L'AvareParte 3 de 9
Original em francês · tradução para inglês
- Élise -
But Mais one will discover on découvrira the feint, la feinte, if one calls si l'on appelle for doctors. des médecins.
- Valère -
Are you mocking? Vous moquez-vous ? Do they know Y connaissent-ils anything about it? quelque chose ? Go, go, Allez, allez, you will be able vous pourrez with them avec eux to have avoir whatever ailment quel mal you please, il vous plaira, they ils will find you vous trouveront reasons des raisons to pour tell you vous dire whence it comes. d'où cela vient.
Scene IX. Scène IX. - - Harpagon, Valère, Élise. Harpagon, Valère, Élise.
- Harpagon -
( ( aside, à part, à part — aside (theatrical term for a line spoken to the audience)at the back of the stage. dans le fond du théâtre. ) )
It is nothing, Ce n'est rien, thank Heaven. Dieu merci. Dieu merci — thank God, thank goodness
- Valère -
( ( without seeing Harpagon. sans voir Harpagon. ) )
Finally Enfin our last resort, notre dernier recours, recours (m) — resort, remedy, recourseis that c'est que flight la fuite can put us safe from everything; nous peut mettre à couvert de tout ; à couvert de qch — sheltered from, safe from somethingand, et, if si your love, votre amour, beautiful Élise, belle Élise, is capable est capable of a firmness… d'une fermeté…
(Perceiving Harpagon.) (Apercevant Harpagon.)
Yes, Oui, it is necessary that a daughter il faut qu'une fille obey obéisse her father. à son père. It is not necessary that she Il ne faut point qu'elle look at how regarde comme a husband is made; un mari est fait ; and when et lorsque the great reason la grande raison of de "without dowry" "sans dot" dot (f) — dowryis found there, s'y rencontre, she must be ready elle doit être prête to take à prendre all that one gives her. tout ce qu'on lui donne.
- Harpagon -
Good: Bon : that is well spoken, voilà bien parlé, that! cela !
- Valère -
Sir, Monsieur, I ask your pardon je vous demande pardon if si I get a little carried away, je m'emporte un peu, s'emporter — to lose one's temper, to get carried awayand et take the boldness prends la hardiesse hardiesse (f) — boldness, audacityto speak to her de lui parler as I do. comme je fais.
- Harpagon -
How! Comment ! I am delighted by it, j'en suis ravi, and et I want je veux que you to take an absolute power tu prennes over her. sur elle un pouvoir absolu.
(To Élise.) (A Élise.)
Yes, Oui, you may flee in vain, tu as beau fuir, avoir beau + inf — to do something in vain; no matter how much one does somethingI give him je lui donne the authority l'autorité that que Heaven le ciel gives me me donne over you, sur toi, and et I intend that j'entends que entendre — /here/ to intend, to mean (not 'to hear')you do tu fasses all that he tells you. tout ce qu'il te dira.
- Valère -
(To Élise.) (A Élise.)
After that, Après cela, resist résistez à my remonstrances. mes remontrances. remontrance (f) — lecture, reprimand, remonstrance
Scene X. - Scène X. - Harpagon, Valère. Harpagon, Valère.
- Valère -
Sir, Monsieur, I am going je vais to follow her, la suivre, to continue pour continuer the lessons les leçons that que I was giving her. je lui faisais.
- Harpagon -
Yes, Oui, you will oblige me. tu m'obligeras. Certainly… Certes…
- Valère -
It is good to Il est bon de hold her a little with a high rein. lui tenir un peu la bride haute. tenir la bride haute à qn — to keep a tight rein on someone, to be strict with someone
- Harpagon -
That is true. Cela est vrai. It is necessary… Il faut…
- Valère -
Do not trouble yourself, Ne vous mettez pas en peine, se mettre en peine — to worry, to trouble oneselfI believe that je crois que I will succeed in it. j'en viendrai à bout. en venir à bout — to overcome it, to manage it, to succeed
- Harpagon -
Do, do. Fais, fais. I am going to take Je m'en vais faire a little walk in town, un petit tour en ville, and return et reviens directly. tout à l'heure. tout à l'heure — /here/ right away, immediately (can also mean 'later' or 'a moment ago' depending on context)
- Valère -
(addressing Élise, (adressant la parole à Élise, as he leaves en s'en allant by the way she exited.) du côté par où elle est sortie.)
Yes, Oui, money l'argent is more precious than est plus précieux que all things in the world, toutes les choses du monde, and you must give thanks to Heaven et vous devez rendre grâce au ciel rendre grâce à qn — to give thanks to someonefor the honest man of a father de l'honnête homme de père honnête homme — a 17th-century ideal of a gentleman: cultivated, social, and honorablethat it has given you. qu'il vous a donné. He knows Il sait what it is to live. ce que c'est que de vivre. ce que c'est que de + inf — what it means to, what it is like toWhen one offers to take Lorsqu'on s'offre de prendre a daughter without dowry, une fille sans dot, one must not look on ne doit point regarder further. plus avant. Everything is contained therein; Tout est renfermé là-dedans ; and et "without dowry" "sans dot" takes the place of beauty, tient lieu de beauté, tenir lieu de qch — to take the place of something, to serve as somethingof youth, de jeunesse, of birth, de naissance, of honor, d'honneur, of wisdom, de sagesse, and of et de probity. probité. probité (f) — integrity, honesty
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- Harpagon -
Ah ! le brave garçon ! Voilà parlé comme un oracle. Heureux qui peut avoir un domestique de la sorte !
ACTE SECOND. ——————
Scène première. - Cléante, La Flèche.
- Cléante -
Ah ! traître que tu es ! où t'es-tu donc allé fourrer ? Ne t'avais-je pas donné ordre… ?
- La Flèche -
Oui, Monsieur ; et je m'étais rendu ici pour vous attendre de pied ferme : mais monsieur votre père, le plus malgracieux des hommes, m'a chassé dehors malgré moi, et j'ai couru le risque d'être battu.
- Cléante -
Comment va notre affaire ? Les choses pressent plus que jamais ; et, depuis que je t'ai vu, j'ai découvert que mon père est mon rival.
- La Flèche -
Votre père amoureux ?
- Cléante -
Oui ; et j'ai eu toutes les peines du monde à lui cacher le trouble où cette nouvelle m'a mis.
- La Flèche -
Lui, se mêler d'aimer ! De quoi diable s'avise-t-il ? Se moque-t-il du monde ? Et l'amour a-t-il été fait pour des gens bâtis comme lui ?
- Cléante -
Il a fallu, pour mes péchés, que cette passion lui soit venue en tête.
- La Flèche -
Mais par quelle raison lui faire un mystère de votre amour ?
- Cléante -
Pour lui donner moins de soupçon, et me conserver, au besoin, des ouvertures plus aisées pour détourner ce mariage. Quelle réponse t'a-t-on faite ?
- La Flèche -
Ma foi, Monsieur, ceux qui empruntent sont bien malheureux ; et il faut essuyer d'étranges choses, lorsqu'on en est réduit à passer, comme vous, par les mains des fesse-matthieux (7).
- Cléante -
L'affaire ne se fera point ?
- La Flèche -
Pardonnez-moi. Notre maître Simon, le courtier qu'on nous a donné, homme agissant et plein de zèle, dit qu'il a fait rage pour vous, et il assure que votre seule physionomie lui a gagné le coeur.
- Cléante -
J'aurai les quinze mille francs que je demande ?
- La Flèche -
Oui ; mais à quelques petites conditions qu'il faudra que vous acceptiez, si vous avez dessein que les choses se fassent.
- Cléante -
T'a-t-il fait parler à celui qui doit prêter l'argent ?
- La Flèche -
Ah ! vraiment, cela ne va pas de la sorte. Il apporte encore plus de soin à se cacher que vous ; et ce sont des mystères bien plus grands que vous ne pensez. On ne veut point du tout dire son nom ; et l'on doit aujourd'hui l'aboucher avec vous dans une maison empruntée, pour être instruit par votre bouche de votre bien et de votre famille ; et je ne doute point que le seul nom de votre père ne rende les choses faciles.
- Cléante -
Et principalement notre mère étant morte, dont on ne peut m'ôter le bien.
- La Flèche -
Voici quelques articles qu'il a dictés lui-même à notre entremetteur, pour vous être montrés avant que de rien faire :
"Supposé que le prêteur voie toutes ses sûretés, et que l'emprunteur soit majeur et d'une famille où le bien soit ample, solide, assuré, clair, et net de tout embarras, on fera une bonne et exacte obligation par-devant un notaire, le plus honnête homme qu'il se pourra, et qui, pour cet effet sera choisi par le prêteur, auquel il importe le plus que l'acte soit dûment dressé."
- Cléante -
Il n'y a rien à dire à cela.
- La Flèche -
"Le prêteur, pour ne charger Sa conscience d'aucun scrupule, prétend ne donner son argent qu'au denier dix-huit. (8)"
- Cléante -
Au denier dix-huit ? Parbleu, voilà qui est honnête ! Il n'y a pas lieu de se plaindre.
- La Flèche -
Cela est vrai.
"Mais, comme ledit prêteur n'a pas chez lui la somme dont il est question, et que, pour faire plaisir à l'emprunteur il est contraint lui-même de l'emprunter d'un autre sur le pied du denier cinq (9), il conviendra que ledit premier emprunteur paye cet intérêt, sans préjudice du reste, attendu que ce n'est que pour l'obliger que ledit prêteur s'engage à cet emprunt."
- Cléante -
Comment diable ! Quel Juif, quel Arabe est-ce là ? C'est plus qu'au denier quatre (10).
- La Flèche -
Il est vrai ; c'est ce que j'ai dit. Vous avez à voir là-dessus.
- Cléante -
Que veux-tu que je voie ? J'ai besoin d'argent, et il faut bien que je consente à tout.
- La Flèche -
C'est la réponse que j'ai faite.
- Cléante -
Il y a encore quelque chose ?
- La Flèche -
Ce n'est plus qu'un petit article.
"Des quinze mille francs qu'on demande, le prêteur ne pourra compter en argent que douze mille livres ; et, pour les mille écus restants, il faudra que l'emprunteur prenne les hardes, nippes, bijoux, dont s'ensuit le mémoire, et que ledit prêteur a mis, de bonne foi, au plus modique prix qu'il lui a été possible."
- Cléante -
Que veut dire cela ?
- La Flèche -
Ecoutez le mémoire :
"Premièrement, un lit de quatre pieds à bandes de point de Hongrie, appliquées fort proprement sur un drap de couleur d'olive, avec six chaises et la courte-pointe de même : le tout bien conditionné, et doublé d'un petit taffetas changeant rouge et bleu. Plus, un pavillon à queue, d'une bonne serge d'Aumale rose sèche, avec le mollet et les franges de soie."
- Cléante -
Que veut-il que je fasse de cela ?
- La Flèche -
Attendez.
"Plus une tenture de tapisserie des Amours de Gombaud et de Macée. Plus, une grande table de bois de noyer, à douze colonnes ou piliers tournés, qui se tire par les deux bouts, et garnie par le dessous de ses six escabelles."
- Cléante -
Qu'ai-je affaire, morbleu… ?
- La Flèche -
Donnez-vous patience.
"Plus trois gros mousquets tout garnis de nacre de perle, avec les trois fourchettes assortissantes (11). Plus un fourneau de brique, avec deux cornues et trois récipients, fort utiles à ceux qui sont curieux de distiller."
- Cléante -
J'enrage !
- La Flèche -
Doucement.
"Plus, un luth de Bologne, garni de toutes ses cordes, ou peu s'en faut. Plus, un trou-madame et un damier, avec un jeu de l'oie, renouvelé des Grecs, fort propres à passer le temps lorsque l'on n'a que faire. Plus, une peau d'un lézard de trois pieds et demi, remplie de foin ; curiosité agréable pour pendre au plancher d'une chambre. Le tout, ci-dessus mentionné, valant loyalement plus de quatre mille cinq cents livres, et rabaissé à la valeur de mille écus par la discrétion du prêteur."
- Cléante -
Que la peste l'étouffe avec sa discrétion, le traître, le bourreau qu'il est ! A-t-on jamais parlé d'une usure semblable, et n'est-il pas content du furieux intérêt qu'il exige, sans vouloir encore m'obliger à prendre pour trois mille livres les vieux rogatons qu'il ramasse ? Je n'aurai pas deux cents écus de tout cela ; et cependant il faut bien me résoudre à consentir à ce qu'il veut : car il est en état de me faire tout accepter, et il me tient, le scélérat, le poignard sur la gorge.
- La Flèche -
Je vous vois, Monsieur, ne vous en déplaise, dans le grand chemin justement que tenait Panurge pour se ruiner, prenant argent d'avance, achetant cher, vendant à bon marché et mangeant son blé en herbe.
- Cléante -
Que veux-tu que j'y fasse ? Voilà où les jeunes gens sont réduits par la maudite avarice des pères ; et on s'étonne, après cela, que les fils souhaitent qu'ils meurent !
- La Flèche -
Il faut convenir que le vôtre animerait contre sa vilenie le plus posé homme du monde. Je n'ai pas, Dieu merci, les inclinations fort patibulaires ; et, parmi mes confrères que je vois se mêler de beaucoup de petits commerces, je sais tirer adroitement mon épingle du jeu, et me démêler prudemment de toutes les galanteries qui sentent tant soit peu l'échelle ; mais, à vous dire vrai, il me donnerait, par ses procédés, des tentations de le voler ; et je croirais, en le volant, faire une action méritoire.
- Cléante -
Donne-moi un peu ce mémoire, que je le voie encore.
Scène II. - Harpagon, Maître Simon ; Cléante et La Flèche dans le fond du théâtre.
- Maître Simon -
Oui, Monsieur, c'est un jeune homme qui a besoin d'argent ; ses affaires le pressent d'en trouver, et il en passera par tout ce que vous en prescrirez.
- Harpagon -
Mais croyez-vous, maître Simon, qu'il n'y ait rien à péricliter ? et savez-vous le nom, les biens et la famille de celui pour qui vous parlez ?
- Maître Simon -
Non. Je ne puis pas bien vous en instruire à fond ; et ce n'est que par aventure que l'on m'a adressé à lui ; mais vous serez de toutes choses éclairci par lui-même, et son homme m'a assuré que vous serez content quand vous le connaîtrez. Tout ce que je saurais vous dire, c'est que sa famille est fort riche, qu'il n'a plus de mère déjà, et qu'il s'obligera, si vous voulez, que son père mourra avant qu'il soit huit mois.
- Harpagon -
C'est quelque chose que cela. La charité, maître Simon, nous oblige à faire plaisir aux personnes, lorsque nous le pouvons.
- Maître Simon -
Cela s'entend.
- La Flèche -
(bas, à Cléante, reconnaissant maître Simon.)
Que veut dire ceci ? Notre maître Simon qui parle à votre père !
- Cléante -
(bas, à La Flèche.)
Lui aurait-on appris qui je suis ? et serais-tu pour nous trahir ?
- Maître Simon -
(à Cléante et à La Flèche.)
Ah ! ah ! vous êtes bien pressés ! Qui vous a dit que c'était céans ?
(À Harpagon.)
Ce n'est pas moi, Monsieur, au moins, qui leur ai découvert votre nom et votre logis ; mais, à mon avis, il n'y a pas grand mal à cela : ce sont des personnes discrètes, et vous pouvez ici vous expliquer ensemble.
- Harpagon -
Comment ?
- Maître Simon -
(montrant Cléante.)
Monsieur est la personne qui veut vous emprunter les quinze mille livres dont je vous ai parlé.
- Harpagon -
Comment, pendard ! c'est toi qui t'abandonnes à ces coupables extrémités !
- Cléante -
Comment ! mon père, c'est vous qui vous portez à ces honteuses actions !
(Maître Simon s'enfuit, et La Flèche va se cacher.)
Scène III. - Harpagon, Cléante.
- Harpagon -
C'est toi qui te veux ruiner par des emprunts si condamnables !
- Cléante -
C'est vous qui cherchez à vous enrichir par des usures si criminelles !
- Harpagon -
Oses-tu bien, après cela, paraître devant moi ?
- Cléante -
Osez-vous bien, après cela, vous présenter aux yeux du monde ?
- Harpagon -
N'as-tu point de honte, dis-moi, d'en venir à ces débauches-là, de te précipiter dans des dépenses effroyables, et de faire une honteuse dissipation du bien que tes parents t'ont amassé avec tant de sueurs ?
- Cléante -
Ne rougissez-vous point de déshonorer votre condition par les commerces que vous faites ; de sacrifier gloire et réputation au désir insatiable d'entasser écu sur écu, et de renchérir, en fait d'intérêts, sur les plus infâmes subtilités qu'aient jamais inventées les plus célèbres usuriers ?
- Harpagon -
Ôte-toi de mes yeux, coquin ! ôte-toi de mes yeux !
- Cléante -
Qui est plus criminel, à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n'a que faire ?
- Harpagon -
Retire-toi, te dis-je, et ne m'échauffe pas les oreilles.
(Seul.)
Je ne suis pas fâché de cette aventure ; et ce m'est un avis de tenir l'oeil plus que jamais sur toutes ses actions.
Scène IV. - Frosine, Harpagon.
- Frosine -
Monsieur…
- Harpagon -
Attendez un moment ; Je vais revenir vous parler.
(A part.)
Il est à propos que je fasse un petit tour à mon argent.
Scène V. - La Flèche, Frosine.
- La Flèche -
(sans voir Frosine.)
L'aventure est tout à fait drôle ! Il faut bien qu'il ait quelque part un ample magasin de hardes, car nous n'avons rien reconnu au mémoire que nous avons.
- Frosine -
Hé ! c'est toi, mon pauvre la Flèche ! D'où vient cette rencontre ?
- La Flèche -
Ah ! ah ! c'est toi, Frosine ! Que viens-tu faire ici ?
- Frosine -
Ce que je fais partout ailleurs : m'entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens, et profiter, du mieux qu'il m'est possible, des petits talents que je puis avoir. Tu sais que dans ce monde, il faut vivre d'adresse, et qu'aux personnes comme moi le ciel n'a donné d'autres rentes que l'intrigue et que l'industrie.
- La Flèche -
As-tu quelque négoce avec le patron du logis ?
- Frosine -
Oui, je traite pour lui quelque petite affaire dont j'espère récompense.
- La Flèche -
De lui ? Ah ! ma foi, tu seras bien fine si tu en tires quelque chose, et je te donne avis que l'argent céans est fort cher.
- Frosine -
Il y a de certains services qui touchent merveilleusement.
- La Flèche -
Je suis votre valet ; et tu ne connais pas encore le seigneur Harpagon. Le seigneur Harpagon est de tous les humains l'humain le moins humain, le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré. Il n'est point de service qui pousse sa reconnaissance jusqu'à lui faire ouvrir les mains. De la louange, de l'estime, de la bienveillance en paroles, et de l'amitié, tant qu'il vous plaira ; mais de l'argent, point d'affaires. Il n'est rien de plus sec et de plus aride que ses bonnes grâces et ses caresses ; et "donner" est un mot pour qui il a tant d'aversion, qu'il ne dit jamais, "Je vous donne", mais "Je vous prête le bonjour".
- Frosine -
Mon Dieu ! je sais l'art de traire les hommes ; j'ai le secret de m'ouvrir leur tendresse, de chatouiller leurs coeurs, de trouver les endroits par où ils sont sensibles.
- La Flèche -
Bagatelles ici. Je te défie d'attendrir du côté de l'argent l'homme dont il est question. Il est Turc là-dessus, mais d'une turquerie à désespérer tout le monde ; et l'on pourrait crever, qu'il n'en branlerait pas. En un mot, il aime l'argent plus que réputation, qu'honneur, et que vertu ; et la vue d'un demandeur lui donne des convulsions : c'est le frapper par son endroit mortel, c'est lui percer le coeur, c'est lui arracher les entrailles ; et si… Mais il revient : je me retire.
Scène VI. - Harpagon, Frosine.
- Harpagon -
(bas.)
Tout va comme il faut.
(Haut.)
Hé bien ! qu'est-ce, Frosine ?
- Frosine -