La Bête humaineParte 39 de 42
Original em francês · tradução para inglês
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Cabuche, cette nuit-là comme les autres, avait franchi la haie du terrain, rôdant sous la fenêtre de Séverine. Il savait bien que Roubaud était attendu, il ne s'étonnait pas de la lumière qui filtrait par la fente d'un volet. Mais cet homme bondissant du perron, ce galop enragé de bête s'éloignant dans la campagne, venaient de le clouer de surprise. Et il n'était déjà plus temps de se mettre à la poursuite du fuyard, le carrier restait effaré, plein d'inquiétude et d'hésitation devant la porte ouverte, bâillant sur le grand trou noir du vestibule. Qu'arrivait-il donc? devait-il entrer? Le lourd silence, l'immobilité absolue, pendant que cette lampe continuait à brûler, là-haut, lui serraient le coeur d'une angoisse croissante.
Enfin, Cabuche se décida, monta à tâtons. Devant la porte de la chambre, laissée ouverte elle aussi, il s'arrêta de nouveau. Dans la clarté tranquille, il lui semblait voir de loin un tas de jupons, devant le lit. Sans doute Séverine était déshabillée. Doucement, il appela, pris de trouble, les veines battant à grands coups. Puis, il aperçut le sang, il comprit, s'élança, avec un terrible cri qui sortait de son coeur déchiré. Mon dieu! c'était elle, assassinée, jetée là, dans sa nudité pitoyable. Il crut qu'elle râlait encore, il avait un tel désespoir, une honte si douloureuse, à la voir agoniser toute nue, qu'il la saisit d'un élan fraternel, à pleins bras, la souleva, la posa sur le lit, dont il rejeta le drap, pour la couvrir. Mais, dans cette étreinte, l'unique tendresse entre eux, il s'était couvert de sang, les deux mains, la poitrine. Il ruisselait de son sang. Et, à cette minute, il vit que Roubaud et Misard étaient là. Ils venaient, eux également, de se décider à monter, en trouvant toutes les portes ouvertes. Le mari arrivait en retard, pour s'être arrêté à causer avec le garde-barrière, qui l'avait ensuite accompagné, en continuant la conversation. Tous deux, stupides, regardaient Cabuche, dont les mains saignaient comme celles d'un boucher.
—Le même coup que pour le président, finit par dire Misard, en examinant la blessure. Roubaud hocha la tête sans répondre, sans pouvoir détacher ses regards de Séverine, de ce masque d'abominable terreur, les cheveux noirs dressés sur le front, les yeux bleus démesurément élargis, qui demandaient pourquoi.
XII
Trois mois plus tard, par une tiède nuit de juin, Jacques conduisait l'express du Havre, parti de Paris à six heures trente. Sa nouvelle machine, la machine 608, toute neuve, dont il avait le pucelage, disait-il, et qu'il commençait à bien connaître, n'était pas commode, rétive, fantasque, ainsi que ces jeunes cavales qu'il faut dompter par l'usure, avant qu'elles se résignent au harnais. Il jurait souvent contre elle, regrettant la Lison; il devait la surveiller de près, la main toujours sur le volant du changement de marche. Mais, cette nuit-là, le ciel était d'une douceur si délicieuse, qu'il se sentait porté à l'indulgence, la laissant galoper un peu à sa fantaisie, heureux lui-même de respirer largement. Jamais il ne s'était mieux porté, sans remords, l'air soulagé, dans une grande paix heureuse.
Lui qui ne parlait jamais en route, plaisanta Pecqueux, qu'on lui avait laissé pour chauffeur.
—Quoi donc? vous ouvrez l'oeil comme un homme qui n'a bu que de l'eau.
Pecqueux, en effet, contre son habitude, semblait à jeun et très sombre. Il répondit d'une voix dure:
—Faut ouvrir l'oeil, quand on veut voir clair.
Défiant, Jacques le regarda, en homme dont la conscience n'est point nette. La semaine précédente, il s'était laissé aller aux bras de la maîtresse du camarade, cette terrible Philomène, qui, depuis longtemps, se frottait à lui, comme une maigre chatte amoureuse. Et il n'y avait pas eu là seulement une minute de curiosité sensuelle, il cédait surtout au désir de faire une expérience: était-il définitivement guéri, maintenant qu'il avait contenté son affreux besoin? celle-là, pourrait-il la posséder, sans lui planter un couteau dans la gorge? Deux fois déjà, il l'avait eue, et rien, pas un malaise, pas un frisson. Sa grande joie, son air apaisé et riant devait venir, même à son insu, du bonheur de n'être plus qu'un homme comme les autres.
Pecqueux ayant ouvert le foyer de la machine, pour mettre du charbon, il l'arrêta.
—Non, non, ne la poussez pas trop, elle va bien.
Alors, le chauffeur grogna de mauvaises paroles.
—Ah! ouitche! bien… Une jolie farceuse, une belle saloperie! … Quand je pense qu'on tapait sur l'autre, la vieille, qui était si docile! … Cette gourgandine-ci, ça ne vaut pas un coup de pied au cul.
Jacques, pour ne pas avoir à se fâcher, évitait de répondre. Mais il sentait bien que l'ancien ménage à trois n'était plus; car la bonne amitié, entre lui, le camarade et la machine, s'en était allée, à la mort de la Lison. Maintenant, on se querellait pour un rien, pour un écrou trop serré, pour une pelletée de charbon mise de travers. Et il se promettait d'être prudent avec Philomène, ne voulant pas en arriver à une guerre ouverte, sur cet étroit plancher mouvant qui les emportait, lui et son chauffeur. Tant que Pecqueux, par reconnaissance de n'être point bousculé, de pouvoir faire de petits sommes et d'achever les paniers de provisions, s'était fait son chien obéissant, dévoué jusqu'à étrangler le monde, tous deux avaient vécu en frères, silencieux dans le danger quotidien, n'ayant pas besoin de paroles pour s'entendre. Mais cela allait devenir un enfer, si l'on ne se convenait plus, toujours côte à côte, secoués ensemble, pendant qu'on se mangerait. Justement, la Compagnie avait dû, la semaine précédente, séparer le mécanicien et le chauffeur de l'express de Cherbourg, parce que, désunis à cause d'une femme, le premier brutalisait le second qui n'obéissait plus: des coups, de vraies batailles en route, dans l'oubli complet de la queue de voyageurs roulant derrière eux, à toute vitesse.
Deux fois encore, Pecqueux rouvrit le foyer, y jeta du charbon, par désobéissance, cherchant une dispute sans doute; et Jacques feignit de ne pas s'en apercevoir, l'air tout à la manoeuvre, avec l'unique précaution chaque fois de tourner le volant de l'injecteur, pour diminuer la pression. Il faisait si doux, le petit vent frais de la marche était si bon, dans la chaude nuit de juillet! A onze heures cinq, lorsque l'express arriva au Havre, les deux hommes firent la toilette de la machine d'un air de bon accord, comme autrefois.
Mais, au moment où ils quittaient le dépôt pour aller se coucher rue François-Mazeline, une voix les appela.
—On est donc bien pressé? Entrez une minute!
C'était Philomène, qui, du seuil de la maison de son frère, devait guetter Jacques. Elle avait eu un mouvement de contrariété vive, en apercevant Pecqueux; et elle ne se décidait à les héler ensemble, que pour le plaisir de causer au moins avec son nouvel ami, quitte à subir la présence de l'ancien.
—Fiche-nous la paix, hein! gronda Pecqueux. Tu nous embêtes, nous avons sommeil.
—Est-il aimable! reprit gaiement Philomène. Mais monsieur Jacques n'est pas comme toi, il prendrait tout de même un petit verre… N'est-ce pas, monsieur Jacques?
Le mécanicien allait refuser, par prudence, quand le chauffeur, brusquement, accepta, cédant à l'idée de les guetter et de se faire une certitude. Ils entrèrent dans la cuisine, ils s'assirent devant la table, où elle avait posé des verres et une bouteille d'eau-de-vie, en reprenant à voix plus basse:
—Faut tâcher de ne pas faire trop de bruit, parce que mon frère dort, là-haut, et qu'il n'aime guère que je reçoive du monde.
Puis, comme elle les servait, tout de suite elle ajouta:
—A propos, vous savez que la mère Lebleu est claquée, ce matin… Oh! ça, je l'avais dit: ça la tuera, si on la met dans ce logement du derrière, une vraie prison. Elle a encore duré quatre mois, à se manger le sang de ne plus rien voir que du zinc… Et ce qui l'a achevée, dès qu'il lui est devenu impossible de bouger de son fauteuil, ç'a été sûrement de ne plus pouvoir espionner mademoiselle Guichon et monsieur Dabadie, une habitude qu'elle avait prise. Oui, elle s'est enragée de n'avoir jamais rien surpris entre eux, elle en est morte.
Philomène s'arrêta, avala une gorgée d'eau-de-vie; et, avec un rire:
—Sans doute qu'ils couchent ensemble. Seulement, ils sont si malins! Ni vu ni connu, je t'embrouille! … Je crois tout de même que la petite madame Moulin les a vus un soir. Mais pas de danger qu'elle cause, celle-là: elle est trop bête, et d'ailleurs son mari, le sous-chef…
De nouveau, elle s'interrompit pour s'écrier:
—Dites donc, c'est la semaine prochaine que ça se juge, à Rouen, l'affaire des Roubaud.
Jusque-là, Jacques et Pecqueux l'avaient écoutée, sans placer un mot. Le dernier la trouvait simplement bien bavarde; jamais, avec lui, elle ne faisait tant de frais de conversation; et il ne la quittait pas des yeux, peu à peu échauffé de jalousie, à la voir ainsi s'exciter devant son chef.
—Oui, répondit le mécanicien d'un air de parfaite tranquillité, j'ai reçu la citation.
Philomène se rapprocha, heureuse de le frôler du coude.
—Moi aussi, je suis témoin… Ah! monsieur Jacques, lorsqu'on m'a interrogée à propos de vous, car vous savez qu'on a voulu connaître la vraie vérité sur vos rapports avec cette pauvre dame; oui, lorsqu'on m'a interrogée, j'ai dit au juge: «Mais, monsieur, il l'adorait, c'est impossible qu'il lui ait fait du mal!» N'est-ce pas? je vous avais vus ensemble, moi, j'étais bien placée pour en parler.
—Oh! dit le jeune homme avec un geste d'indifférence, je n'étais pas inquiet, je pouvais donner, heure par heure, l'emploi de mon temps… Si la Compagnie m'a gardé, c'est qu'il n'y avait pas le plus petit reproche à me faire.
Un silence régna, tous trois burent lentement.
—Ça fait frémir, reprit Philomène. Cette bête féroce, ce Cabuche qu'on a arrêté, encore tout couvert du sang de la pauvre dame! Faut-il qu'il y ait des hommes idiots! tuer une femme parce qu'on a envie d'elle, comme si ça les avançait à quelque chose, quand la femme n'est plus là! … et ce que je n'oublierai jamais de la vie, voyez-vous, c'est lorsque monsieur Cauche, là-bas, sur le quai, est venu arrêter aussi monsieur Roubaud. J'y étais. Vous savez que ça s'est passé huit jours après seulement, lorsque monsieur Roubaud, au lendemain de l'enterrement de sa femme, avait repris son service d'un air tranquille. Alors donc, monsieur Cauche lui a tapé sur l'épaule, en disant qu'il avait l'ordre de l'emmener en prison. Vous pensez! eux qui ne se quittaient point, qui jouaient ensemble, les nuits entières! Mais, quand on est commissaire, n'est-ce pas? on mènerait son père et sa mère à la guillotine, puisque c'est le métier qui veut ça. Il s'en fiche bien, monsieur Cauche! je l'ai encore aperçu au café du Commerce, tantôt, qui battait les cartes, sans plus s'inquiéter de son ami que du grand Turc! Pecqueux, les dents serrées, allongea un coup de poing sur la table.
—Tonnerre de Dieu! si j'étais à la place de ce cocu de Roubaud! … Vous couchiez avec sa femme, vous. Un autre la lui tue. Et voilà qu'on l'envoie aux assises… Non, c'est à crever de rage!
—Mais, grande bête, s'écria Philomène, puisqu'on l'accuse d'avoir poussé l'autre à le débarrasser de sa femme, oui, pour des affaires d'argent, est-ce que je sais! Il paraît qu'on a retrouvé chez Cabuche la montre du président Grandmorin: vous vous rappelez, le monsieur qu'on a assassiné en wagon, il y a dix-huit mois. Alors, on a raccroché ce mauvais coup avec le mauvais coup de l'autre jour, toute une histoire, une vraie bouteille à l'encre. Moi, je ne peux pas vous expliquer, mais c'était sur le journal, il y en avait bien deux colonnes.
Distrait, Jacques ne semblait pas même écouter. Il murmura:
—A quoi bon s'en casser la tête, est-ce que ça nous regarde? … Si la justice ne sait pas ce qu'elle fait, ce n'est pas nous qui le saurons.
Puis, il ajouta, les yeux perdus au loin, les joues envahies de pâleur:
—Dans tout cela, il n'y a que cette pauvre femme… Ah! la pauvre, la pauvre femme!
—Moi, conclut violemment Pecqueux, moi qui en ai une, de femme, si quelqu'un s'avisait de la toucher, je commencerais par les étrangler tous les deux. Après, on pourrait bien me couper le cou, ça me serait égal.
Il y eut un nouveau silence. Philomène, qui remplissait une seconde fois les petits verres, affecta de hausser les épaules, en ricanant. Mais elle était toute bouleversée au fond, elle l'étudiait d'un regard oblique. Il se négligeait beaucoup, très sale, en guenilles, depuis que la mère Victoire, devenue impotente à la suite de sa fracture, avait dû lâcher son poste de la salubrité et se faire admettre dans un hospice. Elle n'était plus là, tolérante et maternelle, pour lui glisser des pièces blanches, pour le raccommoder, ne voulant pas que l'autre, celle du Havre, l'accusât de tenir mal leur homme. Et Philomène, séduite par l'air mignon et propre de Jacques, faisait la dégoûtée.
—C'est ta femme de Paris que tu étranglerais? demanda-t-elle par bravade. Pas de danger qu'on te l'enlève, celle-là!
—Celle-là ou une autre! gronda-t-il.
Mais déjà elle trinquait, d'un air de plaisanterie.
—A ta santé, tiens! Et apporte-moi ton linge, pour que je le fasse laver et repriser, car, vraiment, tu ne nous fais plus honneur, ni à l'une ni à l'autre… A votre santé, monsieur Jacques!
Comme s'il fût sorti d'un songe, Jacques tressaillit. Dans l'absence complète de remords, dans ce soulagement, ce bien-être physique où il vivait depuis le meurtre, Séverine passait ainsi parfois, apitoyant jusqu'aux larmes l'homme doux qui était en lui. Et il trinqua, en disant précipitamment, pour cacher son trouble:
—Vous savez que nous allons avoir la guerre?
—Pas possible! s'écria Philomène. Avec qui donc?
—Mais avec les Prussiens… Oui, à cause d'un prince de chez eux qui veut être roi en Espagne. Hier, à la Chambre, il n'a été question que de cette histoire.
Alors, elle se désola.
—Ah bien! ça va être drôle! Ils nous ont déjà assez embêtés, avec leurs élections, leur plébiscite et leurs émeutes, à Paris! … Si l'on se bat, dites, est-ce qu'on prendra tous les hommes?
—Oh! nous autres, nous sommes garés, on ne peut pas désorganiser les chemins de fer… Seulement, ce qu'on nous bousculerait, à cause du transport des troupes et des approvisionnements! Enfin, si ça arrive, il faudra bien faire son devoir.
Et, sur ce mot, il se leva, en voyant qu'elle avait fini par glisser une de ses jambes sous les siennes, et que Pecqueux s'en apercevait, le sang au visage, serrant déjà les poings.
—Allons nous coucher, il est temps.
—Oui, ça vaudra mieux, bégaya le chauffeur.
Il avait empoigné le bras de Philomène, il le serrait à le briser. Elle retint un cri de douleur, elle se contenta de souffler à l'oreille du mécanicien, pendant que l'autre achevait rageusement son petit verre:
—Méfie-toi, c'est une vraie brute, quand il a bu.
Mais, dans l'escalier, des pas lourds descendaient; et elle s'effara.
—Mon frère! … Filez vite, filez vite!
Les deux hommes n'étaient pas à vingt pas de la maison qu'ils entendirent des gifles, suivies de hurlements. Elle recevait une abominable correction, comme une petite fille prise en faute, le nez dans un pot de confitures. Le mécanicien s'était arrêté, prêt à la secourir. Mais il fut retenu par le chauffeur.
—Quoi? est-ce que ça vous regarde, vous? … Ah! la nom de Dieu de garce! s'il pouvait l'assommer!
Rue François-Mazeline, Jacques et Pecqueux se couchèrent, sans échanger une parole. Les deux lits se touchaient presque, dans l'étroite chambre; et, longtemps, ils restèrent éveillés, les yeux ouverts, chacun à écouter la respiration de l'autre.
C'était le lundi que devaient commencer, à Rouen, les débats de l'affaire Roubaud. Il y avait là un triomphe pour le juge d'instruction Denizet, car on ne tarissait pas d'éloges, dans le monde judiciaire, sur la façon dont il venait de mener à bien cette affaire compliquée et obscure: un chef-d'oeuvre de fine analyse, disait-on, une reconstitution logique de la vérité, une création véritable, en un mot.
D'abord, dès qu'il se fut transporté sur les lieux, à la Croix-de-Maufras, quelques heures après le meurtre de Séverine, M. Denizet fit arrêter Cabuche. Tout désignait ouvertement celui-ci, le sang dont il ruisselait, les dépositions accablantes de Roubaud et de Misard, qui racontaient de quelle manière ils l'avaient surpris, avec le cadavre, seul, éperdu. Interrogé, pressé de dire pourquoi et comment il se trouvait dans cette chambre, le carrier bégaya une histoire, que le juge accueillit d'un haussement d'épaules, tellement elle lui parut niaise et classique. Il l'attendait, cette histoire, toujours la même, de l'assassin imaginaire, du coupable inventé, dont le vrai coupable disait avoir entendu la fuite, au travers de la campagne noire. Ce loup-garou était loin, n'est-ce pas? s'il courait toujours. D'ailleurs, lorsqu'on lui demanda ce qu'il faisait devant la maison, à pareille heure, Cabuche se troubla, refusa de répondre, finit par déclarer qu'il se promenait. C'était enfantin, comment croire à cet inconnu mystérieux, assassinant, se sauvant, laissant toutes les portes ouvertes, sans avoir fouillé un meuble ni emporté même un mouchoir? D'où serait-il venu? pourquoi aurait-il tué? Le juge, cependant, dès le début de son enquête, ayant su la liaison de la victime et de Jacques, s'inquiéta de l'emploi du temps de ce dernier; mais, outre que l'accusé lui-même reconnaissait avoir accompagné Jacques à Barentin, pour le train de quatre heures quatorze, l'aubergiste de Rouen jurait ses grands dieux que le jeune homme, couché tout de suite après son dîner, était seulement sorti de sa chambre le lendemain, vers sept heures. Et puis, un amant n'égorge pas sans raison une maîtresse qu'il adore, avec laquelle il n'a jamais eu l'ombre d'une querelle. Ce serait absurde. Non! non! il n'y avait qu'un assassin possible, un assassin évident, le repris de justice trouvé là, les mains rouges, le couteau à ses pieds, cette bête brute qui faisait à la justice des contes à dormir debout.