L'Affaire LerougeParte 28 de 40
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—Il me semble que les intérêts ont été bien et dûment payés, et à un taux qui vous permet de ne pas trop regretter le placement.
Clergeot n'aime pas à entendre parler des intérêts qu'on lui donne. Il prétend que cela l'humilie. C'est d'un ton sec qu'il répondit:
—Je ne me plains pas. Je tiens seulement à vous faire remarquer que vous en prenez par trop à l'aise avec moi. Si j'avais mis votre signature en circulation, tout serait payé à l'heure qu'il est.
—Pas davantage.
—Si fait. Le conseil de votre ordre ne badine pas, et vous auriez trouvé le moyen d'éviter les poursuites. Mais vous dites: «Le père Clergeot est bon enfant.» C'est la vérité. Pourtant, je ne le suis qu'autant que cela ne me cause pas trop de préjudice. Or, aujourd'hui, j'ai absolument besoin de mes fonds. Ab-so-lu-ment, ajouta-t-il, scandant les syllabes.
L'air décidé du bonhomme parut inquiéter l'avocat.
—Faut-il vous le répéter? dit-il, je suis complètement à sec, com-plè-te-ment.
—Vrai! reprit l'usurier, c'est fâcheux pour vous. Je me vois obligé de porter mes papiers chez l'huissier.
—À quoi bon? Jouons cartes sur table, monsieur Clergeot. Tenez-vous à grossir les revenus de messieurs les huissiers? Non, n'est-ce pas? Quand vous m'aurez fait beaucoup de frais, cela vous donnera-t-il un centime? Vous obtiendrez un jugement contre moi. Soit! Après? Songez-vous à me saisir? Je ne suis pas ici chez moi, le bail est au nom de madame Gerdy.
—On sait cela. Et quand même, la vente de tout ce qui est ici ne me couvrirait pas.
—C'est donc que vous comptez me faire fourrer à Clichy? Mauvaise spéculation, je vous en préviens; mon état serait perdu, et, plus d'état, plus d'argent.
—Bon! s'écria l'honnête prêteur, voilà que vous me chantez des sottises... Vous appelez cela être franc? À d'autres! Si vous me supposiez capable de la moitié des méchancetés que vous dites, mon argent serait là, dans votre tiroir.
—Erreur! je ne saurais où le prendre, et à moins de le demander à madame Gerdy, ce que je ne veux pas faire...
Un petit rire sardonique et des plus crispants, particulier au père Clergeot, interrompit Noël.
—Ce n'est pas la peine de frapper à cette porte, dit l'usurier, il y a longtemps que le sac de maman est vide, et si la chère dame venait à trépasser—on m'a dit qu'elle est très malade—je ne donnerais pas deux cents louis de sa succession.
L'avocat rougit de colère, ses yeux brillèrent; il dissimula pourtant et protesta avec une certaine vivacité.
—On sait ce qu'on sait, continua tranquillement Clergeot. Écoutez donc: avant de risquer ses sous, on s'informe, ce n'est que juste. Les dernières valeurs de maman ont été lavées en octobre dernier. Ah! la rue de Provence coûte bon. J'ai établi le devis, il est chez moi. Juliette est une femme charmante, c'est sûr; elle n'a pas sa pareille, j'en conviens; mais elle est chère. Elle est même diablement chère!
Noël enrageait d'entendre ainsi traiter sa Juliette par cet honorable personnage. Mais que répondre? D'ailleurs on n'est pas parfait, et M. Clergeot a le défaut de ne pas estimer les femmes, ce qui tient sans doute à ce que son commerce ne lui en a pas fait rencontrer d'estimables. Il est charmant avec ses pratiques du beau sexe, prévenant et même galantin, mais les plus grossières injures seraient moins révoltantes que sa flétrissante familiarité.
—Vous avez marché trop rondement, poursuivit-il sans daigner remarquer le dépit de son client, et je vous l'ai dit dans le temps. Mais bast! vous êtes fou de cette femme. Jamais vous n'avez su lui rien refuser. Avec vous, elle n'a pas le loisir de souhaiter qu'elle est servie. Sottise! Quand une jolie fille désire une chose, il faut la lui laisser désirer longtemps. De cette façon, elle a l'esprit occupé et ne pense pas à un tas d'autres bêtises. Quatre bonnes petites envies bien ménagées doivent durer un an. Vous n'avez pas su soigner votre bonheur. Je sais bien qu'elle a un diable de regard qui donnerait la colique à un saint de pierre, mais on se raisonne, saperlotte! Il n'y a pas à Paris dix femmes entretenues sur ce pied-là. Pensez-vous qu'elle vous en aime davantage! Point. Dès qu'elle vous saura ruiné, elle vous plantera là pour reverdir.
Noël acceptait l'éloquence de son banquier-providence à peu près comme un homme qui n'a pas de parapluie accepte une averse.
—Où voulez-vous en venir? dit-il.
—À ceci: que je ne veux pas renouveler vos billets. Comprenez-vous? À l'heure qu'il est, en battant ferme le rappel des espèces, vous pouvez encore mettre en ligne les vingt-deux mille francs en question. Ne froncez pas le sourcil, vous les trouverez, pour m'empêcher par exemple de vous faire saisir, non ici, ce qui serait idiot, mais chez votre petite femme, qui ne serait pas contente du tout, et qui ne vous le cacherait pas.
—Mais elle est chez elle et vous n'avez pas le droit...
—Après! Elle formera opposition, je m'y attends bien, mais elle vous fera dénicher les fonds. Croyez-moi, parez ce coup-là. Je veux être payé maintenant. Je ne veux pas vous accorder un délai, parce que d'ici trois mois vous aurez usé vos dernières ressources. Ne faites donc pas non, comme cela. Vous êtes dans une de ces situations qu'on prolonge à tout prix. Vous brûleriez le bois du lit de votre mère mourante pour lui chauffer les pieds, à cette créature! Où avez-vous pris les dix mille francs que vous lui avez remis l'autre soir? Qui sait ce que vous allez tenter pour vous procurer de l'argent? L'idée de la garder quinze jours, trois jours, un jour de plus peut vous mener loin. Ouvrez l'œil. Je connais ce jeu-là, moi. Si vous ne lâchez pas Juliette, vous êtes perdu. Écoutez un bon conseil, gratis: il vous faudra toujours la quitter, n'est-ce pas, un peu plus tôt, un peu plus tard? Exécutez-vous aujourd'hui même...
Voilà comment il est, ce digne Clergeot, il ne mâche pas la vérité à ses clients quand ils ne sont pas en mesure. S'ils sont mécontents, tant pis! sa conscience est en repos. Ce n'est pas lui qui prêterait jamais les mains à une folie!
Noël n'en pouvait tolérer davantage; sa mauvaise humeur éclata.
—En voilà assez! s'écria-t-il d'un ton résolu. Vous agirez, monsieur Clergeot, à votre guise; dispensez-moi de vos avis, je préfère la prose de l'huissier. Si j'ai risqué des imprudences, c'est que je puis les réparer, et de façon à vous surprendre. Oui, monsieur Clergeot, je puis trouver vingt-deux mille francs, j'en aurais cent mille demain matin, si bon me semblait; il m'en coûterait juste la peine de les demander. C'est ce que je ne ferai pas. Mes dépenses, ne vous en déplaise, resteront secrètes comme elles l'ont été jusqu'ici. Je ne veux pas qu'on puisse soupçonner ma gêne. Je n'irai pas, par amour pour vous, manquer le but que je poursuis, le jour même où j'y touche!
Il se rebiffe, pensa l'usurier; il est moins bas percé que je ne croyais!
—Ainsi, continua l'avocat, portez vos chiffons chez l'huissier. Qu'il poursuive! Mon portier seul le saura. Dans huit jours, je serai cité au tribunal de commerce et j'y demanderai les vingt-cinq jours de délai que les juges accordent à tout débiteur gêné. Vingt-cinq et huit, dans tous les pays du monde, font trente-trois jours. C'est précisément le répit qui m'est nécessaire. Résumons-nous: acceptez de suite une lettre de change de vingt-quatre mille francs à six semaines, ou... serviteur, je suis pressé, passez chez l'huissier.
—Et dans six semaines, répondit l'usurier, vous serez en mesure exactement comme aujourd'hui. Et quarante-cinq jours de Juliette, c'est des louis...
—Monsieur Clergeot, répliqua Noël, bien avant ce temps ma position aura changé du tout au tout. Mais je vous l'ai dit, ajouta-t-il en se levant, mes instants sont comptés...
—Minute donc, homme de feu! interrompit le doux banquier. Vous dites vingt-quatre mille francs à quarante-cinq jours?
—Oui. Cela fait dans les environs de soixante-quinze pour cent. C'est gracieux.
—Je ne chicane jamais sur les intérêts, fit M. Clergeot, seulement...
Il regarda finement Noël tout en se grattant furieusement le menton, geste qui indiquait chez lui un travail intense du cerveau.
—Seulement, reprit-il, je voudrais bien savoir sur quoi vous comptez.
—C'est ce que je ne vous dirai pas. Vous le saurez, comme tout le monde, avant peu.
—J'y suis! s'écria M. Clergeot, j'y suis! Vous allez vous marier! Parbleu! vous avez déniché une héritière. Votre petite Juliette m'avait dit quelque chose dans ce goût-là ce matin. Ah! vous épousez! Et est-elle jolie? Peu importe. Elle a le sac, n'est-il pas vrai? Vous ne la prendriez pas sans cela. Donc, vous entrez en ménage?
—Je ne dis pas cela.
—Bien! bien! faites le discret, on entend à demi-mot. Un avis pourtant: veillez au grain; votre petite femme a un pressentiment de la chose. Vous avez raison, il ne faut pas chercher d'argent. La moindre démarche suffirait pour mettre le beau-père sur la piste de votre situation financière et vous n'auriez pas la fille. Mariez-vous et soyez sage. Surtout, lâchez Juliette, ou je ne donne pas cent sous de la dot. Ainsi, c'est convenu, préparez une lettre de change de vingt-quatre mille francs, je la prendrai lundi en vous rapportant vos billets.
—Vous ne les avez donc pas sur vous?
—Non. Et pour être franc, je vous avouerai que, sachant bien que je ferais chou blanc, je les ai remis hier avec d'autres à mon huissier. Cependant, dormez tranquille, vous avez ma parole.
M. Clergeot fit mine de se retirer, mais au moment de sortir il se retourna brusquement.
—J'oubliais, dit-il; pendant que vous y serez, faites la lettre de change de vingt-six mille francs. Votre petite femme m'a demandé quelques chiffons que je me propose de lui porter demain, de la sorte ils se trouveront soldés.
L'avocat essaya de se récrier. Certes, il ne refusait pas de payer, seulement il tenait à être consulté pour les achats. Il ne pouvait tolérer qu'on disposât ainsi de sa caisse.
—Farceur! va, fit l'usurier en haussant les épaules. Voudriez-vous donc la contrarier pour une misère, cette femme! Elle vous en fera voir bien d'autres. Comptez qu'elle avalera la dot! Et vous savez, s'il vous faut quelques avances pour la noce, donnez-moi des assurances; faites-moi parler au notaire, et nous nous arrangerons. Allons, je file! À lundi, n'est-ce pas?
Noël prêta l'oreille pour être bien sûr que l'usurier s'éloignait décidément. Lorsqu'il entendit son pas traînard dans l'escalier:
—Canaille! s'écria-t-il, misérable, voleur, vieux fesse-Mathieu! s'est-il fait assez tirer l'oreille! C'est qu'il était décidé à poursuivre! Cela m'aurait bien posé dans l'esprit du comte, s'il était venu à savoir!... Vil usurier! j'ai craint un moment d'être obligé de tout lui dire!...
En continuant de pester et de jurer contre son banquier, l'avocat tira sa montre.
—Cinq heures et demie, déjà! fit-il.
Son indécision était très grande. Devait-il aller dîner avec son père? Pouvait-il quitter madame Gerdy? Le dîner de l'hôtel de Commarin lui tenait bien au cœur, mais, d'un autre côté, abandonner une mourante...
—Décidément, murmura-t-il, je ne puis m'absenter.
Il s'assit devant son bureau et en toute hâte écrivit une lettre d'excuse à son père. Madame Gerdy, disait-il, pouvait rendre le dernier soupir d'une minute à l'autre, il tenait à être là pour le recueillir. Pendant qu'il chargeait sa domestique de remettre ce billet à un commissionnaire qui le porterait au comte, il parut frappé d'une idée subite.
—Et le frère de madame, demanda-t-il, sait-il qu'elle est dangereusement malade?
—Je l'ignore, monsieur, répondit la bonne; en tout cas, ce n'est pas moi qui l'ai prévenu.
—Comment, malheureuse! en mon absence vous n'avez pas songé à l'avertir! Courez chez lui bien vite; qu'on le cherche, s'il n'y est pas; qu'il vienne!
Plus tranquille désormais, Noël alla s'asseoir dans la chambre de la malade. La lampe était allumée, et la sœur allait et venait comme chez elle, remettant tout en place, essuyant, arrangeant. Elle avait un air de satisfaction qui n'échappa point à Noël.
—Aurions-nous quelque lueur d'espoir, ma sœur? interrogea-t-il.
—Peut-être, répondit la religieuse. Monsieur le curé est venu lui-même, monsieur; votre chère maman ne s'est pas aperçue de sa présence; mais il reviendra. Ce n'est pas tout: depuis que monsieur le curé est venu, les sinapismes prennent admirablement, la peau se rubéfie partout; je suis sûre qu'elle les sent.
—Dieu vous entende, ma sœur!
—Oh! je l'ai déjà bien prié, allez! L'important est de ne pas la laisser seule une minute. Je me suis entendue avec la bonne. Quand le docteur sera venu, j'irai me coucher, et elle veillera jusqu'à une heure du matin. Je la relèverai alors...
—Vous vous reposerez, ma sœur, interrompit Noël d'une voix triste. C'est moi, qui ne saurais trouver une heure de sommeil, qui passerai la nuit.
XIV
Pour avoir été repoussé avec perte par le juge d'instruction, harassé d'une journée d'interrogatoire, le père Tabaret ne se tenait pas pour battu. Le bonhomme était plus entêté qu'une mule: c'était son défaut ou sa qualité.
À l'excès du désespoir auquel il avait succombé dans la galerie succéda bientôt cette résolution indomptable qui est l'enthousiasme du danger. Le sentiment du devoir reprenait le dessus. Était-ce donc le moment de se laisser aller à un lâche découragement, quand il y avait la vie d'un homme dans chaque minute! L'inaction serait impardonnable. Il avait poussé un innocent dans l'abîme, à lui de l'en tirer seul, si personne ne voulait prêter son assistance.
Le père Tabaret, aussi bien que le juge, succombait de lassitude. En arrivant au grand air, il s'aperçut qu'il tombait aussi de besoin. Les émotions de la journée l'avaient empêché de sentir la faim, et depuis la veille il n'avait pas pris un verre d'eau. Il entra dans un restaurant du boulevard et se fit servir à dîner.
À mesure qu'il mangeait, non seulement le courage, mais encore la confiance, lui revenaient insensiblement. C'était bien, pour lui, le cas de s'écrier: «Pauvre humanité!» Qui ne sait combien peut changer la teinte des idées, du commencement à la fin d'un repas, si modeste qu'il soit! Il s'est trouvé un philosophe pour prouver que l'héroïsme est une affaire d'estomac.
Le bonhomme envisageait la situation sous un jour bien moins sombre. N'avait-il pas du temps devant lui! Que ne fait pas en un mois un habile homme! Sa pénétration habituelle le trahirait-elle donc? Non, certainement. Son grand regret était de ne pouvoir faire avertir Albert que quelqu'un travaillait pour lui.
Il était tout autre en sortant de table, et c'est d'un pas allègre qu'il franchit la distance qui le séparait de la rue Saint-Lazare. Neuf heures sonnaient lorsque son portier lui tira le cordon.
Il commença par grimper jusqu'au quatrième étage, afin de prendre des nouvelles de son ancienne amie, de celle qu'il appelait jadis l'excellente, la digne Mme Gerdy.
C'est Noël qui vint lui ouvrir, Noël qui sans doute s'était laissé attendrir par les réminiscences du passé, car il paraissait triste comme si celle qui agonisait eût été véritablement sa mère.
Par suite de cette circonstance imprévue, le père Tabaret ne pouvait se dispenser d'entrer, ne fût-ce que cinq minutes, quelque contrariété qu'il éprouvât.
Il sentait fort bien que, se trouvant avec l'avocat, fatalement il allait être amené à parler de l'affaire Lerouge. Et comment en causer, sachant tout, comme il le savait bien mieux que son jeune ami lui-même, sans s'exposer à se trahir? Un seul mot imprudent pouvait révéler le rôle qu'il jouait dans ces funestes circonstances. Or, c'est surtout aux yeux de son cher Noël, désormais vicomte de Commarin, qu'il tenait à rester pur de toute accointance avec la police.
D'un autre côté, pourtant, il avait soif d'apprendre ce qui avait pu se passer entre l'avocat et le comte. L'obscurité, sur ce point unique, irritait sa curiosité. Enfin, comme il n'y avait pas à reculer, il se promit de surveiller sa langue et de rester sur ses gardes.
L'avocat introduisit le bonhomme dans la chambre de Mme Gerdy. Son état, depuis l'après-midi, avait quelque peu changé, sans qu'il fût possible de dire si c'était un bien ou un mal. Un fait patent, c'est que l'anéantissement était moins profond. Ses yeux restaient fermés, mais on pouvait constater quelques clignotements des paupières; elle s'agitait sur ses oreillers et geignait faiblement.
—Que dit le docteur? demanda le père Tabaret, de cette voix chuchotante qu'on prend involontairement dans la chambre d'un malade.
—Il sort d'ici, répondit Noël; avant peu ce sera fini.
Le bonhomme s'avança sur la pointe du pied et considéra la mourante avec une visible émotion.
—Pauvre femme! murmura-t-il, le bon Dieu lui fait une belle grâce, de la prendre. Elle souffre peut-être beaucoup, mais que sont ces douleurs comparées à celle qu'elle endurerait, si elle savait que son fils, son véritable fils, est en prison accusé d'un assassinat!
—C'est ce que je me répète, reprit Noël, pour me consoler un peu de la voir sur ce lit. Car je l'aime toujours, mon vieil ami; pour moi c'est encore une mère. Vous m'avez entendu la maudire, n'est-il pas vrai? Je l'ai dans deux circonstances traitée bien durement, j'ai cru la haïr, mais voilà qu'au moment de la perdre j'oublie tous ses torts pour ne me souvenir que de ses tendresses. Oui, mieux vaut la mort pour elle. Et pourtant, non, je ne crois pas, non, je ne puis croire que son fils soit coupable.
—Non! n'est-ce pas, vous non plus!...
Le père Tabaret mit tant de chaleur, une telle vivacité dans cette exclamation, que Noël le regarda avec une sorte de stupéfaction. Il sentit le rouge lui monter aux joues et il se hâta de s'expliquer.
—Je dis: vous non plus, poursuivit-il, parce que moi, grâce à mon inexpérience peut-être, je suis persuadé de l'innocence de ce jeune homme. Je ne m'imagine pas du tout un garçon de ce rang méditant et accomplissant un si lâche attentat. J'ai causé avec beaucoup de personnes de cette affaire qui fait un bruit d'enfer, tout le monde est de mon avis. Il a l'opinion pour lui, c'est déjà quelque chose.