Thomas l'imposteurPart 7 of 7
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En effet, on ne disait pas: «Pauvre un tel», mais: «Il n'avait qu'à prendre le refuge.»
On parlait des obus comme d'autobus, comme des dangers de Paris qu'un myope ou qu'un provincial n'évite pas.
La mort de Pajot fit exception à la règle. Elle amputait le corps de la villa des fusiliers d'un de ses membres, et Roy était indirectement cause de l'amputation.
Je l'ai tué, disait-il, comme si ma lampe de poche était une arme.
Cette circonstance eut suffi pour rendre à la mort de Pajot une gravité civile.
Guillaume et Roy traversaient donc la campagne en silence. Le vent attisait une braise de son plaintif dans les petites veilleuses que les poteaux télégraphiques portent en haut comme le muguet.
Roy, de mère bretonne, était superstitieux. Il entendait l'âme de Pajot se plaindre.
Il serrait, pinçait le bras de Guillaume, et se mordait les lèvres comme un enfant qui essaye de ne pas pleurer.
Retourner à Saint-Georges, c'était retourner sur le lieu du crime. Il se félicitait de l'accident survenu à l'automobile et qui retardait la confrontation.
Guillaume avait beau plaider la coïncidence, les balles mortes, la difficulté de viser une tête visible une seconde, Roy s'obstinait dans le remords.
—Sa famille... murmurait-il, ... sa pauvre famille. Il partait voir sa famille. Il me suppliait de ne pas taire l'imbécile. C'est trop affreux.
LES NÈGRES
Tout à coup, éclata dans l'ombre une musique extraordinaire. C'était la nouba des tirailleurs nègres. Ils traversaient Coxyde-ville.
La nouba se compose d'un galoubet indigène que les soldats imitent en se bouchant le nez, en prenant une voix de tête, et frappant leur pomme d'Adam. Ce galoubet nasillard joue seul une mélodie haute et funèbre. On dirait la voix de Jézabel. Les tambours et les clairons lui répondent.
La troupe s'approchait comme le cortège de l'Arche d'Alliance sur la route de Jérusalem. Roy et Guillaume se rangèrent et le virent passer.
Les nègres venaient de Dunkerque, stupéfaits de froid et de fatigue. Ils étaient couverts de châles, de mantilles, de mitaines, de sacs, de gamelles, de cartouches, d'armes, de dépouilles opimes, d'amulettes, de colliers de verroterie et de bracelets de dents.
Le bas de leur corps marchait; le haut dansait sur la musique. Elle les soutenait, les soulevait. Leurs têtes, leurs bras, leurs épaules, leurs ventres, remuaient, doucement bercés par cet opium sauvage. Leurs pieds ne marchant plus d'accord traînaient dans la boue. On entendait ces pieds mâcher cette boue, et le choc des crosses contre la boîte à masques, pendant les silences; puis le solo sortait du fond du désert, du fond des âges, salué par les cuivres et les tambours.
La nouba, qui amusait Guillaume, trouait le cœur de son camarade. Sa plainte funèbre accompagnait son deuil. Il revoyait des voyages avec Pajot, leur navire, leurs escales, leurs bordées dans les ports d'Orient.
Ils reprirent leur promenade sans échanger une parole.
Le Bois-Triangulaire tonnait comme une chasse royale. À Nieuport, le cimetière des fusiliers marins reposait près de l'église informe. Plus loin que Nieuport, du boyau qui menait à Saint-Georges, on voyait à droite, émergeant de l'inondation, une carcasse de ferme, dite: Vache-Crevée.
L'auteur de ce surnom, adopté sur les cartes d'état-major, était une jeune Anglaise, miss Élisabeth Hart.
Miss Hart, que tout le monde appelait miss Élisabeth, était la fille du général des troupes anglaises du secteur.
Sous prétexte de Red-Cross, elle pilotait une ambulance de poche et vivait avec les fusiliers-marins.
Chez une Française, ce genre d'existence choquerait. Mais Élisabeth Hart était un vrai garçon, un diable. Elle s'habillait presque en matelot. Elle portait des cheveux courts, bouclés autour d'une figure d'ange.
Elle offrait plus d'un rapport avec les amazones modernes du film américain, sauf qu'on ne la voyait jamais trembler. Elle allait, venait, de La Panne aux lignes, et laissait son ambulance n'importe où, comme dans les rues de Londres. Sa crânerie indisposait le colonel des zouaves. Il la trouvait sans-gêne. Aussi, négligeait-elle le secteur-mer pour le secteur-inondations.
Les fusiliers en faisaient une sainte.
C'était, d'ailleurs, sans aucun doute, une héroïne. La condition même de l'héroïsme étant le libre arbitre, la désobéissance, l'absurde, l'exceptionnel.
De plus, elle lisait dans la main.
MISS ÉLISABETH
Lorsque Guillaume et Roy arrivèrent à Saint-Georges, elle était assise dans la guitoune de Roy et buvait du porto avec Combescure. Elle revenait d'une longue permission. Elle ne connaissait pas Guillaume. Elle parlait avec un accent agréable.
Attentive à prononcer nos r et ne pouvant les prononcer de la gorge, elle les roulait au bout de sa langue. Elle gronda Roy de ses scrupules.
Combescure voulait qu'elle lût dans la main de Guillaume.
La tâche de chiromancienne sincère était épineuse, au front. Elle se récusait. Guillaume insista.
En voyant la paume de cette main, le visage de la jeune Anglaise eut une expression tellement surprise que Combescure et Roy lui en demandèrent la raison.
—Par exemple!... répondit Élisabeth. Je n'ai jamais rencontré une main pareille. Il n'a pas une ligne de vie; il en a plusieurs.
—Et ma mort, ou... mes morts? interrogea Guillaume.
—Vous savez, dit-elle, je ne suis pas très forte. Je vois l'ensemble. Votre ensemble est bon.
Combescure et miss Hart partirent. Elle le véhiculait jusqu'à Coxyde.
—Quelle femme! dit Guillaume à Roy. C'est une merveille.
—Encore une victime d'Élisabeth. On ne compte plus ses morts, plaisanta le jeune capitaine. C'est une fille brave et une brave fille, ce qui vaut mille fois mieux.
Il souhaitait se taire. Guillaume le comprit. Les ordres de Roy donnés, il proposa une partie de cartes.
La guitoune du capitaine Roy était la seule habitable de Saint-Georges. L'eau rendait le travail de la terre presque impossible. Elle fournissait une excuse à la folle insouciance des marins. Leur système d'abris était aux tranchées des zouaves ce qu'une ruche d'arbre est à une ruche d'apiculteur.
On ne s'y garantissait ni de l'eau ni du feu.
Cette insouciance d'hommes toujours bercés de houle et de hamac, voire par l'esprit de corps lorsqu'ils n'avaient point navigué, se fortifiait de ce qu'une heure de bombardement bouleverse un travail de cinq semaines.
Souvent, après un essai d'attaque allemande, les zouaves souffraient moins de leurs blessures que de leur amour-propre d'architectes.
Seule la tendresse des fusiliers pour leurs chefs les avait décidés à bâtir une cabine avec d'étonnantes mains de couturières, qui savent d'un béret à pompon rouge faire une merveille d'élégance et nouer une corde comme des initiales d'amour.
Ce segment était donc fort dangereux et ils y perdaient beaucoup d'effectifs.
Roy souhaitait le silence et jouait en silence.
Dehors, on n'entendait, de loin en loin que ces coups de feu qu'il semblait qu'on tirât pour entretenir la guerre.
Une fusillade très proche retentit.
Elle se prolongeait. Roy posa ses cartes et alla aux renseignements.
—Ce sont, dit-il à Guillaume en reprenant ses cartes, nos messieurs qui s'amusent. Plouardec et Lulu qui gardent le poste d'écoute jouent à la manille et ont imaginé d'annoncer leurs points à coups de fusil. C'est économique. Je les ai fait taire.
Les marins n'ont pas avec leurs chefs les rapports des autres soldats, qu'ils surnomment: les guerriers. Par exemple, ils saluent ces chefs comme les chefs d'infanterie répondant à un deuxième classe, et joignent à ce geste un petit rictus amical.
Douze minutes après les remontrances de Roy, les coups de fusil recommencèrent de plus belle.
Roy, souriait, furieux.
—Cette fois, dit-il, on dépasse les bornes. Je vais punir. Viens Guillaume.
Ils allaient atteindre la plate-forme qui précède les trous d'écoute, lorsqu'une voix assez lointaine, mais très nette, très forte, s'éleva:
—Galopins! glapissait-elle, en excellent français, vous vous amusez à empêcher le monde de dormir. Attendez que j'avertisse vos chefs!
«Que j'avertisse vos chefs» signifiait: commander un tir.
—Ils tirent par mon ordre, hurla Roy.
Tout, voix allemande et fusillade, rentra dans le silence.
Les sanctions, de part et d'autre, s'arrêtèrent là.
Ce dialogue est peu vraisemblable pour les gens qui ne connaissent pas l'esprit de voisinage d'une longue guerre, l'esprit de famille des marins.
«JE DONNE RAISON À MES ENFANTS»
La partie de cartes, reprise, s'éternisait, lorsque le téléphone grésilla. Roy décrocha le récepteur. On entendait mal. Les fils, posés à la six-quatre-deux, en croisaient, en touchaient d'autres. La rumeur du secteur habitait l'appareil comme celle de l'océan un coquillage.
—Impossible de comprendre, dit-il. Je raccroche. Je ne comprends qu'une chose par bribes, c'est que c'est le poste F (le poste F se trouvait à cinq kilomètres) et qu'ils ne peuvent m'envoyer personne. Moi non plus, je n'ai personne. Les boyaux sont chambardés par les torpilles d'avant-hier. Il y en a la plus longue partie découverte. Je n'ai pas envie d'exposer un gamin pour un message. Mes idiots n'ont aucun sens du danger. Ils ne veulent pas allonger la route et comprendre qu'on ne siffle pas, qu'on n'imite pas le chien, qu'on ne crâne pas, à trente mètres des Allemands.
—C'est très simple, dit alors Guillaume. Moi je ne siffle pas et je n'imite pas le chien. Au besoin même, je rampe. Je n'ai qu'à faire le grand tour. J'y vais.
Roy refusa. Guillaume insista. Comme Roy désirait secrètement rester seul avec son chagrin, que le grand tour n'était pas dangereux, et que, secrètement, Guillaume jubilait de cette course nocturne, ils finirent par s'entendre.
Guillaume irait et reviendrait, séance tenante, porter son message chez Roy.
LE RENDEZ-VOUS DES ANGES
La nuit froide était constellée de fusées blanches et d'astres. Guillaume s'y trouvait, pour la première fois, seul. Un dernier rideau se lève. L'enfant et la féerie se confondent. Guillaume connaît enfin l'amour.
Au lieu de prendre la rallonge, il suivit le parapet de première ligne jusqu'au polder où il fallut ramper. Breuil et lui excellaient à cet exercice peau-rouge.
Après quelques mètres, il rencontra un cadavre.
Une âme avait ôté ce corps en hâte, n'importe comment. Il l'inspecta d'un œil curieux et dur.
Il continua. Il croisait d'autres cadavres jetés par le massacre comme le col, les bottines, la cravate, la chemise d'un ivrogne qui se déshabille.
La boue rendait le quatre-pattes difficile. Quelquefois elle veloute la marche, quelquefois, elle cherche à retenir, avec un gros baiser de nourrice.
Guillaume s'arrêtait, attendait, et repartait. Il vivait là de toutes ses forces.
Il ne pensait ni à Henriette, ni à Madame de Bormes, lorsque, soudain, l'image de Madame de Bormes lui apparut.
Il venait de reconnaître, défiguré par les torpilles, l'endroit du boyau où, quelques jours avant, elle s'était plainte d'angoisse.
—Tout de même, se dit-il, nous avons eu de la chance. On croit toujours le secteur trop calme. La princesse flairait plus loin que nous. On dirait qu'elle avait pressenti la mort de cette tranchée.
Un amoncellement de chevaux de frise et de fil de fer barbelé obstruait le passage.
Pour passer à gauche, il fallait entrer dans l'eau jusqu'aux cuisses. Guillaume prit à droite.
Il débouchait en terre ferme et se félicitait d'une complète absence de fusées éclairantes, lorsqu'il stoppa net.
En face, à quelque distance, on distinguait le bloc d'une patrouille ennemie.
Cette patrouille voyait Guillaume et ne bougeait pas. Elle se croyait invisible.
Le cœur de Guillaume sautait en cadence, battait des coups sourds de mineur au fond d'une mine.
L'immobilité lui devint intolérable. Il crut entendre un qui-vive.
L'APOTHÉOSE
—Fontenoy! cria-t-il à tue-tête, transformant son imposture en cri de guerre. Et il ajouta, pour faire une farce, en se sauvant à toutes jambes: Guillaume II.
Guillaume volait, bondissait, dévalait comme un lièvre.
N'entendant pas de fusillade, il s'arrêta, se retourna, hors d'haleine.
Alors, il sentir un atroce coup de bâton sur la poitrine. Il tomba. Il devenait sourd, aveugle.
—Une balle, se dit-il. Je suis perdu si je ne fais pas semblant d'être mort.
Mais en lui, la fiction et la réalité ne formaient qu'un.
Guillaume Thomas était mort.
LA NOUVELLE
La première personne prévenue à Paris fut Pesquel-Duport. Du moins, était-ce probable. On prévenait en lui l'organisateur des cantines.
Cet homme de cœur ne pouvait croire la chose, malgré les preuves.
Il prévoyait le coup de foudre de cette nouvelle avenue Montaigne. Il souffrait de la souffrance de Madame de Bormes.
Ce qu'il ne s'avouait pas, ou s'avouait à demi, c'est que cette mort, pour être une solution terrible, n'en était pas moins une solution. Elle mettait un point final à cette aventure, et lui permettait de garder le secret sur le mensonge Fontenoy.
—Pauvre Guillaume, se dit-il. Le faux oncle ne désavouerait pas un tel neveu. Tué au nord, il mérite l'épitaphe de l'enfant Septentrion: Dansa deux jours et plut.
Il fallait prévenir sa tante et les femmes. Le directeur, qui souhaitait retarder la seconde démarche mais ne voulait pas que ces malheureuses apprissent le désastre indirectement, décida de se rendre chez la tante de Guillaume, et, ensuite, avenue Montaigne.
Il comptait sans madame Valiche.
Pendant qu'il remplissait à Montmartre son triste office et que mademoiselle Thomas, après un silence, prononçait ces paroles qui étonnèrent l'incrédule: «Merci Monsieur. Je le verrai bientôt. Je lui raconterai votre visite», madame Valiche tournait l'angle de l'avenue Montaigne et du rond-point des Champs-Elysées.
Elle ne digérait ni la promenade aux lignes, ni le wagon, ni le triomphe de la princesse, ni le convoi désagrégé par un caprice de Guillaume.
Sa vengeance agissait.
Ce vampire savait toutes les morts, de Belgique en Alsace, avant le reste du monde. Elle connaissait celle de Guillaume par un frère de Gentil, major à Zuydecôte, arrivé en permission le matin.
Il la lui avait offerte sous la forme suivante: «Un crâneur, n'ayant que ce qu'il mérite». Aussi la portait-elle, encore chaude, à Henriette et à madame de Bormes.
Ces deux femmes qui n'osaient trop s'écarter de l'appartement par crainte de manquer d'une minute la réponse de Guillaume à la lettre d'Henriette, sortaient faire des courses.
Elles rencontrèrent madame Valiche dans le vestibule. Son air grave les effraya. Elles revinrent avec elle dans le salon.
Madame Valiche savait envoyer le couteau.
—Je l'avais dit, prononça-t-elle simplement.
Henriette fut la première à entrevoir le malheur.
Elle sauta sur madame Valiche.
En l'espace d'une seconde, la misérable acheva ses victimes. Lorsque Pesquel-Duport entra dans le salon, il ne vint que pour la curée.
Madame de Bormes et sa fille hurlaient, arrachaient leurs robes. Debout, en face d'elles, madame Valiche inventait des détails.
Pesquel-Duport l'empoigna par sa jupe.
—Vous!... vous!... étranglait-il, vous allez me faire le plaisir de décamper—et plus vite.
Il la secouait, la traînait vers la porte du vestibule. Il l'eut écrasée.
Il la jeta dehors.
Qu'importait à madame Valiche? Elle rajusta son chapeau, descendit les marches quatre à quatre, vola chez elle.
LE DOCTEUR GENTIL
Gentil, à table, attaquait les hors-d'œuvre.
—Applaudissez-moi, s'écria-t-elle du seuil. J'ai vu ce que je voulais voir. La mère et la fille. Coup double.
Elle espérait éblouir enfin cet homme qu'elle adorait, qui profitait d'elle et savait l'influence, sur les hystériques, d'une feinte impassibilité.
—Mœurs de la haute, dit-il, sans plus, en beurrant une tartine.
Madame Valiche, ivre d'amour et de haine satisfaite, contempla cet homme qui mangeait, vivait, au-dessus de l'étonnement.
—Docteur, bégaya-t-elle, vous êtes un dieu.
—Il n'y a pas de dieux, Madame. J'y vois clair, voilà tout.
Mademoiselle de Bormes ne put supporter les suites du choc.
Madame de Bormes l'emmena dans un sanatorium d'Auteuil. Elle mourut deux mois après d'une maladie nerveuse qui n'était pas mortelle. C'est dire que, malgré les précautions, elle s'empoisonna.
Du jour au lendemain, sa mère devint une femme âgée. Elle ne voyait que Pesquel-Duport.
—Marions-nous, disait-il. Vous ne pouvez vivre seule.
—Attendez, répondait la princesse. Maintenant, c'est vous qui êtes trop jeune. Nous n'avons guère de chance avec nos âges. Mais ils finiront bien par se rejoindre un jour.
UNE MÈRE
À Nieuport, près de l'église, le cimetière des marins est un brick à la dérive.
Un mât cassé marque le milieu.
Ce brick transporte-t-il de l'opium? Un profond sommeil emplit l'équipage.
ÉTAT-CIVIL
Chaque tombe étale un joli décor de coquilles, de cailloux, de vieux chenets, de vieux cadres, de vieux balustres. Une d'elles porte le nom de Jacques Roy.
Jacques Roy s'est éteint en quatre heures, au poste de secours de Nieuport, d'une blessure prise à Saint-Georges, heureux de venger Pajot et Guillaume qu'il imaginait tués par sa faute.
Sa croix porte l'inscription réglementaire.
Mais, sur la croix voisine, on peut lire: «G.-T. de Fontenoy. Mort pour nous.»
Cap Nègre 1922.
Œuvres de JEAN COCTEAU
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