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Romans et contesPart 26 of 35

Théophile Gautier

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
  • Notes on idioms and grammar
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«Monsieur, dit la belle Turque par l’organe du nègre, quoique vous soyez littérateur, vous devez avoir lu les Mille et une Nuits, contes arabes, traduits ou à peu près par ce bon M. Galland, et le nom de Scheherazade ne vous est pas inconnu?

—La belle Scheherazade, femme de cet ingénieux sultan Schahriar, qui, pour éviter d’être trompé, épousait une femme le soir et la faisait étrangler le matin? Je la connais parfaitement.

—Eh bien! je suis la sultane Scheherazade, et voilà ma bonne sœur Dinarzarde, qui n’a jamais manqué de me dire toutes les nuits: «Ma sœur, devant qu’il fasse jour, contez-nous donc, si vous ne dormez pas, un de ces beaux contes que vous savez.»

—Enchanté de vous voir, quoique la visite soit un peu fantastique; mais qui me procure cet insigne honneur de recevoir chez moi, pauvre poëte, la sultane Scheherazade et sa sœur Dinarzarde?

—A force de conter, je suis arrivée au bout de mon rouleau; j’ai dit tout ce que je savais. J’ai épuisé le monde de la féerie; les goules, les djinns, les magiciens et les magiciennes m’ont été d’un grand secours, mais tout s’use, même l’impossible; le très-glorieux sultan, ombre du padischa, lumière des lumières, lune et soleil de l’Empire du milieu, commence à bâiller terriblement et tourmente la poignée de son sabre; ce matin, j’ai raconté ma dernière histoire, et mon sublime seigneur a daigné ne pas me faire couper la tête encore; au moyen du tapis magique des quatre Facardins, je suis venue ici en toute hâte chercher un conte, une histoire, une nouvelle, car il faut que demain matin, à l’appel accoutumé de ma sœur Dinarzarde, je dise quelque chose au grand Schahriar, l’arbitre de mes destinées; cet imbécile de Galland a trompé l’univers en affirmant qu’après la mille et unième nuit le sultan, rassasié d’histoires, m’avait fait grâce; cela n’est pas vrai: il est plus affamé de contes que jamais, et sa curiosité seule peut faire contre-poids à sa cruauté.

—Votre sultan Schahriar, ma pauvre Scheherazade, ressemble terriblement à notre public; si nous cessons un jour de l’amuser, il ne nous coupe pas la tête, il nous oublie, ce qui n’est guère moins féroce. Votre sort me touche, mais qu’y puis-je faire?

—Vous devez avoir quelque feuilleton, quelque nouvelle en portefeuille, donnez-le-moi.

—Que demandez-vous, charmante sultane? je n’ai rien de fait, je ne travaille que par la plus extrême famine, car, ainsi que l’a dit Perse, fames facit poetridas picas. J’ai encore de quoi dîner trois jours; allez trouver Karr, si vous pouvez parvenir à lui à travers les essaims des guêpes qui bruissent et battent de l’aile autour de sa porte et contre ses vitres; il a le cœur plein de délicieux romans d’amour, qu’il vous dira entre une leçon de boxe et une fanfare de cor de chasse; attendez Jules Janin au détour de quelque colonne de feuilleton, et, tout en marchant, il vous improvisera une histoire comme jamais le sultan Schahriar n’en a entendu.»

La pauvre Scheherazade leva vers le plafond ses longues paupières teintes de henné avec un regard si doux, si lustré, si onctueux et si suppliant, que je me sentis attendri et que je pris une grande résolution.

«J’avais une espèce de sujet dont je voulais faire un feuilleton; je vais vous le dicter, vous le traduirez en arabe en y ajoutant les broderies, les fleurs et les perles de poésie qui lui manquent; le titre est déjà tout trouvé, nous appellerons notre conte la Mille et deuxième Nuit.»

Scheherazade prit un carré de papier et se mit à écrire de droite à gauche, à la mode orientale, avec une grande vélocité. Il n’y avait pas de temps à perdre: il fallait qu’elle fût le soir même dans la capitale du royaume de Samarcande.

Il y avait une fois dans la ville du Caire un jeune homme nommé Mahmoud-Ben-Ahmed, qui demeurait sur la place de l’Esbekick.

Son père et sa mère étaient morts depuis quelques années en lui laissant une fortune médiocre, mais suffisante pour qu’il pût vivre sans avoir recours au travail de ses mains: d’autres auraient essayé de charger un vaisseau de marchandises ou de joindre quelques chameaux chargés d’étoffes précieuses à la caravane qui va de Bagdad à la Mecque; mais Mahmoud-Ben-Ahmed préférait vivre tranquille, et ses plaisirs consistaient à fumer du tombeki dans son narguilhé, en prenant des sorbets et en mangeant des confitures sèches de Damas.

Quoiqu’il fût bien fait de sa personne, de visage régulier et de mine agréable, il ne cherchait pas les aventures, et avait répondu plusieurs fois aux personnes qui le pressaient de se marier et lui proposaient des partis riches et convenables, qu’il n’était pas encore temps et qu’il ne se sentait nullement d’humeur à prendre femme.

Mahmoud-Ben-Ahmed avait reçu une bonne éducation: il lisait couramment dans les livres les plus anciens, possédait une belle écriture, savait par cœur les versets du Coran, les remarques des commentateurs, et eût récité sans se tromper d’un vers les Moallakats des fameux poëtes affichés aux portes des mosquées; il était un peu poëte lui-même et composait volontiers des vers assonants et rimés, qu’il déclamait sur des airs de sa façon avec beaucoup de grâce et de charme.

A force de fumer son narguilhé et de rêver à la fraîcheur du soir sur les dalles de marbre de sa terrasse, la tête de Mahmoud-Ben-Ahmed s’était un peu exaltée: il avait formé le projet d’être l’amant d’une péri ou tout au moins d’une princesse du sang royal. Voilà le motif secret qui lui faisait recevoir avec tant d’indifférence les propositions de mariage et refuser les offres des marchands d’esclaves. La seule compagnie qu’il pût supporter était celle de son cousin Abdul-Malek, jeune homme doux et timide qui semblait partager la modestie de ses goûts.

Un jour, Mahmoud-Ben-Ahmed se rendait au bazar pour acheter quelques flacons d’atar-gull et autres drogueries de Constantinople, dont il avait besoin. Il rencontra, dans une rue fort étroite, une litière fermée par des rideaux de velours incarnadin, portée par deux mules blanches et précédée de zebeks et de chiaoux richement costumés. Il se rangea contre le mur pour laisser passer le cortége; mais il ne put le faire si précipitamment qu’il n’eût le temps de voir, par l’interstice des courtines, qu’une folle bouffée d’air souleva, une fort belle dame assise sur des coussins de brocart d’or. La dame, se fiant sur l’épaisseur des rideaux et se croyant à l’abri de tout regard téméraire, avait relevé son voile à cause de la chaleur. Ce ne fut qu’un éclair; cependant cela suffit pour faire tourner la tête du pauvre Mahmoud-Ben-Ahmed: la dame avait le teint d’une blancheur éblouissante, des sourcils que l’on eût pu croire tracés au pinceau, une bouche de grenade, qui en s’entr’ouvrant laissait voir une double file de perles d’Orient plus fines et plus limpides que celles qui forment les bracelets et le collier de la sultane favorite, un air agréable et fier, et dans toute sa personne je ne sais quoi de noble et de royal.

Mahmoud-Ben-Ahmed, comme ébloui de tant de perfections, resta longtemps immobile à la même place, et, oubliant qu’il était sorti pour faire des emplettes, il retourna chez lui les mains vides, emportant dans son cœur la radieuse vision.

Toute la nuit il ne songea qu’à la belle inconnue, et dès qu’il fut levé il se mit à composer en son honneur une longue pièce de poésie, où les comparaisons les plus fleuries et les plus galantes étaient prodiguées.

Ne sachant que faire, sa pièce achevée et transcrite sur une belle feuille de papyrus avec de belles majuscules en encre rouge et des fleurons dorés, il la mit dans sa manche et sortit pour montrer ce morceau à son ami Abdul, pour lequel il n’avait aucune pensée secrète.

En se rendant à la maison d’Abdul, il passa devant le bazar et entra dans la boutique du marchand de parfums pour prendre les flacons d’atar-gull. Il y trouva une belle dame enveloppée d’un long voile blanc qui ne laissait découvert que l’œil gauche. Mahmoud-Ben-Ahmed, sur ce seul œil gauche, reconnut incontinent la belle dame du palanquin. Son émotion fut si forte, qu’il fut obligé de s’adosser à la muraille.

La dame au voile blanc s’aperçut du trouble de Mahmoud-Ben-Ahmed, et lui demanda obligeamment ce qu’il avait et si, par hasard, il se trouvait incommodé.

Le marchand, la dame et Mahmoud-Ben-Ahmed passèrent dans l’arrière-boutique. Un petit nègre apporta sur un plateau un verre d’eau de neige, dont Mahmoud-Ben-Ahmed but quelques gorgées.

«Pourquoi donc ma vue vous a-t-elle causé une si vive impression?» dit la dame d’un ton de voix fort doux et où perçait un intérêt assez tendre.

Mahmoud-Ben-Ahmed lui raconta comment il l’avait vue près de la mosquée du sultan Hassan à l’instant où les rideaux de sa litière s’étaient un peu écartés, et que depuis cet instant il se mourait d’amour pour elle.

«Vraiment, dit la dame, votre passion est née si subitement que cela? je ne croyais pas que l’amour vînt si vite. Je suis effectivement la femme que vous avez rencontrée hier; je me rendais au bain dans ma litière, et comme la chaleur était étouffante, j’avais relevé mon voile. Mais vous m’avez mal vue, et je ne suis pas si belle que vous le dites.»

En disant ces mots, elle écarta son voile et découvrit un visage radieux de beauté, et si parfait, que l’envie n’aurait pu y trouver le moindre défaut.

Vous pouvez juger quels furent les transports de Mahmoud-Ben-Ahmed à une telle faveur; il se répandit en compliments qui avaient le mérite, bien rare pour des compliments, d’être parfaitement sincères et de n’avoir rien d’exagéré. Comme il parlait avec beaucoup de feu et de véhémence, le papier sur lequel ses vers étaient transcrits s’échappa de sa manche et roula sur le plancher.

«Quel est ce papier? dit la dame; l’écriture m’en paraît fort belle et annonce une main exercée.

—C’est, répondit le jeune homme en rougissant beaucoup, une pièce de vers que j’ai composée cette nuit, ne pouvant dormir. J’ai tâché d’y célébrer vos perfections; mais la copie est bien loin de l’original, et mes vers n’ont point les brillants qu’il faut pour célébrer ceux de vos yeux.»

La jeune dame lut ces vers attentivement, et dit en les mettant dans sa ceinture:

«Quoiqu’ils contiennent beaucoup de flatteries, ils ne sont vraiment pas mal tournés.»

Puis elle ajusta son voile et sortit de la boutique en laissant tomber avec un accent qui pénétra le cœur de Mahmoud-Ben-Ahmed:

«Je viens quelquefois, au retour du bain, acheter des essences et des boîtes de parfumerie chez Bedredin.»

Le marchand félicita Mahmoud-Ben-Ahmed de sa bonne fortune, et, l’emmenant tout au fond de sa boutique, il lui dit bien bas à l’oreille:

«Cette jeune dame n’est autre que la princesse Ayesha, fille du calife.»

Mahmoud-Ben-Ahmed rentra chez lui tout étourdi de son bonheur et n’osant y croire. Cependant, quelque modeste qu’il fût, il ne pouvait se dissimuler que la princesse Ayesha ne l’eût regardé d’un œil favorable. Le hasard, ce grand entremetteur, avait été au delà de ses plus audacieuses espérances. Combien il se félicita alors de ne pas avoir cédé aux suggestions de ses amis qui l’engageaient à prendre femme, et aux portraits séduisants que lui faisaient les vieilles des jeunes filles à marier qui ont toujours, comme chacun le sait, des yeux de gazelle, une figure de pleine lune, des cheveux plus longs que la queue d’Al Borack, la jument du Prophète, une bouche de jaspe rouge, avec une haleine d’ambre gris, et mille autres perfections qui tombent avec le haick et le voile nuptial: comme il fut heureux de se sentir dégagé de tout lien vulgaire, et libre de s’abandonner tout entier à sa nouvelle passion!

Il eut beau s’agiter et se tourner sur son divan, il ne put s’endormir; l’image de la princesse Ayesha, étincelante comme un oiseau de flamme sur un fond de soleil couchant, passait et repassait devant ses yeux. Ne pouvant trouver de repos, il monta dans un de ses cabinets de bois de cèdre merveilleusement découpé que l’on applique, dans les villes d’Orient, aux murailles extérieures des maisons, afin d’y profiter de la fraîcheur et du courant d’air qu’une rue ne peut manquer de former; le sommeil ne lui vint pas encore, car le sommeil est comme le bonheur, il fuit quand on le cherche; et, pour calmer ses esprits par le spectacle d’une nuit sereine, il se rendit avec son narguilhé sur la plus haute terrasse de son habitation.

L’air frais de la nuit, la beauté du ciel plus pailleté d’or qu’une robe de péri et dans lequel la lune faisait voir ses joues d’argent, comme une sultane pâle d’amour qui se penche aux treillis de son kiosque, firent du bien à Mahmoud-Ben-Ahmed, car il était poëte, et ne pouvait rester insensible au magnifique spectacle qui s’offrait à sa vue.

De cette hauteur, la ville du Caire se déployait devant lui comme un de ces plans en relief où les giaours retracent leurs villes fortes. Les terrasses ornées de pots de plantes grasses, et bariolées de tapis; les places où miroitait l’eau du Nil, car on était à l’époque de l’inondation; les jardins d’où jaillissaient des groupes de palmiers, des touffes de caroubiers ou de nopals; les îles de maisons coupées de rues étroites; les coupoles d’étain des mosquées; les minarets frêles et découpés à jour comme un hochet d’ivoire; les angles obscurs ou lumineux des palais formaient un coup d’œil arrangé à souhait pour le plaisir des yeux. Tout au fond, les sables cendrés de la plaine confondaient leurs teintes avec les couleurs laiteuses du firmament, et les trois pyramides de Giseh, vaguement ébauchées par un rayon bleuâtre, dessinaient au bord de l’horizon leur gigantesque triangle de pierre.

Assis sur une pile de carreaux et le corps enveloppé par les circonvolutions élastiques du tuyau de son narguilhé, Mahmoud-Ben-Ahmed tâchait de démêler dans la transparente obscurité la forme lointaine du palais où dormait la belle Ayesha. Un silence profond régnait sur ce tableau qu’on aurait pu croire peint, car aucun souffle, aucun murmure n’y révélaient la présence d’un être vivant: le seul bruit appréciable était celui que faisait la fumée du narguilhé de Mahmoud-Ben-Ahmed en traversant la boule de cristal de roche remplie d’eau destinée à refroidir ses blanches bouffées. Tout d’un coup, un cri aigu éclata au milieu de ce calme, un cri de détresse suprême, comme doit en pousser, au bord de la source, l’antilope qui sent se poser sur son cou la griffe d’un lion, ou s’engloutir sa tête dans la gueule d’un crocodile. Mahmoud-Ben-Ahmed, effrayé par ce cri d’agonie et de désespoir, se leva d’un seul bond et posa instinctivement la main sur le pommeau de son yatagan dont il fit jouer la lame pour s’assurer qu’elle ne tenait pas au fourreau; puis il se pencha du côté d’où le bruit avait semblé partir.

Il démêla fort loin dans l’ombre un groupe étrange, mystérieux, composé d’une figure blanche poursuivie par une meute de figures noires, bizarres et monstrueuses, aux gestes frénétiques, aux allures désordonnées. L’ombre blanche semblait voltiger sur la cime des maisons, et l’intervalle qui la séparait de ses persécuteurs était si peu considérable, qu’il était à craindre qu’elle ne fût bientôt prise si sa course se prolongeait, et qu’aucun événement ne vînt à son secours. Mahmoud-Ben-Ahmed crut d’abord que c’était une péri ayant aux trousses un essaim de goules mâchant de la chair de mort dans leurs incisives démesurées, ou de djinns aux ailes flasques, membraneuses, armées d’ongles comme celles des chauves-souris, et, tirant de sa poche son comboloio de graines d’aloès jaspées, il se mit à réciter, comme préservatif, les quatre-vingt-dix-neuf noms d’Allah. Il n’était pas au vingtième, qu’il s’arrêta. Ce n’était pas une péri, un être surnaturel qui fuyait ainsi en sautant d’une terrasse à l’autre et en franchissant les rues de quatre ou cinq pieds de large qui coupent le bloc compacte des villes orientales, mais bien une femme; les djinns n’étaient que des zebecks, des chiaoux et des eunuques acharnés à sa poursuite.

Deux ou trois terrasses et une rue séparaient encore la fugitive de la plate-forme où se tenait Mahmoud-Ben-Ahmed, mais ses forces semblaient la trahir; elle retourna convulsivement la tête sur l’épaule, et, comme un cheval épuisé dont l’éperon ouvre le flanc, voyant si près d’elle le groupe hideux qui la poursuivait, elle mit la rue entre elle et ses ennemis d’un bond désespéré.

Elle frôla dans son élan Mahmoud-Ben-Ahmed qu’elle n’aperçut pas, car la lune s’était voilée, et courut à l’extrémité de la terrasse qui donnait de ce côté-là sur une seconde rue plus large que la première. Désespérant de la pouvoir sauter, elle eut l’air de chercher des yeux quelque coin où se blottir, et, avisant un grand vase de marbre, elle se cacha dedans comme le génie qui rentre dans la coupe d’un lis.

La troupe furibonde envahit la terrasse avec l’impétuosité d’un vol de démons. Leurs faces cuivrées ou noires à longues moustaches, ou hideusement imberbes, leurs yeux étincelants, leurs mains crispées agitant des damas et des kandjars, la fureur empreinte sur leurs physionomies basses et féroces, causèrent un mouvement d’effroi à Mahmoud-Ben-Ahmed, quoiqu’il fût brave de sa personne et habile au maniement des armes. Ils parcoururent de l’œil la terrasse vide, et n’y voyant pas la fugitive, ils pensèrent sans doute qu’elle avait franchi la seconde rue, et ils continuèrent leur poursuite sans faire autrement attention à Mahmoud-Ben-Ahmed.

Quand le cliquetis de leurs armes et le bruit de leurs babouches sur les dalles des terrasses se fut éteint dans l’éloignement, la fugitive commença à lever par-dessus les bords du vase sa jolie tête pâle, et promena autour d’elle des regards d’antilope effrayée, puis elle sortit ses épaules et se mit debout, charmant pistil de cette grande fleur de marbre; n’apercevant plus que Mahmoud-Ben-Ahmed qui lui souriait et lui faisait signe qu’elle n’avait rien à craindre, elle s’élança hors du vase et vint vers le jeune homme avec une attitude humble et des bras suppliants.