Le Comte de Monte-Cristo — Tome IPart 19 of 41
French original · English translation
The translation continues with Premium.
- The meaning of every phrase
- Notes on idioms and grammar
- Every book in the catalog
Il écouta.
Tout était silencieux comme pendant ces trois jours où les travaux avaient été interrompus.
Dantès soupira; il était évident que son voisin se défiait de lui.
Cependant, il ne se découragea point et continua de travailler toute la nuit; mais après deux ou trois heures de labeur, il rencontra un obstacle. Le fer ne mordait plus et glissait sur une surface plane.
Dantès toucha l'obstacle avec ses mains et reconnut qu'il avait atteint une poutre.
Cette poutre traversait ou plutôt barrait entièrement le trou qu'avait commencé Dantès.
Maintenant, il fallait creuser dessus ou dessous.
Le malheureux jeune homme n'avait point songé à cet obstacle.
«Oh! mon Dieu, mon Dieu! s'écria-t-il, je vous avais cependant tant prié, que j'espérais que vous m'aviez entendu. Mon Dieu! après m'avoir ôté la liberté de la vie, mon Dieu! après m'avoir ôté le calme de la mort, mon Dieu! qui m'avez rappelé à l'existence, mon Dieu! ayez pitié de moi, ne me laissez pas mourir dans le désespoir!
—Qui parle de Dieu et de désespoir en même temps?» articula une voix qui semblait venir de dessous terre et qui, assourdie par l'opacité, parvenait au jeune homme avec un accent sépulcral.
Edmond sentit se dresser ses cheveux sur sa tête, et il recula sur ses genoux.
«Ah! murmura-t-il, j'entends parler un homme.»
Il y avait quatre ou cinq ans qu'Edmond n'avait entendu parler que son geôlier, et pour le prisonnier le geôlier n'est pas un homme: c'est une porte vivante ajoutée à sa porte de chêne; c'est un barreau de chair ajouté à ses barreaux de fer.
«Au nom du Ciel! s'écria Dantès, vous qui avez parlé, parlez encore, quoique votre voix m'ait épouvanté; qui êtes-vous?
—Qui êtes-vous vous-même? demanda la voix.
—Un malheureux prisonnier, reprit Dantès qui ne faisait, lui, aucune difficulté de répondre.
—De quel pays?
—Français.
—Votre nom?
—Edmond Dantès.
—Votre profession?
—Marin.
—Depuis combien de temps êtes-vous ici?
—Depuis le 28 février 1815.
—Votre crime?
—Je suis innocent.
—Mais de quoi vous accuse-t-on?
—D'avoir conspiré pour le retour de l'Empereur.
—Comment! pour le retour de l'Empereur! l'Empereur n'est donc plus sur le trône?
—Il a abdiqué à Fontainebleau en 1814 et a été relégué à l'île d'Elbe. Mais vous-même, depuis quel temps êtes-vous donc ici, que vous ignorez tout cela?
—Depuis 1811.»
Dantès frissonna; cet homme avait quatre ans de prison de plus que lui.
«C'est bien, ne creusez plus, dit la voix en parlant fort vite; seulement dites-moi à quelle hauteur se trouve l'excavation que vous avez faite?
—Au ras de la terre.
—Comment est-elle cachée?
—Derrière mon lit.
—A-t-on dérangé votre lit depuis que vous êtes en prison?
—Jamais.
—Sur quoi donne votre chambre?
—Sur un corridor.
—Et le corridor?
—Aboutit à la cour.
—Hélas! murmura la voix.
—Oh! mon Dieu! qu'y a-t-il donc? s'écria Dantès.
—Il y a que je me suis trompé, que l'imperfection de mes dessins m'a abusé, que le défaut d'un compas m'a perdu, qu'une ligne d'erreur sur mon plan a équivalu à quinze pieds en réalité, et que j'ai pris le mur que vous creusez pour celui de la citadelle!
—Mais alors vous aboutissiez à la mer?
—C'était ce que je voulais.
—Et si vous aviez réussi!
—Je me jetais à la nage, je gagnais une des îles qui environnent le château d'If, soit l'île de Daume, soit l'île de Tiboulen, soit même la côte, et alors j'étais sauvé.
—Auriez-vous donc pu nager jusque-là?
—Dieu m'eût donné la force; et maintenant tout est perdu.
—Tout?
—Oui. Rebouchez votre trou avec précaution, ne travaillez plus, ne vous occupez de rien, et attendez de mes nouvelles.
—Qui êtes-vous au moins... dites-moi qui vous êtes?
—Je suis... je suis... le no 27.
—Vous défiez-vous donc de moi?» demanda Dantès.
Edmond crut entendre comme un rire amer percer la voûte et monter jusqu'à lui.
«Oh! je suis bon chrétien, s'écria-t-il, devinant instinctivement que cet homme songeait à l'abandonner; je vous jure sur le Christ que je me ferai tuer plutôt que de laisser entrevoir à vos bourreaux et aux miens l'ombre de la vérité; mais, au nom du Ciel, ne me privez pas de votre présence, ne me privez pas de votre voix, ou, je vous le jure, car je suis au bout de ma force, je me brise la tête contre la muraille, et vous aurez ma mort à vous reprocher.
—Quel âge avez-vous? votre voix semble être celle d'un jeune homme.
—Je ne sais pas mon âge, car je n'ai pas mesuré le temps depuis que je suis ici. Ce que je sais, c'est que j'allais avoir dix-neuf ans lorsque j'ai été arrêté, le 18 février 1815.
—Pas tout à fait vingt-six ans, murmura la voix. Allons, à cet âge on n'est pas encore un traître.
—Oh! non! non! je vous le jure, répéta Dantès. Je vous l'ai déjà dit et je vous le redis, je me ferai couper en morceaux plutôt que de vous trahir.
—Vous avez bien fait de me parler; vous avez bien fait de me prier, car j'allais former un autre plan et m'éloigner de vous. Mais votre âge me rassure, je vous rejoindrai, attendez-moi.
—Quand cela?
—Il faut que je calcule nos chances; laissez-moi vous donner le signal.
—Mais vous ne m'abandonnerez pas, vous ne me laisserez pas seul, vous viendrez à moi, ou vous me permettrez d'aller à vous? Nous fuirons ensemble, et si nous ne pouvons fuir, nous parlerons, vous des gens que vous aimez, moi des gens que j'aime. Vous devez aimer quelqu'un?
—Je suis seul au monde.
—Alors vous m'aimerez, moi: si vous êtes jeune, je serai votre camarade; si vous êtes vieux je serai votre fils. J'ai un père qui doit avoir soixante-dix ans, s'il vit encore; je n'aimais que lui et une jeune fille qu'on appelait Mercédès. Mon père ne m'a pas oublié, j'en suis sûr; mais elle Dieu sait si elle pense encore à moi. Je vous aimerai comme j'aimais mon père.
—C'est bien, dit le prisonnier, à demain.»
Ce peu de paroles furent dites avec un accent qui convainquit Dantès; il n'en demanda pas davantage, se releva, prit les mêmes précautions pour les débris tirés du mur qu'il avait déjà prises, et repoussa son lit contre la muraille.
Dès lors, Dantès se laissa aller tout entier à son bonheur; il n'allait plus être seul certainement, peut-être même allait-il être libre; le pis aller, s'il restait prisonnier, était d'avoir un compagnon; or la captivité partagée n'est plus qu'une demi-captivité. Les plaintes qu'on met en commun sont presque des prières; des prières qu'on fait à deux sont presque des actions de grâces.
Toute la journée, Dantès alla et vint dans son cachot, le cœur bondissant de joie. De temps en temps, cette joie l'étouffait: il s'asseyait sur son lit, pressant sa poitrine avec sa main. Au moindre bruit qu'il entendait dans le corridor, il bondissait vers la porte. Une fois ou deux, cette crainte qu'on le séparât de cet homme qu'il ne connaissait point, et que cependant il aimait déjà comme un ami, lui passa par le cerveau. Alors il était décidé: au moment où le geôlier écarterait son lit, baisserait la tête pour examiner l'ouverture, il lui briserait la tête avec le pavé sur lequel était posée sa cruche.
On le condamnerait à mort, il le savait bien; mais n'allait-il pas mourir d'ennui et de désespoir au moment où ce bruit miraculeux l'avait rendu à la vie?
Le soir le geôlier vint; Dantès était sur son lit, de là il lui semblait qu'il gardait mieux l'ouverture inachevée. Sans doute il regarda le visiteur importun d'un œil étrange, car celui-ci lui dit:
«Voyons, allez-vous redevenir encore fou?»
Dantès ne répondit rien, il craignait que l'émotion de sa voix ne le trahît.
Le geôlier se retira en secouant la tête.
La nuit arrivée, Dantès crut que son voisin profiterait du silence et de l'obscurité pour renouer la conversation avec lui, mais il se trompait; la nuit s'écoula sans qu'aucun bruit répondît à sa fiévreuse attente. Mais le lendemain, après la visite du matin, et comme il venait d'écarter son lit de la muraille, il entendit frapper trois coups à intervalles égaux; il se précipita à genoux.
«Est-ce vous? dit-il; me voilà!
—Votre geôlier est-il parti? demanda la voix.
—Oui, répondit Dantès, il ne reviendra que ce soir, nous avons douze heures de liberté.
—Je puis donc agir? dit la voix.
—Oh! oui, oui, sans retard, à l'instant même, je vous en supplie.»
Aussitôt, la portion de terre sur laquelle Dantès, à moitié perdu dans l'ouverture, appuyait ses deux mains sembla céder sous lui; il se rejeta en arrière, tandis qu'une masse de terre et de pierres détachées se précipitait dans un trou qui venait de s'ouvrir au-dessous de l'ouverture que lui-même avait faite; alors, au fond de ce trou sombre et dont il ne pouvait mesurer la profondeur, il vit paraître une tête, des épaules et enfin un homme tout entier qui sortit avec assez d'agilité de l'excavation pratiquée.
XVI
Un savant italien.
Dantès prit dans ses bras ce nouvel ami, si longtemps et si impatiemment attendu, et l'attira vers sa fenêtre, afin que le peu de jour qui pénétrait dans le cachot l'éclairât tout entier.
C'était un personnage de petite taille, aux cheveux blanchis par la peine plutôt que par l'âge, à l'œil pénétrant caché sous d'épais sourcils qui grisonnaient, à la barbe encore noire et descendant jusque sur sa poitrine: la maigreur de son visage creusé par des rides profondes, la ligne hardie de ses traits caractéristiques, révélaient un homme plus habitué à exercer ses facultés morales que ses forces physiques. Le front du nouveau venu était couvert de sueur.
Quand à son vêtement, il était impossible d'en distinguer la forme primitive, car il tombait en lambeaux.
Il paraissait avoir soixante-cinq ans au moins, quoiqu'une certaine vigueur dans les mouvements annonçât qu'il avait moins d'années peut-être que n'en accusait une longue captivité.
Il accueillit avec une sorte de plaisir les protestations enthousiastes du jeune homme; son âme glacée sembla, pour un instant, se réchauffer et se fondre au contact de cette âme ardente. Il le remercia de sa cordialité avec une certaine chaleur, quoique sa déception eût été grande de trouver un second cachot où il croyait rencontrer la liberté.
«Voyons d'abord, dit-il, s'il y a moyen de faire disparaître aux yeux de vos geôliers les traces de mon passage. Toute notre tranquillité à venir est dans leur ignorance de ce qui s'est passé.»
Alors il se pencha vers l'ouverture, prit la pierre, qu'il souleva facilement malgré son poids, et la fit entrer dans le trou.
«Cette pierre a été descellée bien négligemment, dit-il en hochant la tête: vous n'avez donc pas d'outils?
—Et vous, demanda Dantès avec étonnement, en avez-vous donc?
—Je m'en suis fait quelques-uns. Excepté une lime, j'ai tout ce qu'il me faut, ciseau, pince, levier.
—Oh! je serais curieux de voir ces produits de votre patience et de votre industrie, dit Dantès.
—Tenez, voici d'abord un ciseau.»
Et il lui montra une lame forte et aiguë emmanchée dans un morceau de bois de hêtre.
«Avec quoi avez-vous fait cela? dit Dantès.
—Avec une des fiches de mon lit. C'est avec cet instrument que je me suis creusé tout le chemin qui m'a conduit jusqu'ici; cinquante pieds à peu près.
—Cinquante pieds! s'écria Dantès avec une espèce de terreur.
—Parlez plus bas, jeune homme, parlez plus bas; souvent il arrive qu'on écoute aux portes des prisonniers.
—On me sait seul.
—N'importe.
—Et vous dites que vous avez percé cinquante pieds pour arriver jusqu'ici?
—Oui, telle est à peu près la distance qui sépare ma chambre de la vôtre; seulement j'ai mal calculé ma courbe, faute d'instrument de géométrie pour dresser mon échelle de proportion; au lieu de quarante pieds d'ellipse, il s'en est rencontré cinquante; je croyais, ainsi que je vous l'ai dit, arriver jusqu'au mur extérieur, percer ce mur et me jeter à la mer. J'ai longé le corridor, contre lequel donne votre chambre, au lieu de passer dessous; tout mon travail est perdu, car ce corridor donne sur une cour pleine de gardes.
—C'est vrai, dit Dantès; mais ce corridor ne longe qu'une face de ma chambre, et ma chambre en a quatre.
—Oui, sans doute, mais en voici d'abord une dont le rocher fait la muraille; il faudrait dix années de travail à dix mineurs munis de tous leurs outils pour percer le rocher; cette autre doit être adossée aux fondations de l'appartement du gouverneur; nous tomberions dans les caves qui ferment évidemment à la clef et nous serions pris; l'autre face donne, attendez donc, où donne l'autre face?
Cette face était celle où était percée la meurtrière à travers laquelle venait le jour: cette meurtrière, qui allait toujours en se rétrécissant jusqu'au moment où elle donnait entrée au jour, et par laquelle un enfant n'aurait certes pas pu passer, était en outre garnie par trois rangs de barreaux de fer qui pouvaient rassurer sur la crainte d'une évasion par ce moyen le geôlier le plus soupçonneux.
Et le nouveau venu, en faisant cette question, traîna la table au-dessous de la fenêtre.
«Montez sur cette table» dit-il à Dantès.
Dantès obéit, monta sur la table, et, devinant les intentions de son compagnon, appuya le dos au mur et lui présenta les deux mains.
Celui qui s'était donné le nom du numéro de sa chambre, et dont Dantès ignorait encore le véritable nom, monta alors plus lestement que n'eût pu le faire présager son âge, avec une habileté de chat ou de lézard, sur la table d'abord, puis de la table sur les mains de Dantès, puis de ses mains sur ses épaules; ainsi courbé en deux, car la voûte du cachot l'empêchait de se redresser, il glissa sa tête entre le premier rang de barreaux, et put plonger alors de haut en bas.
Un instant après, il retira vivement la tête.
«Oh! oh! dit-il, je m'en étais douté.»
Et il se laissa glisser le long du corps de Dantès sur la table, et de la table sauta à terre.
«De quoi vous étiez-vous douté?» demanda le jeune homme anxieux, en sautant à son tour auprès de lui.
Le vieux prisonnier méditait.
«Oui, dit-il, c'est cela; la quatrième face de votre cachot donne sur une galerie extérieure, espèce de chemin de ronde où passent les patrouilles et où veillent des sentinelles.
—Vous en êtes sûr?
—J'ai vu le shako du soldat et le bout de son fusil et je ne me suis retiré si vivement que de peur qu'il ne m'aperçût moi-même.
—Eh bien? dit Dantès.
—Vous voyez bien qu'il est impossible de fuir par votre cachot.
—Alors? continua le jeune homme avec un accent interrogateur.
—Alors, dit le vieux prisonnier, que la volonté de Dieu soit faite!»
Et une teinte de profonde résignation s'étendit sur les traits du vieillard.
Dantès regarda cet homme qui renonçait ainsi et avec tant de philosophie à une espérance nourrie depuis si longtemps, avec un étonnement mêlé d'admiration.
«Maintenant, voulez-vous me dire qui vous êtes? demanda Dantès.
—Oh! mon Dieu, oui, si cela peut encore vous intéresser, maintenant que je ne puis plus vous être bon à rien.
—Vous pouvez être bon à me consoler et à me soutenir, car vous me semblez fort parmi les forts.»
L'abbé sourit tristement.
«Je suis l'abbé Faria, dit-il, prisonnier depuis 1811, comme vous le savez, au château d'If; mais j'étais depuis trois ans renfermé dans la forteresse de Fenestrelle. En 1811, on m'a transféré du Piémont en France. C'est alors que j'ai appris que la destinée, qui, à cette époque, lui semblait soumise, avait donné un fils à Napoléon, et que ce fils au berceau avait été nommé roi de Rome. J'étais loin de me douter alors de ce que vous m'avez dit tout à l'heure: c'est que, quatre ans plus tard, le colosse serait renversé. Qui règne donc en France? Est-ce Napoléon II?
—Non, c'est Louis XVIII.
—Louis XVIII, le frère de Louis XVI, les décrets du ciel sont étranges et mystérieux. Quelle a donc été l'intention de la Providence en abaissant l'homme qu'elle avait élevé et en élevant celui qu'elle avait abaissé?»
Dantès suivait des yeux cet homme qui oubliait un instant sa propre destinée pour se préoccuper ainsi des destinées du monde.
«Oui, oui, continua-t-il, c'est comme en Angleterre: après Charles Ier, Cromwell, après Cromwell, Charles II, et peut-être après Jacques II, quelque gendre, quelque parent, quelque prince d'Orange; un stathouder qui se fera roi; et alors de nouvelles concessions au peuple, alors une constitution alors la liberté! Vous verrez cela, jeune homme, dit-il en se retournant vers Dantès, et en le regardant avec des yeux brillants et profonds, comme en devaient avoir les prophètes. Vous êtes encore d'âge à le voir, vous verrez cela.
—Oui, si je sors d'ici.
—Ah c'est juste, dit l'abbé Faria. Nous sommes prisonniers; il y a des moments où je l'oublie, et où, parce que mes yeux percent les murailles qui m'enferment, je me crois en liberté.
—Mais pourquoi êtes-vous enfermé, vous?
—Moi? parce que j'ai rêvé en 1807 le projet que Napoléon a voulu réaliser en 1811; parce que, comme Machiavel, au milieu de tous ces principicules qui faisaient de l'Italie un nid de petits royaumes tyranniques et faibles, j'ai voulu un grand et seul empire, compact et fort: parce que j'ai cru trouver mon César Borgia dans un niais couronné qui a fait semblant de me comprendre pour me mieux trahir. C'était le projet d'Alexandre VI et de Clément VII; il échouera toujours, puisqu'ils l'ont entrepris inutilement et que Napoléon n'a pu l'achever; décidément l'Italie est maudite!»
Et le vieillard baissa la tête.
Dantès ne comprenait pas comment un homme pouvait risquer sa vie pour de pareils intérêts; il est vrai que s'il connaissait Napoléon pour l'avoir vu et lui avoir parlé, il ignorait complètement, en revanche, ce que c'étaient que Clément VII et Alexandre VI.
«N'êtes-vous pas, dit Dantès, commençant à partager l'opinion de son geôlier, qui était l'opinion générale au château d'If, le prêtre que l'on croit... malade?
—Que l'on croit fou, vous voulez dire, n'est-ce pas?
—Je n'osais, dit Dantès en souriant.