L'Homme qui rit Cap. 1/8 · 0%

L'Homme qui ritParte 38 de 65

Victor Hugo

Original em francês · tradução para inglês

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Un soir, Gwynplaine, ayant en lui cette surcharge de félicité qui, pareille à l’ivresse des parfums, cause une sorte de divin malaise, rôdait, comme il faisait d’ordinaire après le spectacle terminé, dans le pré, à quelque cent pas de la Green-Box. On a de ces heures de dilatation où l’on dégorge le trop-plein de son cœur. La nuit était noire et transparente; il faisait clair d’étoiles. Tout le champ de foire était désert, et il n’y avait que du sommeil et de l’oubli dans les baraques éparses autour du Tarrinzeau-field.

Une seule lumière n’était pas éteinte; c’était la lanterne de l’inn Tadcaster, entr’ouvert et attendant la rentrée de Gwynplaine.

Minuit venait de sonner aux cinq paroisses de Southwark avec les intermittences et les différences de voix d’un clocher à l’autre.

Gwynplaine songeait à Dea. A quoi eût-il songé? Mais ce soir-là, singulièrement confus, plein d’un charme où il y avait de l’angoisse, il songeait à Dea comme un homme songe à une femme. Il se le reprochait. C’était une diminution. La sourde attaque de l’époux commençait en lui. Douce et impérieuse impatience. Il franchissait la frontière invisible; en deçà il y a la vierge, au delà il y a la femme. Il se questionnait avec anxiété; il avait ce qu’on pourrait nommer la rougeur intérieure. Le Gwynplaine des premières années s’était peu à peu transformé dans l’inconscience d’une croissance mystérieuse. L’ancien adolescent pudique se sentait devenir trouble et inquiétant. Nous avons l’oreille de lumière où parle l’esprit, et l’oreille d’obscurité où parle l’instinct. Dans cette oreille amplifiante des voix inconnues lui faisaient des offres. Si pur que soit le jeune homme qui rêve d’amour, un certain épaississement de chair finit toujours par s’interposer entre son rêve et lui. Les intentions perdent leur transparence. L’inavouable voulu par la nature fait son entrée dans la conscience. Gwynplaine éprouvait on ne sait quel appétit de cette matière où sont toutes les tentations, et qui manquait presque à Dea. Dans sa fièvre, qui lui semblait malsaine, il transfigurait Dea, du côté périlleux peut-être, et il tâchait d’exagérer cette forme séraphique jusqu’à la forme féminine. C’est de toi, femme, que nous avons besoin.

Trop de paradis, l’amour en arrive à ne pas vouloir cela. Il lui faut la peau fiévreuse, la vie émue, le baiser électrique et irréparable, les cheveux dénoués, l’étreinte ayant un but. Le sidéral gêne. L’éthéré pèse. L’excès de ciel dans l’amour, c’est l’excès de combustible dans le feu; la flamme en souffre. Dea saisissable et saisie, la vertigineuse approche qui mêle en deux êtres l’inconnu de la création, Gwynplaine, éperdu, avait ce cauchemar exquis. Une femme! Il entendait en lui ce profond cri de la nature. Comme un Pygmalion du rêve modelant une Galatée de l’azur, il faisait témérairement, au fond de son âme, des retouches à ce contour chaste de Dea; contour trop céleste et pas assez édénique; car l’éden, c’est Ève; et Ève était une femelle, une mère charnelle, une nourrice terrestre, le ventre sacré des générations, la mamelle du lait inépuisable, la berceuse du monde nouveau-né; et le sein exclut les ailes. La virginité n’est que l’espérance de la maternité. Pourtant, dans les mirages de Gwynplaine, Dea jusqu’alors avait été au-dessus de la chair. En ce moment, égaré, il essayait dans sa pensée de l’y faire redescendre, et il tirait ce fil, le sexe, qui tient toute jeune fille liée à la terre. Pas un seul de ces oiseaux n’est lâché. Dea, pas plus qu’une autre, n’était hors la loi, et Gwynplaine, tout en ne l’avouant qu’à demi, avait une vague volonté qu’elle s’y soumît. Il avait cette volonté malgré lui, et dans une rechute continuelle. Il se figurait Dea humaine. Il en était à concevoir une idée inouïe: Dea, créature, non plus seulement d’extase, mais de volupté; Dea la tête sur l’oreiller. Il avait honte de cet empiétement visionnaire; c’était comme un effort de profanation; il résistait à cette obsession; il s’en détournait, puis il y revenait; il lui semblait commettre un attentat à la pudeur. Dea était pour lui un nuage. Frémissant, il écartait ce nuage comme il eût soulevé une chemise. On était en avril.

La colonne vertébrale a ses rêveries.

Il faisait des pas au hasard avec cette oscillation distraite qu’on a dans la solitude. N’avoir personne autour de soi, cela aide à divaguer. Où allait sa pensée? il n’eût osé se le dire à lui-même. Dans le ciel? Non. Dans un lit. Vous le regardiez, astres.

Pourquoi dit-on un amoureux? On devrait dire un possédé. Être possédé du diable, c’est l’exception; être possédé de la femme, c’est la règle. Tout homme subit cette aliénation de soi-même. Quelle sorcière qu’une jolie femme! Le vrai nom de l’amour, c’est captivité.

On est fait prisonnier par l’âme d’une femme. Par sa chair aussi. Quelquefois plus encore par la chair que par l’âme. L’âme est l’amante; la chair est la maîtresse.

On calomnie le démon. Ce n’est pas lui qui a tenté Eve. C’est Ève qui l’a tenté. La femme a commencé.

Lucifer passait tranquille. Il a aperçu la femme. Il est devenu Satan.

La chair, c’est le dessus de l’inconnu. Elle provoque, chose étrange, par la pudeur. Rien de plus troublant. Elle a honte, cette effrontée.

En cet instant-là, ce qui agitait Gwynplaine et ce qui le tenait, c’était cet effrayant amour de surface. Moment redoutable que celui où l’on veut la nudité. Un glissement dans la faute est possible. Que de ténèbres dans cette blancheur de Vénus!

Quelque chose en Gwynplaine appelait à grands cris Dea, Dea fille, Dea moitié d’un homme, Dea chair et flamme, Dea gorge nue. Il chassait presque l’ange. Crise mystérieuse que tout amour traverse, et où l’idéal est en danger. Ceci est la préméditation de la création.

Moment de corruption céleste.

L’amour de Gwynplaine pour Dea devenait nuptial. L’amour virginal n’est qu’une transition. Le moment était arrivé. Il fallait à Gwynplaine cette femme.

Il lui fallait une femme.

Pente dont on ne voit que le premier plan.

L’appel indistinct de la nature est inexorable.

Toute la femme, quel gouffre!

Heureusement, pour Gwynplaine, il n’y avait d’autre femme que Dea. La seule dont il voulût. La seule qui pût vouloir de lui.

Gwynplaine avait ce grand frisson vague qui est la réclamation vitale de l’infini.

Ajoutez l’aggravation du printemps. Il aspirait les effluves sans nom de l’obscurité sidérale. Il allait devant lui, délicieusement hagard. Les parfums errants de la sève en travail, les irradiations capiteuses qui flottent dans l’ombre, l’ouverture lointaine des fleurs nocturnes, la complicité des petits nids cachés, les bruissements d’eaux et de feuilles, les soupirs sortant des choses, la fraîcheur, la tiédeur, tout ce mystérieux éveil d’avril et de mai, c’est l’immense sexe épars proposant à voix basse la volupté, provocation vertigineuse qui fait bégayer l’âme. L’idéal ne sait plus ce qu’il dit.

Qui eût vu marcher Gwynplaine eût pensé: Tiens! un ivrogne!

Il chancelait presque en effet sous le poids de son cœur, du printemps et de la nuit.

La solitude dans le bowling-green était si paisible que, par instants, il parlait haut.

Se sentir pas écouté fait qu’on parle.

Il se promenait à pas lents, la tête baissée, les mains derrière le dos, la gauche dans la droite, les doigts ouverts.

Tout à coup il sentit comme le glissement de quelque chose dans l’entre-bâillement inerte de ses doigts.

Il se retourna vivement.

Il avait dans la main un papier et devant lui un homme.

C’était cet homme venu jusqu’à lui par derrière avec la précaution d’un chat, qui lui avait mis ce papier entre les doigts.

Le papier était une lettre.

L’homme, suffisamment éclairé par la pénombre stellaire, était petit, joufflu, jeune, grave, et vêtu d’une livrée couleur feu, visible du haut en bas par la fente verticale d’un long surtout gris qu’on appelait alors capenoche, mot espagnol contracté qui veut dire cape de nuit. Il était coiffé d’une gorra cramoisie, pareille à une calotte de cardinal où la domesticité serait accentuée par un galon. Sur cette calotte on apercevait un bouquet de plumes de tisserin.

Il était immobile devant Gwynplaine. On eût dit une silhouette de rêve.

Gwynplaine reconnut le mousse de la duchesse.

Avant que Gwynplaine eût pu jeter un cri de surprise, il entendit la voix grêle, à la fois enfantine et féminine, du mousse qui lui disait:

—Trouvez-vous demain à pareille heure à l’entrée du pont de Londres. J’y serai. Je vous conduirai.

—Où? demanda Gwynplaine.

—Où vous êtes attendu.

Gwynplaine abaissa ses yeux sur la lettre qu’il tenait machinalement dans sa main.

Quand il les releva, le mousse n’était plus là.

On distinguait dans la profondeur du champ de foire une vague forme obscure qui décroissait rapidement. C’était le petit laquais qui s’en allait. Il tourna un coin de rue, et il n’y eut plus personne.

Gwynplaine regarda le mousse disparaître, puis il regarda la lettre. Il est des moments dans la vie où ce qui vous arrive ne vous arrive pas; la stupeur vous maintient quelque temps à une certaine distance du fait. Gwynplaine approcha la lettre de ses yeux comme quelqu’un qui veut lire; alors, il s’aperçut qu’il ne pouvait la lire pour deux raisons: premièrement, parce qu’il ne l’avait pas décachetée; deuxièmement, parce qu’il faisait nuit. Il fut plusieurs minutes avant de se rendre compte qu’il y avait une lanterne dans l’inn. Il fit quelques pas, mais de côté, et comme s’il ne savait où aller. Un somnambule à qui un fantôme a remis une lettre marche de la sorte.

Enfin il se décida, courut plutôt qu’il n’avança vers l’inn, se plaça dans le rayon de la porte entr’ouverte, et considéra encore une fois, à cette clarté, la lettre fermée. On ne voyait aucune empreinte sur le cachet, et sur l’enveloppe il y avait: A Gwynplaine. Il brisa le cachet, déchira l’enveloppe, déplia la lettre, la mit en plein sous la lumière, et voici ce qu’il lut:

«Tu es horrible, et je suis belle. Tu es histrion, et je suis duchesse. Je suis la première, et tu es le dernier. Je veux de toi. Je t’aime. Viens.»

LIVRE QUATRIÈME LA CAVE PÉNALE

I LA TENTATION DE SAINT GWYNPLAINE

Tel jet de flamme fait à peine une piqûre aux ténèbres; tel autre met le feu à un volcan.

Il y a des étincelles énormes.

Gwynplaine lut la lettre, puis la relut. Il y avait bien ce mot: Je t’aime!

Les épouvantes se succédèrent dans son esprit.

La première, ce fut de se croire fou.

Il était fou. C’était certain. Ce qu’il venait de voir n’existait pas. Les simulacres crépusculaires jouaient de lui, misérable. Le petit homme écarlate était une lueur de vision. Quelquefois, la nuit, rien condensé en une flamme vient rire de vous. Après s’être moqué, l’être illusoire avait disparu, laissant derrière lui Gwynplaine fou. L’ombre fait de ces choses-là.

La seconde épouvante, ce fut de constater qu’il avait toute sa raison.

Une vision? mais non. Eh bien! et cette lettre? Est-ce qu’il n’avait pas une lettre entre les mains? Est-ce que ne voilà pas une enveloppe, un cachet, du papier, une écriture? Est-ce qu’il ne sait pas de qui cela vient? Rien d’obscur dans cette aventure. On a pris une plume et de l’encre, et l’on a écrit. On a allumé une bougie, et l’on a cacheté avec de la cire. Est-ce que son nom n’est pas écrit sur la lettre? A Gwynplaine. Le papier sent bon. Tout est clair. Le petit homme, Gwynplaine le connaît. Ce nain est un groom. Cette lueur est une livrée. Ce groom a donné rendez-vous à Gwynplaine pour le lendemain à la même heure, à l’entrée du pont de Londres. Est-ce que le pont de Londres est une illusion? Non, non, tout cela se tient. Il n’y a là dedans aucun délire. Tout est réalité. Gwynplaine est parfaitement lucide. Ce n’est pas une fantasmagorie tout de suite décomposée au-dessus de sa tête, et dissipée en évanouissement; c’est une chose qui lui arrive. Non, Gwynplaine n’est pas fou. Gwynplaine ne rêve pas. Et il relisait la lettre.

Eh bien, oui. Mais alors?

Alors c’est formidable.

Il y a une femme qui veut de lui.

Une femme veut de lui! En ce cas que personne ne prononce plus jamais ce mot: incroyable. Une femme veut de lui! une femme qui a vu son visage! une femme qui n’est pas aveugle! Et qui est cette femme? Une laide? non. Une belle. Une bohémienne? non. Une duchesse.

Qu’y avait-il là dedans, et qu’est-ce que cela voulait dire? Quel péril qu’un tel triomphe! mais comment ne pas s’y jeter à tête perdue?

Quoi! cette femme! la sirène, l’apparition, la lady, la spectatrice de la loge visionnaire, la ténébreuse éclatante! Car c’était elle. C’était bien elle.

Le pétillement de l’incendie commençant éclatait en lui de toutes parts. C’était cette étrange inconnue! la même qui l’avait tant troublé! Et ses premières pensées tumultueuses sur cette femme reparaissaient, comme chauffées à tout ce feu sombre. L’oubli n’est autre chose qu’un palimpseste. Qu’un accident survienne, et tous les effacements revivent dans les interlignes de la mémoire étonnée. Gwynplaine croyait avoir retiré cette figure de son esprit, et il l’y retrouvait, et elle y était empreinte, et elle avait fait son creux dans ce cerveau inconscient, coupable d’un songe. A son insu, la profonde gravure de la rêverie avait mordu très avant. Maintenant un certain mal était fait. Et toute cette rêverie, désormais peut-être irréparable, il la reprenait avec emportement.

Quoi! on voulait de lui! Quoi! la princesse descendait de son trône, l’idole de son autel, la statue de son piédestal, le fantôme de sa nuée! Quoi! du fond de l’impossible, la chimère arrivait! Quoi! cette déité du plafond, quoi! cette irradiation, quoi! cette néréide toute mouillée de pierreries, quoi! cette beauté inabordable et suprême, du haut de son escarpement de rayons, elle se penchait vers Gwynplaine! Quoi! son char d’aurore, attelé à la fois de tourterelles et de dragons, elle l’arrêtait au-dessus de Gwynplaine, et elle disait à Gwynplaine: Viens! Quoi! lui, Gwynplaine, il avait cette gloire terrifiante d’être l’objet d’un tel abaissement de l’empyrée! Cette femme, si l’on peut donner ce nom à une forme sidérale et souveraine, cette femme se proposait, se donnait, se livrait! Vertige! L’olympe se prostituait! à qui? à lui, Gwynplaine! Des bras de courtisane s’ouvraient dans un nimbe pour le serrer contre un sein de déesse! Et cela sans souillure. Ces majestés-là ne noircissent pas. La lumière lave les dieux. Et cette déesse qui venait à lui savait ce qu’elle faisait. Elle n’était pas ignorante de l’horreur incarnée en Gwynplaine. Elle avait vu ce masque qui était le visage de Gwynplaine! et ce masque ne la faisait pas reculer. Gwynplaine était aimé quoique!

Chose qui dépassait tous les songes, il était aimé parce que! Loin de faire reculer la déesse, ce masque l’attirait! Gwynplaine était plus qu’aimé, il était désiré. Il était mieux qu’accepté, il était choisi. Lui, choisi!

Quoi! là où était cette femme, dans ce royal milieu du resplendissement irresponsable et de la puissance en plein libre arbitre, il y avait des princes, elle pouvait prendre un prince; il y avait des lords, elle pouvait prendre un lord; il y avait des hommes beaux, charmants, superbes, elle pouvait prendre Adonis. Et qui prenait-elle? Gnafron! Elle pouvait choisir au milieu des météores et des foudres l’immense séraphin à six ailes, et elle choisissait la larve rampant dans la vase. D’un côté, les altesses et les seigneuries, toute la grandeur, toute l’opulence, toute la gloire; de l’autre, un saltimbanque. Le saltimbanque l’emportait! Quelle balance y avait-il donc dans le cœur de cette femme? à quel poids pesait-elle son amour? Cette femme ôtait de son front le chapeau ducal et le jetait sur le tréteau du clown! Cette femme ôtait de sa tête l’auréole olympienne et la posait sur le crâne hérissé du gnome! On ne sait quel renversement du monde, le fourmillement d’insectes en haut, les constellations en bas, engloutissait Gwynplaine éperdu sous un écroulement de lumière, et lui faisait un nimbe dans le cloaque. Une toute-puissante, en révolte contre la beauté et la splendeur, se donnait au damné de la nuit, préférait Gwynplaine à Antinous, entrait en accès de curiosité devant les ténèbres, et y descendait, et, de cette abdication de la déesse, sortait, couronnée et prodigieuse, la royauté du misérable. «Tu es horrible. Je t’aime.» Ces mots atteignaient Gwynplaine à l’endroit hideux de l’orgueil. L’orgueil, c’est là le talon où tous les héros sont vulnérables. Gwynplaine était flatté dans sa vanité de monstre. C’était comme être difforme qu’il était aimé. Lui aussi, autant et plus peut-être que les Jupiters et les Apollons, il était l’exception. Il se sentait surhumain, et tellement monstre qu’il était dieu. Éblouissement épouvantable.

Maintenant, qu’était-ce que cette femme? que savait-il d’elle? Tout et rien. C’était une duchesse, il le savait; il savait qu’elle était belle, qu’elle était riche, qu’elle avait des livrées, des laquais, des pages, et des coureurs à flambeaux autour de son carrosse à couronne. Il savait qu’elle était amoureuse de lui, ou du moins qu’elle le lui disait. Le reste, il l’ignorait. Il savait son titre, et ne savait pas son nom. Il savait sa pensée, et ne savait pas sa vie. Était-elle mariée, veuve, fille? était-elle libre? était-elle sujette à des devoirs quelconques? A quelle famille appartenait-elle? Y avait-il autour d’elle des pièges, des embûches, des écueils? Ce qu’est la galanterie dans les hautes régions oisives, qu’il y ait sur ces sommets des antres où rêvent des charmeuses féroces ayant pêle-mêle autour d’elles des ossements d’amour déjà dévorés, à quels essais tragiquement cyniques peut aboutir l’ennui d’une femme qui se croit au-dessus de l’homme, Gwynplaine ne soupçonnait rien de cela; il n’avait pas même dans l’esprit de quoi échafauder une conjecture, on est mal renseigné dans le sous-sol social où il vivait; pourtant il voyait de l’ombre. Il se rendait compte que toute cette clarté était obscure. Comprenait-il? Non. Devinait-il? Encore moins. Qu’y avait-il derrière cette lettre? Une ouverture à deux battants, et en même temps une fermeture inquiétante. D’un côté l’aveu. De l’autre l’énigme.