisposition où vous êtes?

FIGARO.

Il est pâle comme un mort!

BAZILE.

Ah! je comprends...

LE COMTE.

Allez vous coucher, mon cher Bazile: vous n'êtes pas bien, et vous nous faites mourir de frayeur. Allez vous coucher.

FIGARO.

Il a la phisionomie toute renversée. Allez vous coucher.

BARTOLO.

D'honneur, il sent la fievre d'une lieue. Allez vous coucher.

ROSINE.

Pourquoi donc êtes-vous sorti? On dit que cela se gagne. Allez vous coucher.

BAZILE, au dernier étonnement.

Que j'aille me coucher?

TOUS LES ACTEURS ENSEMBLE.

Eh! sans doute.

BAZILE, les regardant tous.

En effet, Messieurs, je crois que je ne ferai pas mal de me retirer; je sens que je ne suis pas ici dans mon assiette ordinaire.

BARTOLO.

A demain, toujours, si vous êtes mieux.

LE COMTE.

Bazile! je serai chez vous de très-bonne-heure.

FIGARO.

Croyez-moi, tenez vous bien chaudement dans votre lit.

ROSINE.

Bon soir, Monsieur Bazile.

BAZILE, à part.

Diable emporte si j'y comprends rien; et sans cette bourse...

TOUS.

Bon soir, Bazile, bon soir.

BAZILE, en s'en allant.

Eh bien! bon soir donc, bon soir.

(Ils l'accompagnent tous en riant.)