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La Mare au diableParte 5 de 12

George Sand

Original em francês · tradução para inglês

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—Çà, dit Germain, après avoir vainement cherché à la rattraper, nous voici à pied, et rien ne nous servirait de nous trouver dans le bon chemin, car il nous faudrait traverser la rivière à pied; et à voir comme ces routes sont pleines d’eau, nous pouvons être sûrs que la prairie est sous la rivière. Nous ne connaissons pas les autres passages. Il nous faut donc attendre que ce brouillard se dissipe; ça ne peut pas durer plus d’une heure ou deux. Quand nous verrons clair, nous chercherons une maison, la première venue à la lisière du bois; mais à présent nous ne pouvons sortir d’ici; il y a là une fosse, un étang, je ne sais quoi devant nous; et derrière, je ne saurais pas non plus dire ce qu’il y a, car je ne comprends plus par quel côté nous sommes arrivés.

VIII

SOUS LES GRANDS CHENES

Eh bien! prenons patience, Germain, dit la petite Marie. Nous ne sommes pas mal sur cette petite hauteur. La pluie ne perce pas la feuillée de ces gros chênes, et nous pouvons allumer du feu, car je sens de vieilles souches qui ne tiennent à rien et qui sont assez sèches pour flamber. Vous avez bien du feu, Germain? Vous fumiez votre pipe tantôt.

—J’en avais! mon briquet était sur le bât dans mon sac, avec le gibier que je portais à ma future; mais la maudite jument a tout emporté, même mon manteau, qu’elle va perdre et déchirer à toutes les branches.

—Non pas, Germain; la bâtine, le manteau, le sac, tout est là par terre, à vos pieds. La Grise a cassé les sangles et tout jeté à côté d’elle en partant.

—C’est, vrai Dieu, certain! dit le laboureur; et si nous pouvons trouver un peu de bois mort à tâtons, nous réussirons à nous sécher et à nous réchauffer.

—Ce n’est pas difficile, dit la petite Marie, le bois mort craque partout sous les pieds; mais donnez-moi d’abord ici la bâtine.

—Qu’en veux-tu faire?

—Un lit pour le petit: non, pas comme ça, à l’envers; il ne roulera pas dans la ruelle; et c’est encore tout chaud du dos de la bête. Calez-moi ça de chaque côté avec ces pierres que vous voyez là!

—Je ne les vois pas, moi! Tu as donc des yeux de chat!

—Tenez! voilà qui est fait, Germain! Donnez-moi votre manteau, que j’enveloppe ses petits pieds, et ma cape par- dessus son corps. Voyez! s’il n’est pas couché là aussi bien que dans son lit! et tâtez-le comme il a chaud!

—C’est vrai! tu t’entends à soigner les enfants, Marie!

—Ce n’est pas bien sorcier. A présent, cherchez votre briquet dans votre sac, et je vais arranger le bois.

—Ce bois ne prendra jamais, il est trop humide.

—Vous doutez de tout, Germain! vous ne vous souvenez donc pas d’avoir été pâtour et d’avoir fait de grands feux aux champs, au beau milieu de la pluie?

—Oui, c’est le talent des enfants qui gardent les bêtes; mais moi j’ai été toucheur de bœufs aussitôt que j’ai su marcher.

—C’est pour cela que vous êtes plus fort de vos bras qu’adroit de vos mains. Le voilà bâti ce bûcher, vous allez voir s’il ne flambera pas! Donnez-moi le feu et une poignée de fougère sèche. C’est bien! soufflez à présent; vous n’êtes pas poumonique?

—Non pas que je sache, dit Germain en soufflant comme un soufflet de forge. Au bout d’un instant, la flamme brilla, jeta d’abord une lumière rouge, et finit par s’élever en jets bleuâtres sous le feuillage des chênes, luttant contre la brume et séchant peu à peu l’atmosphère à dix pieds à la ronde.

—Maintenant, je vais m’asseoir auprès du petit pour qu’il ne lui tombe pas d’étincelles sur le corps, dit la jeune fille. Vous, mettez du bois et animez le feu, Germain! nous n’attraperons ici ni fièvre ni rhume, je vous en réponds.

—Ma foi, tu es une fille d’esprit, dit Germain, et tu sais faire le feu comme une petite sorcière de nuit. Je me sens tout ranimé, et le cœur me revient; car avec les jambes mouillées jusqu’aux genoux, et l’idée de rester comme cela jusqu’au point du jour, j’étais de fort mauvaise humeur tout à l’heure.

—Et quand on est de mauvaise humeur, on ne s’avise de rien, reprit la petite Marie.

—Et tu n’es donc jamais de mauvaise humeur, toi?

—Eh non! jamais. A quoi bon?

—Oh! ce n’est bon à rien, certainement; mais le moyen de s’en empêcher, quand on a des ennuis! Dieu sait que tu n’en as pas manqué, toi, pourtant, ma pauvre petite: car tu n’as pas toujours été heureuse!

—C’est vrai, nous avons souffert, ma pauvre mère et moi. Nous avions du chagrin, mais nous ne perdions jamais courage.

—Je ne perdrais pas courage pour quelque ouvrage que ce fût, dit Germain; mais la misère me fâcherait; car je n’ai jamais manqué de rien. Ma femme m’avait fait riche et je le suis encore; je le serai tant que je travaillerai à la métairie: ce sera toujours, j’espère; mais chacun doit avoir sa peine! j’ai souffert autrement.

—Oui, vous avez perdu votre femme, et c’est grand’pitié!

—N’est-ce pas?

—Oh! je l’ai bien pleurée, allez, Germain! car elle était si bonne! Tenez, n’en parlons plus; car je la pleurerais encore, tous mes chagrins sont en train de me revenir aujourd’hui.

—C’est vrai qu’elle t’aimait beaucoup, petite Marie! elle faisait grand cas de toi et de ta mère. Allons! tu pleures? Voyons, ma fille, je ne veux pas pleurer, moi…

—Vous pleurez, pourtant, Germain! Vous pleurez aussi! Quelle honte y a-t-il pour un homme à pleurer sa femme? Ne vous gênez pas, allez! je suis bien de moitié avec vous dans cette peine- là!

—Tu as un bon cœur, Marie, et ça me fait du bien de pleurer avec toi. Mais approche donc tes pieds du feu; tu as tes jupes toutes mouillées aussi, pauvre petite fille! Tiens, je vas prendre ta place auprès du petit, chauffe-toi mieux que ça.

—J’ai assez chaud, dit Marie; et si vous voulez vous asseoir, prenez un coin du manteau, moi je suis très bien.

—Le fait est qu’on n’est pas mal ici, dit Germain en s’asseyant tout auprès d’elle. Il n’y a que la faim qui me tourmente un peu. Il est bien neuf heures du soir, et j’ai eu tant de peine à marcher dans ces mauvais chemins, que je me sens tout affaibli. Est-ce que tu n’as pas faim, aussi, toi, Marie?

—Moi? pas du tout. Je ne suis pas habituée, comme vous, à faire quatre repas, et j’ai été tant de fois me coucher sans souper, qu’une fois de plus ne m’étonne guère.

—Eh bien, c’est commode une femme comme toi; ça ne fait pas de dépense, dit Germain en souriant.

—Je ne suis pas une femme, dit naïvement Marie, sans s’apercevoir de la tournure que prenaient les idées du laboureur. Est-ce que vous rêvez?

—Oui, je crois que je rêve, répondit Germain; c’est la faim qui me fait divaguer peut-être!

—Que vous êtes donc gourmand! reprit-elle en s’égayant un peu à son tour; eh bien! si vous ne pouvez pas vivre cinq ou six heures sans manger, est-ce que vous n’avez pas là du gibier dans votre sac, et du feu pour le faire cuire?

—Diantre! c’est une bonne idée! mais le présent à mon futur beau-père?

—Vous avez six perdrix et un lièvre! Je pense qu’il ne faut pas tout cela pour vous rassasier?

—Mais faire cuire cela ici, sans broche et sans landiers, ça deviendra du charbon!

—Non pas, dit la petite Marie; je me charge de vous le faire cuire sous la cendre sans goût de fumée. Est-ce que vous n’avez jamais attrapé d’alouettes dans les champs, et que vous ne les avez pas fait cuire entre deux pierres? Ah! c’est vrai! j’oublie que vous n’avez pas été pastour! Voyons, plumez cette perdrix! Pas si fort! vous lui arrachez la peau!

—Tu pourrais bien plumer l’autre pour me montrer!

—Vous voulez donc en manger deux? Quel ogre! Allons, les voilà plumées, je vais les cuire.

—Tu ferais une parfaite cantinière, petite Marie; mais, par malheur, tu n’as pas de cantine, et je serai réduit à boire l’eau de cette mare.

—Vous voudriez du vin, pas vrai? Il vous faudrait peut-être du café? vous vous croyez à la foire sous la ramée! Appelez l’aubergiste: de la liqueur au fin laboureur de Belair!

—Ah! petite méchante, vous vous moquez de moi? Vous ne boiriez pas du vin, vous, si vous en aviez?

—Moi? j’en ai bu ce soir avec vous chez la Rebec, pour la seconde fois de ma vie; mais si vous êtes bien sage, je vais vous en donner une bouteille quasi pleine, et du bon encore!

—Comment, Marie, tu es donc sorcière, décidément?

—Est-ce que vous n’avez pas fait la folie de demander deux bouteilles de vin à la Rebec? Vous en avez bu une avec votre petit, et j’ai à peine avalé trois gouttes de celle que vous aviez mise devant moi. Cependant vous les avez payées toutes les deux sans y regarder.

—Eh bien?

—Eh bien, j’ai mis dans mon panier celle qui n’avait pas été bue, parce que j’ai pensé que vous ou votre petit auriez soif en route; et la voilà.

—Tu es la fille la plus avisée que j’aie jamais rencontrée. Voyez! elle pleurait pourtant, cette pauvre enfant, en sortant de l’auberge! ça ne l’a pas empêchée de penser aux autres plus qu’à elle-même. Petite Marie, l’homme qui t’épousera ne sera pas sot.

—Je l’espère, car je n’aimerais pas un sot. Allons, mangez vos perdrix, elles sont cuites à point; et, faute de pain, vous vous contenterez de châtaignes.

—Et où diable as-tu pris aussi des châtaignes?

—C’est bien étonnant! tout le long du chemin, j’en ai pris aux branches en passant, et j’en ai rempli mes poches.

—Et elles sont cuites aussi?

—A quoi donc aurais-je eu l’esprit si je ne les avais pas mises dans le feu dès qu’il a été allumé? Ça se fait toujours, aux champs.

—Ah çà, petite Marie, nous allons souper ensemble! je veux boire à ta santé et te souhaiter un bon mari… là, comme tu le souhaiterais toi-même. Dis-moi un peu cela!

—J’en serais fort empêchée, Germain, car je n’y ai pas encore songé.

—Comment, pas du tout? jamais? dit Germain, en commençant à manger avec un appétit de laboureur, mais coupant les meilleurs morceaux pour les offrir à sa compagne, qui refusa obstinément et se contenta de quelques châtaignes. Dis-moi donc, petite Marie, reprit-il, voyant qu’elle ne songeait pas à lui répondre, tu n’as pas encore eu l’idée du mariage? tu es en âge, pourtant!

—Peut-être, dit-elle; mais je suis trop pauvre. Il faut au moins cent écus pour entrer en ménage, et je dois travailler cinq ou six ans pour les amasser.

—Pauvre fille! je voudrais que le père Maurice voulût bien me donner cent écus pour t’en faire cadeau.

—Grand merci, Germain. Eh bien! qu’est-ce qu’on dirait de moi?

—Que veux-tu qu’on dise? on sait bien que je suis vieux et que je ne peux pas t’épouser. Alors on ne supposerait pas que je… que tu…

—Dites donc, laboureur! voilà votre enfant qui se réveille, dit la petite Marie.

IX

LA PRIERE DU SOIR

Petit-Pierre s’était soulevé et regardait autour de lui d’un air pensif.

—Ah! il n’en fait jamais d’autre quand il entend manger, celui-là! dit Germain: le bruit du canon ne le réveillerait pas; mais quand on remue les mâchoires auprès de lui, il ouvre les yeux tout de suite.

—Vous avez dû être comme ça à son âge, dit la petite Marie avec un sourire malin. Allons, mon petit Pierre, tu cherches ton ciel de lit? Il est fait de verdure, ce soir, mon enfant; mais ton père n’en soupe pas moins. Veux-tu souper avec lui? Je n’ai pas mangé ta part; je me doutais bien que tu la réclamerais!

—Marie, je veux que tu manges, s’écria le laboureur, je ne mangerai plus. Je suis un vorace, un grossier: toi, tu te prives pour nous, ce n’est pas juste, j’en ai honte. Tiens, ça m’ôte la faim; je ne veux pas que mon fils soupe, si tu ne soupes pas.

—Laissez-nous tranquilles, répondit la petite Marie, vous n’avez pas la clef de nos appétits. Le mien est fermé aujourd’hui, mais celui de votre Pierre est ouvert comme celui d’un petit loup. Tenez, voyez comme il s’y prend! Oh! ce sera aussi un rude laboureur!

En effet, Petit-Pierre montra bientôt de qui il était fils, et à peine éveillé, ne comprenant ni où il était, ni comment il y était venu, il se mit à dévorer. Puis, quand il n’eut plus faim, se trouvant excité comme il arrive aux enfants qui rompent leurs habitudes, il eut plus d’esprit, plus de curiosité et plus de raisonnement qu’à l’ordinaire. Il se fit expliquer où il était, et quand il sut que c’était au milieu d’un bois, il eut un peu peur.

—Y a-t-il des méchantes bêtes dans ce bois? demanda-t-il à son père.

—Non, fit le père, il n’y en a point. Ne crains rien.

—Tu as donc menti quand tu m’as dit que si j’allais avec toi dans les grands bois les loups m’emporteraient?

—Voyez-vous ce raisonneur? dit Germain embarrassé.

—Il a raison, reprit la petite Marie, vous lui avez dit cela: il a bonne mémoire, il s’en souvient. Mais apprends, mon petit Pierre, que ton père ne ment jamais. Nous avons passé les grands bois pendant que tu dormais, et nous sommes à présent dans les petits bois, où il n’y a pas de méchantes bêtes.

—Les petits bois sont-ils bien loin des grands?

—Assez loin; d’ailleurs les loups ne sortent pas des grands bois. Et puis, s’il en venait ici, ton père les tuerait.

—Et toi aussi, petite Marie?

—Et nous aussi, car tu nous aiderais bien, mon Pierre? Tu n’as pas peur, toi? Tu taperais bien dessus!

—Oui, oui, dit l’enfant enorgueilli, en prenant une pose héroïque, nous les tuerions!

—Il n’y a personne comme toi pour parler aux enfants, dit Germain à la petite Marie, et pour leur faire entendre raison. Il est vrai qu’il n’y a pas longtemps que tu étais toi-même un petit enfant, et tu te souviens de ce que te disait ta mère. Je crois bien que plus on est jeune, mieux on s’entend avec ceux qui le sont. J’ai grand’peur qu’une femme de trente ans, qui ne sait pas encore ce que c’est que d’être mère, n’apprenne avec peine à babiller et à raisonner avec des marmots.

—Pourquoi donc pas, Germain? Je ne sais pourquoi vous avez une mauvaise idée touchant cette femme; vous en reviendrez!

—Au diable la femme! dit Germain. Je voudrais en être revenu pour n’y plus retourner. Qu’ai-je besoin d’une femme que je ne connais pas?

—Mon petit père, dit l’enfant, pourquoi donc est-ce que tu parles toujours de ta femme aujourd’hui, puisqu’elle est morte?…

—Hélas! tu ne l’as donc pas oubliée, toi, ta pauvre chère mère?

—Non, puisque je l’ai vu mettre dans une belle boîte de bois blanc, et que ma grand’mère m’a conduit auprès pour l’embrasser et lui dire adieu! … Elle était toute blanche et toute froide, et tous les soirs ma tante me fait prier le bon Dieu pour qu’elle aille se réchauffer avec lui dans le ciel. Crois-tu qu’elle y soit, à présent?

—Je l’espère, mon enfant; mais il faut toujours prier, ça fait voir à ta mère que tu l’aimes.

—Je vas dire ma prière, reprit l’enfant; je n’ai pas pensé à la dire ce soir. Mais je ne peux pas la dire tout seul; j’en oublie toujours un peu. Il faut que la petite Marie m’aide.

—Oui, mon Pierre, je vas t’aider, dit la jeune fille. Viens là te mettre à genoux sur moi.

L’enfant s’agenouilla sur la jupe de la jeune fille, joignit ses petites mains, et se mit à réciter sa prière, d’abord avec attention et ferveur, car il savait très bien le commencement; puis avec plus de lenteur et d’hésitation, et enfin répétant mot à mot ce que lui dictait la petite Marie, lorsqu’il arriva à cet endroit de son oraison, où le sommeil le gagnant chaque soir, il n’avait jamais pu l’apprendre jusqu’au bout. Cette fois encore, le travail de l’attention et la monotonie de son propre accent produisirent leur effet accoutumé, il ne prononça plus qu’avec effort les dernières syllabes, et encore après se les être fait répéter trois fois; sa tête s’appesantit et se pencha sur la poitrine de Marie: ses mains se détendirent, se séparèrent et retombèrent ouvertes sur ses genoux. A la lueur du feu du bivouac, Germain regarda son petit ange assoupi sur le cœur de la jeune fille, qui, le soutenant dans ses bras et réchauffant ses cheveux blonds de sa pure haleine, s’était laissée aller aussi à une rêverie pieuse, et priait mentalement pour l’âme de Catherine.

Germain fut attendri, chercha ce qu’il pourrait dire à la petite Marie pour lui exprimer ce qu’elle lui inspirait d’estime et de reconnaissance, mais ne trouva rien qui pût rendre sa pensée. Il s’approcha d’elle pour embrasser son fils qu’elle tenait toujours pressé contre son sein, et il eut peine à détacher ses lèvres du front du petit Pierre.

—Vous l’embrassez trop fort, lui dit Marie en repoussant doucement la tête du laboureur, vous allez le réveiller. Laissez-moi le recoucher puisque le voilà reparti pour les rêves du paradis.

L’enfant se laissa coucher, mais en s’étendant sur la peau de chèvre du bât, il demanda s’il était sur la Grise. Puis, ouvrant ses grands yeux bleus, et les tenant fixés vers les branches pendant une minute, il parut rêver tout éveillé, ou être frappé d’une idée qui avait glissé dans son esprit durant le jour, et qui s’y formulait à l’approche du sommeil. "Mon petit père, dit-il, si tu veux me donner une autre mère, je veux que ce soit la petite Marie."

Et, sans attendre de réponse, il ferma les yeux et s’endormit.

X

MALGRE LE FROID

La petite Marie ne parut pas faire d’autre attention aux paroles bizarres de l’enfant que de les regarder comme une parole d’amitié; elle l’enveloppa avec soin, ranima le feu, et, comme le brouillard endormi sur la mare voisine ne paraissait nullement près de s’éclaircir, elle conseilla à Germain de s’arranger auprès du feu pour faire un somme.